BATAILLE DE PLEURUS, LE 26 JUIN
Il y a deux batailles de Fkurui. La première (iS juin) ne tlonDi que in ri&iiliols indécis. Cliacuiic dcai armttt avait gardi ses poailions. Les nâires, commaudis par Jourdan. Marceau, Lefebvre, Cil pionncl, Kl^ber.canipiaieni bo,ooa liommes. Les Auairo-Hollandals, commandes par Cobaurg. l'arclii ChiTlïi, le priuce d'Orange, La Taur, Beiulieii, avaient ioo.uud hommes, L'uAaire dura quinie heu Pendant un niomeut nous trimes la journée perdue. Nous ramenimei l'eDuemi tambour baiiaul lui tuant 10,000 hommes et lui faisant 3,ooa prisonniers. Nous perdîmes 7,000 hommes. Le fameux ba de F leur us est reiti! Kgendaire,
Frincb révolut. — Livr. 74.
front, retombant en deux bandeaux sur les oreilles, ornées chacune d'une grosse boucle d'or, augmentaient encore l'air jeune de sa figure rondelette. Les yeux très ouverts, la prunelle joyeuse, les pommettes saillantes, le nez retrousse, la lèvre supérieure très haute, Tinférieure forte, sensuelle, presque d'un nègre, indiquaient bien qu'on avait devant les yeux un homme sans principe, mais fanfaron de férocité plus que cruel, plus malin qu'intelligent, tout en dehors, difficile à saisir et à surprendre à cause du complet égoïsme de son cœur et de la mobilité de soa cerveau. En somme, avec son air de Jocrisse auguste, il est une sorte de Petit André de la Terreur.
Il remplissait les prisons et il prétendait qu'on y dansât. Nul des proconsuls ne parla si haut, si férocement, et-niul ne fit moins de victimes. Janus de la Révolution, il tournait vers le comité de Salut public un visage effroyablement sanguinaire, et du côté de la Picardie, où il régnait, une physionomie grimaçante dans les rides de laquelle souriait prudemment une sorte de bonhomie. Il aflîrmait, avec une voix de capitame Fracasse, qu'il était le maratiste Dumont ; personne plus que lui ne vantait la guillotine ; mais là où son voisin Joseph I.c Bon envoyait les prêtres à la mort, sans phrases, Dumont se contentait de les insulter. Il les appelait bête$ noires, en les regardant avec fureur, du haut de cette cravate empesée à* l'aide de laquelle il comptait relever la solennité de sa physionomie; et il se bornait à les exposer pendant quelques heures à la risée populaire, sous la garde de cabotins patriotes. Il était plus insolent que haineux, plus impie que niveleur. Il se serait contente d'une république joviale, où les églises eussent été changées en salle de bal et où Polichinelle eût remplacé le bon Dieu.
Cette régénération de l'humanité par l'arlequinade était son rêve; il avait inventé une figure qu'il nommait la Chaîne de VÉgaliié^ où les cuisinièiTes, les dragons et les demoiselles nobles devaient, par des strophes philosophiques et des antistrophes sans-culottes, témoigner de leur piéti envers la déesse Raison. La populace picarde qqi, dans son terrorisme, avait gardé les instincts railleurs de sa race, se trouvait satisfaite, et Dumont s'en tenait là.
Bourdon de l'Oise, procureur assez mal famé, son voisin dans la t'onvention, est un personnage moitié bouffon, moitié féroce. Har-
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gneux , fanfaron , défenseur-juré de la Terreur, traînant de grands sabres avec une passion de garde national, montrant des couteaux qu'il jurait teints du sang de Vendéens tués par lui, il s'empanachait, comme Gros Guillaume, pour faire croire qu'il avait commandé en chef dans la Vendée. Toujours en mouvement , excessif en tout, il s'était montré le plus violent adversaire de la liberté des cultes et du Christianisme lorsqu'avait commencé, en octoljre 179^, le mouvement qui avait abouti au fétichisme de la déesse Raison. Impétueux et opiniâtre, pourvu de poumons robustes, il était un orateur non méprisable, s' exprimant avec clarté, avec chaleur, souvent avec énergie.
Malgré cela, le chroniqueur a grand'peine à prendre maître Bourdon au sérieux. Je n'en dirai pas autant du matelot-boucher Legendre. Je n'ignore aucun de ses crimes, aucun de ces mots atroces que la Révolution avait mis sur ses lèvres. Pourtant je ressens pour lui une grande pitié. Je devine, je vois en lui des instincts généreux €t nobles. Dans cette période de lâcheté où il tomba après la chute de Danton , j'ai compris la sincérité touchante de son aveuglement.
On le retrouva, après Thermidor, avec son éloquence rustre, désordonnée, avec ses apostrophes burlesques, avec sa parole audacieuse, qui par la chaleur de Tàme et l'élan de l'esprit arrivait parfois jusqu'à l'éclat et au sublime, on le retrouva luttant contre les Jacobins de la Convention.
En contraste avec lui, voici Sieyès. C'est le modèle de la prudence, d'une prudence perfectionnée, ingénieuse, le modèle d^une patience presque aussi forte que le courage. Ce n'est pas la prudence de Robespierre, prudence de chat, qui bondit en arrière aussi lestement qu'en avant; non pas la prudence de Fouché, prudence de taupe, qui ne se montre jamais au jour, mais qui chemine toujours en creusant un trou; c'est une prudence de crapaud qui reste tapi pendant des journées entières derrière une feuille verte et grise comme lui, et qui ne la dérange même pas quand il s'éloigne en rampant. Sieyès ne parla plus dès l'heure où il ne put plus pérorer, et la raison qu'il en donne n'e;st pas d'un sot : c( Comment parler à ces brutes! Je leur dis que deux et deux font quatre, et le lendemain ils me feront passer au tribunal sous le prétexte que j'ai berné les Sans- Culottes en apprenant à leurs enfants que deux et deux font trois. »
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,.//-"\. y mérite d'être mis autant au-dessous de Fréron, que son / RoufO'ff ou le Frank en vedette est inférieur à VOrateur du i^^t. Ce Rougyff est même au-dessous des journaux de Marat et fUébcrt « Abattons tous les nobles, » s'écrie-t-il un jour. « Que la illotine soit en permanence par toute la France. La France aura ssez de cinq millions d'habitants. » C'était un massacre d'environ vingt millions d'hommes qu'il fallait à ce docteur es lettres révolutionnaires.
Thirion, le défenseur de Marat en lygS, l'homme qui jugeait à la . figure des gens qu'ils devaient être aristocrates et bons à fusiller sans autre observation ; Rovère à qui les uns , comme le cousin Jacques, reconnaissent « un zèle tendre pour les malheureux », et une forte haine contre le régime de la Terreur; que les autres, comme Louvet, proclament « l'un des plus exagérés de la Montagne », et qui, en fait, après avoir eu , lors des massacres d'Avignon , un moment de cruauté furieuse et presque inexplicable, s'en repentit au point que le remords, dit-on, le tua.
Puis c'est Cambon, « vain, opiniâtre, grossier, sans éloquence.
et emporté »; Léonard Bourdon qu'on nomme Léopard
tes, un des plus farouches compagnons de Fouché,
illoi, d'Albitte, à Lyon. C'est Dubois-Crancé à qui
mais qui a eu un joli mot. C'est lui qui a
luisier Dupiay, à cette Ele'onore toute fière de
Maximîlien daigne lui accorder, le surnom
Tuet qui peine à merveille la solennité tri-
icesses de la société nouvelle, de cette
ière heure, qui tenaient d'une part à
'escendaient du Capitole pour se pro-
,^ Uuval, rédacteur du Journal des Hommes .v,s aristocrates nomment le Journal des Hommes-Tigres; . et Sergent, ces directeurs officiels des massacres de Septembre; Audouin, du Journal Universel, gendre de Pachc , qu'on disait être r empoisonneur gagé du Comité de Salut Public; le Flamand Duhem qui, poussant à l'état révolutionnaire les qualités de son double métier de maître d'étude et de médecin, déclarait officiellement à la Convention qu'il assassinerait ceux de ses collègues qui ne se laisseraient pas régenter par lui.
Mais, en poursuivant, nous tomberions dans l'infîniment médiocre, sans trouver d'autres types.
La Révolution appliquait logiquement, dans sa confection de l'homme politique, les vues qu'elle a sur la nature humaine : L'humanité est tout, l'homme n'est rien. C'est une machine à utiliser et à sacrifier. Mais il faut la graisser soigneusement. Elle produira ainsi une plus grande somme de forces. Elle doit avoir deux qualités : l'énergie et la souplesse; l'énergie la plus violente et la souplesse la moins résistante.
Cette théorie, qui ne voit plus dans l'homme ni l'àme, ni la personnalité, ni la dignité morale, ni la rêverie, ni la poésie, enfin nulle indépendance individuelle, était particulièrement dangereuse en politique. La Révolution y porta ses exigences habituelles, excessives et inflexibles. L'énergie qu'elle imposait était implacable et aveugle, la souplesse qu'elle réclamait était servîle et inerte. Elle arrivait ainsi à cette singularité de rêver un être qui eût, en même temps et à vo-
mm
lonté, le génie du despotisme et Tabjeciion de Tesclavage: Elle tendait et débandait les hommes politiques comme des arbalètes. C'était bien son génie qui avait inspiré à Marat son modèle de gouvernement populaire : « Un dictateur qui a un boulet au pied. Il dispose arbitrairement de la vie et de la fortune de tous, mais il a la corde au cou. » Il fallut l'expérience pour démontrer que ce dictateur couperait sa corde s'il était fort, — c'est ce qu'en fit le comité de Salut Public, — ou qu'on la lui serrerait autour du cou s'il était faible. C'est ce que Bonaparte fit au Directoire,
Mœurs diplomatiques, — La diplomatie suit habituellement la marche générale des idées et des faits. Mais comme tout travail diplomatique est à la fois pratique et délicat, délicat en son maniement, pratique en son but, la diplomatie révolutionnaire nous indique scrupuleusement l'oscillation des idées et nous fournit un écho très distinct des faits. Elle porte donc très évidemment la marque et la peine du rêve de 89, de la fureur de 92, de la bassesse de 96.
Les enthousiastes de 89, qui entrevoyaient un retour à l'âge d'or, avaient grand mépris poyr cet art diplomatique qui n'était, à leurs yeux, qu'un métier de dupés et de dupeurs. Ils prévoyaient à brève échéance le moment où leur Arcadie n'aurait plus besoin de ce « tissu de mensonges ». Si ces bergers étaient trop en dehors de l'humanité pour avoir besoin de la diplomatie, les échevelés de 92 se croyaient trop au-dessus d'elle pour ne pas la dédaigner. Bientôt les fous furieux de 93 furent tellement au ban de la civilisation qu'ils n'eurent, en effet, plus besoin d'intermédiaires entre eux et le reste du monde chrétien. Le Directoire, en essayant de rentrer dans la société européenne, mit la main sur quelques-uns des moins scrupuleux parmi les diplomates de l'Ancien Régime. En outre, il chamarra d'uniformes quelques Jacobins qui avaient à peine pris le temps de passer une culotte et qui se croyaient des hommes de génie parce qu'ils confondaient la diplomatie avec la police.
En 1789, on commença par faire des coupes sombres dans le personnel diplomatique alors en fonction et à secouer tout l'organisme diplomatique.
Dès 1790, on entend ce mot stupéfiant : « On ne peut se dissi-
muler que la politique extérieure n'est plus rien pour nous. » Ces politiques d'étrange sorte s'imaginaient qu'ils détruiraient la monarr chie française, qu'ils bouleverseraient la France et rajeuniraient Thumanité sans avoir à s'inquiéter de la politique extérieure.
Ainsi débute l'histoire de la diplomatie révoFutionnaire. Elle se divise en trois âges : l'âge des brochuriers, c'est la période philosophiques; l'âge des espions, c'est la période parlementaire; l'âge des ambassadeurs sans-culottes, c'est la période militaire.
I. — Pendant la première période, l'opinion révolutionnaire crut que les peuples enthousiasmés par la déclaration des Droits de l'homme, émerveillés de la félicité dont jouissait la nation française, allaient se révolter contre leurs tyrans.
Il n'y avait donc qu'à répandre, par masses innombrables, des brochures exposant les bienfaits des Droits de l'homme et les horreurs de la tyrannie. On s'y employa activement. Condorcet était à la tête d'une des officines où l'on fabriquait ces brochures, qu'on traduisait en toutes langues. On peut croire que quelques-unes furent rédigées par Chamfort, Fréron, Fabre d'Églantine et le père du romancier Paul de Kock, qui étaient attachés à la rédaction de la Galette nationale par le ministère des affaires étrangères. Roland dira d'un de ces émissaires : « M. Clémence part en ce moment pour la frontière, il y porte des imprimés et va apostoliser pour la bonne cause. »
Au ministère des Affaires étpangères et jusqu'en 1792, M. de Montmorin défendait de son mieux l'ancienne organisation et l'ancien personnel contre les attaques du Comité diplomatique de la Constituante. Efforts assez vains qui ne furent pas continués par Dumouriez. Celuici voulut faire faire peau neuve au ministère. Il renvoie tous les employés en bloc. On les remplaça par des gens dont le moindre défaut était d'être sans expérience. Dans les ambassades, presque tous les personnages respectables ont disparu peu à peu. Il ne reste guère que les hommes souples et qui ont plus d'ambition que de fierté.
Après le ro août, nouvelle épuration. Les moins compromis de ces diplomates ambitieux sont forcés peu à peu de quitter la place. Au ministère, à Paris, les nouveaux employés sont « les parents, les amis, les perruquiers même des députés ». Ces perruquiers financiers
59a LA ClVILlSATrON
et diplomatiques ne savaient pas l'orthographe ; a ils écrivent comme une femme », dit-on peu galamment ; mais ils dénoncent leurs voisins. Ils sont appelés à de belles destinées. Du reste, ils ne sont pas
PORTRAIT DE JACQUES CATHELINEAU Calbelincau nous olTrc la plus ssislisanle physioDomic de la fin du dix-liuilitoïc siéclt, cl avec le Grjti Ferri, ion frèrt du quatoriième siècle, le lype grandiose du paysan françaii. C'est un liiseraiid pieai el doux-, ses voisins exaspérts par la Ivrannie révolutionnaire viennent le chercher le u msrs 1793. II leur demande le temps d'achever sa fournie de pain. Deux mois après, il avait mis les armies ripubliciines en > une grotesque déroute. Il avait pris Saumur. Son i;inie militaire, A combinaisons simples mais irrétisiibles, le fit nommer généralissime des Vendéens. Sa piété, ï la fois austère et pleine de bonhomie, le fit surnommer le Saint de l'Anjou. Il mourut des blessures reçues au siège Su Naaies, le 10 juillet 1793. Son frère, ses quatre beaux.frères, sel» de ses cousins germains mouraient k ses c6l(s. Mais aux yeux des historiens révoUiliontiaires, ce ne sont ras Cailielineau el Us siens qui représentent la démocratie et la vertu françaises, c'est le Suisse Marat, parce qu'il se gratte, et sa bonne Simonne parce qu'elle est 1 tout Caiie.
fort occupés. La France n'a plus de relations officielles qu'avec l'Angleterre, l'Espagne, la Turquie, l'Amériqua et quelques petites cours.
Les trois premières puissances ne vont pas tarder à rompre définitivement avec la République française. Les petites cours voudraient bien pouvoir en faire autant. Il est vrai que, à mesure que la besogne diminue, le chiffre des dépenses et le nombre des employés augmen-
J.ij;SiCKOLLES SE DÉVOUE A. LA MORT POUR SON FILS, LE 20 JUILLET 1 794
Li Tïillt du g Ihcrmidnr, leaa-SimoD de Loiscrollïs, ancien 1i«ulcnant géndral au bailliage de l'ArBcual,
ttût tnhrmi i la Concicrgerit avec son lîls. Celui-ci. qui venait d'être condamna i aiotx par le tribunal
rC'rolulionnjirc. l'était endormi, en attendant l'appel des condamnés. Le greffier arrive. On appelle le
ne s'agistait pas de punir un caupable, mais de diminuer le nombre des honnêtes gens. Pourvu qu'elle fil moarir un homme, tout jlail bon. Le représentant de cette justice avait son compte de victimes, cela suffiiail. Le père s'était présenté pour te ûls endormi, il fut guillolinf en la place.
tait. On avait déjà accordé à Dumouriez six millions de fonds secrets. Dans les bureaux, le chiffre des employés a presque doublé. Il était de 41 en 1789, il sera de 74 en août 91, de 78 en juin. Cest Teffet ordinaire de Tavènement de la République comme de toute invasion : les conquérants se nantissent.
On devine les succès diplomatiques qui peuvent être remportés par des agents arrivant précédés de cette déclaration et de dix autres de même nature : « La Convention déclare qu'elle accordera secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté, ordonne aux généraux de porter secours à ces peuples et de défendre les citoyens qui pourraient être vexés pour la cause de la liberté. »
L'esprit de fanfaronnade et d'insolence que la Révolution a développé en France sert de truchement à de telles proclamations. Il prend la place des formules prudentes et courtoises, il remplace toute équité comme toute réserve.
Le modèle de cette période intermédiaire qui précède le blocus diplomatique de la France et qui l'explique, c'est Hugou de Bassville, Plat pied et plat poète, fils d'un teinturier abbevillois, précepteur et publiant des Mélanges erotiques^ il s'est poussé en chancellerie par la grâce de Tondu Lebrun, son camarade, autre espèce d'abbé élevé également par charité, puis soldat, puis imprimeur et enfin ministre des Affaires étrangères.
Cet Hugou s'en vient donc à Naples représenter la République française à ses débuts : « Ce que je vois à Naples me prouve que pi ira. » Voilà sa première dépêche et le nouveau langage diplomatique. Il continue : « Nous allons suspendre à notre porte le portrait de la République française et le bonnet de la Liber^. Ce sera une Ête pour bien des gens... Envoyez-moi la Marseillaise avec la musique. Tout le monde nous la demande. »
Cet étrange secrétaire de légation n'a qu'une idée politique. « Je m'en vais revêtir mon uniforme de garde national pour aller narguer la Reine à San Carlo. »
Il quitte Naples pour Rome. Là, en pays calottin, il développe tous les aspects de la nouvelle diplomatie. Il change l'académie de peinture en un club où on attire les Romains. Il injurie tout le monde, les soldats romains qui sont des c( crispins », le général qui les com-
mande, les cardinaux, le cardinal secrétaire^ d'État, auquel il a présenté sa maîtresse revêtue du titre d'épouse. Il menace la cour pontificale qui a reçu les « demoiselles Capet » et ne cache pas au cardinal que l'arrivée de M- de Galonné et autres émigrés ne lui plaît pas, parce que « la présence des mauvais citoyens ne doit pas souiller la vue des fonctionnaires publics ». Hugou souillé par la vue des filles du Roi de France ! L'insolence de ce grand seigneur jacobin a gagné l'académie de peinture. On a fait sortir de Rome deux des élèves qui se croyaient en pays conquis. Hugou ne se tient plus. Enfin, il devient si stupidement insolent qu'il se fait assassiner par les Transtévérins.
La nouvelle langue diplomatique est digne des nouveaux agents. Tondu écrit aux chancelleries étrangères : « Les peuples que vous tenez asservis sous le joug de la superstition, de l'ignorance et du fanatisme sont tentés de faire l'essai des douceurs de la liberté. Il entre dans vos principes d'anéantir tous ceux qui ont le courage de détester les despotes et le despotisme. »
M"^ Roland, parlant au nom de la Convention, écrit à Vévêque de Rome, à propos de ces deux peintres qu'on a priés d'aller chanter plus loin la Marseillaise, et qu'on avait commencé par emprisonner parce qu'ils la chantaient dans le voisinage du Pape : « Pontife de l'Église romaine, souverain d'un État prêt à vous échapper, les siècles de l'ignorance sont passés..., la raison a brisé la sceptre de la tyrannie, le talisman de la Royauté..., la succession de saint Pierre ne sera plus au prince, du jour où il souffrira le règne chonté de l'Inquisition. » Elle ne lui dissimule pas qu'il représente « le despotisme et la superstition réunis », et que la République est prête à le punir, si les réclamations demeurent sans effet.
On nommait cela de la diplomatie, et c'est bien en effet la diplomatie du temps que la Gironde dirige les destinées de la France. Tondu Lebrun est son homme d'État et Hugou son représentant exquis. On devine quelle profondeur de vues devait se trouver dans de tels cerveaux et quels précieux renseignements devaient communiquer de tels agents
Ils sont si perspicaces et si bien renseignés, qu'ils sont convaincus « de l'amour irrésistible de l'Angleterre pour la République française j>. « La nation anglaise est prête à prendre parti pour nous contre la
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cour, » s'écrie Barbaroux. Le ministre lui-même, le grand ministre Tondu, le Richelieu de la Gironde, prend la parole:
« Le Parlement britannique n'osera pas rompre. Nous pouvons couper le cou à Louis XVL L'armée, la flotte, la nation anglaises sont prêtes à trahir leur Roi pour la République française. » Et Tesprit de ces gens-là était tellement obtus, qu'ils étaient sincères. Les Anglais jettent l'ambassadeur de la République à la porte avec les mêmes procédés qu'on eût employés pour honorer le représentant de Cartouche. La nation anglaise applaudit, et le grand Tondu, stupéfait, déclare qu'il ne faut pas se le dissimuler : « On a insulté la République et le trône du roi Georges n'en paraît pas ébranlé ! » Il n'y comprend rien.
IL — On constate que l'ère des brochures est passée, que les peuples ne se sont pas soulevés avec énergie pour les Droits de l'homme. On a sans doute corrompu quelques bourgeois ou paysans. Cela pourra être utilisé plus tard. On trouvera, à l'occasion, un fond boueux préparé pour servir d'assises aux gouvernements républicains que la conquête pourra permettre de proclamer. Toutefois, les pamphlets ne produisent plus grand effet. Il fallait donc avoir recours à d'autres moyens diplomatiques.
Après la diplomatie brochurière et philosophique des Constitutionnels et des Girondins, de Mirabeau comme de Brissot, nous avons la diplomatie parlementaire et jacobine, la diplomatie des espions.
Les circonstances y forcent. On n'a plus de relations ouvertes qu'avec l'Amérique ou la Suisse. Nous connaissons l'opinion de l'ambassadeur américain sur les directeurs de la politique française d'alors. Il se trouvait sali des relations qu'il était forcé d'avoir avec cette lie de l'humanité.
En Suisse, on a pour ambassadeur Barthélémy. C'est à peu près le seul diplomate de carrière qui reste, le seul qui ait gardé quelque chose des qualités diplomatiques de l'Ancien Régime. Il en a les mœurs et les habitudes; il est probe, il est actif. On n'a d'ouverture sur le monde civilisé que par la Suisse et par lui. Il est donc le centre de l'agence diplomatique de la Révolution. Il faut lire ses xlépêches. La Révolution fait tout ce qu'elle peut pour décourager, pour suspecter
ce dernier agent utile qu'elle possède, et pour aliéner cette dernière alliée, la Suisse, qui garantit notre frontière de TEst. Cest qu'il y a également, en Suisse, un autre agent, Tabbé défroqué Soulavie; un bon sans-culotte, celui-ci , et qui expérimente la diplomatie de tréteaux! Il a mis Genève en feu. Il fait ce qu'il peut pour exaspérer les Suisses, pour pousser la République à s'emparer de leur pays, pour donâer à la France « soixante lieues de frontières de plus à défendre », pour lui valoir « la haine d'un peuple énergique et discipliné ». On envoie Payan, à la fin de 93, espionner Barthélémy. Par grand'chance, l'espion était intelligent. Il écrit que Soulavie est un brouillon, qu'il est « odieux et méprisable ». Mais il est sansculotte. On le garde donc quelque temps encore, heureusement sans * donner tort, toutefois, à Barthélémy.
Celui-ci peut avoir des relations vagues et dissimulées avec des ambassadeurs étrangers, envoyés auprès du gouvernement suisse. Comment en avoir d'autres? Hérault de Séchelles, le directeur des Relatio^ns étrangères , avait posé . l'axiome fondamental de la diplomatie nouvelle (ri novembre gS) : « Nous ne songeons pas à négocier avec les despotes de l'Europe, qui ne doivent recevoir de nous que la mort pour toute transaction. » Et il faut entendre les Conventionnels broder ce système des rodomontades les plus inattendues. Ces protocoles ne renfermaient pas d'ouvertures bien engageantes. Aussi Bar* thélemy écrit-il : « Je n'ai aucune sorte de correspondances avec les pays avec lesquels nous sommes en guerre. Elle ne serait pas praticable, par suite des mesurer prises par les gouvernements. » L'inondation des brochures; l'organisation demandée à la tribune, par Jean de Bry, des bataillons de régicides; la physionomie monstrueuse que le régime de la Terreur donnait à la nation française; leur conduite dans les pays conquis, avaient fait retirer aux Français tous les privilèges accordés aux étrangers par la civilisation, en dehors de laquelle ils se mettaient, par le droit des gens qu'ils ne reconnaissaient plus.
Au moins, fallait-il être renseigné. A défaut de diplomatie, on essaya d'avoir une police. A l'invasion des pamphlets succéda donc l'invasion des espions; ou plutôt ces deux courants boueux se sont avancés concurremment. Mais à partir de la fin de 92 le second commence à l'emporter. On envoie par toute l'Allemagne, la Russie, l'Italie, des
agents secrets, faux émigrés, vrais juifs, ou indigènes que leur odeur morale a dénoncés comme bons pour le service de la République française. Les uns et les autres essayent de surprendre des secrets, d'acheter et parfois aussi de vendre, d'acheter les autres et de se vendre eux-mêmes. Les plus malins surveillent les armements; les mieux couvens tâchent de savoir ce qui se passe dans les cours ; les plus graves prêchent en sourdine les Droits de l'homme aux bourgeois; les plus joyeux cajolent les paysans.
Ce sont parfois de pauvres sires. C'est Blansé, qui a son office à Strasbourg; c'est Rivais, qui erre en Allemagne. Ils envoient plus de gémissements que de renseignements, et tendent la main avec persévérance. Rivais dit que Blansé est un imbécile, et on peut jurer que Blansé assurera que Rivais est un coquin. Un peu plus tard, un autre, Constantin Stamaty, nous permettra de voir mieux la situation de ces diplomates. Il écrit au comité de Salut public : « Je languis dans le besoin. Aucun ordre, aucune lettre ne m'arrivent. Je vous écris de Bâle deux fois par semaine. Mais ma correspondance n'est pas alimentée par des renseignements exacts ni puisés à bonne source. » Extraordinaire diplomatie, où le gouvernement ne donne aucun ordre à ses agents, où ceux-ci lui envoient des renseignements, en lui confiant qu'ils n'ont pas le sens commun I II est vrai qu'ils l'avouent avec bonhomie et qu'il ne s'en fâche pas. Où passait donc l'immense somme d'argent que la Révolution dépensait à cet espionnage? Au mois de mars 1794, Saint-Just dévoila à la tribune qu'on a (depuis la chute des Girondins, c'est-à-dire depuis neuf mois) dépensé 200 millions. Probablement une bonne part de cet argent restait entre les mains chargées de le distribuer. Toutefois nous en voyons des résultats. On était parvenu à acheter de hauts personnages et on entretenait l'esprit de révolte. Notamment, en Piémont, on donnait une pension au secrétaire du roi, Dufour, qui livrait les plans de campagne et la correspondance diplomatique. Il avait même réuni an groupe d'honnêtes Turinois*qui devaient mettre le feu aux quatre ceins de leur ville natale, pendant que les révolutionnaires français viendraient l'attaquer. Ces bons citoyens étaient les néophytes que les brochures de Condorcet et l'argent de Hérault avaient convertis aux immortels principes.
En Toscane, Manfredini, ministre du grand-duc, est également acheté. Une partie de Tarrnée, corrompue à Naples comme à Gênes, est prête à livrer le pays à l'ennemi. Nous allons voir ce que deviennent ces pays ainsi conquis par la diplomatie aidée de l'armée républicaine.
Après Thermidor, l'organisation de l'espionnage se fait plus méthodiquement. La France, un peu moins honnie, entrevoit des résultats plus larges. On essaye de rentrer dans le grand » chemin. On voudrait ne plus se borner à crocheter des serrures, à voler des papiers, à payer très cher des coquins galonnés, à apprendre aux ivrognes les perfections de la trahison républicaine. On revient à la politique des intérêts. On oublie les grands mots, les menaces de Ooquemitaine. On oublie même , il faut l'avouer, les principes, les principes vénérables et sacrés ! On désire , on demande la paix avec les despotes. On supplie les tyrans de considérer que leur intérêt n'est pas d'extramaçonner plus longtemps contre la République. On y met encore quelques grimaces hautaines. Mais au fond on veut la paix ; on en a besoin ; on meurt de faim ; la France se révolte. La populace jacobine elle-même veut la paix et conspue, les grands mots.
On essaye de retrouver quelques anciens diplomates; mais on les entoure d'espions et on les met sous la direction et surveillance de quelques Conventionnels de médiocre prestance intellectuelle. Le régime parlementaire envahit la diplomatie. Les représentants dirigent les diplomates, comme avant Thermidor ils dirigeaient les généraux.
IIL — Le règne des parlementaires va finir. Sous le Directoire, nous entrons dans la troisième période de la diplomatie révolutionnaire. Les généraux, à leur tour, vont la représenter.
Ceux qui ont une grande situation, comme Bonaparte et Moreau, concluent les traités, sans même en donner avis préalable au gouvernement. Mais ceux-ci sont des hommes de génie et de grand caractère; ils mènent la diplomatie selon la tradition que les conquérants ont suivie à toutes les époques. Ce n'est pas dans leurs actes qu'il convient d'étudier la diplomatie militaire de la Révolution.
Les généraux que le Directoire ne s'était pas vu imposer par les circonstances, ceux qu'il avait pu choisir, il les avait naturellement choisis selon son cœur. Soldats de fortune, pour la plupart, hommes
braves et bons tacticiens sur le champ de bataille, mais sans éducation première, sans guère d'instruction, souvent avides et corrompus, presque toujours grossiers et insolents, ils imitaient, avec un supplément de brutalité, les agents civils de la nouvelle couche diplomatique. Remplaçant toute expérience par le mépris du droit des gens, par un dédain affecté et lourdement railleur des représentants de la société polie; cherchant pour agents et pour compagnons, dans les pays où ils sont envoyés, les déclassés, les agités, les débauchés, ils ne voient, en toute négociation, qu'un nœud gordien facile à couper avec leur sabre. Leur préoccupation sera de loger partout le mot citoyen