‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 40 sur 112 · PORTRAIT DE ROLAND · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE ROLAND

Il »l fonemcnt aonpfODOf d'itrc devenu Mpubtïciin parce qu'il n'tviil pu oblenir dc> lettres d'aaablu< Mmcnl. On le nomni* le vertueui Rolind perce qu'il [ut le premier i >e prCiealer devtnt le Roi nec d(> •Dulicrs Itcit. On le Domme ^lemeat rinltgre Rolind perce que, e'il mit les fonds secrets dans !■ pocbe de son iml LouTct, il ne pirelt p» qu'il lei mit dtni le eienne. Laborieux et pideol, slmsat sinctremeot le bien, pourvu qu'il l'idnrinistrlt, absolumeul convaincu que Roland ttait propre à tout et les auim propreat rien, d'une iranilf ivide, d'une euffiiance insatiable qui le mariait curieusement ivec nn patrioliime réel, mata conditionnel, il pasea >a vie politique à chercher i ae faire une tète romaine, et il est un des personnage* grotcaques de l'histoire.

Il doit surtout celle phyiionomie ridicule 1 ton époiur, qui admirait Barbaroui, qui adorait Buiot et qui estimait son mari parce qu'il lui laissait tcrirc des dfptcheaoû le ménage Roland donnait au Pape des leçon* de théologie et d'humanité. Roland, battu cl privé de la femme, qui (tardait aur aon «ein nn portrait qui n'était pas celui de Roland, ae lua. On trouva sur lui un mol quil [aul garder dans l'histoire de ta Rêva* lalion : • Je n'ii pai mulu rester plus longtempi sur une terre chargée de tant de crimes. •

On n'était encore qu'au lâ novembre 1793.

paient la place, en chassaient ceux qui leur déplaisaient, et surveillaient soigneusement ceux qui étaient parvenus à entrer. »

Ce fut au 3i mai, ou plutôt au 2 juin gS, que la Rue et les Tribunes montrèrent la plus majestueuse de toutes leurs attitudes. On

DINER DES FÉOÉRés MARSEILLAIS AUX CHAMPS-ELYSÉES, LB 30 JUILLET 1 792

Piril prcDiil de ioor ea iour an aspcci plua msnafiai cl plui lumullncux. De louts put irriTtical Ici f&léréi, qai, « rcgirdml coinmc lu rcprfKDUati trraii de U aatioa, innoofiitat que leur miisioD <ult de reDrencr le trûne. Li légion marietllaiie, composât ea pirtte de far;>t< ma! libfréi, tIdI accroître la Terrear. Les grenadiers de 11 garde naliooalt parlilenne ne voulurent pas pirallre intimidéi par cei brl' ganda, cl, dam on rcpai où ili t'étaient réunii au nombre de qaatre-iingt), ils portèrent la santé habituelle : Vive la Mifion et tt Roil Les Marseillais réunis dans les cabarets vai lins, regardani ce toast comme cantrc-réTolutionoaire , s'élancent le »bre à la inslD sur les grenadiers; ceur>ci tonl accablés par lé nombre, plusieurs sont blessé* et l'un d'eux est tué. Le reste de la garde nationale paritienaa n'ose fiire macune démonilratioB cogtre Ici fédérés marseillais, qui realreotdaas leurs casernes eu chanlaal victoire.

FttAMCi ftivobUT. — Livr. 3o.

connaît la grotesque promenade que fit alors la Convention autour des Tuileries, avec une angoisse comparable à celle d^une bande de de souris courant çà et là dans une ratière et cherchant vainement un trou pour s'échapper.

Ce jour-là, quand on proposa l'arrestation des Girondins, une grande partie de la Convention s'abstint. Les décret fut voté par les Montagnards et par « les membres des tribunes, qui s'étaient assis sur les bancs des Conventionnels».

Ainsi les tribunes ne se contentaient plus de diriger la Révolution, de contrôler les députés; elles fournissaient même des représentants spontanés du peuple. Désormais, ces Conventionnels de bonne volonté descendirent dans la salle, dans les couloirs de l'amphithéâtre, sur les bancs. On les y laissa faire jusqu'au 9 thermidor.

Mais ce n'était pas seulement à la Convention que lès tribunes étaient toutes-puissantes. L'Assemblée législative avait décrété, le 27 août 1792, la publicité des séances de tous les corps administratifs. Chaque club, chaque société politique avait ses tribunes. . Demandons au célèbre ami de Voltaire, à Morellet, de nous conduire à l'Hôtel de ville, où il va demander un certificat de civisme :

a J'arrive à l'Hôtel de ville, sur les six heures du soir (c'était en septembre 1793). Je trouve les deux amphithéâtres des extrémités de la salle, garnis de femmes du peuple tricotant, raccommodant des vestes et des culottes, la plupart avec des yeux ardents, un maintien soldatesque, payées pour assister au spectacle et applaudir aux beaux endroits. Vers les sept heures, le conseil de la commune se forme. Le président, qui était le fils d'un boucher nommé Lubin, occupait une tribune séparée, avec les officiers principaux et les secrétaires, ayant en face, sur la droite, des gradins où siégeaient les membres du conseil,

« Le procureur de la commune, Hébert, se leva pour invectiver les J

jolies femmes d'aristocrates, à la grande satisfaction de toutes les vieilles ^ et les laides qui étaient dans l'Assemblée.

« La lecture du procès-verbal fut suivie des entrées et des com* pliments de cinq sections qui venaient présenter leur contingent du premier recrutement. Chacune de ces troupes entre dans la salle à grand renfort de tambours et de musique militaire. Chacun pérore par la bouche d'un orateur qui parle, au nom de ses camarades, de ci-

LE GOUVERNEMENT tS»

menter dans le sang des tyrans Tédifice de la liberté. A quoi le président fépond sur le même ton. Ensuite il entonne d'une voix aigre l'hymne des Marseillais, que toute la salle continue avec transport, et, en petite pièce, le Ça ira accompagné par les claquements de mains et les battements de pieds de tous les patriotes.

« Après les sections, nous eûmes Thommage que vint faire de sa valeur un soldat blessé, appelé Compère, qui commença son discours par ces paroles : « Citoyens, j*ai-t-été à l'armée et j'ai-t-eu une blessure « que la v'ià, et Ton m'a-t-envoyé faire mon serment que Je jure de « mourir à mon poste et d'exterminer tous les tyrans. » Les applaudissements ayant couvert cette harangue, le héros blessé en fut si content qu'il crut devoir recommencer. On l'applaudit de nouveau. Mais il voulait répéter son compliment une troisième fois, on lui fit comprendre avec quelque peine que c'en était assez, et qu'il fallait que chacun eût son tour.

« A celui-là succèdent trois déserteurs autrichiens venant offrir leurs services à la rébiblic francès. Le président leur ayant dit de lever la main, ils en lèvent deux bien haut. Alors le président leur dit : « Vous jurez d'exterminer les tyrans ? — la. »

« Il y eut un harangueur qui dit : « Nous jurons la liberté, l'éga- « lité, la fraternité, la seule trinité à laquelle nous voulons croire, »

« Jusqu'à neuf heures et demie, ce furent des harangues de

sections, puis l'hymne des Marseillais, puis des chansons sur des airs d'opéra comique, que le président Lubin, orné de son écharpe, chantait hors de mesure avec une voix, des agréments et des manières de beau Léandre, qui ravissaient les spectateurs. L'assemblée répétait communément les derniers vers du couplet.

« La tribune était occupée par des jeunes gens coiffés de l'ignoble bonnet rouge, qui commençait à prendre faveur. Ils juraient, comme de raison, d'exterminer tous les tyrans. L'un d'eux termina sa harangue en s'écriant : « Annibal, pour jurer, n'attendit pas vingt ans. » L'Assemblée applaudit, persuadée qu'Annibal avait commencé dès l'enfance à jurer par b... et par f... en bon jacobin!

« Après la réponse du président, un des jeunes bonnets rouges demanda la permission de chanter une chanson qu'il avait composée. On Ty autorisa. Un jeune homme, aux cheveux gras tombant sur les

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yeux, à la poitrine découverte, se mît à chanter douze couplets sur la nécessité de massacrer les prêtres rassasiés de crimes, et de les ensevelir sous leurs autels ensanglantés; couplets applaudis avec transport et répétés par les femmes des tribunes trépignant de joie. Ceux qui n'applaudissaient pas étaient dénoncés et obligés d'agiter leurs chapeaux et de lever les mains en Pair. »

Nous nous arrêtons là. D'autres chroniqueurs nous indiquent des scènes plus révoltantes au milieu des paroles obscènes et des odeurs abominables. Pensons que nous ne sommes encore qu'en 1793, à Paris, à l'Hôtel de ville. Songeons à 1794; descendons quelques échelons dans l'ordre intellectuel ou moral, pour arriver à chacune des quarante-huit seaions de la capitale. Rappelons-nous les quarantequatre mille municipalités, avec le cortège de comités, de sociétés, de clubs, qui sont tous sous la surveillance de la populace. Nous pourrons imaginer quelle était Fespèce, quelle était la force de cette puissance gouvernementale de la Rue et des Tribunes.

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