‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 43 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si. — l'administration centrale Les ministres.

« Louis, par la grâce de Dieu, Roi. » C'est le titre que la Constitution de 1791 avait admis, et elle avait reconnu à la royauté deux des attributs de l'autorité : l'inviolabilité et la durée. Mais comme l'institution chrétienne de l'autorité est inconciliable avec la théorie de la souveraineté absolue du peuple, la Révolution mena à l'échafaud le prince inviolable, et elle ne vit jamais dans cette grâce de Dieu qu'une formule dérisoire.

Le Roi ne fut guère pour elle, pour la Constituante, pour la constitution de 91, que V administrateur général de la France. De plus, tous les représentants du souverain^ - nous avons dit que c'est le mot pour désigner le peuple — depuis les assemblées primaires et les communes jusqu'à l'assemblée des députés, envahissaient à l'envi les fonctions de cet administrateur général.

Si telle était la situation du Roi en face du gouvernement légal, on devine qu'il avait moins de prestige encore aux yeux du gouvernement populaire. Là régnait la pure théorie révolutionnaire, pour qui l'autorité n'est autre chose que la police. Aussi le Roi, pour la presse, la rue et les clubs, c'est uniquement le policier général de la France.

Dans la formulé officielle, le pouvoir exécutif était délégué au Roi pour être exercé par des agents responsables, des ministres, qui devaient être pris en dehors de l'Assemblée. Les ministères furent au

nombre de six : justice, intérieur, guerre, affaires étrangères, marine, contributions.

La Constituante comptait plus de théoriciens que d'esprits pratiques. Dans l'organisation administrative qu'elle inventa, on retrouve sans doute ce génie de Tordre qui caractérise la France. Mais la marque de l'utopie est partout.

La division de la France en départements, districts et communes est, avec les annexes qu'elle comporte, ingénieuse et nette. Toutefois, on fractionnait le pays en parcelles minimes, découpées brusquement et de vive force, sans consulter les habitudes, ni les traditions, ni les rapports d'intérêt, ni les sympathies d'origine ou d'idées. On faisait bien l'unité, c'est vrai, mais aux dépens de la vie. On remplaçait l'esprit français par l'esprit parisien. On préparait surtout une France pour la centralisation, pour la tyrannie.

Quelques-uns des plus sensés, parmi les Constituants, le virent. Ils essayèrent de le prouver. Ils arrivèrent seulement à pousser l'Assemblée à chercher un contrepoids. Elle crut l'avoir trouvé en donnant à ces parcelles factices, aux départements, districts et communes, des droits et pouvoirs qui constituaient presque l'autonomie. Le corps était fortement lié, mais les membres étaient monstrueux.

La Révolution arrivait, en fait, à un résultat qui est caractéristique de son histoire : elle donnait toutes les facilités pour la tyrannie, si le représentant du pouvoir était méchant, toutes les facilités pour l'anarchie, s'il était débonnaire.

Défiante et provocante, la Législative harcela sans cesse le pouvoir exécutif; elle se substituait à lui pour ordonner jusqu'à des mouvements de troupes. Les exigences tracassières augmentèrent à mesure que le Roi y obéissait. La situation de ministre devint tellement précaire qu'on n'en compte pas moins de vingt-six pendant les dix mois antérieurs au 10 août 1792.

Nous avons esquissé le singulier pouvoir qui s'établit après le 10 août, ce conseil des ministres qu'on nomma conseil exécutif provisoire. Nous avons dit comment, pour donner quelque force à ce gouvernement, la Législative y fait entrer l'un des meneurs de la Commune, Danton, celui même qui, avec Tallien et Robespierre, se montrait le plus insolent à l'égard des Législateurs. Les contempo-

rains admirent l'enthousiasme avec lequel s'est faite cette nomination. Ils parlent d'unanimité \ et quand on va au fond on constate, nous l'avons vu, que Danton a été nommé par deux cent vingt voix sur sept cent quarante-cinq députés. A Danton, ministre de la justice, on

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2bo LA POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE .

adjoint les trois girondins Roland, Servan, Clavîère, révoqués en juin précédent; Monge pour la marine, Lebrun pour les affaires étrangères; Grouvelle est secrétaire du conseil. C'est sous ce ministère qu'ont lieu les massacres de Septembre.

Dès le début de la Convention, les ministres n'agissent que sous la surveillance ir^cessante et sur les ordres des comités parlementaires. Hébert dit que <( les ministres ne sont que des galopins aux ordres des balayeurs de la Convention ».

Après Roland et les Girondins, viennent Garât, Pache, Bournonville; après ceux-ci, Bouchotie et Paré, avec leurs sous-secrétaires d'État : le bas dramaturge Ronsin, le dénonciateur Sijas, le défroqué Audouin. A chaque couche nouvelle de serviteurs qu'elle essaye et qu'elle supprime, et à mesure qu'elle devient plus révolutionnaire, la République descend un peu plus dans la sottise et l'incapacité.

L'administration suit la marche descendante des théories, des mœurs. Elle n'est plus préoccupée que d'une seule chose : faire faire des progrès à la Révolution. C'est tout le travail des ministres. D'avril à juin 93, la Convention leur a donné dix-huit millions pour « avancer l'œuvre de la Révolution », et Paré signale son génie administratif en créant une classe d'espions qu'il nomme commissaires du conseil exécutif provisoire. Moyennant cinq cents livres par mois, ces tyranneaux quittent les bouges parisiens et vont parcourir les départements « pour le maintien des principes révolutionnaires ».

Le 10 octobre 1793, lors de la proclamation du gouvernement révolutionnaire, les ministres sont placés sous la surveillance immédiate du comité de Salut public.

Mais si esclaves et si ineptes qu'ils fussent, ces ministres troublaient encore le jaloux despotisme de ce comité. Le 12 germinal an II, les ministères sont supprimés et remplacés par des commissions administratives, c'est-à-dire par des bureaux travaillant sous Pétroîte direction des comités parlementaires.

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