LES CLUBS ET LES SOCIÉTÉS POPULAIRES
Le principe des sociétés populaires était considéré comme primordial. Il tenait du droit de penser et d'exprimer sa pensée, qui était noté comme le plus précieux dans la Déclaration des droits. Il était dans Tordre de la souveraineté du peuple, ce qu'est le souffle dans l'organisation du corps humain. « Le peuple français, l'Assemblée, les clubs, voilà les trois membres de la trinité révolutionnaire, et ces trois ne font qu'un. » Ainsi parlait-on en 1792.
Le 2 décembre 1789, paraît l'article de la constitution qui consacre pour tous les citoyens le droit de s'assembler « paisiblement et sans armes ». En 1791, décret qui permet aux soldats d'assister aux séances des clubs.
A cette date, ces clubs s'arrogent le droit, qu'essaye en vain de leur enlever la Constituante (3o septembre 91), de faire comparaître les magistrats à leur barre, de porter des décrets et décisions sur les affaires politiques.
En décembre 91, quelques membres de la Législative demandent que l'Assemblée ne reçoive plus les adresses des clubs, « parce qu'elles ten-
LE GOUVERNEMENT lî?
dent à donner l'expression d'un petit nombre d'hommes comme celle de la totalité. » L'Assemblée refuse.
En 1793, la section des Arcis demande qu'on interdise toute correspondance et affiliation entre eux, La Convention refuse.
Le i3 juillet, défense aux autorités de troubler les sociétés populaires; le 25 juillet, décret contre ceux qui voudraient les dissoudre ou
JEUX DE CARTES RÉVOLUTIO KN AIRES IMclu* Mutiui rcmptkçinl le Tticl de Irtflc.
les empêcher de s'assembler. Le 22 août, les Jacobins demandent que la peine portée contre ces trouble-clubs soit la mort. Le 3o octobre (9 brumaire an H), on est obligé de prohiber les sociétés de femmes, tant elles sont devenues ignobles, et le 27 janvier 94, la commune de Paris interdit les clubs de jeunes gens, tant ils sont grotesques.
A part cela, c'est le temps de la grande puissance pour les sociétés populaires. Collot d'Herbois proclame à la tribune des Cordeliers, que nulle puissance ne peut s'immiscer dans leurs débats, contrôler leurs décrets, s'opposer à leurs décisions intérieures. C'est à elles que le Comité de Salut public demande de désigner les citoyens dignes des fonctions
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publiques. Leur grand travail est de harceler la Convention pour qu'on augmente la liste des suspects, qu'on en débarrasse la République, « afin de mettre les sans-culottes à même de jouir de leurs biens ». Après le 9 thermidor an II, tout ce qui restait d'honnête et de sensé en France s'éleva contre elles.
Le 6 fructidor an III (lygS), sur un rapport de Mailhe, décret qui dissout les sociétés populaires; 8 ventôse an IV, nouveau décret qui les dissout; 17 pluviôse an VI, circulaire qui recommande de les surveiller attentivement. Il fallut le 18 Brumaire pour les écraser définitivement.
De toutes les sociétés, la plus illustre fut, sans contredit, celle des Jacobins, archi-type du club, parfait modèle de ce gouvernement anonyme et sans responsabilité, qui est au-dessus des lois, défie l'administration, raille la police, méprise tout règlement, mais qui réserve toute discipline (celle-là inflexible) pour son foyer domestique, comme les voleurs pour l'intérieur de la caverne.
Le grand club rassembla en un faisceau et sut mettre à son service les plus actives forces de la presse, de la rue et des tribunes. Avec cette aide, il se tint toujours à la tête du mouvement révolutionnaire, qu'il guidait sans le violenter. Il parvint à imposer ses volontés à la nation et au gouvernement, accapara tous les clubs, monopolisa l'opinion, forma une classe gouvernante dont la masse représentait, nous disent les contemporains, le niveau intellectuel et social des domestiques de bonne maison. Il avait pour objectif politique d'écraser tout ce qui dépassait ce niveau; et, en effet, il conduisit la France à cette bassesse jusqu^au 9 thermidor an IL
Alors, amaigri du cerveau par des saignées successives, pourri de paradoxes et comme alcoolisé de fureurs, le Jacobin tomba raide. La forteresse céda devant onze hommes qui chassèrent à coup de pichenettes le bataillon sacré de la Révolution.
« Ce grand arbre planté aux Jacobins par les Bretons, w disait Camille Desmoulins. Les députés de Bretagne, sans excepter ceux de l'ordre du clergé, auxquels se joignirent quelques représentants de la Franche-Comté et du Dauphiné, provinces d'opposition, avaient, en effet, formé à Versailles, en juin 89, un club qu'on appela d'abord breton^ et qui devint bientôt la Société des Amis de la Constitution.
De Versailles, ils vont à Paris se réunir dans la bibliothèque du
couvent des Jacobins (à l'endroit où se trouve aujourd'hui le marché Saint- Honoré), A ce moment, Barnave et les Lameth sont, écrit Desinoulins, les « arcs-boutants » de la Société, nous pouvons ajouter le duc d'Aiguillon et le vicomte de Noailles, dont Tinfluence dura pendant toute Tannée 1790. Le 6 octobre 1789, ils ont quitté la bibliothèque pour réglise du même couvent, endroit sombre, qui devient lugubre à la nuit, mais amplement vaste et qui peut contenir, grâce aux tribunes, deux mille personnes. C'est le 6 novembre 1790 que nous voyons la Société apparaître officiellement devant l'Assemblée par un discours sur la fameuse salle du Jeu de Paume de Versailles.
Le 7 mars 1791, les Jacobins déclarent qu'ils comptent deux cent vingt-neuf sociétés affiliées; quelques jours après, ils donnent cent quatre-vingt-cinq nouveaux noms; dans ce chiffre ne sont pas comprises les sociétés à qui l'on n'a accordé que la correspondance. On promet de publier des listes complémentaires
En mai, la Société crée un journal : le Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution. Plus tard, tWe aura la Montagne^ et aussi une feuille spéciale qui publiera les correspondances à elle envoyées par ses filles de province; pure feuille de délation et de proscription.
Pendant toute cette année 1791, la politique des Jacobins est fort nette. Elle défend avec beaucoup d'énergie la monarchie contre les Brissotins, et proclame que la république ne peut convenir à une grande nation.
Toutefois, dès le mois de janvier 1792, les Constitutionnels la quittent pour laisser la place aux royalistes-démocrates qui continuent, sous la conduite de Robespierre, la guerre aux républicains de la Gironde. Maximilien fit de vains efforts pour s'opposer à l'emploi du mot <c jacobin », qu'il blâme comme sinistre. Ce mot entre dans l'usage populaire au commencement même de cette année 92. Le sobriquet Société-mère deviendra usuel seulement au mois de décembre.
Avant cette époque et après le 10 août, elle a fait un grand pas vers la démagogie. Les chroniqueurs disent qu'après le 2 septembre on a vu apparaître deux ou trois cents nouveaux visages de gefis peu connus, qui ne parlaient jamais, qui applaudissaient d'ensemble et au mot d'ordre, et toujours aux discours de Robespierre. La Société fit
signe d'ignorer les massacre de Septembre et n'en souffla mot aussi longtemps qu'ils durèrent; elle prit ensuite le parti des massacreurs. Le 5 novembre, elle dira que sans eux il n'y aurait pas de liberté! Vers la fin de cette année (ai décembre), la Société décide qu'elle chasse tous les journalistes de son sein, parce que la presse se permet de publier les discours prononcés dans son enceinte, sans vouloir