‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 32 sur 112 · LE 14 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LE 14 SEPTEMBRE

Le Roi, qui >v>il été prlioaaicr dcpuii le retour de Varenaet, prila lerment i la noutellc Coaililntlan,

laqueric «I enfin ichcTte, le u leptembre 1791. Le 3a lepterabre, U Consliluinle c«u d'«Ei*ler. Eii

Tingl-huii mois d'ciitteace elle a lolé deux mille cinq ceals lait.

La Caniiiiuiale ■ proclama quelques sages principe! qui liaient souhaitit par toule la France dis avant la Rivolntion, comme le vote dis impâls par les reprtsentants de la nation, comme l'fgaliltdc tous deranl la loi, comme la liberté de coD>cience, comme la néceiiitt de la mooarcbie. Mais c'ul elle qui par sa légèreté, ton ignorance, son esprit de révolte et d'impifié, a comment 1i décadence de la France.

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Outre leurs sabres et les fusils qu'ils portaient en bandoulière, ils agitaient de longues broches qu'ils avaient enlevées dans les cuisines.

Ces hommes, aux vêtements raides de sang, aux regards sombres, ne chantaient pas, ne hurlaient pas. C'était le bataillon sacré de la Révolution.

Ils ne pillaient pas, ils ne brisaient rien. Ils exerçaient le sacerdoce du meunre patriotique. Un cri de : Vive la Nation ! accompagnait chaque coup qu'ils frappaient. C'était tout. Ils n'étaient pourtant pas dépourvus d'une certaine grâce fantaisiste. En ce moment, ils allaient embrocher les Suisses de la chapelle, les morts comme les mourants, afin d'organiser une procession qui rappelât, à la mode jacobine, la cérémonie du Malade imaginaire.

Dans la partie gauche du palais, là où se trouvent les appartements de la famille royale, le spectacle était le même.

Les envahisseurs avaient généralement respecté, on ne sait pourquoi, les rideaux, les tentures et les tableaux; rien du reste n'avait échappé à leur rage. Meubles, portefeuilles, matelas, instruments de musique, linge, tables à jeux, objets d'art, vêtements, tout gisait, brisé, éventré, lacéré. Les glaces, principalement, s'étaient attirées la haine des sans-culottes, sous le prétexte que l'Autrichienne aimait à s'y mirer. La fureur démocratique les avait pilées en morceaux si menus, que le sol en était comme poudré et qu'on ne pouvait marcher sans se déchirer les chaussures.

Le sang — toujours le sang! — ruisselait à travers ces débris; le vin coulait à côté ; les bouteilles vides nageaient dans ces ruisseaux en compagnie de poulardes hideuses de taches étranges, de poissons éventrés, de flacons de lavande, de seringues, de débris de fauteuils dorés, de lambeaux de dentelles et de morceaux de chair humaine. Dans ce bourbier jacobin, à côté de cadavres saignants, déjà rigides ou pantelants encore, des sans-culottes, complètement ivres, dormaient. D'autres, en titubant, en riant aux larmes, avec mille grimaces désopilantes, trébuchaient sur 'les frères et sur les ennemis, ou se promenaient, avec une solennité bouflfonne, revêtus des splendides habillements de la garderobe du roi, de la reine et des grands-officiers. Les portefaix, les décrotteurs, se pavanaient sous les grands cordons des Ordres, dans les habits de velours brodés et les vestes de soie brochée.

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D'autres, — et ils étaient nombreux, — les cheveux rouges de sang ou jaunes de fiel, avec des entrailles d'homme en guise de colliers, les vêtements chamarrés de plaques noirâtres, et le visage zébré par des ruisseaux de sueur pourpre, portaient au bout de sabres, de piques et de baïonnettes, des têtes coupées, des lambeaux de chair, des quartiers de corps humain. Enfin des femmes, oui, des femmes, avaient attaché à leurs cornettes, en guise d'aigrette, à leurs corsages, en guise de bouquet, certaines parties du corps des Suisses massacrés.

Ici^ dans un coin obscur, on découvrait un Suisse caché. Le pauvre diable, blême ou furieux, se mettait à genoux ou essayait de se défendre. Il invoquait la pitié des bourreaux, et parlait de sa femme ou de sa mère en un langage qui faisait rire aux larmes les sans-culottes, ou bien, l'écume à la bouche, il maudissait les lâches. Le peureux, comme le vaillant, était massacré ; ou bien on le jetait par la fenêtre, et, en bas, d'autres sans-culottes le prenaient ei le portaient, vivant encore, au milieu des feux allumés dans les cours. Ou bien c'étaient les domestiques, les cuisiniers, jusqu'aux hommes de peine, qu'on pourchassait au fond des caves, dans les recoins les plus obscurs des combles.

Le bon peuple badaud, les curieux, les gardes nationaux, les honnêtes artisans, les graves petits bourgeois, se promenaient tranquillement au milieu de tout cela, souriant aux chansons obscènes, admirant ces beaux débris, recueillant avidement quelques parcelles, et sans qu'aucun songeât à protester, ou même à s'étonner en présence de ces horreurs.

Ce ne fut même pas l'horreur de ces tableaux qui resta dans la mémoire du bon peuple parisien. Il ne fut guère frappé que de la grande quantité de bouteilles cassées et de la pluie de plumes. On avait cassé tant de bouteilles, en effet, que le voisinage du château fut difficilement abordable pendant quelques jours, et on avait éventré tant de lits, que, pendant plusieurs jours aussi, il y eut sur Paris comme un vol de papilUons blancs.

En fait, cette aventure fut plus grande dans son résultat que dans son acte, et plus notable par le crime que par le courage. On assassina beaucoup plus de gens désarmés qu'on n'en tua d'armés.

L'ignoble Père Duchesne assura que, le lo, on avait donné la mort

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à quatre mille citoyens. Des calculs, aussi précis qu'il est possible de le faire en de telles circonstances, portent à croire qu'il y eut tout au plus cent personnes tuées parmi les émeutiers. Ce que ceux-ci massacrèrent, il est impossible de le déterminer. Ils égorgèrent jusqu'aux marmitons du château, et c'était une rage de fauve, non un accès de colère politique; car la plupart des domestiques étaient les espions de ces jacobins. Des Suisses, on massacra tout ce qu'on put, au château, dans le jardin des Tuileries, sur la place Louis XV, dans les rues, et jusqu'à ces quatre-vingts prisonniers qu'on menait à l'Hôtel de ville.

Le Règne de la liberté^ le Gouvernement intérimaire; les Débuts de la Convention, — Le 1 2 août, l'Assemblée législative avait voté la loi électorale de la future Convention. Elle ne s'était pas mise en grands frais d'invention; elle avait décidé qu'on suivrait les règles établies précédemment; elle s'était bornée à détruire tout cens électoral. Les élçcteurs devaient se réunir le 2 septembre. Ce fut le premier jour des fameux massacres. Il faut retenir cette coïncidence.

Dès le 1 1 août, les paysans des environs de Paris avaient été organisés pour faire la chasse à l'homme. Dans la ville, toutes les maisons «ont visitées. La nuit, les rues doivent être éclairées a giorno^ pour qu'un royaliste n'ait aucune chance de se cacher. On en envoie par charretées des milliers dans les prisons. Le 17, on établit un tribunal extraordinaire pour juger « les crimes commis le 10 août ». Les crimes, on sait ce que cela veut dire : les criminels sont cçux qui défendaient la loi, avec la royauté.

Au moment où on annonce la conquête définitive de la liberté illimitée, s'en va la dernière ombre de la liberté réelle. On guillotine la liberté de la presse, car du Rosoi, qu'on supplicia le 24 août, n'a commis d'autre crime que d'être un journaliste d'opposition. On guillotine en même temps M. de La Porte, parce qu'il est intendant de la liste civile, et que la liste civile a eu à sa solde beaucoup des révolutionnaires vainqueurs. Il sait, par exemple, combien d'argent l'on a donné à Danton, sous prétexte de lui acheter la charge d'avocat, et sous d'autres prétextes, et sous aucun prétexte. Si bien, qu'espérant relever la bassesse à force d'effronterie, Danton dira un jour : « Je me suis vendu, c'est vrai, mais je ne me suis pas

livré, a II aimait mieux être voleur que vénal, et ce père adoré de la Révolution avait inventé le métier bien révolutionnaire de mendier l'argent d'autrui et de lui couper le cou en guise de quittance. Ce que M. de La Porte savait de Danton, il le savait de cent autres des

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