‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 80 sur 112 · MORT DE BAILLY, LE II NOVEMBRE · texte numérisé non relu

MORT DE BAILLY, LE II NOVEMBRE

Let Jacobïni vinrent demander à la Convinllon dt décrtier qut l'citcution dt Bailly aurait lieu au Champ de Mari. Cet chefi d'imeulicri Toulaient punir un migiitrat d'avoir fait exécuter une loi contre l« émeutes. C'élail un précédent que la Révolution devait réprimer avec une eilTÎme sévérité. La Coavenlian n'avait rien i refuser luic Jtcobina. On amena Bailiy au Champ de Mari, apris l'avoir pendant deux heures accablé de coups ei d'iniurea. Mais là les bons rtvolulfonniires se raviaireni, il leur vint 1 l'eiprit que la terre lacrée de la Fédéraliou ne devait pai être souillée par le sang de ce monstre. Celait on prétexte pour prolonger le supplice. On démonta l'échafaud et on le transporta lur le bord de la rivitre. avec une lenteur féroce. U filtall nuit, un temps affreux : le pauvre homme grelottait. <■ Tu tremblea, Bailly, • lui dit nu de c<b vaillants héros qui le réchauEfaient 1 souffleter le vieillard. • Mais, mon ami. répondit doucement Bailly, c'est que |'ai froid. > EnGn on le guillotina. Ainsi finit le second des deat pérei nobles de la Révolution, de la main de tes iili régénéras. L'autre, La Fayette, avait préférf le pain ■mer de l'nil aux douceurs que lui rétcrrait la France révolutioonaire qu'il avait bercée.

FUSILLADES DE LYON, COMMANDÉES PAR COLLOT-d'hERBOIS , PENDANT LE MOIS DB NOVEMBRE 1/93

On aoitaiil, sur la pli:e des Brotlciux, deux «nli individus environ, tiommïi ou fenimet de tout Igc. Collal-d'Herbois el Fouchi pri^idaienl 1> cirtmonie. Ils donnaient un aignal. On milrïiilail cette troupe de piiionnien. I)(chir£a, mutilés, ili poussaient des iris é pou va niable s. ■ Que ceux qui ne sont pas bkssf •!

dati, plus républicains que Français, venaient achever i coups de sabre on de baïonnette ceux que leurs plaintes décelaient. On ietail dans le Rhâne les morts ei les monranii. Un assure que Collol prit un ' lonr pan i la fusillade pour montrer à un soldat qui htsiiail ■ comment tire un lipubiicain >■ Fouché, lui, Privait qu'il venait des larmes d'atlendris sèment quand la fovraét <tait plus nombreuse que d'habitude. Il ne put se tenir de faire part de cet attendrissement 1 la Convention, qui parut le partager. On tua ainsi trois mille, quelques historiens disent six mille individus.

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maL Le Comité ne tenait pas à attirer sur le pavillon Égalité les efforts que la Commune tenterait peut-être pour délivrer son général.

On renvoya le prisonnier, toujours garrotté, au comité de Sûreté générale. Il traversa les cours au milieu des huées, car la foule commençait à être grande autour des Tuileries. Il était alors entre sept heures et sept heures et demie.

Le Comité était un peu encombré. On remarquait, du reste, que Hanriot échangeait des signes avec les députés Robespierristes. On fit passer ceux-ci dans une autre salle, et on leur donna à dîner. Puis on les dirigea vers diverses prisons : Couthon, à la Bourbe; Saint- Just, aux Écossais; Le Bas, à la Conciergerie, où on ne voulut pas le recevoir; Augustin Robespierre, à Saint-Lazare, où on le refusa aussi. Ces deux derniers se retrouvèrent à la Force.

Robespierre aîné avait été conduit, vers sept heures, par Chanlaire, agent du Comité, Filleul, huissier, et Lemoine, gendarme, au Luxembourg, où on le refusa et d'où on le renvoya à la Mairie.

Là, il est reçu avec acclamation par les administrateurs de police, qui lui sont dévoués, et qui interrompent un repas fort vif pour porter Robespierre en triomphe. Ils battent un peu le citoyen Chanlaire et Thuissier Filleul, qu'ils font trembler en leur disant qu'il leur en cuira d'avoir porté une main téméraire sur le père du peuple.

En somme, à la tombée du jour, vers six heures, les affaires de la Commune sont extrêmement prospères. Le léger échec subi par la capture d' Hanriot va bientôt être réparé. Elle a, du reste, rendu la pareille à la Convention, en faisant emprisonner l'homme que celle-ci a nommé à la place d'Hanriot, Aymard, commandant de la cavalerie, et ami de Thuriot.

Nous savons, par plusieurs témoignages et par bien des faits, que l'enthousiasme est grand à cette heure parmi les troupes déjà nombreuses qui sont rassemblées sur la place de Grève. « Ils faisaient éclater la joie la plus indécente,» dit un lieutenant de gendarmerie.

De plus, la société des Jacobins s'est assemblée à cinq heures, en

apprenant l'arrestation de Robespierre. Elle se déclare permanente, comme pour poser sa puissance en opposition avec celle de la Con-

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vention, qui a déclaré aussi sa permanence. 'Elle nomme pour son président Vivier, très dévoué aux Robespierristes.

Pendant ce temps, le pouvoir exécutif de la Commune, — le maire, Tagent national, les substituts, — a pris toutes les mesures préparaitoires. Il est opportun que le conseil général de la Commune de Paris paraisse et prenne la direction du mouvement. On le convoque. Il entrait en séance à cinq heures et demie.

S 3. — Les mesures militaires prises par Hanriot avaient produit leur effet. Le rappel battait dans telle section, la générale dans une autre. Tout Paris commençait à se remplir de murmures. Enfin, vers six heures, le tocsin fit entendre son appel lugubre dans les sections qui avoîsinent la place de Grève et la Maison-Commune; C'était le cri d'alarme , l'annonce officielle que la Révolution était en gestation d'un nouvel et plus anarchique gouvernement.

En effet, le maire avait ouvert la séance par un discours où il disait :

« Citoyens, c'est ici que la patrie a été sauvée au lo août et au 3i mai. Elle est plus que jamais en danger; c'est encore ici qu'elle sera sauvée. » Puis il avait montré au conseil général et au peuple réuni dans les vastes tribunes de l'Hôtel de Ville la Déclaration des Droits de l'Homme ; et prenant dans ses mains cette charte de la République, il avait lu : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. »

Au nom de cet article de la Déclaration, la Commune s'investissait d'un pouvoir supérieur à tous les pouvoirs.

A partir de sept heures et demie, la place de Grève et les quais yoisins, remplis d'une foule de curieux et d'enthousiastes, fourmillant des soldats que la prévoyance d' Hanriot y avait rassemblés dès le matin, virent arriver les troupes des sections et de l'artillerie parisienne que les ordres de l'état-major, aidés par le tocsin, amenaient.

Pour remplacer provisoirement Hanriot, retenu par Tcnnemi, la Commune nomme Giot, adjudant général de la i*"* légion, section Marat ou du Théâtre- Français. Il était alors de garde au Temple; on l'envoya chercher et on le nomma par acclamation. C'était, — je ne

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trouve pas de meilleure expression, — une vieille culotte de peau. Bon soldat rompu à la discipline, faisant volontiers profession de patriotisme, toutefois inepte, non seulement incapable d'initiative, mais ' inhabile à interpréter intelligemment les ordres donnés. Il avoue, du reste, naïvement, « qu'il ne comprend rien à ce qui se passe, et qu'il y perd la tête ».

Pourquoi un choix si ridicule? C'est qu'il fallait avant tout, à Robespierre et aux chefs de la populace parisienne, des généraux dociles, aisément asservis et absolument nuls. En un moment d'émeute surtout, à une époque où la France , déjà lassée de la folie furieuse des Sans-Culottes, s'étonnait de ne pas voir un dictateur prendre résolument le pouvoir, les princes de la démagogie redoutaient plus que jamais le militarisme. Ils cherchèrent avant tout à ne pas mettre une épée puissante aux mains d'un homme intelligent et ferme.

Ce n'était pas l'activité qui manquait à la Commune.

Le Conseil général avait demandé à tous les citoyens de s'assembler, au son du tocsin, dans leurs arrondissements respectifs, et d'attendre là les ordres de la Commune.

Il avait ordonné ensuite de faire fermer les barrières. Grande et effrayante mesure pour le peuple parisien ! Elle séparait Paris et la Convention du reste de la France. C'était l'état de siège décrété par la Commune, et l'invitation à la population d'avoir à en finir le plus tôt possible, sous peine de mourir de faim et de langueur, le commerce étant interrompu, les approvisionnements difficiles.

Puis tantôt elle recommandait que l'on fît de fréquentes patrouilles, tantôt elle ordonnait qu'on saisit tous les émissaires de la Convention, tantôt elle insistait pour qu'on arrêtât toutes les presses des journalistes.

Lubin, substitut de l'agent national, revient de l'Assemblée et raconte qu'elle est dans la consternation, ce qui est vrai. Bernard, un des membres du Conseil général, a visité, non pas l'Assemblée, mais les dehors de la Convention. Il vient démontrer qu'elle ne saurait échapper. Les issues en sont fermées par le peuple; elle est cernée par la population et gardée à vue par les Jacobins, dont « l'esprit est excellent et énergique ». Enfin, les plus hauts employés* du gouvernenent l'abandonnent. Voici Le Rebours, directeur de la commission

des Secours publics; il se préser Conseil général un portefeuille re

les preuves des intentions antïsoustrait, dit-ïl, au comité de Sa!

et de la Commune. Nommons et

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début, apporter au Conseil général les signes de bon augure, Chatelet, juré au Tribunal révolutionnaire et qui se vantait de soulever toute sa section pour la Commune.

Pour soutenir Télan, le maire et Tagent national entassent manifeste sur manifeste

La Commune se met en relations non seulement avec toutes les sections de Paris, mais avec la banlieue.

Le faubourg Saint-Antoine lui envoie une lettre pour demander qu'on Téclaire, aaffin de ne pas tomber dans les pièges que les ennemies de la chose publique ne cessent de tendre ». Les citoyens de Bellevîile en font autant Ils écrivent à leurs frères de Paris, — à neuf heures et demie, — pour « solliciter d'eux la marche et la conduite de leurs frères de Belleville ». Ils ajoutent, tant la situation est indécise, qu'ils veulent répandre la dernière goutte de leur sang pour la représentation nationale. Le maître d'école Charlemagne, vice-président du Conseil général, se garde bien de donner connaissance de cette seconde partie de la lettre des frères bellevillois. 11 se contente de les féliciter de leur patriotisme.

Mais les circonstances deviennent plus pressantes, et on écrit d'un autre style aux citoyens de Bercy : a Accourez à la Commune avec vos armes pour sauver la chose publique. » Pour les patriotes de Choisy, on dépense quelques fleurs de rhétorique : « Le point de réunion est à la Commune. Marchez avec vos canons, vos armes et vos âmes républicaines, »

L'élan ainsi donné, communiqué et entretenu , les mesures militaires prises, l'opinion échauffée, et la rhétorique, — la plus grande puissance de la Révolution, — cultivée suffisamment, la Commune avait enfin une chose importante à faire : nommer un gouvernement et prouver sa force, non plus par des proclamations, mais par des coups. Il ne lui suffisait plus de saisir les agents de ses ennemis, il était temps de délivrer ses propres amis et ses alliés que l'ennemi avait en son [pouvoir.

Avant tout, le Conseil avait besoin d'Hanriot qui, étant le général en chef, avait quelque autorité morale sur une certaine partie des sectionnaires et l'habitude de commander les autres. Il connaissait en outre tous les détails du plan convenu.

LES MŒURS 5i9

On demande donc à la Commune des hommes de bonne volonté pour aller délivrer et Hanriot et les députés qu'on croit enfermés au pavillon de Marsan. L'énergique Coffinhal se présente, et aussi Lumière, juré, joueur de violon et membre de la Commune. Il est environ huit heures.

Ils descendent sur la place de Grève, rassemblent deux ou trois canonniers et quelques-uns des gendarmes de la division qui a fourni à Hanriot son escorte de l'après-midi. Fontaine, adjudant général. Fieffé, Cosne Pionnier, Brizard, adjudants, Monvoisin, capitaine, Carlier, lieutenant de Mutins Scévola, se mettent en tête.

La troupe prend par la rue de la Verrerie.

En arrivant sur la place de la Convention, Carlier et Monvoisin placent leurs canons de chaque côté d'une guérite où se tient le canonnier de garde de la Convention, et tournent contre celle-ci même les deux canons d'honneur qui sont à poste fixe devant le pavillon de l'Horloge.

Douze pièces sont braquées contre le comité de Sûreté Générale.

Une partie des canonniers, Cosne Pionnier, Coffinhal et Lumière en tête, pénètrent dans la petite cour qui précèdent l'entrée du Comité. Ils trouvent là le représentant Taillefer, qu'on maltraite un peu, Chaumette, employé du Comité, et Viton, citoyen de bonne volonté. On retient ces deux-ci et on se précipite dans le Comité, où l'on délivre Hanriot, son aide de camp Ulrick, et six autres officiers de son état-major.

Il est huit heures et demie. Il y a plus d'une heure qu'Hanriot est prisonnier. Il commence naturellement par injurier les gendarmes qui le gardaient, et qui se sont laissés désarmer aussi aisément que leurs prédécesseurs de l'escorte d'Hanriot s'étaient laissés vaincre deux heures avant. Les gendarmes jurent, comme leurs prédécesseurs, de mourir pour celui qui vient de les battre.

Hanriot leur pardonne, monte à cheval et vient en face du pavillon de THorloge. Pendant ce temps, Cosne Pionnier et Brizard font charger les canons à mitraille, allumer les lances. C'est alors que Vasseur, caporal d'une des compagnies, vint mettre son mouchoir mouillé sur la lumière et baisser la pièce, de crainte que le canon déjà amorcé et dirigé contre la Convention, ne partît par quelque accident.

Coffinhal, dit-on, essayait de persuader à Hanriot d'entrer à la Convention et de s'emparer de la salle des séances. C'eût été une victoire assurée. Les députés, les gens des tribunes n'eussent opposé aucune résistance sérieuse. Il y avait sans doute quelques compagnies de sectionnaires aux environs des Tuileries, et de plus les cent hommes de la garde ordinaire de la Convention ; mais , quoique Julioi et Lefèvre, qui commandaient ces quelques forces, fussent renommés pour leur énergie, il ne paraît pas que ces troupes eussent fait une résistance sérieuse.

Quel obstacle vint donc empêcher Hanriot d'en finir ainsi brusquement, sûrement et sans coup férir ? Il était inepte, cela est vrai, et* comme le dit justement le conventionnel Paganel, il ne pouvait être autre qu'incapable pour obéir à un homme comme Robespierre. Mais il ne fallait pas une grande capacité ni une grande intelligence pour entrer dans une salle à peu près ouverte. Il était ivre, ajoute-t-on. Cela est vrai encore, bien que le temps qu'il venait de passer en prison eût pu le dégriser un peu. Mais l'ivresse même eût dû le pousser à un coup de main.

Il ne faut donc pas se contenter de ces arguments trop complaisamment répétés par les historiens de la Révolution. Rendons justice même à Hanriot. Il eut de graves raisons d'agir comme il fit. Nous savons qu'un plan avait été arrêté, et si nous en croyons Barère, Hanriot avait juré sur sa tête de le faire réussir. Or, Robespierre était tellement jaloux, tous les chefs du peuple parisien étaient tellement défiants les uns envers les autres, et la Terreur dominait tellement ceux qui l'utilisaient, que le général avaient raison de n'oser rien changer aux lignes du plan tracé. On Teût accusé de vouloir faire prédominer le militarisme et escamoter le succès dans l'intérêt de son ambition. Cela est tellement vraisemblable, que nous avons trouvé un arrêté de la Commune ordonnant à Hanriot de se rendre immédiatement à l'Hôtel de Ville, et c'est peut-être cet arrêté qui décida de sa retraite.

On dit qu'il entra pourtant dans le palais (il le croyait encore vide, comme à l'heure où il avait été arrêté), et qu'il poussa même jusqu'à la pièce qui précède la salle des séances, mais, voyant celleci remplie, il s'empressa de s'éloigner.

France révolut. — Livr. 66.

Ce dernier trait est peut-être légendaire. Quoi qu'il en soit, il s'arrêta un instant dans la cour des Tuileries, et tandis que les membres du comité de Salut public, redoutant Hanriot, se sauvaient et se réfugiaient dans la salle même de la Convention, Hanriot se bornait à pérorer. Tout était si bizarre en ce temps, toute situation reposait tellement sur la ruse et le mensonge, qu'au moment où ses compagnons le pressaient de s'emparer de la Convention et où ceux qu'il représentait déclaraient les Comités déchus de tout pouvoir, Hanriot racontait à la foule assemblée devant le Pavillon de l'Horloge, qu'il venait non pas d'être arrêté, mais de causer tranquillement avec les Comités auprès desquels il avait été calomnié, et qui lui rendaient maintenant pleine justice.

Alors il arriva quelque chose de plus étrange encore, c'est que tous ces sectionnaires qui étaient accourus au secours de la Convention, et qui venaient de honnir Hanriot, se mirent à chanter ses louanges et à maudire ses ennemis. « Il sut tellement profiter de cette espèce d'enthousiasme, dit Dulac, l'espion du Comité, que, par une sorte d'élan spontané, il entraîna toute la troupe à sa suite, de façon que la Convention se trouva moins gardée que les jours du plus grand calme, car je crois qu'il ne lui resta que quelques compagnies de la section des Tuileries. »

Au moment où toute cette foule de défenseurs de la Convention court se mettre aux ordres de la Commune, Barras arrive et crie : « N'écoutez pas Hanriot, il est hors la loi. » Un agent du Comité, Dominique de Merville, Amar, et plusieurs des collègues de MerviUe répètent ce cri. Mais il se perd dans le bruit des chevaux, de rartillerie et de la foule qui, à la suite d'Hanriot, se rend à la place de Grève. Damour porte en triomphe les cordes qui liaient Hanriot et crie que c'est sa couronne civique. Hanriot, lui, qui a su que Robespierre avait été mené au Luxembourg, s'y rend; il ne l'y trouve plus. Il pique, toujours suivi de Coffinhal, jusqu'à la Mairie.

C'est là, on s'en souvient, que Maximilien Robespierre avait été conduit,après que Wiltchéritz l'avait fait refuser à la prison du Luxembourg.

Il était arrivé au quai des Orfèvres au moment où le jour finissait, vers huit heures et demie; et voici comment un contemporain raconte son arrivée.

« Un gendarme sort de la voiture et se rend au comité des admi* nistrateurs de la police (qui avaient là leurs bureaux). Il revient surle-champ avec trois administrateurs décorés de leurs écharpes. L'un d'eux ouvre la portière. Tout à coup se lève un homme égaré qui tenait un mouchoir blanc collé sur sa bouche, et, de ses deux coudes, frappant ceux qui l'entouraient comme pour leur faire lâcher prise, il sort le premier. C'était Robespierre. Quand il eut vaincu la résistance, il ne descendit point de la voiture, mais, sans toucher au marchepied, il s'élança dans la cour et fit avec précipitation volte-face vers la voiture. Il était blême et tout abattu. Les administrateurs l'accueillent avec les plus vives démonstrations d'amitié. L'un étend son bras droit derrière son corps et le presse affectueusement; l'autre le prend par-dessous le bras. C'est dans cette attitude qu'ils s'éloignent et dirigent leurs pas vers le comité en longeant les appartements du maire. L'un des administrateurs lui dit : « Rassure-toi donc. N'es-tu pas avec a des amis ? »

C'est à peu près vers cette heure qu'Augustin Robespierre, délivré de la prison de la Force par deux membres de la Commune, faisa son entrée au Conseil général, où il est reçu à grands applaudissements. Il se met à discourir.

Au mih'eu de ces incidents, la Commune avait songé à établir un gouvernement. Elle avait nommé un Comité Exécutif, lequel avait réclamé la nomination de douze personnes chargées de veiller à l'exécution de ses ordres. Les douze avaient été choisis et mis sous la présidence du savetier Simon.

Après quoi on avait appris que Maximilien était à la Mairie. On avait désigné le conseiller Lasnier pour aller le chercher. Quelques citoyens, parmi lesquels Lécrivain, greffier du Tribunal révolutionnaire, se joignirent à lui.

Il avait refusé de répondre à cet appel. Il se trouvait fort bien où il était. Sa situation était légale. La Mairie était un lieu de détention, et comme les geôliers, c'est-à-dire les administrateurs de la police, étaient ses amis, il était en même temps prisonnier et libre. Il était donc en situation de profiter de la rébellion, si elle tournait bien, sans avoir eu l'air d'y participer effectivement, si elle tournait mal. Il aimait mieux paraître au conseil en maître, en régulateur, après la

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victoire, que se trouver dans la mêlée, au milieu de toute cette populace déchaînée, dont quelques chefs pouvaient fort bien avoir des ambitions en contradiction avec la sienne. Mais surtout, s'il était défi^ finitivement vaincu, comme il n'avait violé aucune loi, on ne trouverait aucun tribunal pour le condamner, et il pouvait revenir, comme il en était advenu jadis à Marat en circonstance analogue, à la Convention, plus puissant que jamais. En se soustrayant à son mandat d'arrestation, Robespierre courait chance d'être mis hors la loi, c'està-dire exécuté sans jugement.

C'est sur ce3 entrefaites qu'Hanriot et Coffinhal arrivaient à la Mairie. Ne pouvant vaincre la résistance de Maximilien, ils regagnèrent l'Hôtel de Ville, d'où Hanriot ne tarda pas à revenir au quai des Orfèvres.

§ 4. — Cette fois Robespierre céda. Sous l'escorte d'Hanriot, il traversa le Palais de Justice et gagna la place de Grève « toute couverte d'hommes, de baïonnettes, de piques et de canons ». Cette vue rassura ses nerfs.

Il entra à l'Hôtel de Ville vers onze heures, disent quelques-uns de nos documents; pourtant, nous avons une déclaration de deux envoyés de la section de l'Arsenal à la Commune qui déclarent, à dix heures et demie, l'avoir vu entrer au conseil et lui avoir entendu faire un discours commençant ainsi : « Le peuple vient de me sauver des mains d'une faction qui voulait ma perte. » Sur quoi, il y avait eu un embrassement général.

Le Bas, puis Saint-Just, étaient venus le rejoindre, et enfin Couthon. On trouva sur lui, après son arrestation, ce billet signé Saint- Just et Robespierre : « Couthon, tous les patriotes sont proscrits. Le peuple entier est levé, ce serait le trahir que de ne pas te rendre à la Maison-Commune, où nous sommes. »

Qu'y faisaient-ils ? l'influence de Robespierre s'y montrait par un redoublement de phrases vaines et de proclamations.

Il trône à côté du maire, puis il se retire avec les autres conventionnels dans une pièce à côté de la salle des séances publiques.

« Il faut de suite écrire aux armées, dit Couthon. — Mais au nom de qui ? demande Robespierre. — Au nom de la Convention.

N'est-elle pas toujours où nous sommes? Le reste est une poignée de factieux que la force armée que nous avons va dissiper et dont elle fera justice. » Cétait dans la logique révolutionnaire. Ces cinq députés étaient la Convention, puisqu'ils étaient dans le sens de la Révolution. Les sept cent quarante-quatre autres étaient des factieux, puisqu'ils désobéissaient à la population parisienne. Toutefois cet argument ne parut pas séduire Robespierre. Il réfléchit un instant. Comprenant le ridicule du mot factieux, ou la maladresse de continuer à donner de l'autorité à un corps qu'on attaquait, il se pencha vers son frère Augustin et dit : « Mon avis est qu'on écrive au nom du peuple français. » Puis, se tournant vers le gendarme qui portait le paralytique Couthon, il cria :

(( Vive la gendarmerie ! J*ai toujours aimé votre corps. Soyez-nous fidèle. Allez à la porte et travaillez à aigrir le peuple contre les factieux. » Barère constate qu'après onze heures ,1a Commune envoya une adresse aux armées. Cette constatation ne manque pas d'intérêt. Elle sert à prouver qu'à cette heure les chefs de la populace parisienne regardaient la partie comme gagnée à Paris, qu'ils se préparaient à écraser la Convention, et qu'ils ne s'inquiétaient plus guère que de la province et des armées.

Comment n'eût-on pas cru à la victoire! Le mouvement n'éprouvait, nulle part, aucun obstacle. Tout ce qu'on avait entrepris jusqu'ici avait réussi. La place de i'Hôtel-de- Ville était remplie de soldats évidemment dévoués, les tribunes pleines d'un peuple enthousiaste. Robespierre jeune venait d'écrire à Brétesche, commandant du camp des Sablons, et son ami. On ne doutait pas de ses efforts sympathiques. On n'avait pas de nouvelles de cette autre force démocratique agglomérée, les ateliers de la plaine de Grenelle, mais on ne doutait pas non plus de leur dévouement. Les plus énergiques des

^sections, les plus vigoureux républicains, accouraient donner leur adhésion. L'élan, ainsi imprimé, devait évidemment continuer. On n'apprenait, par les espions, que des nouvelles désastreuses pour la Convention, qui, de l'avis général, était abandonnée par l'opinion.

•On venait d'en avoir une preuve dans la facilité avec laquelle Hanriot avait amené, des Tuileries à l'Hôtel de Ville, les sectionnaircs accourus à la défense de la représentation nationale.

On avait d'autres preuves, plus apparemment concluantes encore. Les rues, les places publiques, le voisinage et Tintérieur des sections renvoyaient les échos les plus favorables.

Les citoyens de la troisième légion et de la section du Pont^Ncut assomment leur commandant, Mathis, parce qu'il avait crié : Vive la Convention nationale! « Tout ce que fait la Convention, c'est des cavalcades, crie une femme dans les groupes. Tous les boof patriotes sont à la Commune. » Et on applaudit. Le zélé Lécrivaiiif qui vient de chercher Couthon comme il a été chercher Robespierre, explique, au milieu de l'approbation générale, que « il faut $e ranger autour de la Commune avec le peuple, les Jacobins et HaAriot qui ont juré de défendre la liberté et Robespierre, l'ami du peuple. Il faut arrêter tous ceux qui apportent des ordres des comités ( car quand le tocsin sonne, la Convention nest plus rien. » Sur la place de Grève, Quellan et Masson, du Comité civil de la Fraternité^ saisissent les citoyens qui paraissent portés pour la ConventioOf ils les maltraitent et les amènent au conseil général, où on les livre au Comité d'Exécution. Dumas, secrétaire greffier du parqiiet de la Commune, et Daguin, assesseur de juge de paix, tous deux, très influents au Panthéon fraa« çais, disent que « la Commune est mise hors la loi, ainsi que le peuple de Paris, Mais c'est peu de chose. Les deux Robespierre sont en sûreté à la municipalité, qui conserve son calme imposant. Tout va bien, il faut tenir bon ». Gaimeux, économe des Élèves de la Patrie, demeurant à la Maison de Pitié, ami d'Hanriot, parcourt la section des Sans-Culottes, où il est très puissant. Le Pauvre, agent des forges nationales, en fait autant dans la section de l'Indivisibilité, où il domine. Charles Jolli, imprimeur en papiers peints, poursuit dans les rues de la section de la Réunion les marchands de journaux, leur arrache leurs feuilles et les amène vers la Commune pour les y faire emprisonner. Jacques Verdet, officier de paix de la section Bonne-Nouvelle, arrête et fait arrêter les proclamateurs qui annoncent les décrets de la Convention, en disant que la Convention et la mise hors la loi ne sont pour rien , à côté de la masse du peuple parisien.

Voyenne, marchand, officier dans la quinzième compagnie, section du Muséum , s'écrie : « Moi , je ne connais ni le Comité de Salut

public, ni la Convention. Je ne connais d'ordres que du maire et du conseil général de la Commune, » et il arrête son propre commandant, qui est tiède, et le fait mener en prison. Le Masson, ex-chanoine de Saint-Étienne des Grès, assesseur du juge de la section Châlier, s'écrie : « La prétendue Convention n'est qu'une faction de conspirateurs. Les vrais représentants du peuple sont à la Commune. La faction scélérate est découverte. » Ailleurs, c'est Denelle, potier et membre de la Commune du i o août, qui, — avec son parent Duchesne, juge de paix, et Dorigny, dit Massé, de la section Popincourt, — saute de joie en apprenant les nouvelles. « Bon, s'écrie-t-il , voili notre coup réussi. » Il recrute tout ce qu'il peut trouver de membres de la Commune insurrectionnelle de 92, et il va proclamant que la Commune tient ses pouvoirs d'elle-même.

Qui voyons-nous encore parmi les Robespierristes de la rue ? Sébastien Périlleux, distributeur de papiers timbrés, commandant de la section de l'Indivisibilité; Vincent, le secrétaire d'Hanriot; Balin, juge de paix des Quinze-Vingts; Lepelletier, juge de paix du Pan- ^éçn; mais surtout Lépine Dandilly, le type parfait du bourgeois prétentieux, frondeur, imbécile et éloquent, qui se promène avec une carte de Jacobin à son chapeau, qui change d'habits selon la couleur des nouvelles, et qui s'en va pérorant de groupe en groupe, en annonçant qu'il devait dîner, aujourd'hui même, avec l'illustre Hanriot. « Le décret qui met la Commune hors la loi est très im politique, dit-il solennellement. La Convention est déserte, tandis que les Jacobins et la Commune regorgent, et enfin les faubourgs Antoine et Marceau sont en marche pour soutenir le conseil général. On n'a donc rien à cramdre en l'appuyant. »

A tous ces éléments de triomphe que nous avons notés, se joignait le plus important de tous, l'adhésion des Jacobins, de ces Jacobins, dont nous voyons revenir sans cesse le nom sur les lèvres des partisans de la Commune et qui avaient constitué jusqu'ici la grande force motrice et directrice de la Révolution.

Nous les avons vus, vers cinq heures, entrer résolument en lutte avec les Comités. L'hostilité contre la Convention n'avait fait que se développer. A huit heures on avait nommé huit membres de la société, chargés d'aller pérorer en faveur de la bonne cause, dans les quarante-

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huit sections. Les émissaires des Jacobins se rencontrent là avec certains membres du Conseil général, qai, élus par la section, et y ayant par conséquent de l'autorité, viennent travailler à entraîner l'opinion publique dans le sens communal.

Les sectionnaires armés obéissent au rappel, à la générale, au toc-

N<f Eli 1756, il i!1iit

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