‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 81 sur 112 · JEAN-BAPTISTE CARRIER · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE CARRIER

un procureur fort coltre, mait tnei honiiEic bourgcsïi poi ni il ses débaudies nU sa cruauté. La R«voluIian dfvinaen lai It \t la cultiva, la dtvcloppa jusqu'l la folie furieuse el lui donni it les luïri« gigantcuquea. ImplacnNes, raffinées que celle mono

il débuta t Nantes ; ■ Nous ferons de la France un cimetière y ige. > Accusi après Thermidor, il se défendit tranquillement en c ible. mais la Convention, è laquelle il avait obéi et ou il n'y avait

ne fUt i.oupable >-, Il mircha * la mort en répétant : • Je mears s des camiUs. • Il avait raison en logique : tes ordres du comi ux drs révolutionnaires intelligents, Carrier est UD martyr con

sin, aux excitations des Jacobins et des émissaires de la Commune ; on les voit sortir de leurs demeures pour se rendre aux lieux de

PRISE I>E TOULON, LE I9 DÉCEMBRE 17^3 ( 29 FHIUAIRE AN II) Les Toulonnaïs sMuïcnc rendus am Anglaii pir un trjili qui garantissait le retour d: la viile]avec ses vjiïieaux et ■» approvisionnements au gouveruemeiit royal, après la fin de la Terreur. La ville, que les géatraux eiincmii O'Hira. Hood et Sydney Siaiih parurent vouloir plulât faire détruire que défendre, fut prise te içi décembre 1793. Dugommier cominaniait nos iroupei, ayant soui ses ordres Victor et La. po]'P*i (Centraux d'infanterie; Marescot. cammandani le g£nie; lionaparte, commandant en second l'ar-

tajres de la Convention. C'est 1 ces deux derniers qu'il fjut attribuer les atrocitis qui ont rendu le nom de Toulon aussi cher aux terroristes que ceux de Lyon, de Nanles el de Bédouin, La Convention avait itertli que toutes les maisons de la ville seraient rasdes. Fréron dfclarail officiellement qu'il a'y Rfait d'iioonéles gens à Toulon que les for;ali. Ceux-ci étaient venus naturellement mettre leur dévoueméat au service de la Rivolution.

Fbahcb bévolut, — Liïr, 67.

réunion du quartier. Dans les places, au coin des rues, on aperçoit des groupes de Sans-Culottes discutant sur l'événement du jour. Là encore, il est facile de constater, pendant les premières heures de la soirée, que la Commune tient le haut du pavé.

Pour le reste de la population, il n'y a que Teffroi et des bruits vagues et sans consistance. Les bourgeois de Paris peuvent deviner qu'il se prépare quelque chose, mais c'est tout. Ils se savent suspects, ils ont pris l'habitude de se cacher, de vivre dans la solitude, de ne se mêler à rien. Ceux qui, dans cette soirée du 9 Thermidor, se hasardent dans les rues, effrayés de se trouver dehors, n'osant interroger personne, hésitant même à regarder autour d'eux, restent absolument étrangers au mouvement.

M. de Ségur dit qu'on entendit, à la fin de la journée, à la barrière des Champs-Elysées, un échange de coups de feu. Il doit y avoir là quelque confusion. Rien n'indique la moindre lutte, à celte heure de la journée.

Jusqu'à onze heures du soir, la situation peut donc se résumer en trois mots : la Commune l'emporte. La population des prisons, les suspects, détenus dans les cent bastilles de Paris, voient augmenter les préparatifs de massacre qui les épouvantent depuis plusieurs jours. Dans certaines prisons, le bruit du tocsin, de la générale, les roulements du canon, les proclamations donnent, au contraire, de l'espoir.

On voudrait peindre ces scènes si pittoresques : ici, les prisonniers montant sur les toits; là, la voix formidable de l'ignoble Saint- Huruge annonçant les nouvelles qu'il a pu apprendre; ailleurs, les bruits extérieurs envoyant des échos d'épouvante ou d'espoir; ailleurs encore, les prisonniers se barricadant, s'armant de tout ce qui peut servir d'armes et attendant un nouveau et plus général Massacre de septembre.

(( Je monte à ma chambre, écrit un des prisonniers, et d'une petite croisée qui donne sur des jardins, j'aperçois, sur la section de l'Observatoire, deux ou trois bonnets rouges, accompagnés d'un tambour, qui couraient annoncer une proclamation qu'il était impossible d'entendre. Au même instant, au bout de la rue de l'Ourcine, j'entends le tambour, je prête l'oreille, j'entends : « De la part du com- « mandant général, tous les citoyens sont invités à se transporter avec

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« leurs armes au quartier général... » La garde est renforcée, les patrouilles nombreuses se succèdent. »

On peut généraliser les quelques traits authentiques que nous avons notés, et Ton aura le Paris de la Commune, des Sans-Culottes, des rues, des prisons.

§5. — Où en était le parti contraire? Que faisait-on, pendant cette soirée, à la Convention, aux comités, aux théâtres, dans certaines sections, partout où rinstinct et l'intérêt étaient naturellement contraires à une dictature de la populace parisienne.

Les Conventionnels s'étaient séparés à cinq heures de Taprès* midi, après avoir décrété l'arrestation de Robespierre et de ses amis et alliés. Ils laissaient ainsi le champ libre à la Commune, qui en profita comme nous l'avons vu.

Cette interruption de séance, au mement où les corps ennemis se déclaraient en permanence, était sans doute une grande faute. Mais comme Barère le répète, après le cardinal de Retz, les Français, d'un certain rang, ne savent se desheurer^ c'est-à-dire sacrifier, sans l'évidence d'une nécessité absolue, leurs habitudes, les heures de leurs repas et de leurs plaisirs.

Quand les Conventionnels rejoignirent le palais des Tuileries et reprirent séance, — un peu après sept heures, — ils avaient entendu le tocsin, la générale, constaté quelques-uns des préparatifs de l'armée ennemie, ou vu se dessiner cette impulsion qui menait la foule et l'opinion vers la place de Grève.

Le début de la séance est lugubre. Chaque député qui monte à la tribune dévoile un danger, annonce un échec. On comprend que l'insurrection est formidable et qu'elle veut aboutir à un changement de gouvernement.

Bourdon, qui prend la parole tout d'abord, demande qu'on fasse comparaître la Commune à la barre. Merlin, de Thionville, réclame la comparution du Directoire du département. Il raconte ce qui lui est arrivé dans l'après-midi. Après lui, Poultier, puis Brival, puis Goupilleau, entretiennent l'Assemblée des dangers qu'ils ont courus, et prouvent clairement que la qualité de représentant du peuple est un titre à la proscription, non seulement à la Commune, mais dans

r/ON

jptedM Palais- National. Le péril est par- ^^* .^-^-^"""^^^^tic '^'^^^ 1 \â Convention est encore un lieu de refuge,

//# r^^' Je sêli^ ^ maison entourée de tous cotes par 1 incendie.

^^^^' miJ^^P^ dre f^^^ "^ ^^ ^^^ discours énergiques, incohé-

^^^'"^ "^touc^^^ ^^^ c il en avait le secret; discours politique, du

^fd^ot^^ inculte, où il cherche à atténuer les divisions

sic. ^^^^^ r ' sépara la Plaine de la Montagne. Rovcre et Fréron

^Jl on^ J^^^ aillent à pousser l'Assemblée à des mesures hardies.

l'ii^'^^^' j'fyatés, parmi lesquels, Lecointre (de Versailles) et Jouenne

Quel'1^^^ , s'arment et distribuent des pistolets et des munitions à

/^"^ faisaient les Comités de gouvernement? Je n'attacherai pas

1 itnp<^^^^^^^ ^ ^^ ^^^^^ ^'"^ contemporain, qui nous montre ^' j.Varennes, couché sur un matelas dans la salle du comité de public, attendant, en désespéré et en fataliste, la suite des évéments, et répondant à tous ceux qui viennent à lui comme au plus 'f.Qj'orique : « Que pouvons-nous faire? » Mais il faut tenir compte des veux de La Vicomterie, qui nous représentent, au début de la soirée, ces terribles directeurs de la Terreur, comme une troupe d'oiseaux effarés, courant l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un refuge dans la Convention, dans cette Convention , la veille encore, si méprisée par eux.

N'oublions pas surtout cette parole plus précise : « Aussi abattus dans le péril qu'ils étaient tout à l'heure insolents et cruels dans la prospérité de leur pouvoir. » C'est Barras qui parle ainsi, et c'est, je crois, le jugement qu'il faut retenir. Ils étaient stupéfaits de voir se tourner contre eux ce peuple parisien qui avait été jusqu'ici le point d'appui de leur tyrannie.

Mais proscrits irrévocablement par la Commune et les Jacobins, ils étaient forcés de se battre.

Ils proposèrent à Barras de prendre le* commandement en chef des troupes qu'il pourrait rassembler. Barras ne voulut pas être l'homme de ces tyrans qu'il haïssait tout autant qu'il détestait Robespierre. 1^ refusa. « Ils sont morts avant d'être frappés, » dit-il en parlant d'eux, à quelques-uns de ses voisins de 'a Montagne qui l'interrogeaient sur son entrevue.

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Bientôt Billaud-Varennes accourt tout penaud, suivi d'une partie de ses collègues. Ils se sauvent du pavillon de TÉgalité, qu'ils craignent de voir envahir après le pavillon de la Liberté.

Neuf heures approchaient quand ils entrèrent dans la salle de la Convention.

Billaud, en touchant la tribune, retrouve quelques-unes de ses fanfaronnades habituelles et ses mensonges officiels. Mais, cette fois, il est obligé de revenir brusquement à la réalité. Il commence par dire que la Commune va être investie dans quelques minutes ; il continue en assurant que le peuple est calme, que les canonniers ont abandonné Hanriot; et il conclut en démentant tout ce qu'il vient d'affirmer et en disant qu'il faut savoir mourir à son poste.

Après cet aveu de faiblesse, voyant ainsi que le gouvernement révolutionnaire lui remet tacitement les pouvoirs qu'elle lui a confiés et qu'il a utilisés pour l'asservir, la Convention , si lâche depuis le 3i mai 1793, se redresse. Il reste encore en elle quelque chose de la France. Le Jacobinisme l'a aplatie sans l'écraser. Elle sort de son avilissement par un noble élan. Elle se sent émancipée. Ses divers tyrans sont tous affaiblis : Robespierre ne la domine plus, il est son ennemi déclaré ; les Commissaires, inquiets, cachent mal leur angoisse qui a presque détaché leur masque habituel de hauteur insolente^ la Montagne qui sent son isolement, tend la main à la main à la Droite. Celle-ci reprend sa place dans l'Assemblée , et mêle au mouvement général sa gravité plus honnête, son intelligence plus réfléchie, son sens plus moral.

Quand Billaud dit qu'il fallait savoir mourir à son poste. « Nous le saurons tous, » s'est écriée la Convention d'une voix.

Le président Collot d'Herbois monte au fauteuil. Il se couvre, en signe de détresse. «Citoyens, dit-il, de sa voix grave et profonde, le moment est venu de prouver notre force. Hanriot vient d'être délivré par une troupe de scélérats armés. Ils se sont emparés des comités de Sûreté générale et de Salut public. Hanriot arrive à la porte de notre salle avec du canon. — Nous saurons mourir, » s'écrient encore les députés. En effet, dira plus tard Durand-Maillane : « Jamais je ne me suis cru aussi près de la mort. »

La Convention eut alors un mouvement que le Sénat romain, en

sa grandeur, n'eût pas désavoué. « Hanriot nous assiège ! Mettons Hanriot hors la loi. » Ainsi fit-on. Hors la loi ! c'était le mot solennel, Texcommunication majeure de la Révolution.

Mais ils ne s'en fiaient pas complètement aux forces morales, et ils pensaient que les chaises curules sont plus sûres à habiter quand beaucoup de soldats les entourent. « Il nous faut un chef, s'écria VouUand. Nommons Barras. Son courage acceptera. »

Ainsi acclamé, il ne pouvait plus résister. D'ailleurs, les Comités avaient montré leur impuissance, et Barras était bien évidemment désormais non leur homme, mais celui de la Convention.

On apprend que Robespierre est à la Commune. On le met hors la loi, aussi bien que ceux qui se seront soustraits à leur mandat d'arrestation, et tous ceux qui le soutiendront dans sa révolte.

Les membres du Comité s'enferment dans une petite pièce, située derrière le fauteuil du président, pour rédiger une proclamation au peuple français et envoyer décrets sur décrets.

. Encore une fois, que pouvaient ces décrets sans sanction? En attendant la force armée qui, jusqu'ici, se composait uniquement d'un général, il fallait au moins essayer de faire valoir la force morale. C'est ce que comprit un député de la Plaine, Beaupré (de l'Orne), pauvre sire, d'ailleurs; mais, pour la première fois qu'il avait une idée, elle était topique : « Si vous ne vous hâtez pas d'avertir les sections de notre accord unanime contre Robespierre, ses partisans diront qu'il a été victime d'une faction. »

On reçut ce conseil avec acclamation, et, encore une fois, le conseil de ce défroqué bas Normand venait du pays de Sapience. On choisit immédiatement non pas vingt-quatre, ainsi que le prétendent quelques contemporains, non pas six, comme l'annonce le Moniteur^ mais, en réalité, douze conventionnels : Fréron, Beaupré, Féraud, Bourdoiv (de l'Oise), Rovère, Bollet, Delmas, Léonard Bourdon, Auguis, Legendre, Goupilleau (de Fontenay), et l'évêque Huguet, qui ne représentait pas, comme Fauchet et Grégoire, Tépiscopat Constitutionnel,, mais une dernière espèce de sacerdoce, l'épiscopat Montagnard. Moralement, la collection n'est pas brillante; mais pour la première fois depuis quatorze mois la Terreur n'est plus seule représentée dans une députation de la Convention.

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Aussitôt nommés, les représentants sortent. Ils rentrent peu d'instants après, récharpe à la ceinture et le sabre en main. Cela fut d'un effet saisissant. Puis ils quittent l'Assemblée et s'avancent dans Paris, accompagnés de gendarmes, d'huissiers portant des flambeaux, proclamant par les carrefours l'unanimité de la Convention , la mise des rebelles hors la loi. Ils appellent le peuple au secours des représentants du peuple. Ils se rendent dans les sections qui ne sont pas absolument dévouées à la Commune, et où ils espèrent un point d'appui. Ils font leurs efforts pour y combattre l'influence des émissaires de la Commune, des partisans de Robespierre.

Il était onze heures du soir quand la Convention prit résolument l'offensive par l'envoi de ses membres au milieu du peuple parisien. Ils lui portaient, outre leurs écharpes, le sabre d'Huguet et leur flamboyant appareil, outre leurs clameurs dans les rues et leurs conseils dans les sections, une proclamation de Barère que la Convention avait adoptée avec un enthousiasme difficile à comprendre pour nous. Mais on comptait sur l'extrême crédulité dont la populace avait fait preuve dès le commencement de la Révolution, crédulité qui était allée en croissant depuis que cette populace était devenue la classe dirigeante et qui devenait complète au moment où elle réclamait la dictature. On faisait, dans cette proclamation , passer Robespierre pour un agent des royalistes, et, ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est que cette pratique réussit comme elle avait toujours réussi.

Après le départ de ses commissaires, la Convention était retombée dans Tangoisse, mais dans cette angoisse qui naît de l'incertitude et de l'impossibilité d'agir. Angoisse muette et somnolente de l'homme qui a dépensé toute la somme utile d'activité et qui n'a plus qu'à se croiser les bras en attendant la victoire ou la mort.

Quelques incidents venaient distraire les députés de leur anxiété. On voyait paraître dans la salle tantôt un officier municipal annonçant qu'il se séparait de ses collègues, tantôt quelques canonniers, tantôt quelques gendarmes, puis quelques membres de comités de sections, quelques officiers d'invalides, venant jurer fidélité à la Convention. Mais ce sont des individualités, ou des groupes très peu nombreux, et qui font d'autant plus sentir à l'Assemblée sa solitude. L'élan qui avait amené quelques forces sectionnaires autour du Palais des Tui-

leries s'est arrêté, et, comme nous l'avons vu, Hanriot les a entraînées à la place de Grève. Du reste, nous pouvons peindre au vrai la physionomie de la Convention à la fin de cette journée :

« Un huissier, écrit Fiévée, — un imprimeur, — brochurier qui allait devenir un gazetier de valeur, et que nous avons déjà cité, — nous conduisit à la barre et annonça une députation de la section Marat. La

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