PORTRAIT DE RŒDERER
Esprit tria délié, Ime dc> plu* lèchti, avec une Tolonii ambiiiiuK d'illcr ■uul hiaf^ac poiiiblc, et une diilincUoD d'intelligence qui l'cnpêcliiit de deaccndre luiii b» que poaiible ; pouiié, parce qu'il u crojrail héritier de Teipril de Voiture, t une vraie folie de haine religieute, il >e livra dès 1» pnmUr» heorea de 89,1 un grand empoTlemeul révolution d aire. Il a'en tenait voloDliera à un régime coualitnlioaoel où il elll été premier miniatre; peut-être fflt-it allé juaqu'i une république athénienne qu'il eAl menéelpaliinenl; maia le rniaaeau démocratique lui répogniil invinciblement. Il appanleat 1 l'eapice paralysante des hommea poliliquea. Il essays, dans U nuit du to juin [791, de paralyser le département de^aris. 11 échous. Dans Taprès-midi du 10 juin il tenta de paralyser l'Aasemblée législative; il réussit 1 demi. Le matin du 10 «oQl, il travailla à paralyser 1» derniers défenseura de la monarchie) il réussit complitcmenl. La Terreur le guérit de cett.' iofirmité intellectuelle, 11 montra beaucoup de décision sous le.Di' TcCloire. Il combattit toufours spirituellement, et cette [ois vaillamment la République.
se soumettre à la censure de la Société. La lutte commence entre les deux pouvoirs» presse et club, Prudhomme la soutient énergiquement. Mais la presse va être vaincue et les journalistes guillotinés, empri-
évÉHEHENTS DE LA JOURNÉE DU
Une iroupe Immcnie dirigée par dti daiftiirii brctoiti, âtt galCricm du \ de Pwiii ïDTthii Ici quai*, U place i dem «Dti geDlilahommes et baurgco einii SaUaei ou gi
■uirci. Le Roi, loujoun pr<oc daane Tordre aan Suiates de et ilort vairiimmeat, p^ntlreot d:
et les SuiiKi.qui ont rendu lei
imbitieuK et composée des gardes idi, des repris de justice, recrnUi u Carrousel et assitge le palais t I, armti i'ipéea et de pislolcti e décharge dci Suisses met en fuite
tionauz des faubourgs de Paris, trente lieues i U ronde autour s Tuilcriei. Il est dtfendu par
jpt d'tviicr l'cITuaion du sang, quitte le palais, ser le feu. L» rïvoluti annal ret, loyint qu'on ne is le chtteau, saccagent, pillent, brQIent.
sonnés, en fuite. Les Jacobins sont convaincus que la liberté de la presse consiste à avoir un journal unique, tremblant sous eux. Cest ainsi, disaient-ils, qu'il faut travailler à Tunité des esprits.
En 1793, la puissance des Jacobins augmente avec leur ambition.
En février, ils repoussent le projet de constitution développé à la Convention et déclarent qu'ils vont en faire une en quinze Jours.
En mars, on constate qu'ils occupent toutes les places. Les douze du
Comité de Sûreté générale sont Jacobins, ainsi que presque tous les membres du Directoire de Paris, de la municipalité, et les chefs de la garde nationale.
Au début de Tan II (qui commence le 22 septembre 1793), la jalousie qui règne d'ancienne date entre eux et le club des Cordeliers s'accentue; la guerre se déclare. Camille Desmoulins prétend que les Jacobins sont à la solde de Pitt et Cobourg. Ils répondent par un redoublement de vertus révolutionnaires : ils avaient déjà (7 septembre gS) demandé que la terreur fût à l'ordre du jour, qu'on établît une armée révolutionnaire ambulante, avec un tribunal et une guillotine dans les bagages de la troupe; le 2 nivôse (22 décembre), ils réclament des vaisseaux sur lesquels la France embarquera « la tourbe impure des contre-révolutionnaires afin que la foudre nationale les engloutisse dans le gouffre des mers ». C'est là la vertu révolutionnaire.
Ils déclarent fièrement qu'il ne suffit pas aux représentants en mission de rendre leurs comptes à la Convention, mais que c'est des Jacobins aussi qu'il faut obtenir un certificat de bonne conduite.
Le 26 pluviôse (14 février 1794), ils interdisent aux défenseurs officieux de travailler à faire rendre la liberté aux accusés sans en avoir obtenu la permission de la Société.
Le 1**" floréal, scène tragi-comique : un comptable a l'audace de réclamer à la Société le payement des loyers arriérés. Collot demande que l'homme soit traduit au tribunal révolutionnaire.
Les Jacobins sont arrivés au faîte de la toute-puissance • Ils ne veulent rien à côté d'eux. Ils se sentent assez forts pour demander l'anéantissement même des Cordeliers. Le 23 floréal (12 mai), Collot d'Herbois déclare que les sociétés établies dans chaque section doivent être détruites. C'est le refuge du modérantisme. Elles s'occupent trop de bienfaisance, qui est « l'arme des riches ». Elles veulent donner au
peuple de Tinstruction, or la science qui résulte de la simple lecture des discours prononcés à la Convention par les Montagnards suffit. Autrement, on détruirait l'unité de la patrie, on travaillerait à avoir diverses opinions, c'est-à-dire une France divisée en deux parties. On ne doit plus conserver que les sociétés affiliées à la Société mère. Ainsi fit-on.
Après avoir atteint, de la façon que nous avons vu, l'idéal de la Liberté de la presse, les Jacobins sont arrivés à l'idéal de la Liberté d'association : un club unique imposant despotiquement une opinion toute faite, et mille petites réunions dépendant servilement de lui.
Quel était alors le nombre de ces sociétés affiliées? Il est difficile de le savoir. Parmi les contemporains, les uns disent trois mille, les autres quatre mille, d'autres quarante-quatre mille.
A Paris, le nombre des membres ne paraît pas avoir dépassé quinze cents. En cette période d'action toute-puissante, ils se recrutaient dans la petite bourgeoisie, dont l'intelligence étroite, active et présomptueuse voulait paraître tout comprendre parce qu'elle ambitionnait tout, et qui travaillait à tout détruire pour essayer de prouver qu'elle pouvait tout remplacer. C'était cette classe récemment sortie de la domesticité, qui, devenue l'élément principal de la société, était la classe dirigeante de la République, avec l'armée des sans-culottes pour pouvoir exécutif; pouvoir docile d'ailleurs, et qui attendait à la porte des Jacobins pour exterminer tout ce qui en était exclu : « l'exclusion des Jacobins est le premier pas vers la guillotine. » C'était la maxime d'Etat de Tan IL
On sait comment Robespierre, devenu maître absolu de cette formidable puissance, la voulut diriger contre les comités de Salut public et de Sûreté générale, et comment, grâce à la sottise et à la lâcheté de ce chef, bien fait pour elle, la Société fut vaincue.
Legendre, qui, Cordelier et Dantoniste, avait une double revanche à prendre, vint le 9 thermidor an II, lui onzième, à la porte des Jacobins. Ceux-ci s'enfuirent tous. Quand les deux pistolets de Legendre furent loin, ils revinrent : l'attrait de la libre sottise et de la libre brutalité était trop fort.
Ils reviennent donc aussi insolents que jamais. Un mois après thermidor, ils menacent de nouveau la Convention, demandent qu'on
rétablissent leur gouvernement, le gouvernement révolutionnaire, et qu'on réincarcère tous les suspects délivrés. Legendre va encore (21 brumaire an III) fermer « l'antre immonde ». Les jeunes bourgeois de Paris donnent aux Jacobins quelques coups de bâton et fouettent un peu les ignobles habituées de leurs tribunes; mâles et femelles fuient de nouveau avec la même ardeur.
Enfin, le 6 messidor an III, la Convention décide que les bâtiments seront vendus, et que Ton bâtira sur l'emplacement le Marché du Neuf-Thermidor.
Dans la hiérarchie des clubs, après les Jacobins viennent les Cordeliers, qui nous montrent plutôt Tinstinct anarchique de la Révolution, quand les Jacobins en représentent surtout l'esprit gouvernemental.
Les premiers sont des dilettanti, des fantaisistes, les ténors de gS. Il ne reste d'eux, outre la liste de leurs noms, la plupart célèbres, que le souvenir de cette pieuse séance où il fut arrêté que la Société élèverait un autel au cœur de Marat.
Les royalistes libéraux et constitutionnels cherchèrent aussi à se grouper. Le club des Impartiaux^ le club des Amis de la constitution monarchique^ le club des Amis de la constitution séant aux Feuillants^ sont restés célèbres. Mais le peuple les força à se fermer, en disant que la liberté n'est pas applicable aux partisans de la monarchie.
Pendant que les sociétaires royalistes sont lapidés, les clubs patriotiques foisonnent; il y en a un presque dans chaque village, et deux ou trois dans chaque section des grandes villes et à Paris; un pour les soldats dans chaque garnison, presque dans chaque régiment.
Les femmes se montrèrent des clubistes forcenées. Citons seulement la fameuse Société des Femmes républicaines et révolutionnaires sous la conduite de Rose Lacombe. En 1791, Tallien fonde la Société fraternelle des Enfants-Rouges ou des Deux Sexes. Les femmes (et les enfants à partir de douze ans) y sont admises; elles font concurrence aux « bonnes patriotes de la Société fraternelle de Marat »; les filles s'engagent par serment à n'épouser jamais un aristocrate. Punition peu redoutable I toutes ces fiUçs paraissent trop pures^ même aux gens du faubourg, même à la Convention. Celle-ci, en effet, le 3o octobre lygS, ferma ces gynécées de la Révolution, pour les rou-
vrir plus tard, d'une façon hypocrite, sous le nom de Lycées de Filles. Ce n'est pas que la Convention fût prise de remords. Elle décida que les femmes n'avaient nul besoin de club, parce que les assemblées sectionnaires et les tribunes leur suffisent.
Pour ne point paraître oublier la province, je citerai la Société des Carabûts, de Caen, le club girondin de la République^ à Bordeaux,
JEUX DE CARTES névOLUTIONN AIRES {SUÎte) Jardinier remplaçinl le valet de cœur.
le Comité central des sociétés populaires^ à Lyon. On y lutte d'éloquence avec la capitale. « De votre front ignominieux va couler cette sueur froide qui naîtra de la honte avec laquelle l'éponge du républicanisme lavera votre visage encroûté de la crasse de l'hypocrisie. » C'est à Lyon que cela se dit, aux aristocrates naturellement.
Quel était le principal but de la plupart de ces sociétés républicaines? L'une d'entre elles nous le dit: n 11 est impossible que, dans quelque coin de la république que se cache un homme, sa vie, sa figure, ses paroles ne soient pas, grâce à nous, bientôt connues, b
C'est qu'en effet presque toute l'occupation des clubs est l'espionnage.
En somme, l'histoire des sociétés patriotiques se résume axactement comme celle de toutes les institutions révolutionnaires : au nom de la liberté, arriver à la tyrannie, et l'exercer au nom de la liberté.