MÉDAILLE DES SANS-CULOTTE
tants charitables lui passaient, à défaut de linge, pour panser ses plaies. Mais la compassion n'était pas le sentiment dominant. La sottise et la bassesse que l'envieux tribun avait développées dans le peuple des Sans-Culottes, et qu'il avait lâchées contre les nobles, les bourgeois, les prêtres, retombèrent cruellement sur lui à l'heure de sa chute. On l'accablait de plaisanteries qui roulaient toutes sur les deux idées qui avaient le plus frappé la foule imbécile : « Votre Majesté ! Ton Être suprême! » C'étaient là les deux railleries qui revenaient
sans cesse.
Les pompiers, ses gardiens, imitaient de leur mieux les exemples que les jurés du Tribunal révolutionnaire donnaient journellement, et ils avaient sur Robespierre des plaisanteries presque aussi ingénieuses que les sarcasmes prodigués, par les Dumas, les Coffinhal, les Vilatc, les Dix- Août et les autres juges, aux aristocrates qu'ils
condamnaient. Les canonniers , qui étaient hier encore les janissaires de son général Hanriot, le raillaient avec cette grossièreté populaire
EXECUTION DE HÉBEBT, DE CHAUKETTE, ETC., LE I4 HARS I7P4
Celle eiécnlion signale 11 chute du cuttedc ladfHseRaîson.Udtfaite du parti dea hébertiitEioualh<i>le9,(|ui rivaient inventa. Va rapport de Sai ut O ml, piononcé le la mars, avait accusé ce parti de conjurer la perte de la patrie de concert avec l'élranger. Celle vague accusation avait sulfi pour que le peuple ibandannlt Chaumelte cl Htbert, qui avaient ité jusque-U ses favoris, puis ses maîtres. A ces deux cbett on avail fait une escorte bigarrte. On leur avait adjoint quelques persanniRCa inslguifianls comme de Kock. Laumur et Ducroquel; quelques euragts comme Vincent, Ropain, Momoro, qui tronvaienl que la Terreur iuil i l'eau de rose et réclamiieni la vraie République; le maDiique prussien Clooli, et quelques étrangers comme Perefra, Proly, Dubuisioa', qal ttaieiil venus aider, au nom de rbumanilé, les tipublicains français t exploiter la France.
France k£voi.ut. — Llvr. 70.
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à laquelle la Terreur avait donné des la bientôt aller reposer sa tète à la petite voyant chercher un point d'appui pour sa
Saint-Just, Dumas, Payan, arrivèrent gendarmes ; et je crois comprendre , d'ap de Salut public, que Couthon et le mur lement amenés.
Saint-Just est aussi bien conservé que Sa cravate même est peu froissée ; son chamois et ses culottes de drap gris bU visage est fort abattu, ses yeus sont gonf La figure de Payan passe alternativemeni lement.
On les fait asseoir dans l'embrasure d'u la tête pour regarder Robespierre. On leu demande. Saint-Just lève les bras vers la ] ration des Droits de l'homme : « Voilà p( gouvernement révolutionnaire aussi, » dit continue de parler, mais d'une voix si si le garde peut seul l'entendre.
Élie Lacoste vient donner l'ordre de leî ciergerie, après toutefois qu'on aura pansi mettre en état de pouvoir être puni ».
Les chirurgiens Vergés et Marrigues préparent les compresses et la charpie, au redoublent. Les médecins font te pansemei pierre se soulève sur les bras, on lui lave une clef dans la mâchoire, et Vergés lui canines, la première molaire et quelque: intéressait l'angle de la mâchoire inférieu ponna cette blessure. On lui passa un bai lui coiffa la tête avec lin linge. « Tiens, ■ Culottes, voilà qu'on pose le diadème à 1 autre qu'animait moins la 'haine des tyran: d'une âme montagnarde contre le-lanatisn religieuse. «
C'était le jugement de la démocratie. Ces bons citoyens qui, sur le mode alterné des bergers de Virgile, se renvoyaient des sarcasmes au sujet du vaincu dont ils baisaient hier les habits, représentaient admirablement la Révolution. Elle avait adoré Robespierre aussi longtemps qu'il l'avait flattée dans ses vices et aidée dans ses crimes. Elle le punissait et Tinsultait pour les deux seules idées sensées et fermes qu'il ait eues. Les brutes le raillaient pour avoir songé à remettre un peu de spiritualisme dans la société française, et les imbéciles le maudissaient pour avoir voulu diminuer l'anarchie.
Pendant que la Terreur, avec une logique parfaite, insultait ainsi ses propres dieux, elle ridiculisait aussi ses autels. Le brave et grossier Legendre, avec deux pistolets et dix hommes de bonne volonté auxquels il avait fait appel, allait chasser les Jacobins de cette salle célèbre qui était considérée comme le sanctuaire de la liberté et du patriotisme. C'est de là que la Révolution était sortie, de là partaient tous les ordres, tous les conseils, toutes les insolences, toutes les tyrannies. Onze hommes avaient suffi pour prendre cette citadelle de la France nouvelle. Vivier, qui présidait et qu'on disait un homme énergique, s'était sauvé des premiers et des plus vite. Legendre avait fermé les portes et en avait apporté les clefs à la Convention,
Vers dix heures du matin, les registres du comité dt Salut public donnent la conclusion de l'affaire :
« Robespierre, Couthon et Goubaud (Gobeau) seront rransX^rt sur-le-champ à la Conciergerie. Le citoyen Bùquet, juge de piix {\ la section de la Cité, est chargé de l'exécution. »
Voilà tout. Ainsi se terminait le grand effort qu'avait fait la Coiimune, organe de la population parisienne, pour saisir et exercei le pouvoir.
En entrant dans la Conciergerie , Robespierre et ses complices n'étaient plus séparés de l'échafaud que par un acte bien simple. La mise hors la loi avait cet effet de supprimer toute instruction , tout procès , tout jugement. On constatait l'identité et le proscrit était mis à mort.
En arrivant à la prison, Robespierre fut mis au secret. Pour la première et la seule fois, il parut sortir de son état d'hébétement. Il fit signe au geôlier qu'il désirait une plume et de l'encre.
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« Que diable en veux-tu faire? dit le guichetier. Vas-tu écrire à
ton Etre suprême ? »
Les geôliers eux-mêmes trouvaient cette raillerie excellente.
Vers cinq heures, les deux Robespierre, Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, Payan, Lescot-Fleuriot, Vivier, le savetier Simon et douze autres individus moins connus furent menés sur la place de la Révolution, où par exception les Robespierristes devaient être guillotinés.
« Allons, place à l'Incorruptible, cria un guichetier, quand Robespierre, sortant du tribunal, traversa la cour, au milieu de cinq cents prisonniers qui commençaient à espérer leur salut en le voyant monter dans la charrette funèbre.
^incorruptibilité même de Robespierre avait fini par blesser la démocratie révolutionnaire, qui ne permettait pas qu'un homme s'élevât longtemps au-dessus de la foule, fût-ce à l'aide d'une unique vertu.
« Le monstre, défiguré, la tête tombante d'humiliation, était environné de ses complices mutilés, semblables à une bande de voleurs que la maréchaussée a surpris au coin d'un bois et qu'elle a blessés pour les arrêter. Ce cortège d'hommes abominables, couverts de sang, de boue et de contusions, présentait le spectacle le plus hideux et le plus dégoûtant. Hanriot était tout couvert des ordures du cloaque où il s'était réfugié, et Couthon et Augustin Robespierre, étendus au fond de la voiture, étaient foulés aux pieds par leurs compagnons.
« Le peuple nombreux les accompagnait de hurlements et de cris d'une joie furieuse et délirante. Chacun reconnaissait dans ces ennemis de la patrie son ennemi particulier; chacun, dans le supplice de ces assassins, croyait retrouver ce qu'ils lui avaient enlevé de plus cher. »
Le lendemain, la Révolution, toujours féroce, même en sa justice, guillotinait soixante et onze membres de la Commune, dont quelques-uns n'avaient pas paru la veille à l'Hôtel de Ville, Douze furent exécutés le surlendemain.
Cette grande journée, où la population parisienne avait voulu accaparer le pouvoir et s'était montrée si incapable de l'exercer, arrêta le mouvement, jusque-là ascensionnel et triomphant, de la Révolution. Les révolutionnaires parisiens l'avaient fait reculer en la voulant
saisir, comme le Jacobinisme avait fait reculer la civilisation en voulant saisir la France.
Les Hommes politiques. — Quels hommes ces mœurs publiques et politiques avaient-elles pu créer ? Nous en avons vu quelques-uns déjà, quelques proconsuls, les membres des communes et des sections, des assemblées diverses, populacières, populaires, parlementaires. C*cst le Parlement qu'il faut visiter de nouveau. Là nous verrons mieux comment la Révolution choisit ses hommes politiques, et ce qu'elle fait de ceux qu'elle a choisis.
La fournaise où elle forge les hommes selon cœur, c'est le Comité de Gouvernement, comité de Salut public ou comité de Sûreté générale. Voyons la forge, nous verrons ensuite les machines humaines -qu'on y construit.
Nous savons que le palais des Tuileries se nommait le Palais National, que le pavillon du milieu ou de l'Horloge se nommait de l'Unité; celui du Sud ou de Flore, pavillon de l'Égalité; celui du Nord ou de Marsan, pavillon de la Liberté. C'est au bout de ce dernier, dans l'hôtel de Brionne, qui y touchait, que siégeait le comité •de Sûreté.
Le comité de Salut public logeait au pavillon de Flore ou de i'Lgalité, que ses bureaux occupaient tout entier. On y entrait par la ^our autrefois des Princes, puis des Logements de la Reine, actuellement de l'Égalité.
Les salles de travail et de délibérations occupaient ce qu'on appelait les Petits Appartements du Roi. De nombreux corps de garde les défendaient tant du côté des jardins que du côté de la cour des Princes. Des canons protégeaient les abords. Une nuée de familiers qui resrsemblaient aux muets de la cour ottomane veillaient dans l'intérieur.
Pour parvenir aux antichambres, il fallait errer à tâtons dans un 4ong corridor éclairé par une faible lampe à chaque extrémité. Toutes les avenues étaient sombres, tristes, sévères, et faisaient contraste avec les salons où s'assemblaient les commissaires. On était ébloui du changement subit. Les tapis des Gobelins, les marbres, les glaces, les bronzes dorés, les pendules, les girandoles brillaient de toute part. Dans de petits cabinets on entrevoyait des buffets toujours bien garnis,
bbS LA CIVILISATION
afin que les membres du Comité trouvassent à satisfaire leur appétit sans être obligés de sortir. Une grande table ovale, recouverte d'un tapis vert, tenait le milieu de la plus grande pièce. Une imprimerie occupait les cours du palais. Les pièces qui avoisinaient les deux Comités de gouvernement étaient encombrées, comme un mont-depiété, d^objets saisis et confisqués.
Cet encombrement d'objets saisis et confisqués, qui donnait à ce lieu terrible une apparence de caverne de pillards, et que nous allons retrouver plus considérable encore au comité de Sûreté, est caractéristique. Il donne à la Révolution une physionomie saisissante et vraie.
Les hommes qui siégeaient en ce lieu étaient, dans leur ensemble, probes. Ils traitaient les plus hautes affaires qui puissent intéresser l'humanité; ils dépensèrent une énergie, en bien des points exécrable, mais d'une grande vigueur patriotique; et ils ne pouvaient empêcher qu'ils n'eussent des allures picaresques de pillards. C'étaient, en même temps que les défenseurs du sol national, des saccageurs boueux, des Tamerlans de faubourgs, des Attilas de la Courtille; ils étaient des conquérants, ils essayaient de conquérir la France en la défendant. La Providence, qui force le serpent à dévoiler son approche par le bruit de sa marche et le déroulement de ses muscles, voulut que ces tyrans panachés de grands mots et masqués de grands sentiments fussent forcés de laisser voir quelques guenilles pour démontrer que s'ils défendaient la France contre l'étranger, c'était pour la confisquer au profit des bas instincts et des êtres méprisables. Ce serait être injuste que d'oublier leur mérite, et dupe que de pardonner leur tyrannique ignominie.
Pour le comité de Sûreté générale, on y arrivait par une porte donnant sur la petite rue du Carrousel, laquelle longeait l'extrémité septentrionale du mur séparant la place du Carrousel des cours du palais.
Cette porte ouvrait sur une cour nommée la cour de Marsan, parce qu'elle était située en partie devant le pavillon de ce nom. L'autre partie donnait devant l'hôtel de Brionne, où, avons-nous dit, logeait le Comité.
Au premier étage de cet hôtel, on arrivait d'abord dans une grande pièce sombre où le soleil ne parvenait guère, les croisées n'ayant pas
été ouvertes, ni les vitres lavées depuis le 10 août 1792.- Une odeur dé fétidité particulière, odeur de prison humide et moisie, et pourtant échauffée par la fréquentation d'un grand nombre de misérables, saisissait la gorge. On était tenté de dire que, outre l'enfermé et la saleté, cela sentait les larmes, les sanglots, le désespoir.
Quand les yeux s'étaient habitués à cette obscurité, on voyait se promener les huissiers du Coftiité, en carmagnoles graisseuses, en chemises noires de malpropreté, en culottes déguenillées. C'était une manière que la plupart des princes du nouveau régime avaient de faire la cour à leurs sujets et de prouver leur tendresse pour TÉgalité. Ils cultivaient la malpropreté dans le peuple français pour faire triompher le Jacobinisme, comme on cultive l'ivrognerie dans un être qu'on veut avilir pour mieux le dominer.
En face des gardiens de cet antre, une centaine d'individus, sombres, muets, étaient assis sur des bancs de bois adossés à une muraille hideuse de taches immondes et de devises civiques. C'étaient les parents, les parentes- surtout, des honnêtes gens emprisonnés, qui venaient implorer les maîtres-terroristes et qui attendaient leur tour d'audience.
L'appelé suivait un corridor tellement noir, qu'on l'avait éclairé de lampes fumeuses lançant sur les murailles des reflets de lumière rouge qui serraient le cœur.
On traversait ensuite quelques salles moins sombres, mais encombrées de cent paquets de toute forme ; quelques-uns, éventrés, laissaient voir des habillements, du linge malpropre, des chaussures, des parchemins, des livres, des tableaux déchirés, des pendules détraquées, des armes. Oui, on eût dit un mont-de-piété boueux ou le magasin d'une troupe de voleurs. Tous ces objets, entassés depuis des mois, contribuaient encore à épaissir cette atmosphère pestilentielle qui signalait le voisinage du gouvernement républicain.
On arrivait dans une salle d'attente aussi nue,- aussi nauséabonde, un peu moins obscure. Elle précédait le lieu des séances générales du Comité et donnait entrée dans les bureaux où chacun des commissaires avait sa besogne spéciale.
Une certaine quantité de vieillards, d'enfants, — tout ce qui était faible, — de jeunes femmes, de jeunes filles, — tçut ce qui était atten-
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drissant — venait là chaque jour. Ils se tenaient, comme dans la première antichambre, assis sur des bancs, silencieux, le front plissé.