‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 29 sur 112 · PUBLICATION DE LA LOI MARTIALE AU CHAHP-DE-XARS, LK I7 JUILLET · texte numérisé non relu

PUBLICATION DE LA LOI MARTIALE AU CHAHP-DE-XARS, LK I7 JUILLET

Diti le 14 iuil;ct, une riunian de fjctieui, tmeuléi pcr les Jicobiui, avait pr<«cn[« k l'Assemblée nationile une p«tilian pour demander ta déchtaace du Roi il la mise «a jugemenl. Celte dfinirche n'ayant poim éc< iccuEillie, lespdtiilonnaires coDToqutrei.t au Champ-de-Mart, le 17, loua ceux qui pantgeaient 'enr opÎDion et là fut signte, sur l'autel é1ev£ au milieu de l'enceiate, cette fameuse pflilion, connue lous 1c aoni de pitition det dix mille. L'Assemblée nationale ordonna au btpartement et k la Municipalitd de dlipeiier ces rassemblemen», au lei Révoluliannaires prenaient leurs «bals ordinaires. Un invalide el un perruquier, qui avaient Irouvt moyen de pénétrer sous l'autel, furent aciusis d'avoir le projet de faire sauter le» pélilionnaiies. La multitude furieuse >e jette sur eux et les pend 1 un réverbère, puis les décapite. La Municipalité se vit forcée de publier la Loi martiale ; elle déploie le drapeau rouge, fait battre la

les empêchent de se faire entendre. La Garde nationale ecl assaillie d'une grêle de pierres. Un des bommes allroupéi tire un coup de pistolet qui edleure le maiie Bailly el va tuer un dragon. La Garde nationale bit [eu sur le glacis d'où le coup de pistolet et les pierres étaient partis. Les pétitionnaires s'enfuient. On appela cela le «uiisacre det palrioles ,

Fbakcb «évolut. — Livr. ît.

jusqu'à vingt-cinq mille hommes, se forment pour empêcher la circulation des grains, pour taxer les denrées au gré des bandits. Les paysans hésitent à ensemencer désormais leurs terres.

Au milieu de ce carnaval sanglant, la paresse, le saccage, Tivrognerie, occupent suffisamment l'ouvrier, et le butin l'enrichit assez pour qu'il ne songe plus à travailler. On met à feu les forêts de l'État; on partage les biens des communes, des couvents, quelque peu déjà ceux des particuliers.

Les anciennes taxes sont abolies, les nouvelles fonctionnent mal encore; les rôles ne sont pas faits; d'ailleurs chacun sait qu'on est en l'âge d'or et que tous les impôts doivent être abolis de par la liberté. On espéra naïvement les remplacer par des dons patriotiques. Les dons patriotiques ont donné 36o,ooo francs! En juin 90, Fretteau déclare à la tribune qu'au lieu de trente-six millions mensuels, l'État n'en reçoit que neuf. En 91, le Trésor n'est pas plus riche; il perçoit onze millions au lieu de quarante-huit qui sont dus. L'organisation financière est si bien entendue, que le contribuable n'a pas payé un sol de l'impôt foncier et mobilier, qui se monte à trois cents millions. Ainsi du reste. Il y a bien les confiscations et les assignats; les assignats perdent déjà 40 et 5o pour 100.

Que vont inventer la Révolution et la Législative pour ramener quelque peu d'ordre et d'argent dans cet empire fondé d'après les règles les plus sûres du Contrat social? Elles inventent, le 3o mai 1792, de forcer le Roi à renvoyer la petite garde que la constitution lui accorde pour l'honorer et le défendre.

Cette fois, est-ce assez, et la royauté est-elle bien telle que les réformateurs la souhaitent? Elle était une serve à la fin de la Consti tuante; à la fin de la Législative, elle est un monstre. Du moins elle enlève à ceux qui la représentent les protections que la civilisation accorde à tout être humain. Même au foyer domestique, Louis XVI n'avait plus de droit. La reine était obligée de tenir les fenêtres fermées, pour ne pas entendre les effroyables chansons que, chaque jour, dès l'heure la plus matinale, on venait chanter contre elle, sous ces fenêtres. De ces fenêtres fermées il fallait, de plus, que sa fille, sa sœur, toutes les femmes de son entourage se tinssent éloignées. La Révolution avait conseillé à quelques-uns de ses favoris de venir se

déshabiller dans les Tuileries; et c'était un devoir civique, pour ces régénérés tout nus, de s'approcher du palais et de donner des représentations obscènes. Se plaindre! A qui? Empêcher! Comment? N'avaiton pas la liberté, Tidéal du gouvernement!

Eh bien I on trouvait encore le Roi trop puissant ! Cela est presque incroyable, mais cela est. Il faut, écrit-on couramment, le séparer de sa femme par le divorce ou par l'assassinat. Il faut, en tout cas, lui escamoter ce qui lui reste du pouvoir.

Louis XVI montre, le 20 juin 92, une passivité de courage supérieure en énergie à l'intrépidité des plus vaillants hommes de guerre, mais il ne sait prendre aucune décision pour échapper à la crise suprême. Il a juré de respecter la constitution, faite contre lui ; tout le monde la viole, et toujours contre lui; et il s'obstine à la respecter. Le peuple l'injurie, menace sa vie après son pouvoir, insulte son honneur; il persiste à aimer le peuple. Il craint toujours uniquement la guerre civile. De tous ses devoirs royaux, il a surtout retenu celuici : un roi chrétien ne doit pas faire verser le sang de ses sujets.

Hélas! pourquoi ne s'est-il pas dit que pour épargner le sang de quelques vils jacobins, pour ne pas risquer la vie de quelques honnêtes gens, il allait faire couler à flots le sang le plus pur de France, donner aux maximes impies, aux utopies folles et anarchiques la puissance légale, de telle sorte que la France en souffrirait pendant bien des générations et peut-être en mourrait.

Pourtant, cette journée du 20 Juin, si elle montra à quel degré d'insolence la Révolution avait abaissé la badauderie parisienne, prouva également que l'instinct monarchique, attribut caractéristique de la race française, survivait à tout.

Les républicains ne se trompaient pas sur l'esprit parisien. Pour nous, qui entendons surtout ses clameurs furieuses, nous le jugeons irrémédiablement inféodé à la Révolution. Eux savaient le grand nombre de voix étrangères qu'ils avaient payées pour produire ces clameurs, et le mal qu'ils avaient eu pour dénaturer la vraie parole parisienne. Ils répéteront toujours, et les rapports secrets de leur police ne leur laisseront jamais oublier, que « Paris est une ville essentiellement monarchique ».

Cette journée du 20 Juin le démontra à l'évidence. Une vingtaine

de gardes nationaux suffirent à protéger le Roi. Ce Roi ridiculisé, cette Reine exécrée, cette famille royale affublée de noms de bêtes féroces, restèrent pendant plusieurs heures dans la main de la plèbe débridée. Que résulta-t-il, en fait, de cet étrange contact? Un des meneurs le constate en ces termes : « Si nous les rapprochons encore, le peuple va se mettre à aimer le tyran. »

La protestation indignée que la bourgeoisie parisienne fit entendre à la suite de cette descente de la Courtille révolutionnaire eut un écho formidable par toute la France.

La leçon de l'événement fut double. Les meneurs comprirent que les Parisiens, livrés à eux-mêmes, laisseraient railler et insulter le Roi, mais que jamais ils n'aboliraient la royauté. Le Roi put voir que la France était restée complètement monarchique, et qu'avec un peu de hardiesse, il lui était possible, facile même, non pas de ressusciter TAncien Régime, qui était mort, mais de ravigorer la royauté, qui étai^ vivante.

Seulement, les meneurs profitèrent de la leçon. Ils firent venir à Paris cette bande de fondateurs de la République que l'histoire connaît sous le nom de Marseillais et que tous les historiens, sans exception de parti, reconnaissent pour des gens vigoureux, sortant du bagne ou en chemin pour y aller. On leur adjoignit tout ce que la banlieue de Paris, à trente lieues à la ronde, pouvait fournir de repris de justice, de voleurs, de fraudeurs, de contrebandiers, de déserteurs, de braconniers, d'échappés de prison. On passa le mois de juillet à bourrer les faubourgs de Paris, et tout particulièrement le faubourg de Gloire (ainsi nommait-on le faubourg Saint-Antoine) de cette élite du patriotisme révolutionnaire.

Pour Louis XVI, il tira de la leçon ceci : qu'il devait faire barri cader quelques-uns des appartements des Tuileries. Puis on crut faire un effort gigantesque : l'on révoqua le maire de Paris, Jérôme Petion, qui méritait seulement des soufflets, comme le plus répugnant faquin que les annales de toutes les Républiques puissent montrer. En le révoquant, on le rendit intéressant. On ne vit plus sur les murailles, presque sur les chapeaux , que ces mots : Vive Petion ! Et celui-ci , faisant voir à son tour le fond de son cœur, bien français en ceci, quoique d'ailleurs niais et pédant, laissa échapper cette parole austèrement ré-

publicaine : « Vous verrez qu'ils feront si bien, qu'ils forceront Petion à devenir Jérôme I" ».

Louis XVI n'avait pas tardé à retrouver toutes ses angoisses. La Révolution, un instant troublée par les protestations de la France contre l'invasion des Tuileries, a repris ses gaietés. Les caricatures dont les murs mêmes des Tuileries sont couverts, les (c hurlements de bêtes féroces », qui obsèdent le Roi nuit et jour, au point qu'il « en avait comme perdu l'usage de ses membres », les rapports de sa contrepolice, les tentatives faites pour pénétrer la nuit aux Tuileries par les fenêtres donnant du pavillon de Flore sur le quai, lui ont appris que la vie de la Reine est en danger. Il se lève parfois la nuit, va écouter aux portes des chambres où couchent sa femme et ses enfants. Quand le silence est trop grand, il frappe, et il demande : « Existez-vous encore? » Et le pauvre père nous livre le secret de sa faiblesse royale: « Ah! si je ne craignais pour la vie de ma femme et de mes enfants, on verrait bien que je ne suis pas si faible que je parais! »

La France presque entière protestait, nous venons de le dire. La Providence voulait qu'au moment où la République va s'introduire en France, il fût évident pour l'histoire impartiale qu'elle entrait par un coup de main.

La République pénétra en conquérante dans un pays qui ne la connaissait pas, qui ne l'appelait pas, où elle est étrangère et ennemie.

Peu de jours avant le 20 Juin, le pesant Roland, porté au ministère de l'intérieur, pour préparer hypocritement l'entrée de cette ennemie en France, écrivait aux directoires départementaux — c'est-à-dire aux chefs de l'administration dans chaque département — pour leur signaler le danger qui menaçait la tranquillité publique. Ce danger, on •ne devine pas où le plaçait ce solennel badaud, à la veille de la Terreur. Le seul être qui fît alors courir quelque péril au pays, c'était, disaitil, c'était le prêtre! Et avec l'insolence rogued'un parvenu delà politique, il sommait les directoires de lui donner un exposé fidèle de l'état de « l'empire ».

Le directoire du département de Paris, bien qu'il fût composé des premiers pères, des plus anciens adhérents de la Révolution, et qu'il s'agît de la plus révolutionnaire des cités de « l'empire », répondit :

« Un dévouement sans borne... à la royauté constitutionnelle est le sentiment à peu près unanime des citoyens de notre département. »

Il pouvait, en effet, y avoir doute sur la personne royale. La Révolution n'allait pas plus loin. Quelques-uns des chefs du parti révolutionnaire vont même — comme s'ils eussent eu mission de constater par cet excès de folie politique l'instinct résolument monarchique de la France — jusqu'à demander pour roi de France le duc de Brunswick ou le duc d'York, parce que ces deux princes, étrangers sont francsmaçons, et que l'amour de la franc-maçonnerie l'emporte chez les révolutionnaires sur l'amour 'de la France. En ce moment, à la veille du 20 Juin, le duc d'Orléans, quoique fort démoralisé, a encore quelques partisans. Toutefois, la combinaison souriante, c'est l'abdication de Louis XVI, la proclamation de Louis XVII, dont les trois partis issus de 89, — les royalistes libéraux, ou constitutionnels, — les républicains bourgeois, ou Girondins, — et les démocrates autoritaires, ou Montagnards, — se disputaient la tutelle.

Mais il faut un roi. Ces futurs Girondins sont les seuls qui rêvent à la République. Ils ont pour elle un amour de rhétorique, à la fois ardent et platonique. Toutefois, ils reconnaissent volontiers que leur idole ne pouvait trouver place en France. Petion, en y mettant toute l'insolence possible, le reconnaîtra au retour d^ Varennes. Le maître l'avait dit avant lui, Jean-Jacques avait proclamé que la République était impossible dans une nation compacte et centralisée. Cette proclamation était la plus grande preuve de génie qu'il eût donnée, et ses disciples, sages en cela, la tenaient pour parole d'Évangile. Aussi, les Girondins, ambitieux, passionnés et rhéteurs, c'est-à-dire ayant absolument besoin d'une république, qui satisfît leur amour de la parole, du bruit et des places, avaient tourné la difficulté : ce fut fort justement que les Montagnards les punirent comme rêvant la dissolution de la France. Ils avaient, en effet, projeté de diviser le pays en deux : une France du Nord, royauté constitutionnelle ; une France du Midi, république fédérative.

Encore après le 20 Juin, encore à la veille du 10 Août, Robespierre fondait un journal, le Défenseur de la Constitution. « C'est la Constitution que je veux défendre, la Constitution telle qu'elle est! » s'écriait-il. Il veut avoir « une Assemblée représentative populaire, avec un roi. »

Il peignait, d'un mot, la situation de la France. Quand la vertueuse femme qui inventa le moyen d'aimer vertueusement, du même coup, son vertueux époux et son vertueux amant, et qui, entre temps, inventa aussi la République française, quand M"* Roland voulut convertir Robespierre à ce système de gouvernement, il lui répondit qu'il était difficile de faire de la république sans républicains ; « et des républicains, je vous défie de m'en montrer dix en France. »

Ceci se disait au commencement d'août 1792, c'est-à-dire plus d'un mois après le 20 Juin, où nous revenions.

Le 10 août 1792 arriva. La chronique fanfaronne de cette illustre journée est peut-être plus ridicule encore que la légende de la prise de la Bastille. En voici le récit vrai et fort abrégé.

Parts le 10 Août 17^2. — Le 9, vers minuit, un coup de canon gronde à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine. C'est le commencement de l'affaire. Aussitôt le tocsin commence à sonner au campanile de l^Hôtel de ville, et cent cloches lui répondent par tout Paris. Bientôt le bruit du rappel et de la générale se joint à l'appel du tocsin, et un immense grondement, composé de mille bruits indistincts, succède au calme de l'heure précédente.

A quatre heures et demie, M. de Mandat quitte le château pour se rendre à l'Hôtel de ville, où on va l'assassiner.

A cinq heures, Louis XVI paraît au balcon qui est au-dessus de la grande entrée du Palais. Il est acclamé. Cet accueil le décide à visiter les troupes qui occupent le jardin comme les cours. Ici les acclamations redoublent. Mais le jardin est occupé par les gardes nationaux des sections, à demi corrompus. Le Roi est mal accueilli. Les gardes crient qu'il ne tireront pas sur leurs frères. Les canonniers enlèvent les boulets de leurs canons.

Le Roi rentre chez lui désespéré. Le procureur général de la municipalité, Rcederer, lui conseille de quitter le Palais, où la défense est impossible, dit-il, pour se rendre à l'Assemblée. Le Roi cède, malgré les efforts de la Reine. Il est toujours possédé du désir de ne pas faire verser le sang, et il craint que, dans la lutte, les jours de ses enfants, de la Reine surtout, ne soient en danger. A sept heures et demie, il traverse le jardin au milieu d'une foule hostile.

et se rend dans la salle du Manège, où siège l'Assemblée législative.

La Reine et Madame Elisabeth avaient remarqué que le ciel était, dès l'aurore, rouge de sang. En effet, la chaleur, qui allait devenir insupportable, était déjà gênante dès le lever du soleil.

A sept heures, l'armée des émeutiers était arrivée à la hauteur de la

Page 1