‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 75 sur 112 · PORTRAIT DE JE AN-ROBERT HÉBERT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JE AN-ROBERT HÉBERT

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de la visite qui se fit à ce dernier établissement. On nous cite des généraux qui donnaient à leurs soldats une prime par oreille qu'ils leur apportaient. Sous l'Ancien Régime, c'étaient les oreilles du loup qu'on

primait. On voit le chemin que la Révolution avait fait faire à l'humanité.

L'amour du sang était (devena tellement naturel, que la férocité

MORT DES VINGT EJ. UN DÉPUTÉS OIRONDINS, LE 3l OCTOBRE 1793

L«s plus illusirci dei quilrc-vingt- seize dtputés irrctis i la suilc de l'émeute communale du }t mai CurcDl condiRinéii mon par te irlbunal rivoluiionnair.'. On i Tilt grand bruit de cette exécution el fort admiré le courage dei Glroi dins. Il n'y clI pas une letlj dea [eunet lillfi, pai un seul dea vieillards envoyés cbaf)ue iour à l'échabudpar la République, œuvre dea Girondin", qui n'ait monlréautanldicauragequ'euic. Il ne faut paa oublier qu'jli élalant pnnïi logiquemeni et justement, el qu'ayant fondé la tyrannie, ils devaieni a'allcndr* 1 élre lyrannlséi, à l'avènement d'une nouvelle race de dispotea. Ces vingt et un députés aont Brlisot, Vercnland, Genaonné, Laaourcr, Fonfridc, SiMery. Ducos, Carr^, Duperrel, Gardien, Duprat. Fauchel, Beauvaie, Duchltet, Mainviéllc, Lacair, Lebardi, Baileau, Antiboni, Vigée, Vilaié.

FsANCB k£volut. — Livr. 6i.

devenait candide. On se rappelle la réponse de Verney, porle-clefs du Luxembourg.

Au 6 octobre, c'est la femme révolutionnaire qui mange du garde du corps; au lo août, c'est Thomme révolutionnaire qui mange du Suisse.

L'un et l'autre s'unissent pour des festins moins solennels, et je ne citerai que cette lettre écrite d'Orléans, par un volontaire parisien, le 3o août 1792 : « Les prisonniers sont gras. J'espère vous en poner une cuisse pour la manger en fricassée de poulet. » A qui ce jeune et vertueux républicain promet-il ce succulent festin ? A sa mère. Ce volontaire fut-il un fou, un fanfaron, un plaisant aimable ? Des enquêtes officielles nous montrent les reliefs de ce festin de la famille révolutionnaire, en Normandie comme en Provence.

§ ^. — Pour former les mœurs politiques et publiques, à la Haine, à la Convoitise se joignit la Peur. L'abjection où elle jeta la France, chacun le sait; mais il faut lire le vigoureux article d'André Chénier : Les Autels de la Peur^ pour comprendre ce qu'était devenu le bourgeois de Paris, dès 179t. Il faut regarder aussi le portrait que Dussault trace des Conventionnels : « Ils avaient Vâme pâle, tant ils étaient habitués à trembler. » Rappelons également, entre mille traits, l'indignation du peuple parisien, en voyant les soixante et onze membres de la commune de Paris marcher à la mort avec le sceau de la peur sur le visage. « On leur cria qu'ils étaient des lâches, et que les innocents que Robespierre, leur ami et leur maître, envoyait à la mort, y allaient avec un autre courage. » Ces poltrons, ces directeurs de la Commune étaient les représentants les plus chauds, les plus attitrés de la Révolution.

Ce sont là les principales apparences de cette civilisation qui forçait rhomme à regarder, non plus en haut, mais en bas, et qui avait mis, si je puis dire, les aspirations humaines à quatre pattes. Ainsi s'expliquaient la bassesse ou la fureur des mœurs publiques d'alors, le développement sauvage de l'ambition comme du désespoir.

Mœurs politiques. — Ces mœurs publiques, qui naissaient de l'essence même de l'esprit révolutionnaire et qui se développaient, en

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s'enflammant au frottement des faits révolutionnaires, influèrent à leur tour sur les événements. C'est réternelle histoire. Une idée crée un fait qui engendre à son tour mille descendants de cette idée et pousse ainsi dans le monde une famille de faits et d'idées qui rappellent, en l'exagérant, la physionomie caractéristique de la mère-idée. En pullulant ainsi, en gagnant au pied et à la main, cette famille de l'idée révolutionnaire fit une grande capture. Elle ne prit pas l'âme française qui, défendue par le catholicisme, lutta et lutte encore aujourd'hui, non sans grande espérance de victoire. Elle ne saisit pas complètement la société française qui ne lui livre que son corps, parfois sa physionomie, toujours ses moments d'infirmité ou de fièvre, mais qui a sauvé jusqu'ici des entreprises jacobines et maçonniques l'instinct de l'honneur et la volonté du spiritualisme. Cette nichée de la Mère-Révolution s'est emparée de la politique.

Elle y a établi sa forteresse et son exploitation. De là elle conduit les incidents et en tire profit. Par là elle commande et s'enrichît. Par cette aide, elle corrompt et asservit les générations successives. Elle a enfanté, non seulement ces mœurs publiques que nous venons d'esquisser brièvement, mais des mœurs politiques. Celles-ci, élevées au milieu des vices révolutionnaires, au milieu de la délation, de l'espionnage, de la trahison, de la férocité et de la peur, apprirent dès leur premier bégayement que la révolte est le plus saint des devoirs. Elles eurent pour tout catéchisme l'explication de cet axiome fondamental : Il n'y a d'autre Dieu que l'animal, c'est lui que toute société doit aimer, caresser, satisfaire et faire prévaloir en chacun de ses citoyens.

Cette puissance politique que la Révolution avait saisie et grâce à laquelle elle espérait et elle espère diriger les événements, confisquer les corps, lasser les âmes, transformer les caractères inhérents à la race, déprimer les intelligences et asservir les esprits, ne créa pas seulement des mœurs. Elle forma aussi des hommes, des politiciens. Elle fonda une sorte de mandarinat, où pour entrer on passe l'examen du vice, où l'on n'est admis généralement que sur des infirmités morales bien constatées; sur un certificat de déclassé, de chassé, de débauché, de condamné, d'avili ou de fou, mais de déclassé hardi, d'avili intelligent, de fou fanfaron.

Dès la première heure où la Révolution devint maîtresse, cette eu-

rieuse juxtaposition du Démon et de la Bête, qui constitue tout son être, se montra dans les mœurs politiques comme dans les hommes; les hommes politiques représentant plutôt la malice diabolique, et les mœurs politiques la nigauderie bestiale. Les premiers allaient à travers tout, pour arriver à tout; de la ruse la plus bassement hypocrite à Taudace la plus désordonnée; aussi prêts à ramper qu'à bondir.

Nous avons déjà vu et esquissé un certain nombre de ces hommes qu'avait faits la Révolution. Nous allons bientôt peindre les principaux d'entre eux, en donnant les portraits de ceux que le Gouvernement, l'Administration, la Justice, enfin les nuances de la société révolutionnaire étudiées jusqu'ici, ne nous ont pas montrés, ou ne nous ont indiqués qu'incomplètement. Mais voyons d'abord les mœurs.

§ I. — Les mœurs politiques de la Révolution furent d'abord représentées par la haute bourgeoisie parisienne, qui grisée par le succès de l'affaire de la Bastille, et croyant avoir ville gagnée, en constatant l'abaissement de la royauté, oublia que son intérêt, comme le noble but du mouvement de 1788, était non la Révolution, mais la réforme. La réforme, en effet, donnait non seulement une nouvelle et durable vigueur à la société française, mais elle attribuait à la bourgeoisie vraiment libérale la haute direction dans la conduite de la civilisation, tandis que la Révolution devait faire passer cette direction , après une courte période de transition , dans la main de la populace.

Ces mœurs furent ensuite dirigées par la moyenne bourgeoisie provinciale, qui triompha momentanément à l'avènement de l'Assemblée législative. Cette bourgeoisie, aussi étroitement ambitieuse que son aînée, ne vit pas d'où venait le péril pour la liberté. Elle persista à croire qu'il venait du Roi. C'était le peuple parisien qui la

menaçait.

Enfin, les mœurs politiques s'incarnèrent dans ce peuple parisien, vainqueur de la Convention comme de la France. Il exerça son pouvoir par l'intermédiaire de la Commune de Paris, qui représentait à merveille les plus hardis, les plus caractéristiques de ses instincts.

Que valait ce peuple parisien dans Tordre politique? Que posat-il sur ces assises de toute morale sociale ? Quels hommes , quelles

idées, quelles mœurs mit-il en honneur ? Il va nous le dire dans les trois Journées révolutionnaires qui se levèrent sous son règne : le jour de la Fête de la déesse Raison^ où il nous prouve qu'en philo-

Sophie il se laisse mener à l'athéisme ; le jour de la Fête de l'Etre suprême^ où il montre qu'il subit joyeusement le déisme ; le jour du Neuf Thermidor, où il laisse voir qu'en fait de gouvernement il ne peut jamais que l'insurrection. Les autres journées révolutionnaires ne furent que des émeutes, et là il triompha toujours. Au Neuf Thermidor, il avait presque toutes les forces en main, et il voulut gouverner seul et non plus par l'intermédiaire de la Convention , qui pourtant lui obéissait docilement; il échoua pauvrement, prouvant ainsi que, puissant pour détruire, impuissant pour organiser, il n'a jamais, répétons-le, que les mœurs politiques d'un insurgé. ^

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