‹ La France révolutionnaire, 1789-1889Chapitre 97 sur 112 · CARICATURE CONTRE LES FOURNISSEURS · texte numérisé non relu

CARICATURE CONTRE LES FOURNISSEURS

Ce qne j'ttais (vokur), ce que je luis (fourniiMurJ, ce que fe devnii Cire (forçtl}

Le fanatisme ne guidait pas seulement les ignorants et les exaltés. Prudhomme, qui tut persécuté à titre de modéré, demande, avec instance, qu'on ruine le château de Versailles, parce que « ta vue des corniches brisées, des colonnes renversées, des bas-reliefs mutilés, vaudra bien sans doute des tableaux de prix et de beaux appartements». Il recommande qu'on ait bien soin au moins de décapiter les statues des fois et des-saints.

Beaucoup de municipalités donnaient aux efforts de ce vandalisme un caractère solennel et religieux. « Les tableaux, les tapisseries, les livres, ont été transportés sur la place. Les officiers municipaux, décorés du ruban tricolore, le district, le département assistaient... On a forcé

Véveque constitutionnel à danser autour du bûcher. « Ce n'est pas dans une province arriérée, c'est à Verdun que cela se passe.

Quand les ignares et les filous arrivèrent, après les fanatiques, à diriger les beaux-arts de la Révolution, ce fut la plus bouffonne et la plus lugubre ivresse. « La menace de la guillotine est à Tordre du jour pour les artistes du Louvre. » Houdon parvient à se sauver parce que sa femme fait passer une statue de sainte ^our un emblème de la philosophie. On brise la statue de Linné parce qu'il ressemble à Charles IX, et il ressemble à Charles IX parce qu'il a un cordon de chevalerie. Les marchands brûlent leurs collections de portraits. Le graveur Alix détruit ses meilleures estampes. Les bibliothèques qu'on ne pille pas, on en prend un coin pour en faire des étables à porcs. Les monuments qu'on n'a pas détruits servent de greniers, de corps de garde. Les tableaux qu'on ne lacère pas, on les détrempe pour en enlever les signes de féodalité ou de superstition ; ceux qui ne sont pas brûlés sont roussis, comme il arrive aux Sept Sacrements de l'Espagnolet. Peu de statues échappent sans avoir perdu la tête ou les membres. A Meudon, on émiette un marbre précieux pour en extraire quelques fils de cuivre. A Saint- Denis, on brise les chefs-d'œuvre de Pierre Denis, le plus célèbre artiste en fer qui ait existé, pour les vendre comme vieille ferraille. Bien en prit au Louvre que Noël — Chapsal — eût fantaisie de s'y promener au mois de décembre 1792. Il entendit les patriotes prendre rendez-vous pour y venir brûler le lendemain la galerie de Rubens, parce qu'il y avait des signes de royauté. Il avertit Garât, qui fit enlever et cacher les tableaux. Mais le Louvre, qui avait échappé aux pères, devait retomber entre les mains des fils, qui réussirent un peu mieux en 1871 qu'en 1792.

AMontbard, on vide le cercueil de Buffon pour en tirer quelques livres de plomb. A Soissons, on coupe les tableaux et on les met sous des des sacs de blé pour protéger ceux-ci contre l'humidité. En Alsace, c'est par milliers que les statues ont été détruites. A Coutances, on enlève des stalagmites, les prenant pour du salpêtre. Dans le Blaisois, « une troupe de brigands, composée en partie de prêtres révolutionnaires, se précipite dans les églises pour y détruire les chefs-d'œuvre des arts». A Nancy, « en l'espace de quelques heures, on a détruit pour 100,000 écus d'objets d'art » ; à Paris, pour plus de dix millions.

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A Textrême fin du siècle encore, c^est dans le musée du Louvre qu'on donne les festins officiels et ce sont les salles basses qui servent de cuisine.

Mais il faudrait un volume pour donner un bref aperçu de cette chronique artistique. Un voyageur, grand ami de David et de Sieyès, nous dépeint Paris en 96 : « Les statues des rois et des grands furent brisées ; d'autres statues antiques ou modernes furent renversées ou mutilées. Les riches bibliothèques, les collections de manuscrits furent volées, dissipées, vendues à bas prix (et bien souvent enlevées par les étrangers). Les plus belles collections de monnoies anciennes et nouvelles furent fondues. Les cabinets de pierres travaillées furent volés. Les plus beaux chefs-d'œuvre de méchanique furent brisés, les tableaux déchirés ou brûlés. » Plus loin, il nous montre dans les monuments, dans les églises, les trous béants à la place où Ton avait arraché les tombeaux et les statues, le sol rempli de débris, les vitraux en pièces.

Que reste-t-îl donc pour honorer ce temps-là ? David, celui qu'on a nommé le Raphaël des sans-culottes. Grand artiste, sans aucun doute ; mais ce fut moins à son talent qu'à sa qualité de terroriste qu'il dut de pouvoir peindre. En avril 1793 encore, Sylvain Maréchal l'accusait publiquement de n'être qu'un peintre aristocrate; et les tableaux de la Mort de Marat et de Le Peletier, qui sont le pur produit de l'inspiration révolutionnaire, sont de beaucoup inférieurs au Serment des Horaces^ antérieur à la Révolution.

C'est Grégoire encore qui nous donne la conclusion de l'histoire artistique de la fin du dix-huitième siècle : « Dans l'espace d'un an, la Révolution a failli détruire le produit de plusieurs siècles de civilisation. »

C'est bien ce que voulaient ces misérables. Comme leurs successeurs d'aujourd'hui, ils sont les ennemis nés de ce qui est beau, de ce qui est fin, de ce qui est élégant, de ce qui est élevé, comme de ce qui est pur et pieux.

En résumé, à partir de 1791, c'est-à-dire à mesure que la Révolution gagne du terrain, on constate un abaissement progressif du niveau intellectuel. Les idées se rétrécissent et s'effarent. Les pensées sont obscures et sans franchise, les termes bas, la phrase alambiquée, la conception désordonnée ou balourde, la composition plate ou bour-

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souflée. Le cerveau s'est replié après s*être convulsé; il est morne, il a été épileptique.

On comprend ce cri que jeta Marie-Joseph Chénier, et qui est la plus puissante clameur de haro contre la Révolution : «. Enfin, s'écrie ce grand révolutionnaire, cet illustre montagnard, quand la Montagne fut écrasée et la Révolution garrottée, il va être possible d'avoir impunément du génie! »

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