ERREURS PATRIOTIQUES DES FRANÇAIS. 6!S
connus... Sa Majesté leur doit protection (aux princes indiens). Elle les a soulevés contre ses ennemis; Hyder-Ali d'un côté et lesMarattes de l'autre, allaient trailer avantageusement avec les Anglais... Les envoyés du Roi sont arrives à eux, non comme des députés d'une compagnie marchande, mais comme des ambassadeurs de Ba Majesté pour les engager à rompre les traités dont les actes étaient déjà dressés, et on les a déterminés à reprendre les armes par les promesses les plus positives de les venger des vexations des Anglais... L'honneur et la bonne foi, ainsi que les intérêts de ta France, sont réunis ici pour ne jamais abandonner les princes de l'Inde... S'il en est autrement l'Asie est perdue pour l'Europe. Les Anglais y domineront sans concurrence, s La chaleur d'une lutte soutenue au milieu de tant d'alternatives de succès et de revers, inspire à presque tous les Français qui s'occupent de l'Inde les mêmes sentiments, les mêmes illusions, les mêmes imprécations. Tous soutiennent qu'une forte escadre, et l'envoi de vingt mille hommes sur la côte de Goromandel, anéantiraient à jamais la puissance anglaise dans l'Inde, tous comparant les richesses que l'on pouvait obtenir de ce pays, tes revenus qu'il était possible d'en tirer, avec les dépenses, sans compensation, faites dans la guerre d'Amérique, déplorent qu'on n'ait pas arraché à l'Angleterre ce trésor qui allait assurer sa prépondérance sur l'Europe, tous parlent de Hyder-Ali, de son fds Tippo-Saëb comme d'alliés pleins de dévouement et de persistance. Déclamations vaines que réduisent à leur valeur réelle les auteurs mêmes de ces projets chimériques
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lorsqu'ils se plaignent que les représentants de la France manquent du strict nécessaire, qu'ils se voient refuser l'entrée du palais de Nizam-AH parce qu'ils s'y présentent sans cortège et sans suite, lorsqu'ils montrent les agents anglais prodiguant les présents autour d'eux, achetant les consciences des ministres indiens, et remplissant toutes les cours de l'Asie de poriisans qui sont à leur solde. La France ne pouvait pas suffire à une guerre qui s'étendait sur le monde entier, et il est impossible d'admettre le jugement du commissaire général de la marine, quand il écrit, à propos du ti-ailé de pwc que Boira par conclure le cabinet de Versailles : Il a a avili ia nation française aux Indes... Les Anglais ne manqueront certes pas de nourrir parmi les Indiens l'impression humiliante... d'avoir fait notre paix sans nous occuper de notre allié (Tippo-Saeb) qui a dépensé des sommes immenses pour soutenir notre commerce contre la Grande-Bretagne. » Buw) BuBSy qui sait, par expérience, ce que valent les
^"'^orifà*'' innombrables troupes indiennes, mêmes cellas dresjugè BïdB^iii- sées à la tactique moderne, en face du plus petit Corps de soldats européens, ce que vabt la multitude des canons entre les mains des Indiens en préeenee de quelques pièces bien servies par des artilleurs européens et la nullité de leurs plus redoutables fortifications lorsqu'elles sont défendues par des indigènes ; Bussy qui a pratiqué ces princes indiens prêts à combattre ou à se soumettre, suivant les caprices de leur imagination, â faire des alliances ouâ les rompre pour les motifs les plus puérils, Boiity dit , Enns In chercher, la vérité sur la situation Qela
TIPPO-SAKB JUGE PAB BUSSY. 527
France dans l'Inde, quand il écrit au marquis de Castries : « Je ne me suis pas trompé sur leurs intentions (de Tippo-Saëb et de son ambassadeur Saïd- Saïb), et sur lu préférence qu'ils paraissent donner à la force et à l'opulence des uns [des Anglais) sur la faiblesse et la pauvreté des autres (les Français). . . Il a forcé par de mauvais traitements, par le manque de vivres et de paie, etc. , M. de Cassigny à se séparer de son armée et il l'accuse auprès de moi de malvereations... Je suis toujours convaincu que le nabab (Tippo-Saëb) ne mérite de notre part aucune démarche qui puisse compromettre la gloire du Roi et l'intérêt de la nation... L'Indien n'a d'autre politique que l'intérêt du moment... Ce serait, M. le marquis, prévenir vos réflexions que de vous montrer Tippoo pressé d'un côté par les Anglais de renvoyer les troupes françaises et d'accéder au traité conclu entre ceux-ci et les Maratles, chercher en même temps à nous ménager; me faire, dans toutes ses lettres, les plus belles protestations d'amitié pour m'engager à envoyer un député à Madras... et, afin que la démarche ne lui fut pas imputée, il forçait M. de Cassigny, en le laissant manquer de tout, à prendre de lui-même le parti de se retirer... Voilà l'Indien qu'on s'imaginait devoir être un allié aussi sûr pour la France, qu'ennemi nature! des Anglais... J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire combien il est facile à un homme peu instruit des mœurs asiatiques de se laisser séduire par les Indiens, et combien peu l'on doit compter sur des aîliances qui ne sont jamais fondées de leur part que sur l'intérêt du moment et d'après la force ou la
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BS8 LIVRE TBOISIEUB.
faiblesse où l'on se trouve. Les Indiens plus que tous autres ne considèrent, dans les liaisons qu'ils forment, que ce qu'ils ont à espérer ou à craindre d'une nation. Us sont aux pieds de celle qui est puissante, arrogants et insolents avec celle qui est faible et souvent trattresavec l'une et l'autre, les promesses ne les séduisent point, parce que les Jugeant d'après celles qu'ils sont accoutumés à faire presque toujours sans la volonté et souvent sans la faculté de les tenir, ils les croient aussi fausses que les leurs, s II était trop tard, l'Angleterre avait fondé un empire par les victoires deClives, parla vigoureuse administration de Warren Hastings. Elle avait réussi eu soutenant les hommes qui la servaient, tandis que nous avions éloigné ceux qui voulaient nous établir dans rinde. Elle possédait des revenus assurés, des places fortifiées, des alliés qu'elle maintenait par une politique semblable à celle qu'avaient suivie Dupteix et Bussy. Il était possible à la France de faire oeuvre de corsaire mais pas autre chose.
Comparer la guerre dans l'Inde avec la guerre entreprise contre les Anglais en Amérique, ainsi que l'ont fait des historiens, c'est ignorer complètement les faits, c'est confondre des champs de bataille qui n'ont aucun rapport les uns avec . tes autres, c'est fermer les yeux sur des passions, des intérêts, des erreurs contemporaines, pour faire l'œuvre d'un banquier qui établit ses calculs sur des métaux sans se soucier des hommes. En Amérique, c'est un peuple qui partage les -passions, les idées des Français, qui correspond à leurs haines, à leurs . espérances, c'est un peuple qui prrnd les armes,
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LES FftANÇAIS VICTIMES DE LEUR GOUVERNEMENT. B»
combat pour lui-même; dans l'Inde ce soiit des
esclaves enréfoniéntés. La place était prise dans l'Inde. Il était aussi aisé de combattre l'Angleterre, en Europe, cbez elle, que d'aller au loin lui faire la guerre dans une contrée où elle avait établi par le fait un État, En détruisant de seB propres mains l'empire qu'avait créé Dupleix, la France était victime du genre de gouvernement qu'elle subissait, l'Angleterre au contraire, en triomphant des fautes des bommes, des concussions de ses fonctionnaires, profitait de ta puissance d'institutions qui unissent une nation à ceux qui conduisent ses affaires. Les directeurs de ses colonies avaient pu réparer leurs fautes ou poursuivre leurs succès, et l'énergie, l'esprit de suite des peuples qui ont des gouvernements d'assemblées, avaient fondé un état durable au milieu de péripéties étranges, de difficultés considérables, au moment même où l'cunnipotence de Versailles arrachait de l'Inde tous les hommes capables de la donner à la France '.
' A.rthivti da minUtèrt dt la man'TM. Lettre de LiUée au mimitre, 1? aaûi; de PJTerondfHorlet, procureur du roi kPondichéry, 14 avril 1760. Leilre da nibib Hjder-AU'Ktiin lu vicomte de Soniliac, gomrMur deii lin de France et de Bourbon, 17 loût 17S0. Nigociation ivec la Hollande i l'époque de la guerre de l'tnde, 1781. Demande faite ï H.Vaodepere par le comte de Vergennea et le marquis de Caitriea, et réponie ; elle e*t auivie d'nne lettre adreuée au commandant du Cap de Bonne-Eapérance, datie de La Haye du 17 février 1761, et «ignée dea Domi de GraiBind, PielerM, A. Hvyaman, R'ejoera, Slraaleu, Boera, Hearmun, Vangoer. . Carton dea Papier* anglaw (Campagnes) ; Priae de Nègipaiam, extrait du rapport de ilr Edward flugbes. Lettres de Bughei »ar cette prise. Lellrea du cfaevalier de Hunro, datée de Nigapalaro, 24 noTOOibre 17SI. Document* cdoaianx. Lettre de H. PÎTeron de Horlet. Relation mann»criie de la guerre de l'Inde, 1760 i 1783. Lettre de Suffren au miniiira, 13 juin, 30 dicembre I7S2. Lettres du ministre k H. de Soniliac, 10, 28 avril 1782, 20 avril 1783. Lettre* de l'intendant Chevreau. Lettre de II. H
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de CibnlMr,
juiD I77S, ]4DTi«r inO,
830 UVRË TROISIÈME.
Bussy n'avait pas enecre rejoint SaSron pour conlinner avec lui la campagne brillante, mais stérile, eslreprise par ce grand marin contre les Anglais, qu'un échec attristait les armes réunies de la France et de l'Espagne.
Les Espagnols avaient commence leurs hostilités contre l'Angleterre par le siège de Gibraltar, avec une telle obstination et une telle prodigalité de moyens agressifs qu'ils paraissaient n'avoir désiré la guerre que pour la prise de cette place. Dès le 21 juin 1779, la communication de Gibraltar avec le continent fut interrompue, et, le 16 juillet, deux vaisseaux de soixante-quatorze, deux frégate et deux cbébeca fermèrent son port. Le commandant de la ville, le général Elliot, qui disposait d'une garnison de cinq mille trois cents hommes, avait vu
H. de SWiMie nt li raplure d'in brick ni^*. LeUra de H. de Nirbenaa, 8 Juin 1783. Lettre de Suffren i Bdmjt, 30 aovembre 1782. DoeunieaU coloniaux ; Cirlon 1783. Hèmoirea de Busi; (originil). AOairei de l'Inde, juin 1784. Rapport in roi du ministre de Ciiiriet sut It umpegig de 1782, 1783. Htmuire du eomte d'EBUiae, 4 janvier 1784. Ullrei de HôntigDj, Monneron, Piveron de Horlei, etc., inr l'Inde, etc. Hinioire relalir ani ttabliuemenu frinçaii dani j'inde, 16 noT. 1784, non «gné. Obiemtiooi aar laa' irtieles du tniie de Parie eoneernut |ei établiuemeov fraofaii daoe l'Inde, nen ùgaàtt. Lettre de Nirboimt, dn S juin 1783, datée de Gondelour. Lettre de lord Flti Heriieit ii brd W. Graf , f7 leptembre 1785. Lettre de lord Fleleber, directenr de la Compagnie det [ndea ingiaiBCi, à H. Falk, gonTemeiir de Cerlan, 1787. Mémoire de mouieiir de Cremon, commisuire ginéral de la mariie, imerit aou le numéro 2276, letu ee titre : a'Hotei et Munationi mt ka lodei orieBtalet par rapport an eondiiiona du traité de paix, u Cai^ ■on :,Carreipoiiduiaediimitiiilre. LeltredeVergennea ^ Baisj.ieBi date, Bapport de Bdm; au marquis de Caatrïei, d*té de Fondieliérj, 23 noTcm- Itre 1783. — Biitoin d» ta tonqiiitt et dé la /bndotion de l'empir* anglaii data rinde, par fiarebos. de PenhoËn, tome III, p. 44 et anir,, 331 et luiT., 246, 254 et luir., 283 et bdIt., 291 et loiiT., 395 et iniv., 33! «I Mh., 335 et tuf*., 3S2.
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SieCE DE GIBRALTAR. S3
grosfflr inBUisiblem^t l'armée des aasié^ants jusqu'à quatorze mille hommes. ËUbti depui&deiaaDs surcelte immense roche grisâtre qui, depuis la te^re OQ depuis la mer, parait sortir des eaux, présentant à l'est de la presqu'île une espèce de muraille droite, et à l'ouest une pente douce qui a permis l'assiette d'une ville, Elliot se confiait à sa nombreuse artillerie et à ses Fortifications étagées les unes au-dessus des autres, quand les Espagnols, qui avaient conduit leurs approches, ouvrirent les feux de leurs batteries dans le mois de novembre et atteignirent la ville avec leurs boQlets. Les vivres commençaient à devenir rares ptr suite delà fermeture du port par les vaisseaux espagnols, quand l'amiral Rodney, sortant, les premiers jours de janvier 1780, des ports de l'Angleterre, à la tête d'une flotte formidable, rencontra un convoi de bâtiments chaînés de vivres qui se rendait i Saint- Sébastien, l'enleva, battit une escadre espagnole et conduisit ses prises à Gibraltrar. Le 12 avril de l'année suivante, l'amiral Digby ravitaillait encore la place et les Espagnols, désespérant de pouvoir la réduire par la famine, résolurient de la détruire par les bombes et les canons. Ils couvrirent ta ville de leurs feux et, en avançant leurs parallèles, avaient déjà établi une batterie à une faible distance des remparts, quand Elliot ftit averti, par un déserteur, de la négligence qu'ils mettaient à se garder dans leurs lignes. Il prit aussitôt son parti et attaquant avec vigueur les Espagnols dans la nuit du %Q au 37 novembre 1781 , détruisit les ouvrages des assiégeants et fil un grand nombre de prisonniers. L'audace d'Ëlliot qui pouvait amener la prise de la
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toc LIVRE TtlOiSIfiHE.
ville si les Anglais avaient trouvé des troupes prêles à les recevoir et à suivre les assiégés dans leiH* retraite, jeta, par sa réussite, un profond découragement parmi les assiégeants. Ils cessèrent pendant quelques jours les travaux d'approche et Tambassadeur d'Espagne, à Versailles, redoubla d'instances pour obtenir la coopération de la France, ui Frufita Loi^u'il fut qucstlon au conseil des ministres du " b^S^ii*" siège de cette ville, que les Espagnols essayaient en '"oibViu^^' vain de réduire depuis plus de deux ans, le marquis Mti 1781. jjg Castries, le comte d'Estaing et les officiers généraux de la marine repoussèrent l'immixtion de la France dans une semblable entreprise. Mais leurs avis furent vivement combattus par le ministre de la guerre Ségur et par le comte d'Artois, et un plan d'attaque par terre et par ;mer finit par être arrêté -entre les deux gouvernements au commencement d'avril 1782.
a Les Espagnols vont enfin assiéger Gibraltar, écrit Lafayette à ses amis d'Amérique , le comte d'Artois, frère du roi de France, et le duc de Bourbon, prince du sang, partent pour servir dans celte expédition en qualité de volontaires... ainsi, de manière ou d'autres, nous serons délivrés de cet embarras, et, que le siège réussisse ou non, nous pouvons espérer à l'avenir de disposer des forces combinées de la maison de Bourbon. »
Lafayette faisait allusion au projet d'union des troupes et des flottes des deux monarchies sous le commandement du comte d'Estaing, qui devaient s'emparer de la Jamaïque pour l'Espagne et à la suite de cette conquête, accomplie avec des forces
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SIËGË [)E GIBRALTAR. S33
écrasaotes, se diriger sur New-Y(H-k puis sur le Canada. D'Estaing, s'entretenant avec Charles III de cette grande expédition, parla de nommer Lafayette, au commandement de la Jamaïque dans lés premiers moments de sa conquête, mais le roi t'interrompit avec vivacité en s'écriant : « Non, non, je ne veux pas de cela ; il y ferait une république. » Réponse qui caractérise les impressions de l'époque et les vagues pressentiments qui tourmentaient les esprits. Mais les conquêtes rêvées par Lafayette ne devaient pas plus se réaliser que celle de Gibraltar.
Les deux gouvernements étaient convenus que la France consacrerait à ce siège quinze mille neuf ccDls soldats dont treize mille envoyés directement sous les ordres du marquis de Grillon, et deux mille neuf cents laissés libres par suite de la prise de Minorque. Les Espagnols devaient fournir sept mille hommes de troupes et les amiraux Guichen et Cordova^ avec une flotte de quarante vaisseaux de ligne, avaient ordre d'appuyer l'armée de terre.
Le conseil, discutant les chances de l'attaque^ avait admis la nécessité de sacrifier quinze à vingt ' vaisseaux, quand le colonel du génie d'Arcon combattit cette opinion, en démontrant que ces navires seraient perdus après une station de moins de deux heures en face des murailles de la place. Il opposa au plan qui consistait à .faire foudroyer Gibraltar par des vaisseaux de ligne, celui d'un feu entretenu par des canons portés sur des batteries flottantes iasubmçrsi^leg. La carène des bâtiments de son invention ptait préservée par une forte épaisseur de
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S34 UVRE THOISIÉHE.
bois eontre le choe des bombes et des boulets, et one «ircutation d'etu entretenue par des pompes dans um cavltée ménagée entre le blindage et le eoppt dq bâtiment, rendait sa combustion imposiible.
Les ministres français et l'ambassadeur d'Espagne, le comte d'Aranda, adoptèrent un plan qui permettait d'attaquer Gibraltar de face, pendant que les batteries de terre ruineraient un des côtés de la place. Les Espagnols se mirent à l'ceuvre avec une sorte d'entbousiasme dès le mois de mai 1783.
II avait été décidé que l'on construirait dix battet\eb, dont la moindre porterait sept canons et la plus fwte vingt-quatre, ce qui donnait un ensemble de cent cinquante-quatre bouches à feu à opposer à la place. Deux cent mille pieds cubes de bois furent livrés aux ouvriers dans les ports de Cadix et d'ÂIgésiras, pour transformer des t^tim«its en un engin de guerre auquel chacun attachait l'espoir d'un triomphe prochain. Lentement entrepris, au début, les travaux furent pressés avec une fébrile activité au prix d'énonnes sacrifices d'ai^ent, dès que l'époque de leur achèvement eut été fixée au mois de septembre. D'Arçon, qui comprenait l'indispensable nécessité de soigner le& détails de machines qui devaient, pour rendre tes services qu'on avait lieu d'en attendre, unir la force à la précision, luttai! contre l'ardeur intempesUve des officiers, quand il fut appelé à Madrid pour cwiférer de ses travaux avec le due de Grillon revenu vainqueur de Minorque. Il dut comprendre, dès sa première entrevue, que loin d'avoir un appui dans ce grand seigneur, il allait
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SIEGE m GIBRALTAK. S3S
trouver un riva). Si neuf! en croyons les Mémoires de Grillon, ce général avait conçu un plan d'attaque de Gibraltar qui avait été admis depuis trois ans dans le conseil intime du roi d'Espagne. « Il ne doutait pas, dit-il à son retour de Mahon, qu'il ne fut chargé de le mettre à exécution, mais il tFouva sur ce point les esprits entièrement changés. On avait eu plus de confiance... pour un plan adopté parle cabinet de Versailles... Vous n'ignorez pas, sans doute, lui dit ïé comte de Florida ^nca, que M. d'Arçon tra-* vaille à Cadix et à Âlgésiras à des machines qu'il a imaginées, qu'on regarde comme infaillibles pour prendre Gibraltar, et je crois... que c'est vous que le roi choisira pour commander le siège. . . M. d'Arçon arrive ce soir même. » L'entrevue fut pc^ie, mais évidemment pas cordiale, si on en juge par les termes de ces Mémoires plus apologétiques que concluants. « D'Arçon expose son plan... M. de Crillon lui fait de nombreuses objections sur ses batteries flottantes; les canons placés en amphithéâtre les foudroyèrent sans relâche... les batteries flottantes seront incendiées par les boulets rouges... M. de Grillon demande qu'on fasse une expérience de l'incombustibilité des batteries avant de s'en servH' et des sondages pour s'assurer que les batteries pourront s'approcher assez près des remparts poïrr les battre en brèche. »
Ces critiques sans précision, qui n'apprennent- pas de quelle manière M. de Grillon prétendait exéminr une attaque maritime sans exposer des vaisseaux aux canons destructeurs qui devaient les dominer, oes eritiqoes bMt^es sont miivies du récH d'une sorte
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Sat UVRB TR(»SIÊHE.
de conférence intime avec le ministre espagnol. M. de Grillon déclare < qu'il lui est impossible de se charger de ce projet fondé sur deux bases dont il était assuré que la première ne pouvait avoir lieu. H. de Florida Btanca dit j M. de Grillon qu'il comprenait toutes ses objections; mais que tous les arrangements étaien^aits... que le roi le veut... que Sa Majesté a jugé H. de Grillon nécessaire pour la réussite du siège... qu'il déplairait très fort au roi s'il n'acceptait pas ce commandement, s
irr;>i« u nap Au mois d'aoùt le comte d'Artois et te duc de ''ià'^i^ Bourbon arrivèrent à l'armée d'Espagne établie dans
* *" «".wbMf* là petite bourgade de Saint-Roch. A peine étaientils dans le camp, que Grillon voulut leur faire parcourir la longue muraille qui fermait la presqu'île sur laquelle s'élève Gibraltar. < Je n'ai pas voulu perdre un moment, écrit le général, pour feire voir su frère d'un grand roi, l'ouvrage le plus grand qui ait peut-être jamais été exécuté dans un siège, et dont on dit qu'il n'y a pas d'exemple datffi l'histoire... Mgr le comte d'Artois entendit siffler un boulet sur sa tête, avec une espèce de plaisir et la plus grande tranquillité, quoique ce fut le premier qu'il eut jamais essuyé; mais il s'en faut bien que ce fut le dernier, ayant plusieurs fois espesé sa vie pendant le siège, ainsi que son fr^e d'armes H. le duc de Bourdon. Tous deux avaiwt. la même envie de s'instruire et couraient a« danger avec le grand sang-froid qui caractérise le vrai courage héréditaire dans leur auguste race. > Les princes purent. mesurer d'un coup d'oeij les
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SIÈGE De GIBRALTAR. S37
obstacles naturels qui les séparaient d'une ville ne i tenant à ta terre que par une chaussée touchant d'un « côté la mer et de l'autre des rochers abruptes. Ils pouvaient apercevoir dans le lointain les maisons alignées en face de la Méditerranée, sur une plage étroite que dominait une haute montagne, où s'étageaient des batteries superposées les unes au-dessus des autres; montagne de rochers grisâtres et durs, taillés à pic sur le revers opposé à celui où était bâti Gibraltar, qui enveloppait la presqu'île d'une épaisse muraille naturelle, passant par ce qu'on appelle la pointe d'Europe pour venir rejoindre, dans son circuit, le port qui fait face à la mer sans s'enfoncer profondément dans les terres. La diHiculté de la tâche à accomplir, l'indispensable nécessité d'une action maritime qui aurait dû faire réfléchir, peu de mois après le désastre de de Grasse, n'impressionna pas les princes français. Ils acceptèrent les compliments bizarres d'un courtisan, et loin de soutenir l'ofiicier choisi par les ministres de Versailles, ne s'occupèrent qu'à prendre leur part dans un étrange accès d'enthousiasme, mêlé de frivolité et de gaieté, qui enleva dès l'origine tout sérieux à la noble et patriotique entreprise d'un peuple.
On apprend, pardffîdétails particuliers, dit un journaliste pariôen^ que M. le comte d'Artois a trouvé, partout en Espagne, des spectacles, des fêtes, des danses. i Tout est di^osé sur la route d'Espagne de façon à ce que l'arrivée des nouvelles soit rapide et continue... Ce fameux ^e occupe toute l'Europe aujourd'hui... 11 est bien essentiel qu'il se Unisse
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S38 UVBB TROISIËHE.
par les dépenses énormes qu'il entraîne, la quantité d'hommes et de forces navales qu'il occupe depuis trois ans. « Un autre nouvelliste apprend qu'on ne s'entretient que de l'accueil qu'a éprouvé le comte d'Artois. « Les magnifiques bijoux que ce prince avait emporté lui ayant paru mesquins en comparaison de ceux qui lui ont été présentés, nos joailliers sont occupés à en faire de plus précieux encore. Quand au roc prétendu imprenable sa conquête est regardée comme faite, s Jactance qui s'était malheureusement généralisée dans l'armée parmi les chefs, braves mais légers, qui la commandaient. R Tout est bon, disaient les officiers à d'Arçon, Gibraltar sers enlevé en vingt-quatre heures, il ne faut que se présenter, n Le malheureux ingénieur avait beau parler de l'imperfection des batteries, du calfatage qui avait été négligé et laisserait filtrer l'eau destinée à remplir les cavités réservées. Un des descendants du Cid, le capitaine de marine Castillon José Rivera y Pacheco, faisant allusion à Tineendie qn'il voulait conjurer, lui disait qu'il se chargeait de recevoir dans la poitrine tous tes boulets rouges de ta place. Grillon, aussi impatient que son état-major, aussi peu prévoyant, traitait les scrupules de l'ingénieur de subtilité d'artiste, et quand d'Arçon s'adressa à lui pour surseoir i l'emploi de machines incomplètes, il lui répondit avec hauteur : « Lorsque J'ai demandé qu'on vous fit venir en Espagne, car c'est moi qui t'ai demandé, c'était pour exécuter mon projet, car mon projet a toujours été d'attaquer Gibraltar avec des batteries flottantes. A présent, monsieur, votre commissioB est remplie
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