PORTRAIT DE BARBAROUX
'homme >Jmir6 par M" Roland, qui ne put je tiire dt > celle léte
"Antinous sur le corps d'Hec-
n Tilail mieut que l'admiration de celte piiroane pour Lycéea
de Filles. Il eiail courageu»,
pour les lueuts de cadavres .,
il nommait les rfvolulionnaii» pariilens. Il ■iiaqui le Roi. maii
aussi Marat, Robespierre, les
doute, plus fougueux qu'in-
; ion «loqueuce a plus de bouii que de force. Ardent républîcaia,
mis probe, fier, vaillant, il fui
ticuiiers, mais de la police; ils ne sont destinés qu'à punir les ennemis de la République. Les ennemis de la Révolution, on ne doit prendre que le temps de les reconnaître. Il s'agit simplement de les
Fbancs R£vot.UT. — Livr, &3.
4i8 LA MORALE
anéantir. L'indulgence envers eux est atroce; la clémence est parricide. Celui qui veut subordonner le salut public aux inventions des jurisconsultes, aux formules du Palais est un imbécile ou un scélérat, m
Ce rapport, il faut le lire et le relire, en peser soigneusement chaque phrase. Il est le manifeste typique de la Révolution, le chefd'œuvre de la logique jacobine, sur laquelle a vécu et vit encore tout esprit révolutionnaire. Rapport admirablement déduit, serré, conséquent ; il n'a de faux que le point de départ, à savoir que la justice et la punition c'est la même chose ; que la justice a pour unique but de condamner, condamner ceux qui ne pensent pas exactement comme le gouvernement, comme les agents du pouvoir; qu'enfin le but idéal de la société comme de la justice, c'est de condamner à mort ceux que la police désigne comme mal pensants.
Par là, ce rapport arrive à l'assassinat systématisé, au manifeste public le plus révoltant dont l'histoire ait souvenir.
Il était suivi d'un décret, exposant en vingt-deux articles, comment on devait appliquer cette auguste charte, et dont voici le sens :
Le Tribunal révolutionnaire étant institué pour punir les ennemis du peuple, il s'agit de savoir quels sont les ennemis du peuple ? En principe, ce sont tous les Français de l'Ancien Régime, tous les Français, depuis ceux qui auront cherché à blâmer le gouvernement républicain et révolutionnaire jusqu'à ceux qui auront répandu de fausses nouvelles; depuis ceux qui auront calomnié le patriotisme jusqu'à ceux qui auront voulu altérer la pureté des principes républicains, jusqu'à ceux qui, par quelque moyen que ce soit et de quelque dehors qu'ils se couvrent, auront travaillé à empêcher l'affermissement de la République. Ces ennemis, ce sera cette jeune fille de quinze ans condamnable et condamnée comme ennemie du peuple, parce que ses parents ne voyaient que d'honnêtes gens. Ce sera cet homme paisible, docile aux lois, ayant rempli sans hésiter, avec zèle, toutes les obligations que la tyrannie révolutionnaire lui a imposées depuis cinq ans, ayant donne gaiement le quart de sa fortune aux sans-culottes, et abandonné sans regrets ses plus chers amis suspects d'incivisme;* mais il est condam* nable et condamné comme ennemi du peuple, parce que il n'est pas possible que son éducation perfectionnée ne lui rende pas, maigre ses apparences de civisme, cette basse tyrannie insupportable. C'est
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encore ce citoyen qui a perdu son état à la Révolution; or, que dit le proverbe? Qui perd ne peut rire^ il a perdu, donc il doit bouder la Révolution, il est donc condamnable et condamné comme ennemi du peuple. C'est cet autre qui a reproché à son savetier d'avoir de mauvais cuirs ; or, ce savetier est officier municipal, donc cet autre a avili les autorités constituées, il est condamnable et condamné comme ennemi du peuple.
Notons encore que celui qui essayait de se soustraire au mandat ordonnant la comparution devant un tel tribunal, pour répondre à de telles accusations, était mis hors la loi, c'est-à-dire devait être tué rien que sur la constatation de son identité.
Maintenant, comment les jurés jugeront-ils cette France que Couthon et Robespierre leur livraient. Comment reconnaîtront-ils que les prévenus sont des ennemis du peuple ? Faut-il des preuves écrites, des témoignages certains ? Non, toute espèce de preuves, soit matérielles, soit morales^ suffit. Pourquoi des témoins? Pourquoi une procédure? Les jurés doivent être illuminés par cette pensée qui est tout leur code : triomphe de la République, ruine de ses ennemis. Pourquoi des défenseurs au prévenu. Les jurés reconnaîtront bien s'il est sans-culotte, et s'il ne l'est pas, ce serait un crime de le défendre. Bref, comme le fait remarquer Fouquier-Tinville, il suffisait d'être riche pour être guillotiné. Le Tribunal révolutionnaire était tout simplement le marche-pied de la charrette destinée à mener le monde civilisé à la guillotine.
La loi nouvelle, pour en donner un bref résumé, se composait de trois codes : i® Forcer tous les Français à se dénoncer l'un l'autrt (art. 9 du décret); faire arrêter tous les dénoncés, traduire au tribunal tous les arrêtés, condamner tous les traduits, c'était là le code politique, et toute la politique; 2** refuser aux accusés toute défense, abolir toute procédure, tout débat, dédaigner toute preuve, c'était le code criminel, et toute la justice ; 3** choisir les hommes les plus grossiers, les plus partiaux^ les plus fous ou les plus asservis pour faire décider la culpabilité des rivaux, des contradicteurs du Maître , c'était le code administratif, et tout le gouvernement.
C'était pourtant le sens moral des juges et des jurés qui était Tunique appui des accusés. Ces juges, ces jurés, l'histoire les connaît.
et elle déclare que chez nul peuple, en aucun temps, elle n*a rien trouvé d'aussi inique que ces juges de la Révolution, d'aussi avili que ces pères de la République. On peut montrer quelque indulgence pour trois d'entre eux. Le reste est le déshonneur immortel de l'humanité.
Quels étaient ces jurés? « Des hommes dissolus, endettés ou voleurs, dont les uns avaient quitté la France jadis pour se soustraire à la peine de leurs infidélités et de leurs délits, dont les autres étaient marqués de l'ineffaçable sceau du crime que leur imprima la justice , etc. » Robespierre , qui avait seul organisé ce tribunal , y avait mis naturellement tout ce qui lui était attaché, ses dévots, ses gardes du corps ou ses espions. C'étaient, en tête, son féal Renaudin, le plus féroce de toute la bande, qui, espion le matin, arrêtait les gens dont, le soir, il était le juge; Vilate, qui partageait ses faveurs policières entre Maximilien et Barère; Didier, Gérard, Chatelet, Fauvety, Gravier, Trinchard, Garnier Launay, qui montaient si pieusement la garde chez leur collègue Duplay, pour défendre leur dieu Robespierre contre les petits couteaux des jeunes filles; Desboisseaux, Lumière, qui se montrèrent si énergiquement pour lui en Thermidor; Fillion qui s'était offert à Lyon pour remplir de temps en temps l'office du bourreau ; le nègre Nicolas , l'imprimeur associé de Maximilien ; et après son hôte, après son imprimeur, ses fournisseurs, son tailleur, son cordonnier, son perruquier. Il avait été trompé sur plusieurs de ces jurés. Quelquesuns, comme le peintre Topino-Lebrun, penchaient vers le dantonisme. Ceux-là étaient les honnêtes gens de cette bande d'iniques coquins.
Après que Robespierre eut ainsi écume, pour représenter la justice nouvelle, la lie de son entourage, on recueillit par toute la France ce qui surnageait aux endroits les plus infectés du jacobinisme.
On choisit bien. « En révolution, disait le plus doux d'entre eux, tout ce qui paraît au tribunal doit périr. » C'était la consigne. Aussi vît-on l'un de ces juges, mécoiitent de la façon dont un accusé était chargé, bondir de sa place, venir plus fortement développer les charges de l'accusation, reprendre sa place et voter la mort avec ses compagnons. Tel se vantait de n'avoir siégé qu'en état d'ivresse ; cet autre, de n'avoir jamais voté que la mort. Un autre demandera qu'on
saigne les accusés aux quatre membres, parce qu'ils ont Faix trop digne.
L'interrogatoire, que nulle instruction ne précédait, se bornait parfois à ceci : « Ton nom ? C'est bon. Tais-toi. Un autre. »
En province on y mettait parfois un peu plus de rhétorique. « Que faisait l'accusé? — Il mangeait. — Que mangeait-il? — Du pain et du fromage. » La cause était entendue, et l'accusé condamné à mort.
Que dire des témoins ? Ils avaient besoin à Paris, et, pour se faire
payer le voyage, ils venaient témoigner contre des accusés dont ils ignoraient la veille l'existence ; ou bien ils étaient des espions de prison, et leur témoignage était cru contre toute preuve. Deux d'entre eux firent condamner cent cinquante-six personnes en trois fournées. Les plus coupables étaient les jeunes filles qui avaient repoussé les avances de ces mouchards omnipotents.
Des défenseurs? En réalité, il n'y en avait plus; même avant le 22 prairial , « ils étoient uniquement préoccupés de se défendre de l'être, et ils ne demandoient de l'indulgence que pour eux-mêmes » ! N'avait-on pas interdit à l'avocat de la Reine de repousser les accusations ! Il ne devait que réclamer la pitié; encore le fit-il trop vivement, et on l'emprisonna.
Que dire de ce Tribunal qui exécutait les pères pour les fils; qui condamnait les gens de nom analogue, par Tembarras de savoir quel était l'accusé; qui condamnait les morts, qui envoyait à la guillotine de vieilles femmes, paralytiques, de quatre-vingts ans, accusées d'avoir voulu s'évader pour aller égorger la Convention ; qui condamna à mort comme accapareur un citoyen dans la poche duquel se trouvaient quelques miettes de pain destinées à des poules ! Parlerons-nous des jugements en blanc, des intercalations de noms, à l'audience même, sur les actes d'accusation ? des jugements sur liste, sans même voir les accusés ?
Que ne faut il pas dire de ces Commissions populaires, chargées de fournir des victimes à ce tribunal révolutionnaire ? Nous en avons déjà parlé, on se le rappelle, elles étaient présidées par des ouvriers menuisiers et jardiniers, ineptes et grotesques, de la force intellectuelle de ceux qui condamnèrent André Chénier. C'est lui qui avait dit qu'il venait de la maison à côté ; les magistrats lui objectèrent
qu'il n'y avait dans cette maison personne du nom de Côté ; et ils renvoyèrent en prison.
Si tels étaient les représentants de la justice à Paris, on devine ce qu'ils pouvaient être en province ; car la loi de floréal, citée plus haut, permettait à certaines villes de garder des tribunaux révolutionnaires. Étudions celui d'Orange. Il est typique.
On avait trouvé modéré le tribunal de Marseille. Il avait pourtant mis en accusation des enfants de neuf ans. Mais le représentant Lecarpentier, à Saint-Malo, avait décidé qu'on pouvait faire passer au tribunal révolutionnaire des conspirateurs de cinq ans, et Carrier les estimait bons à égorger même avant cet âge. Le vertueux Maignet, proconsul du Midi , ne le voulait pas céder en patriotisme aux vertueux proconsuls du Nord. Il fit valoir qu'il était difficile d'envoyer à Paris les douze à quinze cents prisonniers des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, et que pourtant la République avait besoin d'exterminer à bref délai, dans le Comtat, une dizaine de mille personnes. On ne pouvait rien refuser au « singe de Robespierre ». Il établit donc un tribunal à Orange,
Ce tribunal fut composé uniquement de juges,sans jurés ; de cinq juges. Nous les pouvons apprécier par l'un d'eux, qui demandait la révocation d'un de ses collègues, parce qu'« il lui faut des preuves pour condamner ».
Ce président mena tout avec deux autres juges, dont l'un était un fou atteint de monomanie sanguinaire, Tautre lin menuisier ivrogne qui ne prononçait jamais ses jugements que par un signe horizontal de la main : Coupez la tête.
Mais il faut donner la parole à tous ces gens-là.
Fauvety, l'un de ces juges, écrit, le 19 messidor de l'an II, à son ami Payan, qui a été avec lui juré du tribunal révolutionnaire de Paris et qui est maintenant agent national, fort accrédité auprès de Robespierre. Energique et logique, Payan avait le mot du guet révolutionnaire, ^t il était pour les petits terroristes du Midi un directeur de conscience, un protecteur considérable. Fauvety lui mande donc : « Ragot — c'est le menuisier ivrogne — Fernex — c'est le fou — et moi, nous sommes au pas, mais si l'un de nous était malade, la commission ne ferait que de l'eau claire. Roman Fonrosa est un excellent sujet, mais formaliste, et un peu loin du point révolutionnaire où il le faudrait. Meil-
leret, mon quatrième collègue, ne vaut rien, absolument rien. Il lui faut des preuvres pour condamner!!!»
Payan tança Roman Fonrosa, dont il ne désespère pas, pourtant^ de réveiller la vertu révolutionnaire. Il expose les principes avec gravité : « Les commissions chargées de punir les con^irateurs n'ont absolument aucun rapport avec les tribunaux de l'Ancien Régime, ni même avec ceux du nouveau. Il ne doit exister aucunes formes. La conscience du juge est là et les remplace. Ces commissions sont des tribunaux politiques, elles doivent se rappeler que les hommes qui n'ont pas été pour la Révolution ont été, par cela même, contre elle. Je t'en conjure, au nom de la République, au nom de ton intérêt particulier, laisse des formes étrangères à ta place, n'aie d'humanité que pour ta patrie. Dans les commissions populaires, l'humanité pour l'individu est un crime. » Roman Fonrosa, le Mathieu Mole de la Révolution, répond qu'en effet il savait qu'il fallait condamner tous les ci-devant nobles et prêtres, tous les riches, hommes d'affaires et tous les gens instruits, mais qu'il avait cru pouvoir être indulgent pour quelques journaliers, artisans, manouvriers. Il avait aussi constaté que la déposition des témoins à charge était parfois dictée par des intérêts particuliers ou par l'animosité, et il avait cru n'en pas devoir tenir compte. Il avait également constaté que plusieurs personnes innocentes avaient été condamnées pour d'autres accusés, à cause d'une espèce de ressemblance dans les noms, et il avait cru pouvoir tenir note des interrogatoires. Il reconnaissait pleinement ses torts^ priait Payan de lui pardonner, promettant de ne plus recommencer; et il concluait en disant que du reste ses observations n'avaient sauvé la vie à aucun accusé, car ses collègues les avaient toujours considérées « comme superflues ».
Payan, Fauvety, Fernex, Ragot, étaient dans la droite tradition, et Roman Fonrosa y rentrait. Tout ^ccusé. doit être condamné. C'est le principe. Fouquier-Tinville le savait bien.
L'exécuteur des jugements aborde Fouquier et lui demande combien il faudrait de charrettes pour les personnes qui étaient en jugement? Fouquier se nrut à compter sur ses doigts, 12, 18, 25, 3o. « Allons, fais venir trois charrettes. — Mais, lui dit Senar, comment peux-tu savoir le nombre ? ils ne sont pas encore jugés. — Bah ! reprit
Tinville, je sais à quoi m'en tenir. Est-ce que tu crois que je ne sais pas quel doit être le résultat du jugement. » Et il ajoutait : « Il n'y a point de patriote qui tienne. Quand les comités ont décidé la mort
ASSASSINAT DE MARA^ LE >l dci plus connu». ChirlolK de Cordajr d'Arm cal Je lyp<: Itèa pur de li feinni« phïloaoplie e nÈceiaiire de le Rivolulion. Celte Héïoluliur
-e pclilt-fille k la fois
Elle lui demanda luditnce.Le di ne biïgnoire. Elle 11 même phlloiapliie, '
l3 JUILLET 1793
nt, qui r^Ume quelque parente 1
i Silenle; et ausii peu KQiéc qa'éncii^-v Il et de Coraeille, elle vînt à Pari* paaT'la bonne Trinquetie républicaine, K flMIi3 jaillei 1793 et fat guillolinée le 17,
t uvoLttT. — Livr. 54.
de quelqu'un, aristocrate ou patriote, il faut qu'il y passe et qu'il y meure. »
^ Il est donc bien vrai que la justice révolutionnaire n'est que l'hy-
pocrisie de l'assassinat.
^ Mais nous revenons au tribunal d'Orange.
Quels individus avaient-ils à juger ? Nous avons la description d'une des prisons. Elle renfermait environ deux cents indidus : parmi les aristocrates on voyait trois mendiants qui n'avaient même pas de haillons; parmi les conspirateurs, quatre aveugles, cinq estropiés, deux nonagénaires paralytiques et deux fous de naissance. En d'autres villes, à Nîmes par exemple, on avait supprimé la prison : on allait chercher les dénoncés dans leur maison; on les amenait au tribunal, on les condamnait si dextrement qu'une heure suffisait pour mener un honnête homme de sa salle à manger à la guillotine.
Le tribunal d'Orange se sauvait par l'activité. En quarante-sept )Ours qu'il dure (quarante-deux jours effectif), il envoie à la mort trois cent trente-deux individus. Le frère est condamné pour le frère, le père pour le fils. Les enfants de quinze ans y sont guillotinés, comme ceux de treize ans à Nantes ; pauvres enfants dont la tête ne dépasse que du sommet la planche de la guillotine, et qui espérant, gentils, innocents, attendrir le bourreau, lui demandent, avec un sourire qui le dispute aux larmes : « Me feras-tu bien mal ? » *
A Paris, on envoie à l'échafaud les vieillards de quatre-vingt-dixhuit ans; à Toulon, ceux de quatre-vingt-quatorze; à Orange, c'est une vieille femme de quatre-vingt-quatre ans, tombée depuis longtemps en enfance, qui, montant sur une charrette, demande à son fils, son compagnon de supplice, s'il la mène faire des visites. « Non, ma mère, nous allons au ciel. » Ou bien c'est une paysanne en guenilles qui comparaît avec un enfant qu'elle allaite, un autre de quatre ans qui s'assied à ses pieds. On la condamne à mort, comme aristocrate ; on lui prend ses enfants, qui meurent dans les vingt-quatre heures. Et ces enfants -là furent d'heureux enfants à côté quç nous allons bientôt voir dans les mains de la Révolution. Puis la fête journalière a lieu.
Lei juges vont chercher leurs vertueuses épouses; on envoie quérir les instituteurs avec leurs élèves pour leur montrer trente-trois reli-
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gieuses guillotinées, sans parler des prêtres. On convoque les amis des villes voisines, d'Avignon surtout; les belles dames de la couche dirigeante accourent. Uaccusateur public vient, sabre nu, voler une dernière fois les condamnés. La musique joue des airs patriotiques et se met en marche, suivie des condamnés. Le chef des gendarmes commande d'une voix retentissante : Le pas de la mort! Le bourreau suit, le chapeau orné d'un long ruban tricolore. Quatre drapeaux aux trois couleurs ornent Téchafaud, un autre surmonte la sainte guillotine. Quelques-unes des dames se promettent de croquer un fruit à chaque tête tombée. Les autres vont festiner avec les membres et les patrons du tribunal.
Après le dîner, le tribunal d'Orange termine galamment la fête : juges, sans-culottes mâles et femelles, vont donner des sérénades aux parents des guillotinés !
Nous avons pris le tribunal d'Orange comme type. Il a des émules. La commission chargée de purifier le département de la Mayenne, et présidée par Félix, n'était pas méprisable pour les Jacobins. En un seul jour, après avoir condamné à la détention 45 enfants de neuf à dix-sept ans, elle fit guillotiner 4 prêtres, 5 Vendéens. Puis, comme la guillotine paraissait lente, on prit i25 individus qui attendaient le jugement et on les fit fusiller. Ceux-ci, on ne prit même pas la peine de les interroger. Mais pour se délasser des fatigues d'une journée si bien remplie, les juges décidèrent qu'ils assisteraient à l'exécution.
La commission établie à Port-Malo, au commencement de l'année 1794, montre quelques-unes des qualités distinctives du tribunal d'Orangt. On voyait parmi les accusés i enfant de dix ans, 2 de neuf ans, i de huit ans, 2 de cinq ans. Elle faisait fusiller les femmes et les moribonds qu'on tirait des hôpitaux et qu'on fusillait dans leurs couvertures. On avait déjà plusieurs centaines de victimes. Le représentant Lecarpentier trouvait qu'on y mettait de la nonchalance. Il était, comme Payan, dans les vrais principes juridiques : « Où vous mènent ces éternels interrogatoires ? Qu'avez-vous besoin d'en savoir si long ? Le nom, la profession, la culbute, et voilà le procès terminé ! »
Parfois le tribunal révolutionnaire se transportait dans les villes où les juges n'avaient pas bonne renommée de vertu républicaine.
Fixes ou ambulants, ils faisaient une égale besogne, et la culbute
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était fréquente. On estime à 10,000 le nombre d'individus qui furent exécutés en Anjou.
Parfois, rarement, très rarement, dame Thémis se rappelait quelques-unes de ses pudeurs d'ancien régime. Quand quelques citoyens jaloux hurlaient avec persévérance contre Texceptionnelle avidité de l'un de ses magistrats, on les faisait comparaître à leur tour devant un tribunal révolutionnaire. Voici, par exemple, Louis Robin, un ex-curé constitutionnel, qui était membre du comité révolutionnaire d'Angers. Il est accusé des vols les plus effrontés. La commission militaire, établie dans cette ville, reconnaît entre autres choses qu'il a bien extorqué 4,600 francs dans un village, 645 livres à un pauvre diable, 2 à 3ooo livres à des accusés traduits devant lui. Elle constate qu'il y a des preuves de tout cela, et elle l'acquitte, parce que, dit-elle, il ne l'a pas fait méchamment.
Ces commissions, ces tribunaux sont-ils le dernier mot de la Justice révolutionnaire ? Elle a trouvé mieux encore.