‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 110 sur 142 · CORNWALLIS EN VIRGINIE · texte numérisé non relu

CORNWALLIS EN VIRGINIE

furent vite réparées. Les Américains quittèrent le champ de bataille en ordre et Green, décidé à continuer une guerre offensive, marcha sur Cambden.

Au moment où les Américains se rapprochaient de Charlestown, Comwallis abordait le port de Wilmington en faisant une marche pénible qui, sans lui faire quitter la Caroline du Nord, le rapprochait de celle du Sud. Fallait-il courir au secours de Lord Rawdon à Cambden ou forcer Green de revenir sur ses pas en allant rejoindre Arnold depuis quelque temps en Virginie et le général Philipps qui venait d'y arriver? Telle fut la question posée dans un conseil de guerre, à la suite duquel fut résolue la marche sur la Virginie. Après avoir laissé ses troupes se rétablir pendant le mois d'avril et une partie de mai, Comwallis passa le Bœnoke à Hallifa;; et se réunit à Arnold et Philipps à Petersbourg en Virginie.

A cette nouvelle Lafayetle qui avait fait évacuer à la hâte tous les magasins de Richmond et avait pris position à Osborn, leva son camp et, tout en ne quittant pas de vue l'ennemi, se servit des difficultés que présentait un pays coupé de grandes rivières, pour éviter tout engagement. Dans ce moment Clinton menacé dans New-York par Washington réuni au corps français de Rochambeau, avait demandé à Comwallis de lui envoyer une partie de ses troupes ; puis, se ravisant à la venue d'un renfort de trois mille Allemands arrivés d'Europe, il lui prescrivit de garder ses soldats, mais de choisir une place d'armes où il pourrait s'établir et d'où il combinerait avec lui les moyens de soumettre la Virginie. Comwallis jeta les yeux sur York-Town, petite ville située sur la

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rivière de York, en face d'une autre petite ville nommée Gloucester.

Pendant ces événements, Green, qu'aurait dû renforcer Lafayettci recrutait son armée de tous les habitants des Carolines que le patriotisme et la colère provoquée par les cruautés des Anglais, avaient soulevés. Profitant des temps de chaleur pour exercer ses soldats improvisés, il se trouva, au mois de septembre 1781, avec des troupes capables de tenir têle aux Anglais. Il usa, sans perdre un instant, de ses avantages et descendit de la Caroline du Nord dans celle du Sud et enfin en Géorgie, harassant ses adversaires par des luttes de chaque jour, et les chassant de leurs dilTérents postes au point de les réduire à ne plus occuper, à la fin de la campagne, que d'une manière précaire, les capitales des deux Carolines. A ce moment, les armées actives de l'Angleterre se trouvèrent concentrées sur deux points, à New-York, sous Clinton, et à York-Town, sous Corriwallis.

Il était parti de France, à l'époque où Cornwallis [ commençait sa campagne de Virginie, une flotte de vingt vaisseaux, sous les ordres du comte de Grasse. Combattue à son arrivée aux îles par le vice-amiral Hood dépêché à sa rencontre par l'amiral Rodney, elle avait été renforcée par les navires qui se trouvaient dans le port de la Martinique, et avait aidé, après deux engagements indécis avec les Anglais, le comte de Bouille dans la prise de Tabago, le 2 juin 1781.

Washington projetait depuis quelque temps de

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VtriaÙBme"' 86 porter sur New-York, pour empêclier Clinton '^.0^^'' ,i'on,™.a» Aa= ,.flnfi.i.io ^ Comwallis, puis de roar-

' d'envoyer des renforts ;

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Washington et bochambeau en virgime. 483 cher à York-Town, en faisant fermer le fleuve aux navires anglais pendant le siège qu'il méditait. Le manque d'argent, la difficulté de rassembler des vivres pouvaient rendre l'exécution de ce plan incertaine, mais le désir de faire une campagne décisive, la passion qu'inspiraient aux chefs français les ardentes sympathies de leur nation pour la cause qu'ils soutenaient, triomphèrent de tous les obstacles. Le commandant de l'escadre ancrée à Newport; le comte de Barras, renonça à exécuter les ordres qu'il avait reçus en France sur la demande de Rochambeau, et s'écria à la nouvelle de l'arrivée de M. de Grasse : «M. de Grasse est mon cadet, et vient d'être fait lieu tenant- général. Dès que je le saurai à portée d'ici, je mettrai à la voile pour servir sous ses ordres ; je ferai cette campagne, je n'en ferai pas une seconde. » De Grasse, prévenu à Saint-Domingue du plan arrêté le 5 août 1781 , promit sa coopération et, comme Rochambeau et Washington réclamaient de l'argent pour la solde des troupes françaises, il proposa, avec le chevalier de Charette, d'engager leurs fortunes personnelles pour obtenir les cent vingt mille livres dont on avait besoin.

Washington, averti que tout était prêt pour la réalisation de ses desseins, ordonna à ses corps d'armée de se mettre en mouvement le 19 août. Les Français de Rochambeau, marchant de conserve avec des troupes américaines, se dirigèrent sur l'Hudson depuis Newport, de manière à traverser ce fleuve sous le canon des forts américains de Kingsferry. Washington, après avoir laissé trois mille hommes derrière lui pour couvrir West-Point et les États du

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JNord, descendit les rives du fleuve jusqu'en face de Staten-Island, menaçant New-York d'une attaque, puis, tout à coup, il se jeta sur sa droite, passa les montagnes de Jersey et arriva à Trenton, sur la Delaware. L'armée réunie traversa Philadelphie, défilant devant le Congrès, et, le 11 septembre 1781 Roehambeau et Washington, prenant les devants avec une avant-garde, arrivèrent à Williamsbourg, dans le camp occupé parla division américaine du général Lafayette et les troupes françaises commandées par le marquis de Saint-Simon, L'amiral de Grasse avait ponctuellementamené ses vingt-six vaisseaux au rendez-vous, et l'escadre du comte de Barras était arrivée la veille avec les canons de l'armée française.

Le 28 septembre, l'investissement de York-Town T^rk-Town, cooimença. Américains et Français rivalisèrent d'énergie et de discipline. Deux redoutes attaquées simultanément et séparément, l'une par des Américains commandés par Lafayette, l'autre par des Français dirigés par le baron de Vioménil, succombèrent te même jour, et, le 19 octobre, Gornwallis fut contraint de capituler. Les Américains firent huit mille prisonniers et trouvèrent dans la ville deux cent^quatorze pièces de canons. C'était le désastre subi par les Anglais dans le Nord qui se reproduisait dans le Midi des États-Unis, et cela au moment oiî, refoulés à Charlestown par Green, ils ne possédaient plus que cette ville et Savannah dans les deux Carolines et dans la Géorgie. A partir de ce jour, les idées de paix l'emportèrent dans les conseils de l'Angleterre, et la cité de Londres pré-

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10 oclobrs 1781 .

PRISE DE YORK-TOWN. i8S

senta une adresse au roi où elle demandait qu'on cessât de vouloir réduire l'Amérique à t'obéissance par la force.

Ivre de joie, Lafayette manda du champ de bataille à Maurepas ; « La pièce est jouée, Monsieur le Comte, et le cinquième acte vient de finir. » Et il disait le même jour dans une lettre à Vergennes : « L'affairedu général Burgoyne a été renouvelée *. »

Quand le duc de Lauzun, chargé d'apporter cette ''•'S"'^„f"" grande nouvelle, arriva à Versailles, il y trouva le »»«obra«»i. comte de Maurepas mourant et le roi dans toute l'effusion de la joie par suite de lanaissance d'un dauphin.

La venue de cet héritier si désiré, qui eut lieu le 22 octobre, avait été précédée et devait être suivie de cérémonies qui rappellent celles en usage dans les cultes religieux. Dès le mois de juin, des prières avaient été demandées à l'archevêque de Paris pour la grossesse de la reine, et l'Académie des Inscriptions reçut l'ordre de présenter des projets de m&dailles en cas de l'arrivée d'un prince. Lorsque le moment de la délivrance approcha, Paris en fut prévenu par un courrier venant de la cour. Le canon, les

* Histoire de la jfueirsde i' Indépendance, fat Boita, lame IV, p. 165 et luiv., 184 et suit., 187 et luiv., 190 al BUir., 273 et iui«., 2S2 «I aaW., 326 cl «Div., 333 et suiv., 336 et suit., 345 et auiv., 351 et miv., 409 el taiv. — Mémoirei de Rochambeait, lome 1, p, !70, 175 et sniv., 277 et ■ni*., 281, 235 et suiv., SS9 et tuiv. -- Hémoiret de Lafayttle, tome I, p. 271 et BuiT., 'ni et >niT., 276 et buEv., 427, 4,41, 44B et luiv., 460 et luÎT., 467, 470. — Àrchitiei du ministère de la nartni. Girtoni Campagnes, 1781 . Lettre du camie de Grwie an minislre de la (uarine, 22 mai. Lellre d« George Bridgu Rodoey i lord Stephens, lecrétaire de l'ami' Tiuté, 20 juin 1781. Séance tenue i bord du vajiieau le Due de Bourgogne, 3[ mai 1T31. S£auce tenue à bord du laiiieau le Ntptun*, 8 juin 1781. — Biitory of George III, bj Bainet, tome I, p. 331 et lai»., 341 ei Buiv.

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cloches se firent entendre quand elle eut lieu, et le prévôt des marchands, sortant en ce moment en procession à la tête des officiers municipaux, fit le tour d'un feu de joie pendant que grondaient des salves multipliées d'artillerie. Paris dut être illuminé pendant trois jours, et les sonneries de l'Hôtei-de-ViUe et du Palais retentirent sans relâche. Les nouvellistes racontèrent avec détail les joies intimes de la famille royale, a L'antichambre de la reine était charmante à voir, écrit à son roi l'oflicier suédois Stedingk. La joie était au comble ; toutes les têtes en étaient tournées. On voyait rire, pleurer alternativement. Des gensqui ne se connaissaient pas, hommes etfemmes, sautaient au cou les uns des autres, et les gens les moins attachés à la reine étaient entraînés par la joie générale ; mais ce fut bien autre chose quand, une demi-heure après la naissance, les deux battants de la porte de la Reine s'ouvrirent, et qu'on annonça M. le Dauphin. M" dcGuémenée, toute rayonnante de joie, le prit dans ses bras et assise dans son fauteuil, traversa les appartements pour le porter chez elle. Ce furentdes acclamationset des battements de mains... C'était à qui toucherait l'enfant, sa chaise même. On l'adorait, on le suivait en foule. » Tous les corps et les particuliers rivalisèrent en démonstrations de zèle qui imprimeraient un cachet de ridicule sur leurs actes si, au milieu des mobiles de l'intérêt, ne se joignaient pas parfois des enthousiasmes sincères et respectables. Une dame de Montanclos fit une comédie appelée le Choix des Fées dont elle sollicita en vain la représentation. Un chevalier de Mouchy fut désolé de ne ■pas obtenir l'honneur de présenter au dauphin,

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