L-EHPERKUR JOSEPH A PARIS
dre l'heure du lever du roi dans la galerie de Versailles, en disant aux courtisans empressés autour de lui qu'il allait être pris pour un favori. Son amour de popularité l'entratna à des propos trop remarqués dans sa bouche lorsque, invité à jouer chez la duchesse de Chartres, il déclama contre une semblable distraction, disant qu'il s'abstenait de ce plaisir dispendieux, qui ne conduisait qu'à gagner ou à perdre l'argent de ses sujets. Il passa de cette critique, qui s'adressait aux habitudes de la reine, à un blâme de celles du roi, en affirmant que la passion de la chasse n'était pas moins funeste que celle du jeu, et poussait souvent un souverain à des injustices. Les auditeurs répétaient ces discours, dans lesquels Joseph semblait se complaire, et les nouvellistes charmés préconisaient l'empereur.
Plus il se fait connaître, écrivait l'un d'eux, a plus il se fait aimer et adorer. Il a détruit facilement le préjugé répandu qu'il n'était qu'une copie du roi de Prusse. C'est un prince fait pour penser et agir d'après lui-même, qui, à la noble simplicité de Charles XII et de Frédéric, joint un «prit d'équité, de modération et d'humanité que ces: monarques n'ont pas toujours montré ;... il développe sans faste une façon de penser uniforme, pleine de principes et vraiment philosophique. » Joseph fut en un instant le héros du jour; et la foule qui s'amassail souvent devant l'hôtel de Mercy, ne se contentait pas de l'acclamer lorsque par hasard elle le reconnaissait, mais, avec sa fme^e d'à-propos, accentuait dans toutes les occasions les causes de sa sympathie. Ainsi, la première fois qu'il parut au Théâtre-Fran-
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M UVRB PREHiSR.
çais, les regards des ftpectateura se tournèrent vers lui, et des applaudissements partirent de toutes parts quand racleur, qui représentait Socrate dans la tragédie de Voltaire, dit, en parlant de Laïus :
Ce roi, plus graoïl qae m rortane, DfdBigDiit comme voai one pompe Importune; On ne TOfait jamaii morcbcr devant son ch«r D'uD bitaillon nombreai le raslneoi rempart ;
An milieu de* lujeta eoumi* k sa puiMinee, Comme il itail aani crainte, il £tait sans dËfenie.
Si Joseph satisfaisait sa curiosité et son désir d'apprendre, qui était sincère, il n'oubliait pas un ' instant que la cause principale de son voyage avait été le désir de voir la reine et de lui être utile. Il parlait continuellement de Marie-Antoinette avec Mercy ; et cet observateur à la fois sensé et dévoué lui dévoilait avec franchise les difficultés qui se rencontrent, comme cela arrive souvent dans la viecommuRO, en une union mal assortie. La c:mse à,e l'ascendant de la reine, lui disait-il, vient, de ce que le roi a se glorifie des charmes et des qualités de la reine, qu'il l'aime autant qu'il est capable d'aimer, mais qu'il la craint au moins autant qu'il l'aime ». Puis, passant à l'étude du caractère des princes de la maison de Bourbon, il observait qu'ils ne « sont tenus que par l'habitude, et surtout par celle qui les accoutume à parler d'affaires ». Toujours préoccupé de la situation à prendre par la reine, il se plaignait de ce qu'elle c négligeait trop son époux et l'intimidait souvent i>, de ce qu'elle lui faisait sans cesse c des petites demandes qui, par la frivolité de leur objet, deviennent des importunités et souvent des injustices ». Il lui parlait de ses fan-
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L'EHPERËUtl JOSBPtl A PAtUS. 49
taisies, de son goût pour \e& diamants, de ses dettea, de sa passion du jeu, des dangers de son entourage, et conclnait, après ces obser^tions, sur « la oéceButé pour la reine de songer avec le temps de fOTmer ua ministère qui lui soit dévoue », ajoutant que, pour arriver à ce résultat, il lui fallait t apprendre i connaître ses sujets v, ce qui était diUicile avec la société des personnes qui l'approchaient. L'empereur put vérifier par lui-même une partie des dires de son ambMsadeur, en allant avec la reine chez M*"* de Guémenée, où il fut « choqué du mauvais Ion de l'assemblée, ... des reproches faits en présence de la reine à M'°* de Guémenée sur sa façon suspecte déjouer». C'est un vrai tripot que cette maison, dit-il à sa sœur en en sortant ; et lorsqu'il apprit que la reine y était revenue après son départ, vers les minuit, il exprima à Mercy sa mortification et condut à une obstination décourageante.
Le lendemain de cette soirée, laissé seul avec le roi "^JJ,;;^ par Marie-Antoinette, ce prince entretint Joseph II «yoc luhu svi. avec bonhomie de sa situation comme époux, < de son chagrin de n'avoir pas d'enfant b, entrant dans les détails tes plus circonstanciés k sur soii état physique K, et demandant des conseils à son beau-frère. Confidence singulière après sept années de mariage, qu'il répéta quelques Jours après en accentuant sur son ardent désir d'avoir une famille et « sur les circonstances importantes attachées à ce bonheur ». Se laissant aller à sa nature affectueuse et conlîante, à sa tendresse pour la reine, il fut si expansif que Joseph dit à Mercy : « Si je m'y étais prêté, le roi m'aurait montré ses papiers et tout ce que j'aurais
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loReinsDt porté par loeapb sar l'orguilnlion de ([ouTeriienieDt
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voulu savok de ses affaireB- » Les devx princes finircDt l'eatretien en convenant qu'ils s'écriraient amicalement de temps en temps. Il en fut de même pour la reine, qui discuta les observations que lui présentait son frère, s'irritant parfois de ses conseils, puis s'atlendriesant à la pensée de l'aSectioa qu'il lui témoignait, et finissant par lui demander une instruction écrite sur la conduite qu'elle avait à suivre. Merey, qui n'avait pas été d'avis de cette instruction, dit peu de jours après : Il est arrivé œ que j'avais prévu. La reine, en ta recevant, a dit < quelle voulait répondre à tous les points, et prouver que sa conduite avait presque toujours été raisonnée d'après des motifs justes; c'est à dire que ta reine voudra chercher des échappatoires et ne convenir de rien n.
L'Empereur, qui avait longtemps causé avec te banquier de la cour, Ijaborde, des finances de la France, et en avait reçu des mémoires, s'raquit »vee soin auprès de Trudaine, le directeur des ponts et chaussées, des détails de cette importante partie de l'administration ; et, après avoir fait une collection de documents sur le commerce et les manufactures de la France, s'apprêta à visiter les provinces.
Joseph avait assez bien observé une foule d'objets, cl été frappé, dès le premier jour, du désarroi qui existait dans l'organisation de i'administratioQ centrale du royaume. « Chaque ministre, écrivait-il à son frère, dans son département, est maître absolu, mais ïivec la craiate eontinuelle d'être, non dirigé par le souverain, mais déplacé. Par là chacun ne tend qu'à se conserver, et aucun bien ne se fait s'il n'est analogue à cette vue. Le roi n'est absolu que
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