SITUATION DES FRANÇAIS DANS L'INDE. 5B
quand Bfissy, arrivé à Ceylan le 10 mars 1763, alla rejoindre Suffren à Trinquemalé, puis vint avec lui à Gondelour où élait enfermé le comte d'Offelize avec Beize cents soldats européens et deux mille cipaycs. L'escadre qui avait conduit Bussy étiit dans le plus déplorable dénuement, et les équipages des navires se trouvaient si afiaiblis que Suiïren dut dé' sarmer sept de ses bâtiments pour armer les huit vaisseaux que lui amenait le chef suprême des forces françaises dans l'Inde.
a Les objets dont l'escadre manque le plus^ écrivait Sulîren au marquis de Castries, c'est de grosses ancres, de câbles, de cordages, poudre, boulets et mâtures. Je n'ai aucune pièce de rechange et tout vaisseau démâté devient inutile... L'envoi des renforts doit être fait dans le plus grand secret, sans quoi les Anglais en enverront toujours plus; vu les grandes ressourees qu'ils ont dans les Indes leur escadre leur coijle infiniment moins. C'est à vous, Monseigneur, qui avez la conBance du Roi à représenter cela avec force; l'envoi de quelques vaisseaux de plus n'est rien relativement à la dépense de l'expédition de l'Inde et cela seul pourrait la rendre profitable. »
Ces dernières paroles pleines de bon sens caractérisent, d'une manière complète et irréfutable, l'œuvre impossible tentée à ce moment par la France. Ce n'était pas un vieillard, illustré par seS' exploits sous Dupleix, qui était en état de rétablir l'imipire qu'il avait contribué à fonder dans sa jeunesse par son ferme accord avec un homme 4tt génie. La conviction qu'il n'y avait plus rien
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Sîi UVRË TROISIÈME.
à faire de durable et d'utile^ pour la France en Asie, ressort avec une évidence d'autant plus grande, qu'elle se fait jour, même à leur insu^ dans les rapports du ministre de la marine, dans un mémoire du comte d'Ëstaing, et dans les écrits de Français établis dans l'Inde. Il est plus question de ruiner les établissements fondés par une nation rivale que d'en ériger de sérieux pour la France. Le marquis de Castries, en résumant, dans un mémoire au roi, les causes qui ont fait échouer la campagne de 1782 à 1783, parle de fautes, d'accidents marilimes, de maladies épidémiques comme si les Anglais n'en avaient pas eu leur part. Les Anglais ont eu, comme les Français, à combattre les mêm^ erreurs, les mêmes dilapidations, comme les Français ils ont soutenu les péripéties d'une longue lutte avec et contre les alliances de princes indiens.
D'Ëstaing^ au moment où ta paix va rendre ce continent à ceux qui ont mérité de le conserver par j leur persévérance, pousse plutôt le cri de désespoir du patriotisme et du soldat indomptable, mais vaincu, que celui d'un homme d'État, lorsqu'il s'écrie : & Si la puissance du Roi le met au-dessus des avantages qu'on laisse échapper, il importe au moins au Itei, à son honneur, à sa dignité, de ne pas sacrifier les princes de l'Inde à la vengeuice de leurs ennemis. Aucun frein n'a jamais arrêté l'avidité de la nation anglaise autorisée aujourd'hui à cOiwidérer l'intérêt politique des nations comme la base de la conduite des puissances de l'Europe. Il n'est pas naturel de se flatter qu'elle se conduise, pendant la paix pro^ chanie, par des sentiments d'équité qu'elle n'a jamais
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