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LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

Nous ne voulons pas dire que l'Ancien Régime fût le royaume de Salente ! Non. Nous répétons qu'il a été méconnu et fort calomnié. Sans doute, il sortait, entre temps, de cette société, à la fois forte et humble, des clameurs, des révoltes. Cela rompait l'ordre de ce monde si méthodiquement réglé. C'était l'échappement des imaginations indomptables, des têtes folles, des âmes vicieuses; et la folie et le vice triomphaient momentanément. Toutefois le grand courant rattrapait bientôt ce petit torrent qui voulait s'en échapper, il le recouvrait de

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son calme et immense flot ; et il continuait son chemin, lent mais infatigable, vers le progrès. Car cette société, dont on aime à montrer rimmobilité, marchait sans s'arrêter, sans retourner en arrière, en gagnant, à chaque période, un bien nouveau, qu'elle ne perdait plus.

Nous ne voulons pas, en étudiant TAncien Régime, négliger l'économie politique, que Topinion d'aujourd'hui met au-dessus de la morale, bien qu'elle lui soit ce que l'utile est au nécessaire.

Ce qui frappe d'abord, c'est que dans cet ordre économique le dix-huitième siècle suivait, comme les siècles précédents, sa marche en ayant, logiquement, à la suite d'impulsions datant de loin et qui n'avaient rien de révolutionnaire.

En fait, quelles sont les charges, lois ou pratiques, qui semblent si monstrueuses aux gens d'aujourd'hui ? Avant tout , lexemption de quelques impôts accordée à certaines séries d'habitants ?

Mais ces exemptions étaient la compensation de telle autre obligation sociale ruineuse : la noblesse — qui payait la taille personnelle, capitation ou impôt personnel — était exemptée de la taille réelle, par exemple, parce que, devant le service militaire, elle était obligée d'abandonner le négoce aux bourgeois, et de s'armer, de faire campagne à ses frais. Elle était plus portée à s'appauvrir par là qu'à s'enrichir par l'exemption. Ceux qui ont pénétré dans la vie intime du temps ont vu des nobles ruinés, vieux officiers retraités, venir prendre leur repas quotidien dans le presbytère voisin. Ils ne s'en trouvaient pas plus humiliés que le soldat d'aujourd'hui qui reçoit la pension du gouvernement. Mais malgré l'exemption d'impôts, les services rendus à la France les avaient réduits à la misère, quand leur voisin, taillable, s'était enrichi. Voilà le fait. Sur mille familles nobles qui avaient voté pour les Etats généraux de la fin du seizième siècle, sept repâraissent au vote pour les Etats généraux de la fin du dix-huitième siècle. En deux siècles, le peuple et la bourgeoisie avaient acquis les biens du reste de ces gentilshommes et les avaient remplacés dans leurs titres et privilèges.

Que voit-on encore de blessant dans l'ancienne organisation? Les maîtrises et jurandes pour la bourgeoisie? Mais les compagnons se révoltaient quand on voulait abolir ces lois, parfois exagérées, dénaturées, mais souvent utilement protectrices, et je ne suis pas bien

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sûr que le dix- neuvième siècle finisse sans que les ouvriers les rétablissent. Ces maîtrises n'étaient guère autre chose qu'une organi-

NECKBR

Les biogriphei discDl d« lui qu'il moarat aprii uac miladie courte mlii pfDibk. Sou idm ÎDistrition fol comme sa maladie, courte miia péoibte. 11 était Genevoii. U ivaii tit régent, commla, banquier ; en deveawit premier mlutilre de France, il reita taii|ouri Genevoïa, r'geni, commis, banquier. C'eil avec ce quadrille de qualiléi qu'il priiendii gouverner la Révolution. Il y joignait une honudeië parfaite el une vanité qui ■ mis jusqu'ici en déroute loua Ici adjectifs qualiltcatifs. C'est lurlui que la Révolution eiiay* son jeu . d'escarpolette. On vint inscrire lur le fronton de son hAtel : Au minittre adoré. Le lendemain on lui donna ane telle poursuite, qu'il eut grand'peine i • re|ajiier sa patrie >, où il mourut de cette maladie que

Pkahck «iïOLOT. — Livr. d.

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sation d'assurances mutuelles pour la classe marchande; il était très facile de devenir maître , la moitié des compagnons acquéraient la maîtrise, qui empêchait la veuve et les orphelins du maître de tomber dans la misère et qui protégeait le travail du maître après sa mort, non pas contre les ouvriers, mais contre la concurrence.

Les dîmes, les corvées, tous ces droits de propriété dont les noms bizarres font la joie des sots de maintenant? Mais c'était presque toujours une manière de fermage, une forme de l'impôt en un temps où la monnaie était moins commune, où il était plus commode pour l'ouvrier, comme pour le fermier, comme pour le contribuable de payer sa dette en travail qu'en argent; et ainsi était évitée une partie de ces frais de perception et ce développement du fonctionnarisme qui grèvent aujourd'hui le budget et augmentent le taux de l'impôt.

Pour la dîme, en particulier, contre laquelle on exaspéra la sottise populaire parce que c'était un impôt clérical, que représentait-elle, en effet ? Elle n'était pas la dixième, mais, en moyenne, la vingt-cinquième partie du produit, au maximum, c'est-à-dire qu'elle mettait l'impôt foncier à 4 pour loo (car l'autre formule de l'impôt foncier, la taille, y ajoutait peu), quand il est aujourd'hui de 7 et demi pour 100. L'impôt était donc à peu près moitié moindre , et il avait l'avantage de suivre le cours de la fortune publique, de telle sorte que, si la récolte était mauvaise et qu'on eût par exemple cent bottes au lieu de deux cents, le droit ne portait que sur ces cent bottes. Tandis qu'aujourd'hui l'impôt est inflexible et reste le même , que l'année soit bonne ou mauvaise.

Cette dîme était elle-même sujette à diverses charges. Elle devait suffire à payer tous les frais du culte, à entretenir les édifices, à subvenir aux dépenses des petites écoles, à payer à l'État l'impôt connu sous le nom de don gratuit. Le clergé était exempt uniquement de la taille, dont nous allons parler. Il payait tous les impôts directs , logeait les gens de guerre. Les monastères doivent héberger un certain nombre d'invalides, et parfois entretenir les fortifications et donner aux pauvres une part de leurs revenus; et cette part, légalement, ne saurait être au-dessous du sixième.

On remarque que l'abolition de la dîme ne profita pas aux cultiva-

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teurs, mais aux propriétaires qui louèrent plus cher leurs domaines allégés de cette charge.

La taille était, avons-nous dit, personnelle et réelle (et celle-ci était à peu près ce qu'on nomme aujourd'hui Timpôt foncier). Sait -on de quel poids elle pesait en 1771? Elle exigeait une livre et quinze sols par homme annuellement (c'est à peu près deux francs cinquante centimes de notre monnaie d'aujourd'hui). Je vois cela en Normandie. Un calcul plus complet me montre, en 1777, le journalier payant trente à quarante sols d'imposition, c'est-à-dire la valeur de moins de deux journées de travail.

Ajoutons aux cinquante-deux dimanches les quinze jours fériés, et si Ton veut, en comptant les fêtes patronales, portons à quatre-vingts le nombre de jours soustraits au travail; ce journalier payait donc à l'Etat environ la deux-centième partie de son gain.

Du reste, nous savons ce que cette taille, dont on a fait un monstre, le vampire des contribuables de l'Ancien Régime, nous savons ce qu.'elle produisait. Au milieu du quinzième siècle, elle donnait 2 millions; en 1789, quand l'Assemblée constituante l'abolit, elle procurait 23 millions, c'est-à-dire qu'elle avait mis trois siècles à décupler son rapport. Monstre et vampire bien calomnié, car son successeur, l'impôt révolutionnaire, n'a mis qu'un siècle à se sextupler : il était de 600 millions en 1789, il est aujourd'hui de 3 milliards, au minimum.

Quelle était donc, en résumé, la situation de ce contribuable d'autrefois qu'on nous montre écrasé sous l'impôt? En 1789, le budget est de 53 £ millions, la population de 24 millions; la moyenne de l'impôt est donc, pour chacun, de 22,10, et ce chiffre est plutôt exagéré, car bien des statistiques donnent 25 millions et non 24 pour chiffre de population. Aujourd'hui, la moyenne de l'imposition annuelle pour chaque

Français dépasse 11 5 francs. Le prix moyen de la journée, mettons-le au plus bas, sous l'Ancien Régime, à un franc ; le contribuable ancien, celui qui est écrasé^ donne vingt-deux journées par an à la monarchie. Le prix moyen de la journée, aujourd'hui, mettons-le au plus haut à 3 francs ; en pensant au Bas-Breton qui gagne six sous et à l'ouvrier parisien qui gagne six francs, nous voyons que le contribuable moderne, celui qui verse des laj^mes sur Vécrasement de Vautre^ donne trente-huit de ses journées à la République, c'est-à-dire qu'il est obh'gé

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de travailler presque doublement pour entretenir ses nouveaux maîtres.

Et, en tous ces calculs, nous faisons, comme on voit, la partie belle à la République, qui coûte au contribuable plus cher que nous ne venons de le dire.

Ce qui a donné, pour des yeux prévenus, une apparence rébarbative à rimpôt de l'Ancien Régime, c'est qu'on a confondu l'équité avec la méthode. On l'a trouvé inique parce qu'il n'était pas méthodique. On n'a pas tenu compte de compensations qui n'avaient rien de mathématique, mais qui étaient réelles ; et, comme nous l'indiquions, on n'a pas calculé que lés dépenses imposées à la noblesse pour le service militaire étaient un impôt plus lourd que la taille réelle dont elle était

en partie exempte.

Les faits le prouvaient bien. Nous ne parlons pas des biens du

clergé. Le clergé, se recrutant dans le peuple et la bourgeoisie aussi bien que dans la noblesse, faisait participer à ses biens, comme à ses privilèges, chacune des classes de la nation. Mais ce qui prouve que les charges pesaient sur la noblesse plus encore que sur les autres classes, c'est que la fortune mobilière et foncière de la bourgeoisie et du peuple croissait par un développement normal et continu, quand la noblesse s'appauvrissait. Nous l'avons vu. Ce qui le prouve encore, c'est qu'il n'y avait plus déjà, au commencement du dix-huitième siècle, une seule famille noble qui n'eût été obligée de s'allier à la bourgeoisie pour s'enrichir; et quand un gentilhomme devenu trop pauvre et se sentant laborieux et actif voulait s'enrichir, quelle était la première chose qu'il faisait î Il abandonnait ses privilèges, et pour un temps plus ou moins long se faisait bourgeois.

Que reproche-t-on encore à l' Ancien-Régime ? Le monopole des places d'officiers pour la noblesse. Il y eut, en effet, l'ordonnance de 1781, qui réservait expressément ces places pour les gentilshommes. Mais, outre que cette ordonnance prouve qu'il n'en était pas ainsi jusque alors, outre qu'elle était évidemment destinée à durer peu, les exemptions à la loi étaient, dit une autre ordonnance de 1788, illimitées. Il serait long de les énumérer. De fait, il y a eu en France, en 87, tel régiment d'infanterie où, sur 67 officiers, 21 sortent de la troupe; tel régiment de cavalerie où, sur 32, 11 étaient dans le même cas. Enfin, on constate que dans i38 régiments, tant d'infanterie que de ca-

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Valérie, il y avait, en 1789, avant la Révolution, 753 officiers ayant été simples soldats.

On veut nous attendrir sur l'horrible et sombre situation du peuple. Un Anglais, Moore, qui vint en France avant la Terreur, nous raconte que tout le long du chemin, — c'était le dimanche, — il voyait les paysans danser. Il s'en étonne d'abord, puis il ajoute : « Quand n'ai-je pas vu un paysan français saisir toutes les occasions de danser et de chanter ! » Ce peuple était donc joyeux. Il était riche aussi, et la preuve n'en est pas seulerfient ce fait que nous donne un contemporain, c'està-dire que le laboureur élève ses enfants dans un état supérieur au sien; il y a une autre preuve plus frappante encore : ces prolétaires devenaient bourgeois et les bourgeois, doublés par ces prolétaires, possédaient environ les trois cinquièmes du sol de la France et à peu près tout le capital économisé.

J'ai lu beaucoup de statistiques sur le blé, sur les vignes de l'Ancien Régime, comparés au blé, aux vignes d'aujourd'hui, et je les ai trouvées presque toutes uniquement préoccupées de transformer les chiffres en armes révolutionnaires. Pourtant, en admettant comme vraies les récapitulations les plus maussades contre la monarchie, en acceptant que l'hectare de terre rapportant, en 1840, 243,10 centimes ne rapportât que 85,5o en l'an 1700, c'est-à-dire trois fois moins, je constate en même temps que le travail agricole, qui demandait en 1700 24 francs pour mettre cet hectare en rapport, demandait 90 francs, c'est-à-dire près de quatre fois plus, en 1840 ; et comme tout a augmenté en proportion du travail, l'augmentation du rapport ne compense pas l'augmentation de la dépense, et l'ouvrier n'en est pas plus riche. Pour le vin, je vois que chaque habitant avait i53 litres à boire ou à vendre, et qu'il n'en a plus que 1 13. Les statisticiens, ne m'ont pas parlé des bois; j'interroge BufiFon, il me répond qu'en 1787 les bois rapportaient annuellement 1 3o francs l'arpent ; cela ferait 240 francs environ de notre monnaie, et aujourd'hui c'est un prix très exceptionnel.

Certes, on a accompli depuis lors de grands progrès matériels, mais le préjugé actuel est que, tout compensé, nous avons peu perdu et infiniment gagné à la Révolution. C'est le contraire qui est vrai. Je le répète, la plus grande partie des progrès matériels constatés aujourd'hui sont d'origine antérieure à la Révolution.

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Tout prospérait, la population, le nombre d'arpents cultivés, le rendement des terres et le numéraire en circulation. Je prends un document de Tan VIII, fort peu désireux de flatter le régime féodal, comme on disait alors. J'y lis que la France avait 18,600,000 habitants en 1700; 20 millions en 1740, 24 millions en 1784; en 1700, 55 millions d'arpents cultivés, 1 1 60 millions de livres de produits généraux, et 5oo millions de numéraire en circulation ; en 1740, terres cultivées, 60 millions d'arpents, produits généraux 2,5oo millions, numéraire en circulation £ milliard; en 1784, jb millions de terres cultivées, trois milliards de produits généraux et 2,200 millions de numéraire. Toutes les charges de TÉtat étant payées, on évaluait le superflu à i5o millions en 1700, à 5oo millions en 1740, à 700 millions en 1784. Dans ce superflu, n'est pas comprise la consommation des productions étrangères au sol, et qui diminue l'épargne de la France, laquelle est d'un quatorzième ou 5o millions en 1784.

Ainsi, en admettant même que le progrès reste stationnaire, — et c'est le contraire qui est indiqué, — la France de l'Ancien Régime peut économiser un milliard en vingt ans, tout en se livrant à des dépenses de luxe qui représentent lès treize quatorzièmes de ses économies. Le trésor royal, en empruntant une portion de cette épargne, pouvait bien s'obérer, mais il n'appauvrissait pas la France, puisqu'il dépensait tout dans le pays. Tous les autres renseignements concordent à prouver que la France, en effet, ne s'appauvrissait pas. L'exportation avait plus que triplé en soixante ans, et Necker constata que le produit des droits de consommation augmentait, sans effort, de deux millions chaque année.

Les faits matériels nous démontrent, d'ailleurs, que le bourgeois est en meilleure situation que la noblesse : celle-ci en est venue à ne plus posséder que le sixième du sol. Notons que c'est toute sa fortune, tandis que la bourgeoisie, outre la terre, possède, nous l'avons dit, des capitaux, les moyens de les faire fructifier et le droit de les épargner. Ce dernier droit, les nobles ne l'ont guère. Dans les années de disette c'est sur eux que tombe le plus gros poids, puisqu'ils sont obligés par la loi de nourrir les pauvres. Les écrivains les plus hostiles à l'Ancien Régime sont aussi forcés de reconnaître que le peuple, dont ils nous veulent dire qu'il était contraint de donner les neuf

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dixièmes de son gain à l'impôt, s'était fort enrichi : il avait acquis, en 1787, un quart de la propriété foncière de la France. Les petits propriétaires, à cette même date, presque aussi nombreux qu'aujourd'hui, représentaient le tiers de la propriété totale ; et certains villages prêtaient de l'argent à leur seigneur.

On nous le représente, ce peuple, débile, mourant de faim et se nourrissant d'herbes et de cendres mêlées à du son. Et qu'étaient-ce donc que les soldats de l'armée de Sambre-et-Meuse, des armées vendéennes, de l'armée d'Austerlitz et d'Iéna, sinon des paysans de l'Ancien Régime !

Mais si l'éducation développait en eux la vigueur du corps, si elle s'efforçait de mettre au-dessus de tout, dans leurs cœurs, la crainte de Dieu et l'amour de la Patrie, ce doux commencement de toute sagesse sociale, si elle les poussait à l'insouciance qui est la fête journalière du pauvre, elle les avait pénétrés surtout de l'idée renfermée dans ce proverbe, le plus savant des proverbes, et qui disait : A chacun son métier. Ils regardaient donc avec sagacité, soin et persévérance, jusqu'à la plus longue portée de leur rayon visuel, mais la plupart n'allaient pas au delà.

Dans le gouvernement de leur commune, ils étaient à peu près les maîtres, et presque absolument libres dans ces assemblées paroissiales qui se tenaient le dimanche, après la messe, et où chacun discutait et votait sur tous les intérêts politiques et financiers de la communauté.

On avait commencé à transformer ce gouvernement démocratique en régime représentatif. Mais ici encore s'était montré le génie prudent et sensé de la vieille France : il aimait à appliquer le remède au mal reconnu, sans se croire obligé d'étendre ce même remède à tous les cas analogues.

Ainsi, l'Ancien Régime avait, depuis longtemps, dans les villes, remplacé l'action directe de la foule par le gouvernement d'un conseil électif. Il en était venu là, en 1787, pour les villages. Toutefois, quand les circonstances intéressaient profondément chacun des membres de la comniunauté, la formule purement démocratique avait été conservée. La question du maître d'école était de celles-ci; toute la paroisse votait en assemblée publique. L'instituteur, clerc^ magister

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recteur d'école^ passait un examen devant le curé et les notables, mais il devait être accepté par la communauté.

L'école, c'était là l'affaire importante pour l'ancienne société ; et là, comme partout où le clergé avait pu donner l'impulsion, on était arrivé à des résultats excellents.

En principe et légalement, chaque paroisse devait avoir une école primaire. En fait, là où Ton a pu arriver à des statistiques précises, on a constaté que plus des deux tiers des villages en possédaient, sans parler des écoles curiales et de celles qu'abritaient les couvents et les abbayes.

L'instruction était souvent obligatoire, et dans certaines villes, les pères de famille devaient envoyer à Técole, chaque dimanche, non seulement les enfants, mais leurs domestiques et employés. Dans beaucoup de villages, cette instruction était gratuite; dans les villes, elle l'était toujours, et cette gratuité, à Paris, s'étendait à tout l'enseignement secondaire.

Cet enseignement était plus favorisé sous l'Ancien Régime qu'il ne l'était en ces derniers temps encore. En 1842, il y avait i élève pour 493 habitants; en 1789, il y en avait 2 pour 382. En 1789, il y ^vait 662 collèges, 72,747 élèves, 3,249 boursiers; en 1842, on comptait 358 collèges, 44,091 élèves, 2,774 boursiers, et la population avait augmenté notablement, et je ne compte pas à l'actif de la vieille France les collèges des couvents. Bien plus tard encore, l'avantage reste toujours à l'Ancien Régime. Une histoire très bien faite de l'enseignement primaire dans le département du Nord établit qu'il y avait, en 1789, 58,14 pour 100 de conjoints signant leur acte de mariage, quand il n'y en avait que 55, 10 pour 100 en i865. Dans bien d'autres endroits j'ai pu constater que les trois quarts des hommes savaient lire.

Après l'école, ce que l'ancienne France avait toujours aimé le mieux, c'était l'agriculture. Elle en avait donné la preuve expressive dès le Moyen âge, en défendant au créancier de saisir les bêtes, les outils, les meules du laboureur ; et Sully donnait un vrai caractère de tendresse filiale à cet amour de notre pays pour l'agriculture, en disant que labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France.

Jamais ces deux mamelles n'ont été pressées avec plus d'avidité qu'au dix-huitième siècle.

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La royauté, comme le clergé et la noblesse, sulvam la tradition nationale, encourageaient les expériences nouvelles.

On mettait à la disposition des intendants des sommes et des faveurs

lÉTK DE VOLTAIRE, PAR HOUDON

An point de vue de l> Révolullsn, l« biographie de Volt4ire lient en celle pbriie ■■ • J'iioie mieui ua tieiD grtnd lion qae deux cenla vikina pditi rut. • I[ indiquiit lÎDii Gnemeal ladiRïrenct qu'il y ■ cotre la Monerchle la plni tbjglui. elti Rfpublique la plui btaignc : le lloa du plu> robuste ippflil se repaie quud II ■ OMogé; Ici raii grigaoïieni toujoun, et quaod Ils ont roiif< ooi habita, ili dïToreat notre peau.

honorifiques destinées à récompenser les agriculteurs qui perfectionnaient les principales branches de l'agriculture. On poussait les labou reurs à mieux cultiver les céréales, à donner de plus grands soins :'t FuNci «ivoLUT. — Llvr. e.

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rélève des bestiaux, à essayer des croisements, des prairies artificielles, à introduire soit de nouvelles races d'animaux, soit de nouvelles graines. On répandait gratuitement les médicaments dans les campagnes; on creusait des chemins. On construisit 6,000 lieues de routes sous Louis XV.

Les Économistes aidèrent à ce mouvement. L'Ancien Régime profitait des attaques de ses ennemis comme des conseils de ses amis : la critique harcelait la tradition; situation normale pour une société qui veut marcher d'un pas sûr, et qui craint Timmobilité autant que les chutes. La taille se débarrassait peu à peu de ce qu'elle avait d'arbritraire et d'excessif; elle devenait tarifée. Un édit de 1767 réduisait le nombre des exemptés, et les terres appartenant aux privilégiés n'étaient quittes de l'impôt foncier que si elles étaient cultivées par les privilégiés eux-mêmes et seulement pour la portion exploitable par quatre charrues. Les bourgeois de Paris conservaient leur privilège d'exemption, mais seulement pour les terres closes et attenantes à leur habitation de campagne.

Les privilégiés payaient, avons-nous dit, les autres impôts, la capitation, le vingtième, et toutes les taxes communales au prorata de la valeur de leurs biens.

Les charges imposées par le logement des gens de guerre étaient régularisées et allégées. La corvée allait s' adoucissant, elle était réglée à un maximum de cinq journées par an, elle ne touchait pas les gens de métier, et elle valait si peu qu'on n'en comptait jamais le produit dans l'estimation d'une terre. Le nombre des jours fériés avait été réduit à quinze. La milice ne dépassait pas 10,000 hommes; c'était toute la charge militaire de la France, Le milicien était tiré au sort dans les assemblées publiques du village.

Dans ce village de l'Ancien Régime, le seigneur résidant et le curé avaient un certain ascendant, sans doute, mais ascendant moral, qui tenait de la reconnaissance et non de la tyrannie, ni de l'intérêt. Déjà sous Louis XIV on disait qu'il fallait qu' « un gentilhomme ait droit et demi pour gagner son procès contre un paysan ». Le pauvre curé qui avait, en 1768, 5oo francs, en 1786, 700 francs de traitement, ne ravissait pas ses ouailles par l'éclat de son luxe. Mais c'était à lui que les réformateurs s'adressaient quand ils songeaient

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à quelque progrès utile, et Turgot, utopiste téméraire, mais honnête homme, disait des prêtres qu'ils étaient ses subdélégués.

En résumé, la société de l'Ancien Régime, suivant l'impulsion à laquelle nulle organisation qui a le christianisme pour base ne peut échapper, progressait et se réformait. Elle n'était pas exempte des vices qui sont d'essence humaine, mais, plus que toute autre société, elle était faite pour les amoindrir, puisqu'elle les blâmait sans cesse et que ses représentants devaient les attaquer sans relâche. Pourtant il est certain qu'il y avait au dix-huitième siècle un réel malaise.

Ce malaise provenait de ce qu'il y avait entre la royauté et la nation un malentendu dont personne ne trouvait le mot. Nous allons tâcher de l'expliquer.

La nation, au milieu des périls et des fortunes divefses du grand combat d'où devait sortir l'unité de la France, avait poussé son chef à changer peu à peu le caractère de son pouvoir. Peuple, et bourgeoisie surtout, l'avaient forcé à prendre la Dictature; dictature qui le rendait plus fort contre la féodalité.

Cette dictature avait toujours été limitée, en fait, par l'éducation que l'Église catholique donnait aux princes, et par l'opinion publique que le clergé avait formée, mais, en droit strict, elle paraissait absolue. Quand l'unité fut faite et la féodalité désarmée, le sentiment public sentit, sans bien s'en rendre compte, que ces maximes absolues n'avaient plus de raison d'être, et qu'elles ne correspondaient pas complètement à ce sentiment de dignité personnelle que le christianisme entretient dans les âmes par un conseil journalier.

Malheureusement, la royauté, forte des bienfaits rendus et voyant ridolâtrie qu'on avait pour elle, ne pouvait comprendre cette vague revendication de l'instinct public. Déposer la dictature pour retrouver la royauté, c'était bien là ce qu'on désirait du pouvoir; mais personne ne le disait. Personne n'avait trouvé le mot de la maxime, de cette maxime sans laquelle la France ne sait pas agir, mais à la suite de laquelle, — quand elle l'a trouvée — elle se précipite avec l'intrépidité la plus aveugle. D'ailleurs, quelle était cette royauté désirée et comment s'y reconnaître entre ces bribes d'axiomes qui affirmaient l'une une parcelle de la liberté des Francs, l'autre un lambeau de l'absolutisme royal?

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C'était la cause du malaise ; et la situation sortant hors de la logique, la nation perdait la paix et un peu la tête.

La Noblesse, qu'on avait traitée comme l'avaient été les Rois Fainéants de la première race, à qui on avait ôté leur autorité, tout en leur laissant leur cour et en les enfermant parfois dans les abbayes, la Noblesse s'était consolée aussi longtemps qu'elle trouvait gloire et acti vite en remplissant l'unique rôle à elle laissé, le rôle d'un corps d'officiers dans un peuple militaire. Quand le pays tendit à devenir pacifique, quand surtout la France fut battue par les étrangers un peu plus qu'elle n'en avait l'habitude, la noblesse ne trouva plus cette activité et cette gloire; elle entrevit qu'elle avait sa note à donner dans le concert social et qu'elle ne la donnait pas.

On lui avait livré à cultiver, non pas le pays, mais un parterre fort brillant qu'on nommait la cour. N'ayant rien de mieux à faire, elle y cultiva toutes les fleurs de l'esprit, et elle en embauma tout le pays. C'était plus de fleurs et d'acres parfums qu'il n'en fallait pour le cerveau impressionnable de la France.

Le Clergé n'avait pas encore compris que le gallicanisme pouvait produire l'esclavage politique, et que ce gallicanisme, respectable en tant qu'au nom de la tradition il défendait des coutumes pieuses, devenait absurde s'il voulait constituer un dogme catholique. Par là, la politique séparait l'Église de France de la source de la liberté et tendait à en faire un instrument du gouvernement dictatorial.

La Bourgeoisie, qui avait profité de tous les accidents de l'histoire pour accroître sa fortune et son autorité, sentait ce malaise plus vivement que les autres classes. Elle voyait plus clair aussi, mais malheureusement avec les visées d'une ambition peut-être excessive et trop personnelle.

Elle devinait bien que la Royauté ne pouvait continuer à exercer la dictature qu'à la condition d'être et vertueuse et ferme ; Louis XV et Louis XVI ne répondaient pas à cette double exigence. La bourgeoisie encore, sachant qu'elle était la classe jusqu'ici triomphante, toujours progressant et toujours gagnant sur les autres classes, entrevoyait que, si la noblesse était définitivement annulée, le clergé compromis et la dictature supprimée, elle absorberait tous les pouvoirs. Ses pensées étaient encore mal formulées et ses ambitions confuses;

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mais instinctivement, elle encouragea la noblesse à railler la Royauté et à se corrompre; elle excita la Royauté à faire du gallicanisme un instrument de révolte contre la Papauté ; elle envoya les plus ardents de ses enfants dans les deux camps de l'opposition révolutionnaire, chez les Philosophes et chez les Jansénistes.

Elle oubliait volontiers qu'elle avait été prospère et triomphante, justement parce que la Royauté et le clergé Tavaient défendue contre ses ennemis habituels, la noblesse d'une part et le prolétariat de l'autre. Elle ne comprenait pas qu'en empêchant le roi de discipliner l'esprit militaire et le prêtre de désarmer la convoitise populaire, elle resterait exposée, sans défense, aux entreprises d'un soldat heureux qui lui prendrait sa liberté, et du prolétariat corrompu qui convoiterait sa fortune.

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