LA DANSE MACABRE RÉVOLUTIONNAIRE
PaOLOSUi. — Bourgeoii cl piyitas, rcgirdcz cet Ublnnx < Vou d'un trille tempt. Biio dca gcni vicnacnl * vou) comme l'ili vou> parlent de aouveriinelt qu'ils tienncDt prfte pour chacun d meitea voua plaisent : regardez ce qu'il en advient.
• Liberté, ÉgaliK, Fnteinilél Vieu
IX temps passé, va-t-en 1 va-l-cn '.
pcnplea; <l la Terre alori l'entr'ouvr
e, au nom de la Rtvolutian. Il en
1 sort le vieux Faucheur. Il s'écrie :
• Le iour de la nioiaaon commence
! . Une troupe de femmes l'enlou
re. Elles lui apportent son armure
t.., q.'ii r.i.» « ".i.r. 1 r..v,.
ei lui montrent que la Justice est
: déjà enchainée. La Ruse lui donne
son <p<e ; le 1/ensongt lui présente u
ne balance; la ^aiiif^ lui offre u
ne coiffure; la Folle lient son che-
val ; le Meurtre lui pitpare la faux
, qui pour lui est la meilleure
des armes. Humains ! voki venir
mon», qui va VDU> faire tous libre
5, égaui ■ (Gravure de Relhel, le
ite de Reiuicli. Coll. du baron de
WalteTÎIU,)
des Marseillais, des étrangers. La seconde, partie du faubourg Saint- Marceau, déboucha de la rue Froidmanteau et de la rue des Orties; la troisième venait du faubourg Saint-Antoine, par les rues Saint- Honoré, de Chartres, de Rohan et Saint- Nicai se.
FkANCE livOLUT. — Livf. 23,
C'était une foule assez désordonnée de gens, les uns déguenillés, en bras de chemise, tête nue, les autres coiffés de bonnets de laine, vêtus de culottes pendantes et de vestes, armés de fourches, de sabres, de hallebardes, de piques. Ils précédaient les Marseillais et les fédérés, les uns et les autres bien armés, et trois bataillons de gardes nationales. Westermann, Lazowski et les officiers sous leurs ordres essayèrent de mettre de Tordre. Ils refoulèrent les loqueteux dans les rues voisines, s'emparèrent des maisons qui faisaient face au palais, placèrent les meilleures troupes sur les hauteurs de la place, et mirent les canons en batterie devant le pavillon de THorloge.
Bientôt les plus hardis s'avancèrent, voulant frapper aux portes, et grimpèrent sur le mur qui séparait les cours de la place. Ils se mirent, de là et par les trous des planches mal jointes, à haranguer les soldats du Roi.
Mais, sur un ordre venu du maréchal de Mailly, qui commandait en chef, toutes les troupes échelonnées dans la cour royale rentrèrent dans le grand vestibule. En ce moment, vers neuf heures, on apprit à la foule que le Roi avait quitté le palais, et que telle était la cause du mouvement des soldats. Une vingtaine d'individus, armés de poutres et de . madriers, donnent sur la grande porte de la cour royale. Elle cède. La multitude se prédpite avec des cris effrayants.
Westermann et ses officiers établissent quelque ordre dans cette armée, qui se place sur trois rangs, de chaque côté de la porte, le dos tourné à la muraille. Pn prend les trois^ canons abandonnés par les Suisses, et on les tourne contre le château avec ceux que les envahisseurs ont amenés.
Une troupe compacte, composée surtout des Marseillais, commandés par Granier, s'avance, encouragée par l'apparence pacifique du château. Les Suisses, postés aux fenêtres, font signe aux émeutlers de s'éloigner. Ceux-ci continuent leur chemin.
Arrivés dans le vestibule, ils voient les Suisses rangés sur les degrés de l'escalier qui mène à la chapelle. De plus en plus rassurés sur les intentions débonnaires des soldats, ils essayent d'un nouveau plan. Avec le croc des hallebardes, qu'ils passent dans les cheveux noués des Suisses, ils les tirent à eux et en assassinent quatre. Un des insurgés tire un coup de pistolet. Les Suisses perdent patience.
Une petite troupe d'une centaine de soldats s'avance, les insurgés reculent. Elle sort dans la cour royale, se forme en bataillon carré et continue de s'avancer, cette fois, en faisant feu, jusqu'au milieu de la place du Carrousel.
Ce fut une débandade comme l'histoire n'en montre guère d'exemple. Cette immense multitude d'hommes armés s'enfuit en hurlant de désespoir, en gémissant, en pleurant, en demandant grâce. Les uns rampent, les autres se sont cachés dans les caves, les armoires, les cheminées des maisons voisines, la plupart courant droit devant eux, en disant qu'iV^ sont trahis, et ils courent si bien, que beaucoup ne s'arrêtent qu'au faubourg Saint-Antoine.
En un instant, la place est vide. Il y reste quelques cadavres et les canons •
Mais, sur un nouvel ordre écrit du Roi, qui, sur les instances de l'Assemblée, a mandé de cesser toute résistance, les Suisses rentrent au château.
Les sans-culottes, n'entendant plus de bruit, sortent de derrière les murailles, prudemment, comme les souris quand le chat s'est éloigne. Ne voyant plus personne sur la place ni dans les cours, ils se reforment tellement quellement en ordre de bataille devant l'hôtel de Longueville. On remet en batterie les canons que les Suisses n'ont pas eu le temps d'enclouer. Quelques braves vont mettre le feu à la loge du portier. On lance une centaine de boulets contre le château. Rien ne répond. Alors la grande armée des sans-culottes s'avance avec un redoublement de vaillance, la masse des fuyards se précipite en avant et s'engouffre dans le château, suivie d'une nuée de citoyens et de citoyennes qui accourent au sac , à l'assassinat, au spectacle. Il est midi. L'orgie révolutionnaire va durer dans toute sa splendeur jusqu'à cinq heures. Bientôt toutes les portes, toutes les fenêtres sont ouvertes, arrachées ou brisées. Le bruit du dedans et du dehors, ce bruit qui resta dans la mémoire des contemporains, nos grands-pères, comme le chant caractéristique du 10 août, cette mélopée infernale, cette élégie démoniaque de la chute de la vieille France, se faisait entendre par tout le palais, à partir de la chapelle, en venant du pavillon de Marsan.
C'était un bourdonnement effroyable. On eût dit qu'un génie, sorti
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de l'enfer, avait composé une cantate, en assourdissant, pour les mieux fondre ensemble, toutes les clameurs des assassins, toutes les plaintes dès victimes. Les chants furieux du triomphe, les hurlements des brutes ivres de vin volé et de sang lâchement versé; les refrains obscènes des sans-culdttes femelles, chantant Tavènement d'une ère nouvelle, dont elles seront les anges adorés ; les hymnes patriotiques salis par les bouches où ils passent; le crépitement de la poudre et du plomb tuant les faibles, les innocents, les désarmés; les gémissements des hommes expirants, les vaines supplications des hommes qu'on va égorger; les hoquets des moribonds, les râles des blessés, les malédictions des torturés, les appels désespérés; le craquement des meubles brisés, les sifflfements de Tincendie, tout cela composait une musique sous-humaine^ qui célébrait dignement, avec une grandeur épouvantable, la chute de la monarchie.
Parfois, du milieu de ce trémolo satanique, et déchirant ce bourdonnement, un coup de fusil plus rapproché se faisait entendre, un sanglot se détachait de Tensemble, un gémissement devenait distinct. On entendait le nom de Dieu, le nom de Tépouse bien-aimée, de l'enfant bientôt orphelin, qui sortait du concert sinistre en compagnie d'une raillerie C3^nique, d'une clameur sauvage; puis le doux appel et la malédiction sanguinaire s'évaporaient pour ainsi dire, et allaient rejoindre les notes analogues dans le terrible concert, qu'ils continuaient et renforçaient.
Dans la chapelle, tout était brisé, les tapis déchirés, les tableaux crevés. Par une fantaisie d'artiste en blasphème, on avait mangé sur l'autel, sali les pupitres et les violons des musiciens. L'orgue était démonté. Un homme à la figure joufflue soufflait dans les tuyaux arrachés, avec des gestes de pitre, au milieu des rires de quelques bourgeois. Dix-sept cadavres gisaient à côté de la porte de la sacristie. Ils étaient à demi-nus, les visages étaient hachés ; des milliers de mouches bourdonnaient autour des trous de leurs blessures. Quelques-uns s'agitaient dans les dernières convulsions. Trois femmes étaient étendues un peu plus loin.
A la partie du grand escalier qui montait, en fer à cheval, du grand vestibule à la porte de la chapelle, il y avait eu une ombre de résistance. Chaque marche portait un corps mort. Le sang cou-
lait de degré en degré, épouvantable cascade! et une odeur acre, l'odeur particulière aux abattoirs, saisissait la gorge. Une bande de gens, commandés par Lazowski, parcourait le palais.