‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 106 sur 142 · LES AMIRAUX GUICHËN ET RODNEY · texte numérisé non relu

LES AMIRAUX GUICHËN ET RODNEY

un instant, le général donna des ordres pour rassembler les troupes qu'Arnold avait di^rsées. L'armée eut ordre d'être prête à marcher au premier signal, et des messagers envoyés i tous les États de l'Union et au chef des troupes françaises, les avertirent de l'événement qui venait d'avoir lieu.

<i La Providence est avec noua, répondit Rpcliam' beau à Lafayette ;. cette entrevue si intéressante, que j'ai tant désirée et qui m'a fait tant de plaisir, est couronnée par un coup du ciel, v

L'Amérique avait grandement bœoin de cette assistance de la Providence, car sa situation était des plus graves. La France avait bien envoyé, sous le corn- i mandement du comte deGuichen, une flotte de seize vaisseaux, qui était partie de Brest à la fin de février, convoyant une flottille de bâtiments marchands ; maie sa venue n'avait donné en fait aucun appui aux alliés de la France. Guichen trouvant à la Martinique sept vaisseaux, sous les ordres de de Grasse, les avait adjointà ses forces ; et, après avoir expédié les bâtiments marchands à Saint-Domingue, s'était misa la recherche des Anglais. Le 17 avril, l'amiral Bodney combattait les Français. Le 15 mai^ les deux flottes

Comte de Ségur, 1834, in-8, lome I, ii. 318 et luiv.— Complot d'Àrnati et de tir Btnri CUntoa contre las Élati'Unis et eimtre te général Wathington. Paris, I82G, ia-8, suas nom d'auteur (l'écrivain a H6 témoin et acteur dans la grande lutte dont il raconte un des épisodes, comme il le dit pages 57 et 111), p. IQ el euiv., SOettniv., 33 et luiv., 38 et saiT., 18 et suiv., 53 et suiv., bà et suiv.,GS et«uiv.,70et luÎT., K et suiv., 84 et suit., 87 et suiv., 01 et suiv., 97 el auiv., 100 et SÛT., 106 et suiv., 1(1 et suiv., 114 et auiv., 117 et euiv., 123 et tuiT., 1!5 et suiv., 1!8 et suiv., 131 et fuiv. - llémoires de Lafayette, tome I, p. 3!t, 346 et suiv. — Mémoires militaÎTes, historiques et politiques de Roehambean. Paris, 18Î4, ia-8, tome l, p. 150 et suiv., 253 et Miï,aCletsuiT.,367etBuiY.

imte d« Gaichen

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(68 LIVRE TBOISIËHE.

se trouvaient encore aux prises, et le 19 mai, échangeaient de nouveau des boulets pendant une heure. Quels furent les vainqueurs dans ces rencontres successives à des intervalles si courts? Il serait difficile derafBrmer devant le dire des combattants. Les Anglais soutînrâit que les Français s'étaient engagés malgré eux, ce qne nièrent leurs adversaires, qoi affirmaient que Rodney avait plus de morts et de blessés qu'il ne voulait en convenir. Le résultat certain de ces luttes était que huit ofQciers avaient perdu la vie, parmi liesquels se trouvait le fîls de Guichui ; qu'il y avait eu seize cents marins tant tués que blessés, et que vingt-trois vaisseaux, de ligne, cinq frégates et trois corvettes ou cutters, portant plus de cinq mille hommes, et plus de dix-huit cents pièces de canon n'avaient pas réussi à opérer une attaque utile sur une des Antilles anglaises.

*pp|!jj*" ^ Peu de jours après, arrivait aux Ues l'amiral Solt- Gaiciwa reunTM no, parti d'Espagnc avec douze vaisseaux de haut ™ odasT ù^ bord et plusieurs frégates. Uni à Guichent les deux Hottes devaient dominer les Anglais, mais les Espagnols voulaient attaquer la Jamaïque et les Français Sainte-Lucie et les îles du voisinage. Ce dissenUmmt des amiraux permit à Rodney, un moment effrayé de cette accumulation de forces ennemies, de courir au-devant d'un renfort qui venait d'Angleterre< de pourvoir avec lui à la défense de la Jamaïque et de se retirer à Sainte-Lucie avec le reste de ses navires et de ses soldats. Feu de temps après, ayant appris le départ de Solano pour la Havane et de Guichen pour l'Europe, avec quatorze vaisseaux, Rodney courut â New-York avec dix de ses bâtiments, et entra dani

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Tt-Vork.

VIOLKMCES DE CLINTON DANS LA CABOUNE. «9

le port te 19 septembre, la veille du jour où Washington parlait pour Hartford, et au moment où le sloop, le Vylturj conduisait en vue de West-Point le major André.

La supériorité maritime de la France, si vivement désirée dans cette guerre, n'avait pas pu se manifester et les navires, anglais pouvaient jeter des troupes sur un point quelconque du continent sans rencontrer aucun obstacle. Mais, heureusement pour les États- Unis, la faiblesse des Anglais en troupes de terre compensait leur supériorité eu vaisseaux. Il n'y avait que quatre mille quatre cents soldats dans le Canada ; Lord Comwallis disposait seulement de trois mille quatre cents hommes à Gharlestown, et l'envoyé français I^a Luzerne estimaU que les forces de l'Angleterre n'étaient, dans toute l'Amérique, que de vingt-cinq à vingt-six mille hommes auxquels pouvaient se joindre trois mille miliciens américains partisans desAnglais, mais susceptibles de peu de service.

Les succès de terre de Clinton, dans la Caroline du rmutnet as Sud, lui avaient fait mander à Londres que cette pro- d». iJ c^iin. vince était redevenue anglaise. Voulant, pour assurer '" ^™'' sa conquête, y rétablir le gouvernement civil, il prit le parti, d'accord avec l'amiral Arbulhnot, de publier une amnistie pour tous les habitants qui rentreraient dans le devoir. Peu de temps après, embarrassé d'une foule de prisonniers de guerre laissés libres sur parole et auxquels il ne pouvait par conséquent imposer un service militaire, Clinton fit une nouvelle proclamation les déchargeant des engagements qu'ils avaient pris, pour les rétablir dans tous les droits de colons anglais, décision immédiatement expliquée

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470 UVRB TROISlâHE.

par l'ordre donné à tous les habitants de se tenir prêts à marcher au premier signal. Les hommes mariés devaient se réunir dans des corps de milices et ceux qui ne l'étaient pas, être incorporés dans les régimentsanglais.Un cri de colère répMiditaux ordres de Clinton . S'il faut prendre les armes, s'écrièrent une foule de Caroliniens, combattons plutôt pourrAmérique et pour nos amis que pour l'Angleterre et des étrangers. L'émigration des Caroliniens du Sud vers la Caroline du Nord, encore en puissance du Congrès, s'organisa sur une vaste échelle, etOinton, ainsi bravé, répondit par la séquestration des biens des émigrants et par la persécution des familles auxquelles appartenaient les prisonniers de guerre qui avaient refusé d'être relevés de leurs engagements. Beaucoup plièrent sous cette violence, mais les dispositions de la population ne furent point changées; la plupart des femmes de Charlestown affichèrent leurs sentiments en refusant de paraître aux fêtes données par les officiers anglais, en accueillant avec empressement les prisonniers américains amenés dans la ville, en soutenant leurs époux dans leur résistance et eu acceptant l'exil et la souffrance plutôt que de céder. Clinton, retourné à New-York le 6 juin, avait laissé à lord Comwallis le commandement des troupes stationnées dans la Caroline du Sud et dans la Géorgie, qui s'élevaient à quatre mille hommes. Ne pouvant rien tenter à cause de l'extrême chaleur, Comwallis se borna à répartir ses troupes de manière à préparer l'envahissement de la Caroline du Nord dès la fin d'août ou les premiers jours de septembre. Mais dès le 1 5 juillet, le général Gates, envoyé par le Congrès,

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LE GËNËRAL GATRS DANS LA CAROIJNR. »i

arriva sur la rivière la Deepft Son nom et les proclamations qu'il Bt poar demander l'appui des populations les électrisèrent; elles accoururent en foule grossir son armée et des compagnies levées pour le service du roi d'Angleterre vinrent se joindre aux troupes américaines après avoir chassé leurs officiers.

Gates ainsi renforcé ne perdit pas un moment pour B*uiiia se porter au centre de la Caroline du Sud, à Gamb- is «>» tm. den, r&idence d'un corps de l'armée anglaise commandé par lord Rawdon. Cornwallis, accouru an secours de son lieutenant, accepta avec empressement le combat que Gates voulait engager. Il battit les Américains, et le colonel Sumpter, qui tenait la campagne en partisan habite, vit son corps dispersé et désarmé par l'intrépide colonel anglais Tarieton.

Cornwallis profitant de cette vieloire et de la warehedsiord

... , Cornwallis »utI«

cessalion momentanée des hostilités imposées par un cuon» du soleil dévorant, pour affermir l'autorité de l'Angle- lepKn^ra'iTso. terre dans la Caroline méridionale, ordonna de pendre tous les hommes qui, ayant fait partie des milices levées pour la couronne d'Angleterre, avaient rejoint les troupes du Congrès. Il fit emprisonner les Caroliniens qui, après s'être soumis, avaient aidé ceux qu.'il appelait les rebelles, et ordonna que leurs biens fussent confisqués et donnés à leurs compatriotes fidèles. Après ces mesures violentes, auxquelles vinrent s'ajouter des menaces de séquestrer les propriétés de quiconque entretiendrait des intelligences avec le Congrès, Cornwallis, qui avait renforcé ses troupes et renouvelé ses munitions, marcha de Camb-

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den sur Charlotte-Town, petite ville de la Caroline du Nord, laissant derrière lui àe& postes à Augusta, à Ninety-Six, sur la frontière de la Géorgie, et surtout à Charlestown, où demeura une forte garnison. Arrivé à Charlotte-'fown, vers la fin de septembre, après une marche des plus pénibles, il se trouvait dans une contrée stérile, coupée de gorges efcde défilés, au milieu d'une population hostile et énergique qui égorgeait tous les royalistes se hasardant m pleine campagne. Ces auxiliaires de l'Angleterre avaient Uni par être intimidés au point de ne plus oser paraître qu'en grandes troupes, pour éclairer la marche de Comwallis, et les Anglais étaient comme enveloppés de corps de partisans. Le colonel Sumpter avait reformé sa troupe; un colonel Marion, rivalisant d'audace avec lui, s'était attaqué avec fureur à Augusta qu'il aurait emporté, sans l'énergique r^is* tance du colonel anglais Brown.

Gomwallis ayant convoqué, par la voie du colonel ' Fergusson, les loyalistes de la Caroline du Nord ; il se présenta à lui des hommes exaltés et sauvages qui mirent le pays à feu et à sang, et excitèrent une telle fureur que les populations des montagnes descendirent sous plusieurs chefs à l'attaque des Anglais. Fergusson, retranché sur un monticule boisé appelé Bacs-le-Roi, qui domine la plaine non loin de Char lotte-Town et des rives de la petite rivière, la Catawba, se défendit avec la dernière valeur, mais, le nombre de ses ennemis croissant sans cesse, il préféra mourir plutôt que de se rendre. Les Anglais survivants il cette lutte eurent la vie sauve, mais les habitants de la Caroline, trouvés dans leurs rangs, furent pendus, en

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EMBARRAS PÉCUNIAIRES DU CONGRÈS. i73

représailles des exécations de Cornwallis. La position des Anglais devenait de plus en plus critique à la suite de cet échec et de l'hostilité croissante des populations qui avaient 6ni par se faire tellement redouter des royalistes, qu'ils abandonnèrent les troupes du roi d'Angleterre. Cornwallis forcé à revenir en arrière rentra dans la Caroline du sud et prit position à Winsborough.

Pendant ces énergiques efforts des Américains pour leur défense personnelle, la situation de leur gou- '"t^u.vau vernement devenait des plus précaires. Le papiermonnaie était tombé dans un tel avilissement que le Congrès avait été forcé d'accepter que, pour les fournitures de l'armée, les sommes à payer seraient stipulées en numéraire. C'était refuser à ses propres billets la valeur de monnaie courante. La pénurie était telle que Washington écrivait à Lafayette, le 14 décembre 1780 : a Les dépêches du chevalier de La Luzerne sont arrivées â temps par la poste, seul moyen de communication qui me reste, car il n'y a pas assez d'argent dans les mains du quartiermaître général ; je pourrais, je crois, aller plus loin et dire, dans toute l'armée, pour fournir à la dépense d'un exprès pour Bhodc-Island. » Aussi, Lafayette ne cessait pas d'écrire à la Cour de France en toutes circonstances : « Avec l'infériorité maritime^ mandait-il àVergennes, leSOjanvier 1781,on ne saurait faire la guerre en Amérique... c'est elle qui nous empêche d'attaquer... nous réduit aune défensive dangereuse autant qu'humiliante... si nous avions eu cette supériorité au printemps, on eût pu faire beaucoup avec la seule armée amenée par

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4Ti LIVRE TROISIËHB.

M. de Rochambeau. .^ Depuis le jour où les Français sont arrivés, leur infériorité n'a pas un instant cessé, et les Anglais et tories ont osé dire que la France voulait attiser le feu sans l'éteindre... Il est politiquement et militairement nécessaire... de nous donner ici, pour la campagne prochaine, une supériorité maritime... de nous faire avoir assez d'argent pour mettre en activité les forces américaines... quinze mille hommes de troupes réglées, dix mille hommes de milices, et plus encore. . . une armée dans le Sud. . . Voilà, Monsieur le Comte, tes forces que vous pouvez employer contrei'ennemi commun, qui sont établies sur le vrai théâtre de la guerre, que des sommes immenses n'y transporteraient pas d'Burope, mais qui, sans un secours d'argent, deviendront nulles... La campagne prochaine peut être décisive... »

Cette pénurie de ressources n'arrêtait pas seulement le développement des forces américaines, elle pouvait compromettre aussi l'existence de l'année que possédaient les États-Unis.

Le 2 janvier 1781 , quinze cents soldats de la Pensylvanie qui souffraient du manque de vivres et d'habits et se trouvaient sans solde depuis plus d'une année, se révoltèrent, chassèrent leurs ofBciers et décidèrent qu'ils iraient demander justice au Congrès. En vain le général Saint-Ciair et Lafayette essàyèrent-ils de les apaiser, ils partirent, sous la conduite de leurs sous-officiers, campant comme en pays ennemi. L'émoi ressenti par le Congrès égala à peine la joie du général Clinton qui envoya aussitôt des émissaires chargés d'offrir aux révoltés l'acquittement de leur paie et le pardon des offenses contre le

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