PORTRAIT DE CLÉRY
Ni £11 176), aui cDTironi de VcrBaillH, frire de lait du dai; de Monlbuaii,il fut bommé iilel de chimbre du Daupbin. Au la lofli, il Cul choiei comme ralel de diambre du Roi prisoaaler, par l'etioii, qui etptriit trouver en lui un eipion docile. On lait comment il trompa cette alteale et avec quel dtTOuemeni II servit la famille royale. L'ouvrage qu'il ne ridigea pa>, mais dont il fournit lei maUrîtnx, le Journal d» et qui s'est passé au Temple, donne, avec une tinctrilé évidenle, le> plu> précieux détails sur rexisteocc des prisonniers. 11 a le rare mérite de hire.Jl force de détails précis, minutieux et naliemeat coûté*, »vi*re cette poignante eiislence. Cléry mourut à Vienne en 1809.
Ce n'est pas, en effet, une fantaisie tyrannique de Robespierre et de Danton ; ce n'est pas une volonté de la Terreur. C'est le désir persistant de la Révolution, et il tient à son essence même; Bérenger, qui n'est pas un terroriste, le répétait à la tribune des Cinq Cents : « C'est un préjugé de croire que les enfants appartiennent aux parents, » et Cam-
bacérès l'avait proclamé au nom du Comité de Législation : « Il n'y a plus de puissance paternelle ! »
Il ne devait donc plus être question désormais de former des hommes, des hommes civilisés, mais des animaux domestiqués pour être les serviteurs du gouvernement. Voilà le principe suprême. Il en découle deux conséquences :
1® Le gouvernement seul a le droit d'enseigner;
2"" La famille est un ennemi dont l'action doit être sans cesse combattue, parce qu^on trouve là des instincts variés, des volontés particulières absolument contraires à cette unité dans le servage, qui est l'évangile du Jacobinisme.
Toute la loi pédagogique de la Révolution est renfermée dans ces termes.
Barère, qui est l'enfant terrible du républicanisme, avait proposé le commentaire magistral du principe posé par Robespierre : «c Je demande que l'Assemblée s'occupe d'une instruction révolutionnaire, celle qui doit changer nos idées et établir la morale qui convient à la République. >» Ce n'était pas à la République à convenir à la morale humaine, il fallait forger une morale tricolore ou rouge, qui s'adaptât à la République. II fallait, conséquemment, un enseignement nouveau.
Si. — LA PÉRIODE DE DESTRUCTION.
La Révolution appliqua ici, dans toute sa pureté, sa méthode réformatrice, la seule qu'elle ait, méthode aussi facile que fructueuse. Elle supprima tout et prit tout. Sans penser au passé ni à l'avenir, ni aux droits acquis, ni à l'équité, ni à la logique, ni à l'impossibilité de remplacer ce qu'elle anéantissait, ni aux maux innombrables qui allaient s'ensuivre, elle voulut refaire tout l'édifice des connaissances humaines.
Elle protestait, pour avoir le droit de tout détruire, qu'on avait tout à organiser. Ses défenseurs, aujourd'hui encore, nous font des doléances sur ignorance absolue des gens de Pancien Régime.
On a prouvé mathématiquement que instruction primaire était plus développée au dix-huitième siècle qu'au milieu du dix-neuvième, et qu'il y avait plus de gens sachant écrire en 1789 qu'en 1842.
J'emprunte au plus consciencieux des érudits quelques résultats di ces recherches sur la Lorraine. A Toul, par exemple, la moyenne de: enfants sachant écrire est en 1690 de 61,8 p. roo, en 1790 de 85,! p. 100. Les registres des délibérations et procès-verbaux de corpo rations et d'éleaions donnent, en 1788,94 p. 100, et les plus ignorant des prolétaires qui sont les garde-vignes offrent encore 72 p. 100. A Nancy, la moyenne des gens sachant écrire est pour les parrains d< 92 p. 100, pour les marraines de 76; 89 pour les époux, 74 pou: les épouses. Parmi les électeurs de l'ordre du Tiers en [788, sur 1 108 14 seulement ne savent pas écrire : i charpentier sur 34; 2 chau' dronniers sur 3g; i tailleur sur iSg; i traiteur-pâtissier sur 480 En 1789, sur 1717 communes, il y en a r63o possédant au moîni une école, et dans les communes urbaines les écoles sont nombreuses Dans les quatre arrondissements, à Nancy, Toul, Lunéville, Briey, i y a 566 communes sur 599 ayant au moins une école et la moyenni des enfants sachant écrire est de 81 p. 100 pour les hommes, et de6( p. 100 pour les femmes.
On peut prendre ces chiffres pour juger du reste de la France. La Constituante ne les ignorait pas, mais avec son étourderie habi tuelie, elle avait enlevé les principales assises du monument, san: paraître soupçonner qu'il dût s'effondrer. Elle n'avait manqué aucune occasion d'attaquer à fond l'ancien régime pédagogique, mais san; vouloir conclure. Elle avait pris un de ces moyens détournés qu'elh aimait : elle avait désorganisé la plupart des collèges en imposant 1< serment constitutionnel aux professeurs. Quelques-uns d'entre eu> s'y trompèrent; ils crurent qu'on en voulait seulement aux méthode; surannées, et qu'en donnant des airs dégagés aux humanités, on er sauverait l'essentiel. Le collège de Navarre notamment se fit placarder de certificats de civisme. U'autres essayaient de détourner 1( gros de l'orage, en faisant ajouter des commentaires sur la constitutioi au Cornélius Nepos. Et chacun écrivait confidentiellement (6 octa bre 91) au ministre de l'Intérieur : « Les établissements d'instructior sont dans le plus grand désordre, à cause du discrédit où sont tombées les anciennes lois, u
C'est la Législative, nous l'avons vu, qui était chargée de mettn en pratique le faux libéralisme dont la Constituante avait posé le:
bacérès T^ plus dCy»/
du 2 avril 1792 supprima
jj ^ ^^ -" ^^^//'' .^;,/yersités de France, confisqués leurs
j^^^ . /r>4^ ^j^ r/^^^f^uae, puisque Tuniversité de Paris à elle
A^^ /*^^^^^^^^C^ P^"^ rinstruaion 1,400,000 livres); sup-
>y '*^^^^*^^^''^^^tjflfe-Jeux collèges avec leurs soixante-douze
/ ^^fir "^^ ^aq ^^^ dont plus de quarante mille recevaient gratui-
pfit^^ Ij cef^^ ^ lassiq^^ (et ce butin n'était pas non plus mé- ^^^^^^ Z'^^^^',^ fj des collèges fut vendu 372,216 livres argent); sup-
Z^r^f P^'^^^^ les écoles des abbayes, des prieurés,, des presbytères,
,f/jJJ^^^ ^^^ . 5uppriniées toutes les petites écoles qui répondaient à
des ^^^^' j^5 écoles primaires et où, nous l'avons dit, presque en
peu P^^^ j^c de France, se donnait l'instruction gratuite. ch^^^^ j lg discussion vint à la Législative (avril 1792), l'un des /^ corrompus de l'épiscopat constitutionnel, Lecoz, s'écria : « Mais ^^ allez retirer à six cent mille enfants les moyens d'apprendre^ . . ^ Qu'importait ! Supprimées les innombrables écoles où les filles . riches comme des pauvres recevaient l'instruction. Supprimées aussi les académies, « parce qu'elles sont propres à perpétuer les / restes de l'esprit de corps ». Fermées les écoles de droit, mortes les
écoles de médecine. Restait, à demi clos, l'ancien Collège royal. L'on nous vantait naguère la mansuétude de la république à l'égard des professeurs, en nous faisant valoir qu'elle n'avait même pas guillotiné le bon abbé Delille, qu'elle avait, en ce Collège royal, emprisonné seulement quatre professeurs sur dix-huit, et que les autres avaient eu le droit de continuer des cours de syriaque — probablement sous le contrôle furieux d'un savetier sourd du voisinage?
On ne nous dit pas par quelle série de belles chances le pauvre Delille put parvenir à sauver son cou, non sa liberté; et il suffisait de quelque mauvaise digestion en ce savetier, coryphée du comité révolutionnaire voisin, pour que les quatorze professeurs restant et leur syriaque s'en allassent loger à la Conciergerie.
La vérité est qu'on avait pris les précautions pour que tout l'enseignement, non seulement fût bien mort, mais qu'il ne pût revivre. Uiï décret d'octobre 179*5, complétant celui d'août précédent, interdisait les fonctions de professeur à tout noble, religieux, prêtre, religieuse ou femme noble, à tout individu qui avait été jadis nommé par des
l-'ENSEIGNEMENT
prêtres ou des nobles, ce qui était éloigner tout le monde, puisque avant 1789, Tévêque devait ratifier la nomination des instituteurs paroissiaux.
Enfin, pour ne négliger rien, les professeurs bien laïques, bien roturiers, devaient encore prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il fallait des instituteurs mariés, « parce qu'en offrant à leur élève la vue des douceurs de l'union conjugale, ils feraient naître dans son sein le désir de les connaître »I Enfin, Tun des vice-présidents du tribunal révolutionnaire le proclamait dogmatiquement : u La république n'a pas besoin de chimistes. »
Pour excuser toute cette tyrannie, on avait déclaré qu'il s'agissait <c d'émanciper la pensée humaine ».
L'émancipation de l'esprit humain n'avait pas tardé à faire des progrès. Dès le i5 janvier 1791, Tallien fonde un club où sont admis les enfants de douze ans. Le 25 août 1793, une députation d'enfants, conduits par les instituteurs laïques, se présentait à la Convention , et l'un de ces élèves de la nouvelle école demande que désormais, « au lieu de prêcher au nom du soi-disant Dieu, on se contentât de leur apprendre les principes de la constitution ». La Déclaration des droits de l'homme, en effet, — c'est la commune de Paris qui le proclame (3 brumaire an II), — « est le seul catéchisme dans lequel il faut apprendre à lire aux enfants ». « Oui, ce sera là son premier catéchisme, f... », disait le Père Duchesne, qui fut le plus ardent laîcisateur de l'Enseignement.
Les enfants sont bientôt convaincus de la bonté du système.
Les jeunes -élèves de Brutus viennent à la Commune, en députation, proclamer — 3o juin 93 — que les sociétés populaires, tant calomniées, ont sauvé la République; qu'ils ont formé un club avec Brutus pour patron, et que ce grand homme trouvera en chacun d'eux un imitateur. En effet, il y a des clubs pour les enfants de quatre à huit ans.
Une nouvelle députation de ces innocents citoyens vient, le 6 frimaire, à la Convention, et insiste pour « qu'au lieu de l'Évangile, on se borne à leur faire apprendre les droits de l'homme », et l'on voit un orateur de sept ans^ qui vient exposer à la Commune quels sont les principes qui l'animent.
La Commune le félicite et vote à chacun de ces bébés un bonnet rouge « pour leur inspirer la ferme résolution de le tremper dans le sang des despotes, pour lui rendre sa première couleur si jamais elle venait à s'altérer ».
Les Droits de l'Homme paraissent bientôt fades, et une femme, mère de famille — républicaine , — vient demander qu'on donne aux enfants pour Évangile la collection entière des œuvres de Marat.
La Révolution réalisait ce rêve monstrueux, inconnu au paganisme, et dont aucune page de l'histoire d'aucun peuple n'offre de traces, le rêve inouï d'élever l'enfance d'abord sans Dieu, puis contre Dieu. Tout le reste suivait. « La logique s'apprend sans maître dans une république ; deux heures de leçons dans un des groupes de nos places publiques suffisent. » — « La simplicité tient lieu de talent aux bons sans-culottes. » — « Il faut que l'ignorance vertueuse soit un titre pour toutes les magistratures. » — « Assez longtemps le talent, toujours conspirateur, a fait son partage exclusif de toutes les magistratures. » — « Les beaux-arts sont naturellement royalistes. » — « La morale enseigne les préceptes d'un modérantisme antirépublicain. » C'étaient là les axiomes courants de la pédagogie nouvelle.
Q' avait-elle fait des enfants ?
De quelques-uns, parmi les plus enthousiastes, elle avait fait des espèces de prétoriens de la République. Elle les prenait dès l'âge de douze ans. On les nommait les Enfants de la Patrie^ les ^ Élèves de Mars. Ils montaient la garde, faisaient patrouille. Ils se montraient farouches pour faire exécuter les plus vexatoires ordonnances de la Terreur. Ils faisaient notamment une guerre impitoyable aux femmes qui ne portaient pas exactement la cocarde au bonnet. Enfin, on envoyait ces petits enragés remplir l'office de garnisaires chez les aristocrates.
Les autres, voici ce qu'en disent les rapports des observateurs des comités de Salut public et de Sûreté générale :
<( Les jeunes gens appelés élèves de la Patrie sont aussi corrompus qu'on puisse l'imaginer. Hier, au Jardin national des Plantes, ils se permirent de chanter les chansons les plus obscènes, ce qui fit murmurer le public. Leurs conducteurs n'en rougirent pas. On en imputa la faute au citoyen Chaumette, parce qu'il avait décidé qu'on ne les
corrigerait plus. » Il fallait respecter ces citoyens. Je n'ose pas citer ce que ces observateurs nous racontent des scènes qui se passaient couramment et ouvertement au Palais-Royal entre les jeunes garçons et les fillettes de dix et douze ans. Après avoir fait de ces enfants des prostituées ou des sacripants, on cherchait en eux des hommes d'État, aux mains desquels l'on remettait le pouvoir diaatoriai de la Terreur. On connaît Marc-Antoine Julien, fils du conventionnel Julien de la Drôme, « âgé de dix-neuf ans, homme sans mœurs, déjà atteint des infirmités de la décrépitude. Charlatan politique^ à l'aide de quelques phrases sonores, débitées d'un ton emphatique, il en impose au peuple. » C'est cet espion morveux de Robespierre qui, pendant des mois entiers, fut le maître absolu d'une très grande partie de la Bretagne.
Mais il fallait plus. Cette éducation monstrueuse allait être divinisée. Les modèles, les saints, les patrons manquaient à la jeunesse des temps nouveaux. On trouva Barat et Viala. C'étaient les anges du dieu Marat, les séraphins de la déesse Raison. La foule des sans-culottes, hébétée par l'impiété, les adopta avec ivresse. Toutefois, la bouffonnerie était ici trop grotesque et uniquement bonne pour des Jacobins; avec le règne de ceux-ci, ces deux archanges disparurent. Le couteau qui décapita la Commune de Paris le 10 thermidor leur coupa les ailes, et ils retombèrent, tout à plat, dans la boue mal odorante d'où ils sortaient par la volonté de Robespierre. Il ne faut pas croire, en effet, que l'histoire ait attendu ces derniers temps pour savoir que ce furent de simples polissons qui méritaient la fessée et qui avaient reçu par hasard un coup de fusil. Voici ce qu'on imprimait en l'an III :
« Robespierre a fait un héros du jeune Viala. Il lui a fait décerner les honneurs du Panthéon. Il a bâti sur cet enfant une histoire que les théâtres ont embellie, que les poètes ont chantée, que les communes ont célébrée, et ceux qui habitent les rives de la Durance, ceux qui ont connu Viala, n'ont vu dans ce qu'il a fait qu'une espièglerie funeste à lui et à la République. Robespierre a dit que Viala avait coupé la traille d'une barque, empêché par ce coup hardi le passage des Marseillais et sauvé le Midi. Tout cela est faux : la traille n'a pas été coupée; les Marseillais sont entrés à Avignon et le Midi est resté en proie à ces brigands.
ORTRAIT DE DUHOURIE
C'cil u» avealuiier méridionil. It ternit de son sang pravcoçal une activité rare. Après avoir cultivi! la tarbalcDct dini loutti Ici conlréei de l'Europe, cl chercM en Corse comme en Pologne quciqui choae coaune nue priadpauK de condoiliere italien du quioiitme aitcle, il rencontra lu priocipc» de 9g. Il leur dut d'abord un miniiiire, pnis une armée, et il eipfriit leur devoir la préiidence de la République fruiça'u. 11 acheta la vicloire de Valmj, gigoa celle de Jemmapca, ae fil battre 4 Nerwiade: et loyaot que Im RCvoIutioa ac préparait i lai oITrir la plus haute récompense qu'elle décerne i ses illiuirea tetvïUDO cl à MI fils dévoués, rOrdre de H guillotine, il se sauva soui l'escorte de soldats eanemls, quatre mois jualcment aprii avoir sauvé la République,
FaaMCK sivoLUT. — Livr. 47.
« Voici le fait véritable :
« Des enfants s'amusaient à grimper sur une des.trailles de la Durance. Viala, plus agile que ses camarades, y parvint le premier. Là, pressé par un besoin violent, il veut le satisfaire. Une sentinelle croit que Viala se met en posture indécente pour Tinsulter, l'ajuste et le tue. L'oncle de Viala, enfermé au Luxembourg par décret de la Convention, arrange dans sa prison une belle histoire sur ce ridicule canevas, envoie son roman à Robespierre qui signe la sortie de l'oncle, l'admet dans son intimité, l'envoie fonder à Orange une colonie du tribunal révolutionnaire, et met le neveu Viala au Panthéon.
« On a demandé une place au Panthéon pour Gasparin, comme victime des fédéralistes, et il est mort dans son lit d'une indigestion. On a accordé le Panthéon à l'équipage du Vengeur^ et l'équipage du Vengeur est en bonne santé en Angleterre. Si je disais l'histoire de Chalier et de quelques autres Panthéonistesl! ô Français, serezvous toujours... »