‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 48 sur 112 · PBOCLAH&TION DE LA RÉPUBLIQUE, LE 31 SEPTEHBRB I · texte numérisé non relu

PBOCLAH&TION DE LA RÉPUBLIQUE, LE 31 SEPTEHBRB I

1 République ne fui pu rtelleruenl proclamée. Le 91 septembre, >ur II propoiilion d'un eoi é c[ voleur, Collat-d'Herbols. et d'un prêtre ipositt. Grégoire, a>iuriDI que ■ le> rois ion Ire moral ce que des monatrei >onl dant l'ordre physiqae >, I* royauté-fut abolie. On De proDOo :iellenieni le nom de République. Le leademiiu, Billand-Virennea, ua coofrire eipulié de l'Oi posa un décret portant en lilre : République frau^aiie. Cela pasH linti. Le: quciquea gens d'esf cnl encore rire dirent que c'était une proclimation sourde, et que la République élait entrée ej i, comme Pierrot qui déclare que la maiioa lui appartient parce qu'elle est vide, oai avoua prouvé mathématiquement que la Royauté ue fut abolie que par la soixinte-quinvème a /-'rdii», c'est- i-dire par dei représeulauts de cent mille électeurs sur aept millions cinq cent m , au surplus, sur Ici lept cent quarante-neuf députés qui n'avaient été ^nommés que par la vin !me partie des électeurs, il n'y en avait pas deux cent cinquante quand celle abolition lut décrélf

ment; le bourreau montra la tête coupée, et s'adressant au peuple, en indiquant la troupe des prêtres amenés à ce spectacle : " Par lequel de ceux-là voulez-vous que je continue:

— Par celui que tu voudras, » répondirent les joyeux Limousins de la République.

Ils aimaient la liberté... du bourreau. Ils ne le voulaient pas gêner dans son choix.

A Saintes, la municipalité condamne trois servantes qui ont donne

PORTRAIT DE CAHBON .

N<|ociinl 1 MoDtpelliïr, huguenot, laboricDX, poinl Tolcur. Dipati k la UgiilatiTC, puii à la Conven-

lioD, Il y montra d» qaal[t<« qal attirtreiit l'altemion aur lui, parce qu'cllca fuient en parfait contrant avec ka df&uts de tci coIKguca, et un vice qui aervii à lui faire pardonner par eui aei qnaliKi. Il avait <]« aptIlQdea financitrea an miKeu de tous cet hommes qui n'ftaienl que dea avocats; il jlail aaisi laborieux qa'ila tialeat bivardi; il ilait pricii quand ils rivaient el probe quand ils volaienl. Il ftiit au^'i furieai mais plut tinctre dans aa passion rfvolulioanaire. Il était surtout plus obslioément tyranaiqoe el il montra contre le clergé uae haine qui ne recula devant aucune persécution. Il doit être considéré comme le ministre des financei de la Terreur^ et on ne le hait pas autant que lei autrtt grands lerraristcs! 11 est ansai coupable. Quand il s'agit de persécuter les catholiques, il n'héiili jamais; ailleura, il fut toujours aveni, par un reste de droiture, de l'horreurdes mesures proposées : mais, apris avoir montré fougueusement son indignation, il lea avait adoptées, el fait prévaloir non moins fougueusement. Il partagea tout les crimes, proclama que la gailloltne était la planche aux atsignali; il échatauda ton lyilime financier sur les plus exirémea cooaéqaences de la plus inique confiscation. Malgrf tout, la postérité eat indulgente pour li|i. Il est un de* plot ouricui eumples de la bonne fonune en histoire. On oublie ses ciimes, pour tes services.

Francs bivoLur. — Livr. 3g,

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un peu de pain à ces malheureux, parce qu'elles ont, dit le jugement, violé, en faisant cela, les lois de l'humanité ! ! !

Ils arrivent à Rochefort: on les entasse dans une prison, la prison des galériens, qui les accablent de leur mépris philosophique. On les embarque enfin sur six navires.

Ils restent dix mois en rade de Tîle d'Aix, à peu près en face de Rochefort. Le mot qui va dominer leur situation, le capitaine du Borée, navire qu'ils traversent pour être volés une dernière fois, le leur dit : « Scélérats, il faut avoir une vertu plus qu'humaine pour vous laisser subsister. » Cette vertu, on ne l'avait pas.

C'est à la fin de janvier 1794 qu'on les embarque. Au bout de dix mois, ces huit cent vingt-sept sont devenus deux cent quatrevingt-cinq; les cinq cent quarante-deux autres sont morts de misère.

Le linge et les vêtements qu'on leur avait laissés sur le corps furent bientôt en lambeaux; il fallut supporter le froid rigoureux, la chaleur brûlante, dans cette nudité.

Dès le matin : « En haut les déportés? » On les parquait entre six canons chargés à mitraille, dans un espace si étroit qu'il leur était impossible de s'asseoir; c'est à ce froid ou à ce chaud qu'il fallait rester debout tout le jour. Le repas venait, repas de conserves pourries, de pain moisi, de fèves gelées. La faim était parfois si grande que ces pauvres gens demandaient les restes destinés à nourrir les cochons du capitaine. On les leur refusa.

Le soir venu : « En bas les déportés I » On les enfermait dans un espace tellement étroit qu'ils ne pouvaient se coucher que sur le flanc; pas de couvertures, pas de matelas, pas de paille, la planche nue; deux mètres cubes d'air au plus pour chacun, et encore souvent le capitaine s'égayait-il à faire fermer la petite ouverture qui donnait un souffle d'air à l'une des extrémités.

Il fallait passer dix heures chaque jour dans cette effroyable atmosphère qui se composait des émanations fournies par les baquets remplis d'ordure, par les déjections (il y avait aussi le mal de mer), par les fièvres, les infirmités, la décrépitude. L'infection était telle que nul médecin n'osait y entrer. L'un d'eux vint un jour à l'entrée, en tenant sous le nez son mouchoir imbibé d'essence, et il se sauva en disant :

« Qu'on enferme des chiens là pendant une nuit, ils seront morts ou enragés. » Enragés ! quelques-uns de ces saints le devinrent et moururent dans des accès de fièvre chaude.

On leur avait retiré tout livre, tout objet de piété. Il leur était interdit de parler. ^Un mot latin était une conspiration aux yeux de ces brutes et était puni des fers. Ces fers étaient si terribles qu'être condamné à un mois de cette punition c'était être condamné à mort. Murmurer un cantique appelait la même peine. Toute la vie extérieure de ces malheureux se passait, devine-t-on à quoi? à chasser la vermine. C'était là l'horrible douleur, car on était sans cesse vaincu dans ce combat sans cesse renaissant. Les infirmes, les malades^ les blessés, ceux dont les bras étaient gelés, ne résistaient plus; plusieurs furent mangés vivants par les poux.

Les plus malades, on les envoyait à l'hôpital, car les vertueux officiers du navire eussent pu souffrir de la contagion. Cet hôpital, c'était une chaloupe; dans un espace de quarante pieds, on étendait cinquante nfalades sur la planche nue, sans couvertures, sans soins, sans autre remède que le roulis qui les tuait.

Mais ils ne moururent pas assez vite. Un jour, un des capitaines vint s'ébattre sur le navire d'un collègue. « Combien t'en meurt-il de ces scélérats?

— Une paire par jour.

— Ce n'est pas assez. Fais comme moi. » Il fit comme lui. Il fit descendre chaque matin un tonneau de goudron dans cet enfer que nous avons indiqué, et y fit jeter des boulets rouges : les plus faibles mouraient asphyxiés.

A Nantes, on n'y mettait pas tant d'hypocrisie. On avait de vieux navires, on y entassait les prêtres, on les menait en pleine eau ; là on clouait toutes les ouvertures, on ouvrait sur le flanc une trappe; l'eau entrait et noyait tout. Ceux qui essayaient de se sauver en nageant, on les assommait ; ceux qui se sauvaient, on les reprenait et on les noyait le lendemain. Rien qu'en une seule fois, le 17 novembre 1793, on en noya quatre-vingt-six.

Ceux qui n'étaient pas tués n'étaient pas plus heureux. Au mois de mars, il en part soixante-seize de Nevers et d'Angers pour Nantes; au bout de trente-deux jours, il en était mort quarante-quatre, la

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plupart de faim; peu de temps après, il n'en restait que quatorze.

A Bordeaux, trois cents environ moururent sur neuf cents. Eux étaient dans une citadelle ; ils essayaient d'attraper pour se nourrir quelques brins de Therbe qui croissait entre les pierres.

Ces bateaux, ces pontons, guillotines sourdes et muettes, ne travaillaient pas seuls. Les vraies guillotines ne chômaient pas* Il fallait se débarrasser de ces scélérats, sans doute, mais il fallait rexemple aussi, les joies de la haine et du sang.

On a incarné Thorreur dans les hommes du tribunal révolutionnaire de Paris, mais la province ne manquait pas de zèle philosophique; c'est le mot, on se le rappelle.

Le 21 janvier 1794, à Laval, on gjuillotina quatorze prêtres; Bordeaux en exécuta trente et un, plus vingt-quatre religieuses. A Orange, c'est trente qui vont à l'échafaud, plus trente-deux religieuses, et le rapport officiel dit, avec la sottise cynique qui est caractéristique des confidences révolutionnaires : « En arrivant au tribunal, ces monstres étaient déjà jugés dans l'opinion des juges, mais on a fait durer les débats longtemps pour avoir . celui de jeter sur les prêtres et leurs saintes reliques tout le mépris que ces objets méritent. Cette manière d'éclairer le peuple est des meilleures. C'est ainsi qu'on détruit le christianisme. »

Que voulait-on mettre et que mit-on en place? Des fêtes, des spectacles, les séances des tribunaux révolutionnaires et les farandoles autour de l'échafaud. La formule est trouvée : « Il ne faut d'autre culte que celui de la loi; le peuple ne doit avoir pour prêtre que ses magistrats. » Voilà la religion nouvelle : Fouquier-Tinville pour Pape, des danses de Conventionnels pour les grandes fêtes, et les lécheuses de guillotine à titre de saintes.

Pour catéchisme, on avait diverses formules, depuis le Catéchisme de la Constitution (sous la Législative), le Catéchisme de morale et de politique par Monneron, VEssai d^un catéchisme^ par Marc-Franjfois Bonguyod (sous la Convention), jusqu'à cette Instruction catéchistique^ par tessons^ dédiée à tous les sans<ulotes de la République, par le capitaine Hayart, le plus candide de tous.

(( Qui es-tu ? demande le maître à l'enfant^ dans le moins grossier de ces catéchismes. — Je suis un homme libre et pensant, né pour

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haïr les Rois. » Voilà le résumé de toute la philosophie républicaine : l'homme est un être né pour haïr les Rois, rien que pour cela. Il n'est pas question de Dieu, ni de morale, ni d'histoire, ni de^bon sens. L'homme a été créé pour haïr les Rois, cela suffit. Il avait mis six mille ans à s'en apercevoir. Le Catéchisme élémentaire de morale propre à l'un et l'autre sexe dédaigne cette vieillerie de l'ancien dogme qu'on nomme la Pudeur. « Jeune citoyen, demande le maître de morale républicaine, toi qui connais les Droits de l'homme et du

LE TEKPLE DB I.A PHILOSOPHIE, CI-DEVANT l'ÉGLISE NOTRE DAKE Du» ruoc du îougci que Prudhoniiiic ■jonliit 1 ihique fiiciculc de ion jourml, dodi vojoni une cl' pècedc binqaemcal cnlourcr l'un de* gros pllieri du chcenr de Notrc-Dimc. Cela forme uac rotonde i pilulrei •nnnooifs de chapjietui, et repréaente un temple païen lel que le* comprcDsicnl Ici pcinlrei du dïi-tauitièmeiiècle, Au-deMUidespilulre9onvo;iit<cnl:A/.i pkitosopkie. Au milieu de\a rolonde grimiçait le Dien du temple, Volliire, qui pirilt contempler trèa mil incolique ment •» diaciples. On peut l'excutcr. Cei diiciplei, qui du miait coup iviîent invenlf 1i religion de l'iihéiame, de 11 dtesae Riiion et changé Notre-Dame en temple de la PblïiSHiphie, «uienl au nombre de cinq. Il y avait Chaumelle. Gis de lavetier, que ion hcile et tSrtaé biTardige avaft rendu mamentantinenl miltre de philosophie et dei deatintesi de la France , Hébert, marchand de contremarquea, qui deiait la puiaaance poliiique à un joron — il eil *nti qu'il le prodiguait: — li Milllird et la Aubry, deua chanleuui que mtme Ici plus galaotei de leurs eampagnei fujaient commt det monttrtt, et Sophie, femme ou maîtresse du grand pilriote Impdmenr Momuro, l'olie, sans deati, aoa aani odeur, et qui ne refusait pas grand'cbose aux |<unes rJpablicilDs, ami* de son mari.

citoyen et l'acte constitutionnel, dis-moi quelles sont les précautions qu'une femme doit prendre quand elle est enceinte. »

L'Évangile est remplacé par le recueil de l'ignoble maître d'école Léoiïard Bourdon : Actions héroïques et civiques des républicains

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français. Les Commandements de Dieu et de l'Église sont changés en Commandemens de la Montagne.

Voici les plus honnêtes et les moins ineptes de ces commandements, lis sont du commencement de la conquête, de cette période où règne encore quelque inspiration sensée et chrétienne. La France commence déjà à être républicaine ; elle n'est pas encore jacobine ;

Français, ton pays tu défendras Afin de vivre librement.

Tous les tyrans tu poursuivras Jusqu'au delà de l'Indouslan.

Les lois, les vertus soutiendras Même s'il le feul de ion sang.

Les perfides tu de'nonceras Sans le moindre ménagement.

Jamais foi tu n'ajouteras A la conversion d'un grand.

Lorsque vainqueur tu te verras, Sois lier, mais sois compatissant.

Sur les emplois tu veilleras Pour en expulser l'intrigant.

Le dix août tu sanctifieras Pour l'aimer éternellement.

Le bien des fuyards verseras Sur le patriote indigent.

A côté des dix commandements de la République, i) y a, comme on le pense, les six commandements de la Liberté. Ils ne sont pas exigeants, c'est la règle du parfait garde national :

Toujours la garde tu monteras Par toi-même et exactement.

A la section lu te rendras De cinq en cinq jours strictement.

Le surnaturalisme dévoyé se montrait dans la persévérance des convulsion naires, dans les folies de la religion de Catherine Théot.

La Révolution, après bien des tâtonnements, avait trouvé les trois formules de ta religion nouvelle : le culte de ta Raison, pour les philosophes; pour les enthousiastes, le culte de Brutus ; pour les âmes .tendres, le culte de Marat. « O sacré cœur de Marat! priez pour nous, car Jésus de Nazareth ne fut qu'un prophète et vous êtes un dieu^ >

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Le culte de la Raison et de la Liberté! Cette religion pour l'élite des révolutionnaires fut découverte par un vendeur de contremarques et un clerc, de procureur... qui étaient méprisés par leurs confrères.

Le lo novembre 1793^ Téglise métropolitaine de Paris fut dédiée à la déesse Raison, représentée par la femme de l'imprimeur Momoro, qui était une gaillarde édentée, tandis que la Liberté, dont c'était aussi la fête, mais qui avait à officier à Notre-Dame et à aller, en même temps, baiser le président de la Convention, était représentée par deux actrices aux formes vigoureuses : la Maillard et la Aubry, sur les mœurs desquelles on disait des choses de Tautre monde; mais on n'avait rien trouvé de mieux pour représenter la liberté révolutionnaire.

Pendant ce temps, toutes les églises de Paris, enlevées au culte chrétien , étaient vouées à quelque vertu , et tout particulièrement à l'amour conjugal, qui avait extrêmement besoin d'être protégé.

En province, le culte de la Raison, avec ses fêtes décadiennes ou décadiques^ fut surtout prêché par les prêtres abjureurs. Ils essayaient de gagner ainsi la pension que la Convention leur faisait pour les remercier de leur apostasie. Pendant ce temps, le bon peuple se précipitait vers l'arbre de la Liberté, et, après avoir « collé ses lèvres sur Técorce au milieu des transports de joie », il revenait dans le temple de la Raison « pour y déposer ses sentiments philosophiques ».

Le 7 novembre, Gobel, le patriarche de l'église constitutionnelle, était venu , opprimé par la terreur, à la Convention ; il avait non pas, comme on le dit généralement, abjuré, mais abandonné les fonctions de ministre du culte. Sieyès, le ministre protestant JuUien, et d'autres, l'avaient imité. C'est alors que la Convention avait chargé le comité de l'instruction publique de chercher un culte.

Il y eut un beau moment pour la raison. Des communes envoient des délégués pour annoncer qu'elles ne voulaient plus « adorer d'autre idole que Marat ». — « Mon dieu Marat, tu es mort pour nous ! » — On voyait, par tous les chemins, des municipalités conduites par le maire couvert de la chasuble du curé, escortant une charrette remplie des dépouilles de l'église et chantant des refrains aussi ineptes qu'obscènes. A la Convention affluaient, de tous les coins de Paris et

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des villes voisines, des bandes de sans-culottes et des prostituées, ivres, puants, revêtus d'ornements sacerdotaux, conduisant un âne portant aube ou surplis. Ils défilaient devant la Convention, chantant des refrains en l'honneur de la philosophie^ dansant la carmagnole, hurlant : « Monsieur Marlbrough est mort... ». Marlborough c'était Dieu. Le président leur donnait l'accolade et les conviait à Jouir des honneurs de la séance.

Les plus lettrés de ces serfs pouilleux de la Révolution s'en rêve* naient, avec des gestes de triomphateurs, en chantant des chansons dont voici le couplet le moins ordurier :

Saints Pierre, Paul, Mathias, Jude,

Simonet Baithélemy,

Voyez à quelle épreuve rude

Le Français vous met aujourd'hui.

Saint Philippe, et toi, frère Jacques,

Saints d'avant comme d'après Pâques,

Vos cris sont superflus.

Vous serez tous fondus !

Grands saints, dans le creuset.

Tombez, c'est le décret.

Il y avait là encore une certaine tenue d'esprit de l'ancien régime. L'air de la Marseillaise ^ sur quoi cela se chantait, faisait passer ce qu'il y avait là d'un peu fin. Pour ce qui était dû au pur génie démocratique de gS , et que la Convention écoutait avec toutes les apparences du respect, on ne le pourrait chanter aujourd'hui que dans une caserne vide.

Mais bientôt les gens qui voyaient un peu plus loin que les maîtres sans-culottes trouvèrent dangereux ce carnaval qui accompagnait l'établissement du culte jacobin. Cette continuelle descente de la Courtille, chargée de représenter la France régénérée par la Révolution, leur parut une image trop vraie. Elle pouvait rendre la République ridicule aux yeux des peuples à qui l'on prêchait l'émancipation. La Liberté, déjà déshonorée par ses crimes et repoussante par ses fureurs, tombait dans la malpropreté. Danton lui-même, qu'on accusait pourtant à bon droit d'aimer la crapule^ déclarait que c'était trop et que la Convention avait autre chose à faire que de recevoir

FuMCB kiTOLUT. — Livr. 40.

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les enfants de chœur vermîneux et déguenillés de la nouvelle déesse.

Ce développement de l'intolérance plaisait à quelques-uns des tyrans. D'autres se révoltaient : « Le fanatisme de l'irréligion, dira Carnot, mis à la mode par les athées, est le plus funeste de tous. » On s'aperçut que les grands philosophes, Hébert et Chaumette, les représentants attitrés de l'athéisme, étaient de simples filous. Le déisme l'emporta sur le matérialisme.

Robespierre, après avoir prudemment donné de nouveaux gages à la Révolution en déclarant que « la terreur est le despotisme de la liberté, c'est-à-dire une émanation de la vertu républicaine », anathématisa l'opinion des matérialistes. Il maudit les encyclopédistes de l'avoir mise en honneur et déclara que l'athéisme et l'aristocratie c'est la même chose. Il fit célébrer, dans toutes les communes de la

République, la fête de l'Etre suprême. La Convention décréta que le peuple français croyait à l'immortalité de l'âme.

Ce premier pas que la Révolution paraissait vouloir faire en arrière fut accueilli avec un enthousiasme extrême. Il y eut un mouvement analogue à celui qui rendit la France folle de joie, quelques mois plus tard, quand, après le 9 thermidor^ elle comprit que bien réellement, cette fois, la Révolution reculait.

La nation n'avait pas tardé à voir que, si cette proclamation de l'existence de l'Être suprême retirait le pays de l'état sauvage, il ne l'enlevait pas à la Terreur. Mais pendant un mois, du 1 9 floréal, date du discours où Robespierre annonçait la fête de l'Être suprême, jusqu'au 20 prairial, jour fixé pour la solennité, on put se faire illusion. Le populaire candide ignorait qu'il y avait là uniquement un épisode du combat que les tyrans se livraient pour monopoliser la tyrannie. Aussi, en regardant les coulisses de cette glorieuse parade, on peut voir qu'il s'agissait simplement de déclarer non pas que Dieu était le maître absolu de la France, mais que Robespierre désirait l'être et Billaud-Varennes également.

Pendant cette lutte du philosophisme, de l'athéisme et du déisme, l'Église de France vivait non seulement par le martyre de ses enfants, mais par leur zèle apostolique, par le pain quotidien de l'âme, par cette foi de tous les jours^ que les sophismes philosophiques avaient pu étonner, que la corruption ambiante avait pu troubler, mais que

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la persécution rafrerinis;sait dans les âmes pures et vigoureuses. En 1792, bien des sections parisiennes protestèrent encore oflSciellement. Nous voyons notamment V Arsenal^, oîx trônait pourtant l'enragé franc-maçon Thuriot, et le Louvre^ plus tard le Muséum^ qui devint le fief du menuisier Trinchard, le président grotesque du comité révolutionnaire, composé de jardiniers ou de savetiers, et destiné, par la loi, à décider du sort de six millions de Français. (Ils devaient être quatre, quatre comités de cette espèce, à chacun desquels la Convention avait abandonné un quart de la France a juger, à envoyer à la transportation ou au tribunal révolutionnaire. ) Ces sections protestèrent particulièrement contre l'interdiction des messes de minuit.

En 1793, la procession de la châsse de sainte Geneviève avait lieu au milieu d'une foule immense, et plus de mille personnes s'agenouillèrent aux portes de l'église, où elles n'avaient pu entrer.

Encore en juin 1794, au plus fort de la Terreur, les espions que Robespierre envoie dans la banlieue parisienne et les dénonciations que les bons républicains lui adressent, sans parcimonie, lui signalent des maisons pleines de religieux, de religieuses, à Bourg-la-Reine, à Saint-Mandé, Villejuif, Passy,. Issy, etc. On dénonce, dans Paris, des bruits mystérieux qui paraissent être le chant des psaumes et qui paraissent sortir de caves trop bien dissimulées.

Par toute la France couraient, sous des déguisements les plus inattendus, les prêtres saints et hardis.

L'histoire de la Révolution ne sera pas complète tant qu'elle ne nous aura pas montré ces dessous à la fois cachés et brillants, ces glorieuses catacombes de la société française, ces obscurs et héroïques défenseurs de la civilisation ; car leur action seule peut nous faire comprendre un mystère, au premier abord inexplicable : Comment la France n'est-elle pas retombée dans la sauvagerie ? comment le désespoir ne fut-il pas irrémédiable, les vengeances plus féroces? comment la société, après ces années d'effrayante démoralisation et de crimes inexpiables, se releva-t-elle si vite ?

Ces centaines de prêtres défièrent le diabolique génie de la Révolution, malgré la puissance que lui donnaient la délation, la trahison, l'espionnage, la corruption, la Terreur. Ils le mirent en fièvre, en rage, lassant souvent, bernant parfois le jacobinisme aux cent mille

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pattes. Des milliers d'honnêtes gens partagèrent, au risque de leur fortune et de leur vie, le travail apostolique de ces prêtres, les nourrissant, les assistant, les aidant à échapper [aux comités révolutionnaires, et souvent partageant leur prison et leur échafaud. Ce sont là des acteurs puissants, quoique cachés, du drame révolutionnaire.

Les chroniques de chacune de nos provinces sont pleines de leur souvenir; et c'est d'eux surtout qu'on a parlé « sous le chaume bien longtemps ». Car c'est pour le peuple qu'ils restaient, presque tous les riches avaient émigré. Les traditions défendent leur renommée bénie, et nos aïeules, comme nos très vieux domestiques, ont bercé notre enfance du récit de leurs exploits, où le sublime et le comique se heurtent à chaque épisode.

On nous racontait comment ils se cachaient dans les caves, dans les granges, les pigeonniers, sous les hangars, sous les planches des toitures, dans les chaumières abandondonnées, dans des souterrains, dans des chambres avec trappes, machinées comme eu des scènes de mélodrames. Ils sortaient la nuit, courant les champs, courant les rues, toujours poursuivis et traqués, parfois pris, emprisonnés, guillotinés. Ce qu'il leur fallut dépenser, non pas seulement de courage et de hardiesse, mais de présence d'esprit et de sang-froid, de gaieté même, est inimaginable.

Que de fois n'ai-je pas visité la cachette où le P. Séguin venait se réfugier quand il avait à ses trousses la meute des jacobins du pays. Que de fois ne l'ai-je pas vu, par l'imagination, poursuivi pendant tout un jour, cherchant refuge et passant la nuit sous le lit même du président du comité de surveillance révolutionnaire, sous le lit où celui-ci était venu se coucher, ivre mort, après cette vaine chasse. Ne l'ai-je pas vu encore déguisé en charretier, le bonnet de coton sur la tête, le fouet à la main, entrant dans une maison de ci-devant, demandant, avec une figure de jocrisse, à acheter une pelote de ficelle, injurié par le garnisaire et mené, par ce représentant même de la persécution jacobine, chez l'individu qui l'attendait, un pauvre petit messier-cordier, qui ne voulait pas mourir sans confession.

Il était bien par l'esprit le frère de cet autre prêtre, l'abbé Trouillard, un prêtre manceau, qui, saisi et sur le point d'être égorgé,

LA RELIGION 3i7

voit le soldat qui veut le tuer s'arrêter pour boire un coup. Une idée d'ivrogne bienveillant passe par l'esprit du soldat, et il offre le fond de son verre, le reste de son vin à boire à celui qu'il va tuer. > Ne bois pas^ calottin, crie un des compagnons de l'égorgeur, c'est un galeux. — Bah I dit le prêtre. Si j'attrape la gale, je ne la gratterai pas longtemps. »

Cet autre, un petit prêtre bossu, de Narbonne, était toujours habillé en garde national. Il s'était donné le sobriquet de Grenadier, et il jouait de ce sobriquet, comme de sa bosse, de façon à égayer toutes tes situations et à fuir tous les dangers. Un jour, il était en tournée de malades. C'était en temps d'épidémie, les malades étaient nombreux, et il

CUAPUAU A LA HATINEUSE

ponait le saint ciboire dans sa giberne. Il tombe dans une bande de sans-culottes, qui s'étonnaient de le voir sortir de plusieurs maisons bourgeoises, a Place I s'écrie-t-il , ta République a supprimé tous les privilèges, elte n'a pas supprimé celui des bossus. Je suis toujours un prince — c'est le surnom des bossus dans le Midi. — Place au prince I C'est le Grenadier qui vous le commande. » Et il s'éloigne au milieu des éclats de rire. Bon petit abbé Passenaud t que d'absolutions il donna aux gens qu'on menait à la guillotine et qui passaient devant le Grenadier.

Chacune de nos provinces n'a-t-elle pas son P. Séguin, et à des centaines d'exemplaires ?

Nous nous bornerons à résumer celles de ces biographies qui peuvent servir de type.

3i8 LA MORALE

Jean-Ignace Lessus, du diocèse de Besançon, entra à la Chartreuse de Montmerle en Bresse.

Il en fut chassé le 28 octobre 1792. Il ne voulut pas émigrer et réw^olut de rester en Franche- Comté, à l'état de missionnaire. Il commença par faire solennellement le sacrifice de sa vie. Mais comme il était aussi sage que dévoué, comme son existence avait un but utile et pieux, et devait être l'aide et la* consolation de plusieurs, il pensa qu'il ne devait pas la livrer. Tout en regardant chacune de ses journées comme un don fort inattendu du Seigneur, et sans jamais refuser de courir un danger, il ne négligea aucune précaution.

Un jour, au fort de la Terreur, on vint lui dire qu'une personne était gravement malade au village de Cerneux-Monnet, dans la maison d'un M. Chatenier. Malheureusement^ ce Chatenier avait la renommée d'être un honnête homme. Sa famille était connue par sa piété. Les républicains du village se dirent que ce malade ne voudrait pas mourir sans recevoir les sacrements, et que c'était pour eux une bonne occasion de saisir un prêtre réfractaire. Ils faisaient une bonne garde et dom Ignace fut averti qu'un de ses confrères, qui avait essayé d'entrer chez M. Chatenier, avait été poursuivi et avait failli être pris.

Il n'y avait pas moyen d'arriver furtivement. Notre chartreux se décida à entrer publiquement, en plein jour, dans cette maison suspecte.

Il passa sur ses habits, fort pauvres d'ailleurs, un sarrau de mendiant, prit une besace où il mit, pour ne négliger aucune précaution, quelques croûtes de pain, et se dirigea vers le village.

C'était un dimanche. Un prêtre apostat disait encore la messe, où assistaient quelques poltrons, quelques révolutionnaires et quelques imbéciles. Il arriva au moment où cette troupe d'élite sortait de la grand'messe. Il y connaissait plusieurs personnes, qui le regardèrent et ne le reconnurent pas.

En approchant de la maison, il vit bien un cordon d'espions. Mais comme M. Chatenier avait l'habitude de recevoir chaque dimanche tous les pauvres qui se présentaient et auxquels il donnait la soupe, on le laissa passer. Il y avait en ce moment seize pauvres. Il se joignit à eux. M"* Chatenier vint bientôt et lui donna une aumône sans faire grande attention à lui. La charité commençait, elle aussi ^ à être

LA RELIGIOK Sig

suspecte; elle était honnie des révolutionnaires. Leur but étant de semer et d'entretenir la haine entfe le peuple et la bourgeoisie, tout ce qui contribuait à entretenir de bons rapports entre le pauvre et le riche paraissait antirévolutionnaire. On faisait donc la charité un peu vite, sans y mettre la cordialité, la bonhomie familière d'autrefois. Le pauvre P. Ignace était fort désolé de n'avoir pas attiré l'attention, et il restait à la porte, attristé et irrésolu.

Pourtant la jeune fille était rentrée en réfléchissant. Le visage de ce pauvre lui était complètement inconnu. Elle se demandait pourquoi il avait été si tinjide et comment il n'avait pas, comme tous les autres, réclamé sa soupe. Elle revint sur ses pas et lui en offrit. Il accepta, entra dans la maison et, en accompagnant la jeune fille, il lui indiqua qui il était. On devine l'étonneraent, puis la joie. Le malade put être administré. Le mendiant reprit le chemin de la maison où il se cachait. Il y trouva son père, qui ne le reconnut pas et qui demanda qui était le mendiant assez effronté pour entrer chez les gens comme chez lui. Toutefois, ces guenilles si bien portées furent bientôt suspectes.

Le déguisement qu'il adoptait le plus souvent, c'est celui de gendarme. Il pouvait ainsi pénétrer dans les prisons, où on le voyait fréquemment, avec son uniforme, son sabre, de grosses moustaches, et donnant, parfois bien furtivement, aux prisonniers, une parole de consolation ou d'espérance, une bénédiction, une absolution.

Il se consacra bientôt presque uniquement à l'arrondissement de Pontarlier, « où il inspirait, à toutes les personnes qui l'approchaient, son zèle, son courage, sa fidélité à la foi ». Il y était d'ailleurs « comme l'oiseau sur la branche », et on faisait, pour le découvrir, de continuelles perquisitions.

Enfin, on parvint à le saisir chez un paysan, meunier à Chaffoy, nommé Javaux. Les gendarmes, joyeux de la capture, s'abandonnent à une discussion théologique et philosophique, qui se termina en disant qu'ils voudraient bien connaître quels sont les imbéciles qui se servent du ministère de ces b...-là. Un des paysans, Barthélémy Javaux, ne voulant pas renier son ami, dit courageusement qu'il est un de ceux-là. On le saisit ainsi que ses frères, ses sœurs et une domestique.

Le 25 août 1794, dom Ignace Lessus est condamné à mort. Barthélémy Javaux, qui doit passer le lendemain devant le tribunal, sent,

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pour le moment, son grand courage l'abandonner, et une vive frayeur de la guillotine le saisit. Le P. Ignace le rassure : « Je dois mourir un jour avant vous, lui dit-il. Si j'ai quelque crédit auprès de Dieu, j'obtiendrai de sa bonté que vous mouriez avant de recevoir le coup de la guillotine. » Puis, se tournant vers ses compagnons de prison, il leur dit des paroles bien simples. Mais l'écho de ces voix des catacombes françaises doit être conservé avec soin par l'histoire, pour qu'on les puisse comparer aux voix qui hurlaient alors sur les places publiques, aux proclamations terroristes qui retentissaient, sans ombre

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