‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 33 sur 112 · LA DANSE MACABRE RÉVOLUTIONI · texte numérisé non relu

LA DANSE MACABRE RÉVOLUTIONI

<AiRE (suite)

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principaux chefs du mouvement, et notamment de Camille Desmoulins, dont Mirabeau dit, dans sa correspondance secrète, que c'est un homme ■ facile à acheter ». 11 savait donc trop de choses pour vivre.

Les kuil mille et les vin^t mille citoyens qui ont signé des protestatations constitutionnelles contre la journée du 20 juin, et tous ceux qui, de près ou de loin, ont eu des relations avec la monarchie, FftAHCB RÉT01.UT. — Lïvr. 14.

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apprennent qu'un, tribunal, nommé le Tribunal extraordinaire, est créé spécialement pour les épouvanter et les condamner.

C'est au milieu de. cet effroi, , quand la Révolution a bien inculqué à la presse l'idée de ses nouveaux devoirs, à l'émeute la conviction de ses droits absolus; quand elle a débarrassé ses plus chers enfants de la crainte de toute révélation, et lâché à toute volée l'espionnage et la délation ; quand elle eut envoyé en province, comme commissaires extraordinaires et tout-puissants, les plus insolents agents de la Commune parisienne, et comme délateurs les plus vils dantonistes, c'est alors qu'eurent lieu l'organisation des élections primaires et le choix des électeurs.

On devine de quelle liberté jouirent ces électeurs, et qu'elles furent ces élections d'où sortirent la Convention et la République.

Quel était le régime sous lequel se préparaient ainsi les destinées de la France nouvelle, l'avènement de la République et l'intronisation de la Révolution dans l'humanité ? On n'a pas assez étudié ce gouvernement de quarante et un jours (lo août-21 septembre). Ce fut presque l'idéal du gouvernement révolutionnaire.

Le 10 août, la Législative avait, par deux cent quatre-vingts voix seulement, — c'est-à-dire pas même les deux cinquièmes de ses membres, — confié les pouvoirs les plus extraordinaires à un Conseil exécutif, composé de six ministres et d'un secrétaire. Mais comme, de ces ministres, Danton, étant le plus populaire, était le plus puissant, c'est lui qui, en réalité, jouit de ce pouvoir extraordinaire; et comme il était l'allié de la Commune insurrectionnelle, issue de l'émeute, c'est à la Commune de Paris qu'il remit ce pouvoir.

Sentant sa force, et toute fière du succès qu'elle venait de remporter sur Louis XVI, cette Commune pensa qu'il était temps de montrer les aptitudes gouvernementales de la Révolution : elle affirma la liberté de conscience en égorgeant les prêtres; la liberté électorale en chargeant l'étranger Marat de représenter la démocratie française; la liberté politique en envoyant le valet Tallien annoncer aux législateurs qu'elle les mettait en tutelle. On connaît ces deux personnages, Marat et Tallien, qui prendront la tête du troupeau révolutionnaire, l'un au 2 décembre 1792, l'autre au 9 thermidor de l'an IL Ils sont divers divers de tempérament et d'aventures^ comme de physionomie, mais

semblables en ceci : ils représentent excellemment le courage jacobin, cette espèce de lâcheté rembourrée de fanfaronnade et d'effronterie qui rampe jusqu'aux sommets et qui, en se cachant dans les caves, en s'agenouillant devant les rivaux momentanément puissants, parvient à ' diriger l'opinion de la plus généreuse, de la plus follement ombrageuse nation du monde.

Marat, on Ta peint cent fois avec sa face bestiale, son front fuyant, sa bouche hideuse, sans cesse grimaçante, avec ses petits yeux haineux, dont chaque regard est une envieuse malédiction contre ce qui est beau, pur et franc. On voit ses larges mains sèches, allongées, comme les pattes des fauves, par de longs ongles sales et acérés, qui se portent frénétiquement sur toutes les parties du corps, où ils grattent sans vergogne. 11 sent la charogne, disent les contemporains, son âme exhale la même odeur fétide; et la démocratie révolutionnaire aime ce parfum dans les âmes, comme elle flaire sans dégoût cette senteur de corps. Il demande la tyrannie furieuse pour établir la liberté sans limites; et la démocratie révolutionnaire aime la tyrannie furieuse et la liberté sans limites. Il demande cent vingt mille têtes, et il jure qu'il aime passionnément le peuple ; et la démocratie révolutionnaire est à la fois sanguinaire et sensible. Voilà pourquoi il fut VAmi du Peuple.

De Tallien, moins ignoble et partant moins aimé de la Révolution, on connaît aussi la figure agréable et sans vigueur, dont Tovale rétréci faisait ressortir la largeur du front. Fils d'une domestique de grande maison, et fort choyé par son maître, il y eut toujours en lui du Scapin rival de son maître^ du Mascarille revêtu des beaux habits de Léandre et portant assez gaillardement son épée.

Le nez fort long, qui commençait en bec d'aigle et finissait en pied de marmite, dévoilait tout le caractère du personnage, personnage sans grandeur et qui fit une grande chose ; homme sans génie, qui sauva la France par des motifs vils et par des moyens qu'il n'avait pas prévus. Etre sans fierté, il rendit la fierté à la jeunesse parisienne, qui le méprisait et qu'il trahit; esprit souple et prompt aux assimilations, il lançait des éclairs qui semblaient présager la foudre, et qui servaient simplement d'annonce à une farce des Folies-Dramatiques. Les chefs de la Commune ne demandaient pas mieux que de voir durer cet admirable gouvernement. Mais il fallait un nom qui recou-

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vrît d'une apparence de formes cette débauche de souveraineté populaire.

C'était aux souvenirs de Rome et de la Grèce qu'on demandait conseil. Dictature, triumvirat, tribunat : voilà ce qui se présentait pour remplacer la monarchie. Cela ne résonnait pas mal, et Marat, Robespierre et Danton s'arrangeaient fort bien de ces haches romaines. Les révolutionnaires parisiens eussent accepté avec joie cet atroce triumvirat; et bien des conventionnels nous diront qu'on chercha, dès leur arrivée à Paris, dans le courant de septembre, à les y amener. Mais la France n'était pas encore assez corrompue par la Révolution; elle fut épouvantée. Ce fut surtout pour fuir le despotisme de la Commune de Paris que la France accepta la République. On subissait cette nouveauté au lieu du mal connu.

Cette entrée de la République eut toutes les allures d'une invasion de puissance étrangère. Ce fut bien là le commencement de la guerre que la République fait à la France depuis cent ans pour la conquérir et l'asservir à la Révolution.

Pour être renseigné, il faut consulter Phistoire des élections qui suivirent la chute du trône.

C'était, comme pour les États généraux, une élection à deux degrés, c'est-à-dire que les électeurs primaires choisissaient un certain nombre à^électeurs du second degré^ lesquels se réunissaient pour nommer les députés.

Pour les élections primaires, on priva de leurs droits d'électeurs les citoyens qui déclarèrent courageusement vouloir conserver la monarchie, et on commença des poursuites contre les auteurs de cet attentat. C'est le mot officiel; et c'est le commencement de la liberté éleaoralel

Les élections du second degré, nous devinerons la liberté dont elles jouirent, en nous rappelant qu'à Paris elles eurent lieu pendant les massacres de septembre. Dans les Bouches-du -Rhône, le corps électoral acclamait les massacreurs ; à Reims, où l'on assassinait comme à Paris, les assassins déclarèrent que les massacres continueraient tant qu'on n'aurait pas nommé Armenonville, un cardeur de laine, ignare, imbécile et ivrogne. On le nomma.

Nous pouvons, par là, juger du reste. Barbaroux, le républicain par excellence, nous peint — et il y met la modération d'un com-

tk.

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