‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 105 sur 142 · SUPPRESSIONS ET CRÉATIONS DB CHARGES · texte numérisé non relu

SUPPRESSIONS ET CRÉATIONS DB CHARGES

naisoQS ambilîeuBes qu'elles qu'elles soient avaient des chancesde réussite. R Depuis soixante^dix ans que j'habite la cour, disait le maréchal de Richelieu, je n'ai jamais remarqué autant d'intrigues, de cabales, de noirceurs que durant les derniers huit jours du voyage deMarly.n Le public prétendit que M. de Castrîes avait dit au roi : a Votre Majesté pourrait jremplacer tous ses ministres, mais il n'y a qu'un Necker. » Et sur ce bruit on affirma que le ministre de la marine allait rejoindre le directeur des finances dans sa ; retraite.

Fleuryessayade continuer, dans lespremiersjourSi snppreirioi» les réforme que Necker avaitcommencéesdans-plus buuiMdïLTiM d'un service. Le roi rappela, dans im édit, qu'il avait " «enler " supprimé plusieurs chaînes dans tes of^oes bouches *'""'° "^: et communs à cause de leur inutilité et des privilèges onéreux qu'elles conféraient et ajouta que, voulant poursuivre ses plans d'amélioration, il diminuait le personnel de la grande et petite écurie de cinq écuyers, de deux premiers valets, d'un porte épée de parement, de deux poursuivants d'arme, de six musettes de Poitou, d'une trompette marine, d'un laupier, d'un précepteur et d'un aumônier des pages, de quatorzej^atfreniers, d'un apothicaire, toutescharges disait-il entièrement superflues et dont la plupart n'ont été levées que pour lajouissance de privilèges. Hais un mois après on sut dans le public que le contrôleur général s'occupait de rétablir les receveurs généraux des finances qu'on avait supprimés, a Si le nouveau ministre^ dit le nouvelliste qui annonçait ce projet, commence une fois à attaquer quelque partie du plan de son prédécesseur, on ne. doute pas que

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tout rédifîce ne s'écroule, et que ses innovations n'éprouvent le sort de celles de M. Turgot, dont il ne reste plus de vestige, n

Moins circonspect queNecker, Fleury se décida, trois mois après son arrivée au contrôle, à une aug^ mentation de l'impôt sur les consommations, et ce fut au milieu du bruitque produisait le compte rendu que le roiditauxFrançais:«Per8U3déque nousne pourrons procurer à nos sujets les avantages d'une paix solide qu'en continuant d'opposer à nos ennemis les plus puissants efforts, nous avons jugé nécessaire de nous assurer, dès à présent un secours extraordinaire. . . nous aurions désiré qu'il fût encore possible de n'employer d'autres ressources que celles de l'économie dans nos dépenses... mais des dépenses extraordinaires qui sont la suite indispensable ^e la continuation de la guerre... nous forcent à nous procurer de nouveaux fonds. j>

Fleury obtint de suite l'enregistrement au Parlement. La Cour des aides se réserva seulement, après avoir approuvé cette contribution, de représenter au roi les inconvénients qu'elle présentait. Les Français s'émurentd'une charge quiaugmentaitde quatre sous pour livre le prix du tabac dans les provinces, dou< blait le droit sur les huiles et les savons, portait à dix sous pour livre la surchage de huit qui avait augmuité au mois de février précédent les droits prélevés sur une foule d'autres objets.

Les fermiers généraux défendirent à leurs subordonnés d'augmenter le prix du tabac malgré la surchage de la contribution, et sur la surpHee que leur exprima Fleury de cette résolution, ils'&rent observer

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AUGHBNTATION D'IMPOT. U7

an coDtrôlear général qu'un prix plus élevé de cette denrée aurait diminué la consommation et augmenté la contrebande, deux résultats qui leur aurait causé un plus grand tort que le sacri6ce imposé par le surcroît de l'impôt. Les nouvellistes traitèrent le préambule de l'édit de dérisoire et d'hypocrite et Fleury fut, suivant l'usage, voué au ridicule par une cbamwn.

L'ai-lu donc lu, ma comiuËre, L'8*-tH lu, o'bneai édit, . Earegiitrâ hiu mystère Par noa pir' le* circoaejtl Com* it nou tavoniu, Cob' il noQi MDcanoe; Si c'eat du Fleori, Çi D'etI pai joli.

Vlà c'que c'eil q'd'aïoir d'I'alliapee Dana U cour du Parlement, Oo t'parmel iTec conSMce D'Atre un mauvaii girnemenl.

L'irritation du public contre l'acquiescement du MubiiwiaeDi Parlement aux combinaisons de Fleury devait être d^i^cn^ proœptementjustifiée.car.sousprétextequelesdouze '*'pî^^"°" receveurs généraux ne pouvaient pas suffire à leur '"'^b'^" besogne, on porta leur nambre à quarante-huit, fai- «*''^'™*sant de leur place des offices qu'ils achetèrent trmte millions. Le trésorier général, les contrôleurs généraux delà maison de la reine, supprimés en juilletl779 et en janvier 1780, furent rétablis car, disait le roi : a ces charges fout partie essentielle de la maùon de la Reine fixée par son contrat de mariage, conformé' ment à ce qui s'est toujours observé pour les maiscms des dauphins et reines de France et leur.sappresaoït

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blesserait autant notre justice que la dignité dé la reine. i>

Une résolution insensée venait du reste d'affirmer comme à plaisir à la fois t'égoïsme de l'esprit de caste et son irrémédiable aveuglement. Le nouveau ' ministre de la guerre à peine arrivé au pouvoir, par ^ suite del'inlrigueque nous avons racontée, accentua, dans une loi, l'espèce de retour maladif des chefs de la société française vers un passé impossible à ressaim, moitié par déférence pour ses coreligionnaires en fait de noblesse, moitié par cette sorte de culte de la mode, cuUe qui dicte souvent depuis la forme des habits, depuis les formules du langage, jusqu'aux opinions politiques et religieuses d'une foule de gens. Ségur décida que <c tous les sujets qui seraient proposés pour être nommés à des sous-Heulenances, dans les régiments d'infanterie française, de cavalerie, de chevaux légers, de dragons et de chasseurs à cheval, seraient tenus de faire les preuves exigées pour entrer à l'École militaire... et que Sa Majesté ne les agréerait que sur le certiiîcat du sieur Ghérin, généalogiste. » 11 n'y avait d'exception à cette règle que pour les fils des cbevaliers de Saint-Louis.

Comme il fallait, pour être admis à l'École militaire, faire preuve de quatre générations de noblesse de père par titres originaux et non par simples copies collationnéés, il s'ensuivait tout naturellement qu'une partie de la nohlesse, dans l'iiApoEsibiHté de satisfaire à CCS exigences, allait être expulsée de l'année à cause de destructions de papiers amenées par le temps, le désordre ou les guerres, et que la bourgeoisie riche devrait son exclusion à<onesorted'indignité décrétée

GRADES MIUTAIUBS RËSEHVllS A U NOBLIi:SSE. 440

par la loi . La noblesse, après les humiliations que des généraux sortis de ses rangs avaient fait subir à la France, ne pouvait pas espérer la possession tranquille d'un pareil monopole. L'indignation publique s'exprimait trop brutiilement à propos des officiers delà marine militaire qui faiblissaient devant les marins anglais, exaltait trop le courage des marins de la marine marchande qu'elle appelait les bleus, pour souiïrirlongtemps que la conduite désarmées du pays nefûtpas le lot des plus capables etdes plus braves '. Le maréchal de Duras, au moment de cet espèce d'outrage adressé à la portion la plus éclairée de la nation, rédigeait l'ordonnance des preuves dites des carosses, c'est-à-dire faisait décider que ceux qui voulaient monter dans les voitures du roi ou lui être présentés, devaient au préalable prouver qu'il n'y avait dans leur famille aucune trace d'annoblissement depuis l'année quatorze cent. C'était ce que l'on appelait posséder la noblesse de chevalerie. « C'est très bien, très simple, mais, dit un des habitants du château, pourquoi le publier à son de trompe et au son du tambour? Pourquoi faire un règlement tendant à prouver à la troisième partie de la noblesse du royaume qu'elle ne peut et ne doit .pas être admise à faire sa cour au roif » Son opinion sur la législation militaire du comte de Ségur est la même. Exiger, écrit-il, « quatre générations de noblesse dans l'individu qui voulait servir, c'était méconnaître la haute bourgeoisie et les anoblis,

' Voir daD» les Mémoiret teerets, lome XV, p. 197, la lettre du mois de mai 1780, «dressée à H. Hector, clief d'esvadrc, t à Breal.

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m LIVBE TROISIEME.

c'était interdire à une classe riche une carrière qu'il était juste de ne leur laisser courir qu'après que ia noblesse (dont c'est essentiellement le mélier)... eût était placée. Mais il ne fallait jamais faire une loi *. animée Par une étrange bizarrerie de circonstances cette

" '^TOà™ noblesse si hautaine et si exclusive, courait en Améii''j?m«'V78i). "QU* prêter aide et assistance à la nation qui répudiait tous tes titres et proclamait l'égalitédes hommes. Parmi les officiers de la petite armée de Rochambeau qui abordait à Rhode-Tsland, le H juillet 1780, se trouvaient les premiers noms de raristocratie française, tels que ceux du duc de Lauzun, du marquis de Laval, du marquis de Saint-Simon, du prince de Broglie, du comte de Loménie et d'étrangers, comme le comte de Ferseo. Le fils du comte de Ségur ne tarda pas à y venir lui-même, tant était grand l'entraînement pour cette guerre qui allait réaliser au delà des mers le spécimen d'une société nouvelle. L'esprit d'aventure que crée la profession militaire, l'animadvemon patriotique qu'avait inspiré le développement de la puissance anglaise, ne peuvent suffire à expliquer seuls l'inconséquence d'un pareil enthousiasme. En acceptant de vivre de pair avec des hommes qu'ils avaient dédaignés dans leur patrie, la plupart de ces nobles français obéissaient évidemment à une de ces sortes

' Arebivei nationales. 0'123, 2! mii, juin, août, octobre 1781. PÎTAI, annie 1781. ^ Mémoire) seertts pour servir à ThistoiTt âf Utlres, tome XVII, p. 186, 'iSO et guîy., 20! et «uiv., ?18, m, 339; tome XVIll, p. 9, 11.— Correspondoncf Hcr^le (ur ^uii lYl, llarie- Antoinette, etc., publiée par Lescure, tome I, p. 399, 423, 433, iii, m. — Recatil gitiérai des anciennes loii franfaiies, par hamberl, tome XXVli, p. 29, 4B. - Mémoirti du comU Atexandre de ftWy, 18Î8, . h-S, tomell, p. 306 et suiv.

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entrevue; de rochambbau et de Washington, isi d'évolutions produites, dans les esprits de certains peuples, au bout d'une période d'années plus ou moins longue.

Ainsij au moment où Rochambeaa touchait le sol du monde nouveau pour y établir la paix, il laissait dans sa patrie les germes d'une guerre civile. Ije gouvernement français venait de blesser la plus intraitable des passions humaines, l'orgueil, et la noblesse, tout en étant satisfaite de résolutions qui flattaient ses appétits égoïstes, acceptait, comme cela arrive à la plupart des hommes, les opinions de la foule.

L'armée française' établie à Newport, capitale de satrene Rhode-Island, s'y était fortifiée en attendant le second ** »»«^ami»M convoi de troupes qui devait la compléter, quand la ^L^^X"' nouvelle de la vanue prochaine d'une flotte sous les •««■ ordres du comte de Guichen, vint faire espérer à Rochambeau qu'il pourrait enfin satisfaire ses ardeurs de combat. Il demanda une entrevue à Washington et se rendit auprès du général américain â Hartford, dans le Connectieut, pour y régler les opérations militaires que pouvait permettre ce surcroît de forces.

Washington, revenant de cette conférence avec Lafayette, voulut montrer à son jeune ami les fortifications faites en son absence à West-Point, ce fort construit sur la rive droite de l'HudsoU; dont il do' mine te cours.

Le général chargé de la défense de ce Gibraltar ^ Kimén\ des États-Unis, comme l'appellent des historiens, était Arnold. Marchand de chevaux au début de sa vie ; il avait, par son énergie et son indomptable

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courage, promptement conquis une brillante re- Dommée parmises concitoyens et atteint aux premiers grades militaires ; mais sa passion de la gloire n'avait pas éteint chez lui l'amour des richesses et de l'ostentation. Entraîné par son désordre et le besoin d^argent, il avait abusé de son pouvoir et s'était vu condamné à une admonestation par une cour martiale siégeant à Morristown. Le 20 janvier 1779, chargé de lui faire part de cette sentence^Whasington lui dit, avec sa dignité tempérée par la bienveillance : « Notre profession est la plus chaste de toutes. L'ombre d'une faute ternit l'éclat de nos plus belles actions. La moindre n^ligence peut nous faire perdre celte faveur publique si difGcile à obtenir. Je vous réprimande pour avoir oublié qu'autant vous vous étiez rendu terrible à no^ ennemis, autant vous devez être modéré envers nos coDcitoyens; montrez-nous de nouveau ces belles qualités qui vous ont mis au rang de nos plus illustres généraux, je vous donnerai moi-même autant que je le pourrai des occasions de recouvrer l'estime dont vous avez joui. »

Blessé dans son orgueil plutôt que touché de cette voix paternelle qui essayait de le relever et non de l'abaisser, Arnold continua ses dépenses excessives et ses concussions. Il se lia avec des armateurs en course, fit des pertes et présentant un mémoire au congrès sur les dépenses faites dans son expédition au Canada, s'irrita au dernier point de le voir repoussé à cause de son exagération. Mécontent conune les hommes de désordre qui s'en prennent à tout le monde plutôt qu'à eux-mêmes, cherchant partout de

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l'argent, il vînt en solliciter de l'envoyé de France, BOUS le prétexte spécieux que le dévouement d'un général américain pourrait être utile à cet allié des États-Unis et menaça de quitter le serYtce militaire s'il ne trouvait pas le moyen de payer ses dettes. Lu Luzerne, surpris et peiné de voir un homme lui demander de le payer pour rester fidèle à sa patrie, imita dans sa réponse le chef de l'armée américaine : o. Vous désirez, Itù dit-il, de moi un service qu'il serait facile de vous rendre, mais qui nous avilirait l'un et l'autre. Quand l'envoyé d'une puissance étrangère donne ou plutôt prête de l'argent, c'est d'ordinaire pour coirompre ceux qui le reçoivent... Mais l'union formée entre le roi et les Étals-Unis est l'ouvrage de la justice ; elle a pour principe une bienveillance et un intérêt réciproques. . . 11 n'y a pas un seul des actes de ma légation qui ne puisse être connu de tout le monde. Jugez donc si je dois vous rendre un service mystérieux, à vous, un des hommes les plus illustres des Étals-Unis, à vous dont les qualités guerrières sont, pour ainsi dire, une partie de la fortune publique. » Il accompagna son refus de conseils paternels, essayant de calmer la passion violente du général. « Vous êtes jeune, vous commencez pour ainsi dire votre carrière, la République est au berceau... Conservez votre ambition, puisqu'à votre âge et avec vos qualités, elle peut vous conduire à de grandes choses ; mais qu'elle soit réglée par le devoir. C'est cette icunion qui constitue la véritable grandeur. »

Mais que pouvaient de pareils avis sur un homme besoigneux, toujours en quête de la fortune, toujours

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Arnold aa prépare i trablr u

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dissipant l'argent qui tombait dans ses mains. Allié, par son mariage, à une famille de Philadelphie qui appartenait au parti anglais, il épanchait ses mécontentements au milieu d'une société hostile au gouvernement de son pays, qui payait ses confidences en exaltant sa vanité par la comparaison qu'elle établissait entre ses propres qualités militaires et celles de son chef. Jugeant comme elle un général qui n'avait pas obtenu de la fortune un de ces faits d'armes qui surprennent par un résultat immédiat et soudain, Arnold se croyait supérieurà Washington et exaltait ses mauvaises passions en les justifiant par l'aveuglement et la prétendue ingratitude de sa patrie. Erreur des âmes vulgaires qui n'estiment, comme dans les rixes grossières de la populace, que les coups de force.

Arnold était incapable de juger celui qui écrivait à Lafayette : & La route la meilleure et la seule assurée qui conduise à l'honneur, à la gloire, à la vraie dignité, est la justice »; mais il était facile au général anglais de comprendre, aux invectives de l'officier américain contre ses supérieurs, qu'Use trouvait en face d'un traître prêt à vendre ses services. Clinton chargea donc différentes personnes d'entrer en relation avec lui. Il s'agissait, lui disait-on, de devenir le pacificateur de son pays, de faire cesser une guerre désastreuse. L'Angleterre offrait à l'Amérique, sous son patronage, tout ce qu'elle pouvait désirer en fait de liberté. Arnold, qui ne demandait pas mienx d'être convaincu, chercha, après avoir réglé ses profits personnels, les moyens de correspondre sûrement avec le général ennemi. Il prit pour intermédiare un colonel anglais né en Amérique, Charles Beverley Robtn-

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LE GËNÉRAL ARNOLD. 4S5

son qui pondait des propriétés enclavées dans les lignes ennemies, et promit à Clinton de faire les derniers efforts pour obtenirde Washington un commandement important. A ce moment le bruit d'une intervention prochaine du cabinet de Vei^ailles ayant couru, Arnold revint voir de nouveau La Luzerne et sut qu'une escadre partant deâ ports de France devait biwtôt mettre à la voile. Il n'en fallait pas davantage pour lui apprendre que le moment de sa défection était venu, et les patriotique efforts, la persévérante sollicitude de \yifôhington dans l'intérêt de sa patrie, lui indiquaient l'endroit oiî il pourrait faire le plus de mal à son pays.

L'œil sanscesse fixé sur New-York, le cbef de l'armée américaine avait vu facilement qu'il fallait à tout prix barrer le vaste fleuve qui portait les flottes anglaises et leurs soldats dans l'intérieur du continent. Des ingénieurs français parcourant les rives de l'Budson, ne tardèrent pas à signaler, à un endroit nommé West-Point, d'immenses piles de rochers bizarrement amoncelés qui, s'avançant dans le fleuve, en rétrécissent la largeur et en approfondissent le lit. Ce point une fois connu, Washington se mit à l'œuvre et, en moins d'une année, des soldats dirigés par les ingénieurs couvrirent de fortifications les bords de l'Hudson et les collines qui dominaient ces murailles naturelles élevées à fleur d'eau. Une forte chaîne de fer, rivée d'un côté aux roches de West- Point, de l'antre à l'île de la Constitution acheva de fermer tout passage aux vaisseaux.

Arnold pensa de suite au proSt que tireraient les Anglais delà possession d'une place oii les Américains

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avaient non seulement concentré tous les approvisionnements nécessaires à sa propre défense, mais à leur armée entière. Il fit demander à Washington le commandement de West-Point par Lïvingslon un des membre du congrès, et, sur son insistance, le général Schuyler quitta sa résidence d'Albany pour appuyer la demande de son ancien compagnon d'armes. Washington ne dissimula pas à Schuyler sa répugnance pour un homme qui n'avait rien fait pour cITacer une condamnation ignominieuse : a J'ai peine à donner une confiance, dit-il, à un homme d'une aussi mauvaise réputation. — Prenez garde répondit Schuyler, que, dans une révolution l'on n'est pas toujours maître de choisir parmi les hommes irréprochables. Ceux de la trempe d'Arnold, tout vicieux qu'ils sont, peuvent rendre de grands services, et il y a du danger à les laisser à l'écart et dans l'oisiveté : il y aurait moins d'inconvénient à y laisser un homme de bien. — La campagne va s'ouvrir, répliqua Washington, notre armée doit s'avancer très près de New-York; nous laisserons West-Point derrière nous ; ce poste sera de médiocre importance... Il me semble qu'un tel emploi ne convient pas au caractère actif d'Arnold. D'ailleurs la confiance n'a point de degrés; il faut, et surtout & la guerre, la refuser on la donner toute entière. Je reconnais ses talents, et, si je consens à les mettre en œuvre, je désire que ce soit pour attaquer l'ennemi et non pour l'attendre. .. cependant s'il persiste à demander que je lui confie West-Point, il n'éprouvera point de refus. » Arnold instruit de cette réponse dissimula sa joie, alléguant SCS blessures pour persister à demander le comman-

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dément de Wesl-Point. Washington obtempéra à ses âésirs et !a nouvelle en vint promplement à Philadelpliie. A celte annonce Madame Arnold, qui était dans une assemblée nombreuse, se troubla et pertit connaissance. On crut que son indisposition était causée par la joie et ce ne fut que plus tard , que se rappelant cet événement, on comprit qu'elle était au courant des projets de son époux . Le prii de la trahison d'Arnold était une promesse de trente mille livres sterlings et de la conservation de son grade de brigadier général dans l'armée anglaise. Quand Arnold arriva à ce poste il y avait un mois que Rochambeau avait débarqué à Newport.

Clinton qui avait diî renoncer à des expéditions projetées et se trouvait dans une situation critique à New-York, pressa Arnold de réaliser ses promesses. Clinton se servait de l'intermédiaired'un jeune officier de Tarmée anglaise, John André, qui s'était lié avec la famille de Madame Arnold lors du séjour des Anglais à Philadelphie. Clinton préoccupé du second envoi de troupes françaises qui était attendu, devint de plus en plus pressant, demandant le plan des forts et des instructions pour guider les troupes anglaises lors de la prise de West-Poînt. Arnold, qui correspondait avec André sous lesnomssupposésdeGustave et d'Anderson, répondit à cette sommation : a Notre maître -quitte le logis le 17 de ce mois (septembre 1780). Il sera absent pendant cinq à six jours : profilons pour arranger nos affaires du temps qu'il nous laisse. Venez sans délai me trouver aux lignes... cette entrevue est indispensable et doit précéder l'expédition de notre navire. » Clinton hésitait à laisser

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partir André, ne comprenant pas la nécessité d'une démarche qui pouvait mettre en danger son jeune ami, mais Arnold insista et André qui, dans ses ambitieux projets, avait rêvé de s'emparer du général Washington en même temps que des forts, pressa Clinton de le laisser faire. •> Va mon ami, fmit par lui dire son chef, finis d'un seul coup cette guerre ; ta famille est maintenant anglaise. Tu seras compté parmi les héros de notre pays, et célébré chez tous les peuples et dans tous les siècles. » Washington ne partant pas le 17 comme on l'avait pensé, Arnold instruisit Clinton de cette circonstance et il fut convenu qu'André ne partirait que le 19 de New-York pour se trouver, le 20, près des forls américains. André partit avec le colonel Beverley Robinson dont Arnold habitait la maison sur les bords du fleuve. Embarqués sur le sloop de guerre le Vidtur, ils s'étaient arrêtés presqu'en face du fortMontgomery qui précède Wesl-Point et est élevé sur la même rive. Le VuUur échoua à la marée basse et sa présence, ainsi que divers signaux ayant été observés par le co lonel Livingstone qui commandait le fort Verplankspoint sur le rivage opposé, celui-ci sortit de son fort venant examiner ce navire ennemi. Il vit qu'il pouvait l'atteindre avec des canons de plus fort calibre que ceux dont il disposait, et les demanda à Arnold qui les refusa. Le refus surprit Livingstone, mais la discipline ne se conservant que par une obéissance muette, il dut accepter la mauvaise défaite de son général.

Deux jours s'étaient écoulés depuis le dimanche (17 sept.) qu'Arnold avait Ûté comme celui du départ

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LE GËNËBiU. ARNOLD. 459

de Washington pour Hartford. Les passagers du VuUur n'avaient pas encore communiqué avec la terre, quand croyant Washington parti pour la conférence d'Hartford, Robinson usa d'un prétexte concerté à l'avance, et demanda un rendez-vous au général américain Putnam pour régler quelques intérêts concernant ses terres et sa maison. Cette lettre enfermée dans une adressée à Arnold, lui fut portée dans un canot parlementaire qui aborda au moment oii Washington arrivait à West-Point pour se rendre à la conférence. Washington apercevant le sloop anglais^ prit une lunette pour observer ses manœuvres, et quelques instants après un of^cier s'étant approché, il lui donna quelque ordres à voix basse suivant sa coutume. Arnold, troublé par sa conscience, craignit que le général ne fût informé qu'il avait reçu un canot pariemenlaire, expédié par ce bâtiment et prit le parti de montrer les deux lettres qu'il avait reçues. Washington, en présence de plusieurs personnes, lui conseilla de ne pas voir Robinson, lui disant que ses affaires particulières étaient du ressort de l'autorité civile, puis il partit pour Hariford avec sa diligence accoutumée. Ne pouvant, à cause de l'injonction de son chef, faite devant témoins, entretenir André publiquement à la faveur d'un pavillon parlementaire, Arnold envoya le lendemain du départ de Washington deux passeports à bord du Vultur, l'un pour André, sous le n«iD d' Andersen, l'autre pour Chartes Beverley Robinson, par an nommé Josué Smith, dévoué aux Anglas, quoiqu'il eût son habitation en dedans des postes de l'armée américaine. Il les pressait de venir

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le trouver. Ils furent surpris de ne pas voir Arnold, et Robiiison déclara qu'il n'irait pas. Quant à André, plein d'ni'dL'ur et résolu de ne pns faire manquer l'entreprise par une prudence que ses envieux traiteraient infailliblement de lâcheté, il cacha son uniforme sous un manteau gris et descendit à terre. Arnold l'attendait au bord du fleuve, et te conduisit en causant, à )a maison de Smith, lui faisant franchir, dans son inattention, la zone du territoire neutre. Arnold, qui tenait parce fait André en son pouvoir, commença par le sommer de l'informer des mouvements que feraient les détachements qui étaient dans le voisinage, puis après qu'il eût satisfait à ses demandes, il mit sous ses yeux les plans des forts et un mémoire, composé pour un meilleur usage, de l'ingénieur en chef Duportaii, sur les moyens de les attaquer et de les défendre, ainsi que des notes détaillées sur ce que les Anglais auraient à faire pour les occuper lorsqu'il les leur livrerait. Calculant la durée probable de l'absence de Washington, Arnold et André supposèrent qu'il serait de retour dans trois ou quatre jours, c'est-à-dire le 25 ou te 26 sept. Ils arrêtèrent donc qu'André partirait de suite pour New-York, et que les troupes anglaises qu'on avait commencé à embarquer sous prétexte d'une expédition lointaine, feraient voile an premier ordre. Arnold apprit à André qu'un anneau de la chaîne qui barrait le fleuve avait été enlevé, sous le prétexte de le raccommoder, quête moindre choc suffirait pour la briser, et que les garnisons des forts seraient dispersées dans des postes qui ne seraient pas attaqués, et disposées de manière à être taillées en pièces, si elles

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LE GÉNËRAL ARNOLD. 461

ne se rendaient pas à la première sommation. Les signaux à faire aux Anglais, au moyen de feux allumés pendant la nuit, de coups de canon pour les avertif, tout avait été convenu quand André dit à Arnold, qui croyait sa conférence terminée : a Washington doit, à son retour d'Hartford, loger chez vous avec plusieurs officiers et généraux. Nous pouvons disposer les choses de manière à les faire tous prisonniers, dans le moment même où nous occuperoDS les forts. Quand ils seront en notre pouvoir, des gens déterminés seront chargés de les conduire jusqu'au fleuve, il n'est qu'à cent pas, et ils seront embarqués et emmenés à New-York sans le moindre délai. »

A cette proposition Arnold parut interdit, il témoigna de la répugnance à violer les lois de l'hospitalité, il objecta avec plus de raison qu'il ne fallait par compliquer l'entreprise, qu'il n'était pas probable que le commandant en chef revint à point nommé, une heure avant que les troupes anglaises eussent occupé les forts, que dans ce cas même il fallait s'attendre à une vigoureuse résistance des personnes qu'il voulait faire prisonnières, et que deux desseins si grands ne pouvant avancer de front, il était à craindre que l'un ne fit avorter l'autre. André, emporté par la passion, s'écria : « Je ne reconnais pas à ces terreurs le plus intrépide et le plus entreprenant des Américains. N'avez-vous donc de résolution que quand vous combattez contre nous? L'atœence de Washington laisse quatre jours à notre disposition, ce temps suffit si nous sommes d'accord, il est trop court si vous tremblez. » Il traita avec

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raison la crainte de violer l'hospitalité de frivole. a Quand Washington et tous ceux qui l'accompagnent seront ici, c'est nous Anglais qui les feront prisonniers sans votre amistance. S'ils sont braves, nous ne léserons pas moins... au reste, malheur à ceux qui résisteront, s Puis, prenant le ton de supériorité que l'infamie d'Arnold lui donnait sur sa personne, il ajouta : a Rien n'a transpiré ; vous seul parmi les Américains connaissez notre secret... mais ce mystère si bien observé, il ne dépend plus de vous, ni de moi de le garder plus longtemps. Nos troupes déjà en mouvement n'attendent que mon retour pour remonter le fleuve... moi qui sais an juste le prix que vous mettez à ce que vous faites pour nous, moi qui sans l'avoir prévu, me trouve ici à votre discrétion, je vous déclare que je veux que Washington soit livré en même temps que les forts. » Emportant les mémoires et les plans, c'est-à-dire les seules preuves écrites qui pouvaient compromettre Arnold, il partit pour se rendre au canot qui l'avait amené; mais les matelots de cette embarcation refusèrent de le prendre à leur bord. Les mouvements dont ils avaient été témoins les avaient inquiétés et quoique habitués à transporter dra passagers d'un bord  l'autre de l'Hudson, ils craignaient de se compromettre. Le sloop s'était du reste éloigné du point où l'avait laissé André, car le commandant de Werplankspoint, s'étant vu refuser par Arnold des canons d'un fort calibre, avait fait tramer des piècra de quatre sur le rivage et forcé ainsi le Vulttir de descendre le fleuve au moment oiî la marée montante le remettait à flot. André revint à la demeure de

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RobiDSOD danander à ÂrooM de forcer le canot qui l'avait conduit à le ramener au Vultur, mais celui-ci, déjà tourmenté par plusieurs contre-temps, n'osa pas donner un pareil ordre. André eut beau insister, alléguant le péril qu'il courait en quittant son habit militaire, ce qui, d'après les lois de la guerre, le ferait traiter comme un espion. Arnold prenant sa revanche de l'ironie qu'il avait employée vis-à-vis de lui, répliqua : « Vous étiez déjà déguisé quand vous êtes venu, cachant votre uniforme sous un manteau, et vous ne le serez pas davantage en changeant maintenant contre un autre habit celui que vous ne laissiez pas voir. .. . au lieu de prévoir si soigneusement toutes sortes d'accidents contraires, comptons sur des chances imprévues qui nous seront favorables. 11 ne faudrait pas tant de courage et de résolution dans un dessein, tel que le nôtre, si l'on n'y rencontrait que des hasards ordinaires.... » Arnold voulait reprendre les papiers, trouvant du danger à les envoyer par terre, mais André qui tenait à les montrer à Clinton comme un trophée, ne voulut pas s'en dessaisir. « II ne peut plus être question de danger, dit-il à son leur à Arnold, si ce n'est pour témoigner que nous les méprisons également tous deux, s

André s'éloigna accompagné de Smilh qui avait comme lui, un passeport signé par Arnold. Parti vers la fm du jour, le 22, à cause des patrouilles américaines qui rôdaient de tous côtés, ils durent passer la nuit à un endroit appelé Crompond, pour ne pas exciter les soupçons d'un officier des milices, qui les avait prévenus qu'il était trop tard pour atteindre un autre gîte. Le lendemain, 23, ils ira*

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46i LIVRE TROISIÈUE.

versèrent l'Hudson, au Bac-le-Boi, passant facilement à travers les postes américains, grâce à leurs passeports, et étaient arrivés au delà d'nn petit village situé sur le Groton. lis se trouvaient encore dans les lignes américaines, mais apercevaient déjà le territoire occupé par les vedettes anglaises, quand Smilh, regardant autour de lui et n'apercevant personne, dit à André. < Vous êtes en sûreté, adieu ! » et il reprit seul au galop la route qu'il venait de parcourir. L'anglais pressa le pas, il revoyait l'Hudson, apercevait Tarry, village à demi anglais et à demi américain, quand un homme armé d'un fusil, sortant d'un bois, saisit la bride de son cheval et lui cria: a. Où allez-vous? D Au mèree instant, il est rejoint par deux autres hommes armés qui formaient, avec le premier, une des patrouilles de miliciens volontaires préposés à la garde des lignes. André, au lieu de répondre à leur question, leur demanda d'oii ils étaient, a. Nous sommes d'en bas, « expression relative au cours du fleuve qui signifiait nous sommes du parti anglais, et moi au^i, dit André, induit en erreur par cette ruse et, prenant le ton du commandement, il ajouta : a Je suis officier anglais, chargé d'une affaire pressée, je ne veux pas être retenu plus longtemps. — Vous êtes de nos ennemis, lui dirent-ils aussitôt, nous vous arrêtons. » Le passeport qu'il présenta à la suite de son étourderie, l'or qu'il promit, les perspectives de récompenses du gouvernement anglais, s'ils voulaient le laisser aller ; tout fut inutile. Us l'obligèrent de quitter ses bottes, trouvèrent les papiers qu'il y avait cachés, et le conduisirent au chef des avant-postes, le colonel lamesoo.

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Jameson, prié par André d'avertir Arnold que le porteur d'un de ses passeports venait d'être arrêté, avait, au premier moment, décidé l'envoi du prétendu Anderson à West-Point, mais l'écriture des papiers, qui était celle d'Arnold, ayant donnéàréfléchirau colonel, il se ravisa, fit courir après son prisonnier, qu'il ordonna de diriger sur Old-Salem, et expédia, par un exprès, la saisie qu'il venait de faire, au général Washington à Hartford, avec un récit de ce qui était arrivé. A peine son messager était-il parti que Jameson, revenant de ses soupçons sur Arnold, crut devoir avertir celui-ci de la capture qu'il venait de faire. L'exprès, expédié à Washington, ne trouva pas le général qui retournait à West-Point par une route différente de celle qu'il avait prise pour le quitter, mais celui destiné à Arnold put remettre sa missive le S5 septembre, jour fixé pour la consommation de sa trahison.

Arnold, plein d'espoir dans la réuœite de ses wuhipetoD

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projets, était à ce moment a une gaieté expansive istepuinb.iT8a. causée, disait-il i son ratourage, par les bonnes non* Telles qu'il aurait à apprendre à Washington. Son front s'assombrit à l'ouverture de la lettre, mais, redevenant promptement maître de lui-même, it congédia tout le monde et se mit à réfléchir. Pensant que Jameson était le seul qui pouvait avoir conçu des soupçons, il roulait dans sa tête le moyen de mettre André en liberté et de profiter des derniers moments de l'absence de Washington, quand surviennent deux officiers américains qui lui apprennent que le général est à Fiskill, et qu'il va arriver. Le canon tonnait déjà, annonçant sa venue, quand

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iW LIVRE THOISIÉUE.

Arnold entre chez sa femme et lui crie : « Tout est découvert^ André est prisuinier; le commandant en chef va tout savoir!.... Brûlez touB mes papiers, je m'enfuis à New-York! » Il l'embrasse, ainsi que l'enfant qu'elle tenait sur ses genoux et, ne songeant plus qu'à son propre salut^ il prend le cheval d'un de ses officiers, court à bride abattue veisl'Hudson, dont sa maison était peu éltûgnée, et se jetant dans la barque qu'il tenait toujours garnie de matelt^, fît ramer avec la plus grande vitesse vers le sloop anglais. Son canot, portant le pavillon parlementaire, était encore en vue des hauteurs quand Washington arrive; il trouve deux officiers qui lui rendent compte de ce qui vient de se passer. Madame Arnold est muette, tremblante, désespérée devant le général en chef, qui court à West-Point où rien ne peut lui expliquer ce qui arrive, si ce n'est quelques ordres singuliers donnés la veille par Arnold. Il revenait pensif sur ses pas, quand le messager de Jameson l'atteint. Washington, à l'ouverture du paquet qui lui était remis, fût atterré. S'adressant comme à lui-même un reproche, il rompit enfin le silence qui régnait autour de lui, en ces termes : « J'ai cru qu'un officier habile, intrépide, qui avait versé souvent son sang pour son pays, méritait conâance, et je lui ai donné la mienne. Je reconnais aujourd'hui et pour toute ma vie, qu'il ne faut jamais se fier à ceux qui manquent de probité, quelques talents qu'ils puissent avoir. Arnold nousa trahi '. » Sans perdre

< Kéincires du due de Lauiua, p. 3S6 et suiv. — Le comte de Persen et la cour de France, puUié par le baron de Klimkuwsirùai. Paris, 1878, in-8, lome I, p. 36 el «ujv. - Mémoiret e

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