‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 7 sur 112 · LE PRINCIPE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE

La Révolution se divise, à la fin du dix-huitième siècle, en deux périodes distinctes. Du 4 mai 1789 au 22 septembre 1792, la Révolution anéantit Tautorité, au profit de la liberté, afin d'arriver au pouvoir. Du 22 septembre 1792 au 18 brumaire an VIII, la Révolution supprime la liberté au profit de Fautorité, afin de garder ce pouvoir.

Quel principe invoquait-elle pour expliquer comment la liberté, qui devait être tout, de 89 à 92, ne devait plus rien être, de 92 à la fin de la Révolution ?

Le même principe dans les deux cas : La Souveraineté du peuple.

Mais on était bien forcé de constater que ce peuple, qui était en principe, souverain, infaillible et bon, se montrait, en fait, mobile, ignorant, passionné, facile à duper, ou servile ou mutin, aussi prêt à se rétracter qu'à affirmer des inepties. L'expérience journalière démontrait donc la nécessité de faire agir une sagesse supérieure à celle du peuple.

Les révolutionnaires furent ainsi conduits à chercher d'abord un principe directeur de la souveraineté; ensuite des juges pour décider

France révolut. — Livraison i^. x

les cas où l'opinion était générale ou particulière; enfin une agglomé* ration qui pût jouer le rôle de peuple avec promptitude.

Ce principe, c'est ce qu'on appela « le bien du peuple » ; ces juges furent les hommes qui se nommèrent « les amis du peuple » ; cette agglomération fut la populace, parce qu'elle appuyait les amis du peuple dans leur action pour le bien du peuple. La croyance à la théorie révolutionnaire constitua « la vertu », et les gens qui se soumirent aux exploiteurs de la politique nouvelle furent « les vertueux ».

On voit comment, posant en principe la souveraineté du peuple^ les despotes les plus effrontés purent se proclamer les vertueux représentants d'un peuple libre.

Mais, avant d'en venir là, cette hypothèse de la souveraineté du peuple libre et bon produisit un premier effet : elle avait imprégné tout le dix-huitième siècle; elle pénétra jusqu'au fond de l'àme même des représentants de l'autorité; elle les désarma; elle les laissa faibles^ irrésolus, nous le verrons, en face des premiers révolutionnaires. En effet, puisque c'était, d'après Rousseau, l'évangéliste des temps nou« veaux, la société qui avait corrompu et enchaîné l'homme, naturellement bon et libre, les rois, les juges, la maréchaussée, tous les représentants de cette société méchante et tyrannique durent, s'ils étaient justes et sensibles, traiter avec une complète indulgence ces victimes d'une organisation dépravante. D'ailleurs, comment pouvait-on punir un être naturellement bon, et contraindre un être que Dieu a créé libre! La logique, comme l'humanité, ordonnaient donc tous les excès de l'indulgence, et poussaient à regarder toute répression comme un acte suspect de tyrannie. Elles condamnaient surtout les princes, délégués d'une société corruptrice , à une situation moralement inférieure en face des représentants de ce peuple dont l'essence et l'ensemble étaient parfaits.

C'est ainsi que l'autorité se trouvait désarmée, et que, plus le Roi était délicat, vertueux, sensible et bon, plus il était exposé à faiblir devant le principe révolutionnaire.

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