AGITATION PES ESPRITS
par la défense faite au procureur-syndic des États ' d'agir et de se rendre à ta cour, et par l'ordre donné au greffier des États de ne délivrer d'expédition « qu'aux députés choisis par les États ».
Ce qui se passait dans te nord de la France avait lieu aussi au midi et à l'est. De vives discussions s'élevaient dans les États de Béarn pour te choix de la dépulation, et le ministre de la maison du roi, se plaignant à t'évéque de Lescar et au marquis de Lons du désordre qui y avait régné, écrivait : « Jamais je n'ai vu plus de troubles et moins d'activité pour l'expédition des affaires u. Les élus généraux de la Bourgogne " faisaient imprimer des remontrances que supprimait un arrêt du Conseil. Le Parlement de Provence n'avait pas voulu exécuter l'édit d'avril 1776, par lequel était donnée toute liberté pour le transport, l'entrepôt et la vente des vins, et il fallait faire enregistrer d'autorité cette décision par le comte de Vaux, au mois d'août. La population de Grenoble s'insurgeait parce que, pour percevoir un droit sur les blés, l'administration avait voulu forcer les marchands à porter leur denrée sur l'ancien marché. Le gouverneur avait pris les armes, et un officier avait été grièvement blessé. L'impôt perçu sur les vins, dans le pays de Foix, sous le nom de droit de subvention, y provoquait une émeute. « Il me paraît étonnant, écrivait le ministre à l'intendant de La Porte, que ce droit, qui se lève depuis dix ans sans
' Procurcor-i^dic eat une ahttgt dant la roaction eonBiate i gint let albiTCi de quelque enainiDnaiilé (l^ncyclop^die nu DielinnnaiTt raiionni inuieneti et ie* ivrU, 1755. ia-rdli), tome XII, p. ï?1).
> On doittaU Cl nom A ecnz qai £l*icat Alui par lu ÉUU e^otnvx it rcTinme ou d'une province {Enc^dofiiit tnétiuidv(u4, tome V, p. 531],
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7» tlVRE PREMIER.
trouble, ait tout à coup exeité de ta fermentation ^ du tumulte, t Les émeutes pour empêcher la circulation de8 grains étaient fréquentes dans les provinces du Nord comme dans celles du Midi, et des coalitions d'ouvriers, à l'époque des moissons, £e formaient souvent dans les Campagnes pour contraindre à l'élévation des salaires '.
Déconcertés par ce mauvais vonloir général, dont ils ne s'expliquaient qu'imparfaitement l'origine et dont ils étaient loin de comprendre toute la profondeur, les ministres trouvaient, dans l'intérieur de la cour, non seulement des obstacles âleurs projets les plus raisonnables, mais des causes qui affaiblissaient moralement leur propre pouvoir aux j^ux des populations en en déeonsidérant la source.
La reine continuait à servir s^ favoris avec une vivacité égale à sa frivolité. Le prince de Montbarrey,
< Corrttyoniantt secrèîe entre Marie-Thérèse et le eomle de Jferejr, (010*01, p. 104. — Jeeuei'lif^n^al det anàenaus Mt franfoiiei, pir iHmberl, tome XXV, p. 43, a, 51, 96, 98, 105, 14G et bhïv., Iï3, 159, 163, 279. — Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie- Antoinette, la eour et la ttUle, publiée pu Leseure, tomel, p.2D, 47, 49, 66,69, 70,71,72,73,76, 79, 80, 106, IGS, 167, 171. — IreAtwiwHonalei, P 2512, lellrea paienles, 11 noT. 1776; 0'233, 29 juin i7TT; O-ilS, août 17X7; X 8557, 19 «oui 1776; O'tlS; !>'171, imée ITTS, le miaUtfede la maison dii roi à l 'évoque de Leacu et au marquiida Loni, 27 révr.; 0'47!, année 1776. Le ministre de Ja maison du roi à Case de La Bove el i l'év^qoe de Bennes, 23 déc, i Léon de Treierret, 25 dèo.; ID oiTqHJs d'Aubelerre, 28 djc.; 0<473, année 1777. Le miniatni de U maison du roi au comie de Goyon, 22 mars. Le ministre de la maison du roi au garde des iManx, 15]anv., 0*488. Le ministre ïH. d'Hémerr, 16 aotu 1777 ; an marquti de Goyon, 25 sept. 1T77 ; i H. Dude«(H, 20 déc. 1777; 0'489. Le ministre à H. d'Bémio, 13 juin 1778. — Arehtwt du minittèredt la marine: Lettre de Sarliàea i Necïer, djrettear gbiéral des Qnanees. Veruilles, 17 août 1777. ~ Collection complète de tou$ Ut ouvrages pour et contre M. Nedair. Utrechl, 1781 , iik8, toma J. Sille dei okMrvitians du citoyra, p. 35.— Mémoim tetreli pMtr imvir à l'hiêUire de la rifubiiqw du iettret, tome X, p. 151, 246.
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da HoBtbamT,
■Trti 1T7T.
labnliUtgs da
LA REIRE ET HONTBAttBEY. 71
malgré une oteéquioàité qœ ses propres aveux nous montrent bien voisine delà iMSsesse, n'écbappait patt plus que Bon chef Sâtnt-Gù'inain aux colèa-f» qu'entratnait la contradiction la pIuB involontaire.
« Un jour de travail du nois d'avril, écrit-il, il était question d'une plaee d« colonel en seecHid, pour laqliellé il y avait un grand nemfare de cntcorrents, ".Triî m?! sur la totalité desquels M. de Saint-Geronin en avait ,^^ extrait trois, qui étaient fort jeomSr n'avaient d'autre titre personnel que leur naisBance, les services de leurs parents... Le roi- balançait entre les trois, et, incertain de son choix, il m'adr^tsa la parole pour me demander mon avis. Je dis sur ehaeun des compétiteurs ce que je pensais, et me résomai en déda* rant qu'à mérite égal, je croyais que le eomte àè Laval-Montmoren(!y, dont le père avait été tuêà latête de soti régiment à ta bataille d*Hastemback;.me semblait devoir obtenir la preférence. G^eobservation décida le roi... J'ignorais que, parmi lesdeuxr autres prétendants à cette grâce, il s'en trauvait un honoré delà protection de ta reine... Ce travail eut lieu le samedi... Le Itndemtdn, dimanche, je reçus pendant mon dtneir l'ordre de me rendre cbw Ra reine... J'arrivai à l'heure 6iée... Au premrer eoop d'œil que je portai sur la reine, j*a^rçu8 um Mive altération dans ses traitEf et un air qui me fit juger qu'elle était agitée par une passion violente. .■. BH« me ëértdufeit à la première croïSée de «i^^amljre,... et là ëfle commença, avec Ve ton te^ pins animé, è tae faire des re[H>oches amers sn^ l'opposition que j'avais apportée à la grft6« qu*etle avait dijsirée pour un protégé. Ces reproches, va leur vivaùté, auraient piv
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7£ UVRe PREHIBB.
passer pour des injure; et Sa Majesté. B'^auffant de plus en plus, me fit éprouver le sentiment le plus embarrassant pour un sujet certain d'avoir déplu à sa souveraine. J'eus beau pnMester... que j'avaiB ignoré l'intérêt dont elle honorait son protégé^... rien ne put calmer sa colère, qui continua à s'exhf^ 1er avec tant de f<vce, que je me vis contraint de répondre à Sa Majesté que j'avais besoin de ne pas oublier que j'étais eo présence de la femme de' mon mattre et de mon souverain... Cette scène terrible dura plus d'une demi-heure... La reine y mit un terme en se retirant avec vivacité dans ses cabinets intérieura... Au moment où j'allais me retirer, je dis à Sa Majesté, avec toute l'éo^gie d'une vive émotion, que j'allais rendre compte au roi de ce qui venait de se passer, et que lui seul pouvait et devait me juger. — « Vous le pouvez. Monsieur, » me dit la reine ; et ma réplique fut : « Je le sais bien, et j'y cours ». Je ne perdis pas un instant, et je me rendis à la porte du cabinet du roi... Le roi, qui ét^it dans son laboratoire,, descendit aussitôt. . . et me fit entrer. Dès que nous fûmes seuls, ... je me jetai à ses pieds cA lui dis que je venais lui apporter ma tête. 11 me releva avec bonté et me permit de lui rendre, avec le plus minutieux détail, tout ce qui venait de se passer entre la r^ne et moi... En me jetant de nouveau .à ses pieds, je finis par supplier Sa Majesté de vouloir bien, à l'heure même, prononcer mon jugement et la peine que j'avais méritée ; mais je lui rappelai que tout s'était fait en sa présence, que c'était d'après son ordre positif que j'avais donné mon opinion sur le choix du colonel en second, et surtout
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LA REINE BT MONTBIBREY. 79;
qu'il n'avait point été quaMioh. pendant te travail, de la protection dont la rwne honorait un des compétiteurs. Le roi m'ëcouta avec la plus sérieuse attention... Puis, me relevant avec bonté : c Personne ne sait mieux que moi, me dit-il, comment la choap s'est passée. Tranquillisez-vous; je me cfapirge à'ea parler à la reine. Hais évitez pendant quelque temps de paraître devant elle... Je vous dirai quand vous pourrez et devrez vous présejnter... » Six semaines s'écoulèrent sans que je visse la reine... Enfin, un dimanche matin, le roi eut la bonté de me dire dans SOD cabinet : « I^a reine vous enverra chercher cet après-midi... » J'arrivai... quelques instants avant l'heure indiquée... Dès que la porte eut été fermée, la reine s'avança... et me i^onduisit à la même croisée où s'était passée la scène des reproches. . ■ < Monsieur de Montbarrey, dit-elle, c'est dans le même lieu où il y a six semaines je vous ai fait de cruels reprocha, et que je vous ai traité d'une manière qui a dû vous indisposer contre moi et vous afQiger, que je dois vous dire que j'ai reconnu que j'avais eu toi^ru^^ m'a dit la vérUé et comment s'était passé ce quiiifpit motivé mon mécontentement. Je vous aifaitappeler pour reconnaître mon tort à lamémç place où je me le suis donné. J'en suis au désespoir , je vous prie de l'oublier; le roi et moi n'oublierons rien pour que vous en perdiez le souvenir. » A la suite de c^ nobles paroles, dignes d'une jeune femme au cœur plein de droiture et de bonté, reparurent immédiatement les travers enfantins et ridicules d'une personne plus occupée des chimères de la vanité que d'objets sériçux. Mari&-Ântoinette,
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-a: une mnaEH,
après «voir eqnpênhé le ministre de se jeter à ses pieds pour lai témoigner ta reconnaissance, reprit : a Monsieur de Montbarrey, je veux voue donner une [Nreuve de tofite ma confiance... J'ai un objet auquel j'attache mi très grand prix. Le cdmle de Laval a pHsce matin congé du roi pour aller rejoindre le régiment royal-dragons... Il doit peut-être partir ce soir. Je voudrais pour tout -au moikie qui! De partit que dans huit jours. . . Peut-être que la marquise de Fleury, sia-sœur, pourrait lé retenir... Je voudrais vous charger de faire cette négociation auprès d'elle. Tai dit BU roi avec quelle respectueese fermeté vous m'aviez répondu. . . Je suis persuadée que vous ne mettrez pas moins d'adressé pour me servir dans un objet qui m'intéresse vîvemetit... » — J'eus beau représenter "à Sa Majesté que je regardais comme presque impossibles à exécuter les ordres qu'Elle me donnait, que je ne connaissais paspersonneilementlântarquise de Tleury,... qu'elle n'était pas la feinme do monde avec laquelle il fiit le plus facile de traiter. — ^ «Oui, medif-ellé, elle est folle; mais le désir cjctrême que j'ai, et dont vous ne pouvez ni ne devea^ do^utet, doit vous engager à tout tenter pour me fiatïSfdîre. » « Il n'y avait pas moyen de teculer, continue Montbarrey, je résolus de m'adressèr à la comtéssfe de Château-Renaud, tante de M** de Fleury. "Bfle envoya prier sa nièce de venir chez elle... M^ de Fleury arriva. Il serait difficile de reïidrele Km négatif et rflsolu avec lequel elle reçut d'abord ma proposition... Lorsqu'elle ^t épuisé tous les reproches qu'elle croyait avoir à foire à la reine, nous l'amen&mes doucement à avoaèr^qaeeeqaihi'mortifiaft le
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U REINE ET HONTItAltaEY. 78
plas était la manière indifférente arec laquelle cette princesse la traitait. Elle se radoucit enfin peu & peu, et finit par me promettre d'écrire à son frère de ne pas partir avant huit jours, mais à des conditions qu'elle ^cta... Se lefi lui fit mettre pâréeril... Les conditions étaient qu'elle irait avec M" dé Château-Benaud au jeu de la reine après qu'il sersH oommencé ; que la reine se lèverait et viendrait lui demander d'écrire à son frère de ne pas partir avant le jour marqué... Je me rendis cliez ta reine... Cette princesse courut à moi et me conduisit dans un coin' pour savoir où en était ma négociation. Je lui i'endis compte. .. et finis par remettre dans les niains de la reine le pftfrier qui renfermait les conditions de lamarquise de fleury..i Dans mon fw intérieur, j'étais-' très convaincu que Sa Majesté se désisterait de sa demande ;., . mais je me trompais. La reine souscrività tout... On doit voii', dit en terminant Mohtl)arrey, d'après tout ce que je viens de raconter, queFamour^ propre de la reine avait été blessé de voir le comte de Laval l'emporter sur son protégé; on juge» que les' persoHnes qbi entouraient Sa Majesté l'avaient animée contre moi ; on ne doutera pas que la fin dé cet intermède n'ait été amenée par la certitude de procurer à un protégé de la reine une place pareille, qu'on fit vaquer tout naturellement, et enfin que la satisfac* tion de l'amthir-propre fut de rapprocher les deux compétiteurs, ens'assurant que celui qui avait d'abord été préféré n'arrivât pas à son régiment avant celui auquel on prenait un intérêt aussi marqué. »
La conclusion tirde par Montbarrey de cetteétrange manière de peupler FanAée d'onicSei>& e^ijélle-ci :
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Silnt-Gsnml
d J'ai cité cet exemfde pouf démontrer comb^ les pluB grands personnagce 8<»it exposés à devenir les jouets, et souvent les victimes des personnes qui ont accaparé leur confiance, et qui font servir à leurs ii)térê.ts particuliers toutes les passions, et même les défauts que leur survwllante iûtrigue leur a fait découvrir dans leurs maîtres. »
Un personnage aussi humble et aus» ravisé pour son îutérêtpersonnel, était en tout point digne du Mentor du roi et de la pléiade de g«i6 médiocres qui lui faisaient leurcour.sHonsieurdieMaUrepaSiécritMontbarrey, fut enchantéde ce qui m'étwt arrivé et.de ce que j'avais fait pour la satisfaction de la reine. Je n'en parlai point à M. de Saint-Germain^ qui n'en eût saisi aucun des rapports.., J>è8 cette époque, mes actions à la cour bausaèrent considérablement, »
Ce ministre dç la guerre, que traite ^ lestem^t son subordonné, finissait dans le découragement tth tristesse la tâche qu'il avait entreprise. Affaibli par les' années, découragé par les contradictioitô et 1q mauvais vouloir de son entourage, Saiot-G^main voyait sa santé décliner. Le désir de fairedes améliorations était passé autour de lui comme une aSaire démode. Saint-Germain sentait qu'il fatiguaiit le roi, qu'il fatiguait Maurepas. Les plans qu'il présentait étaient accueillis avec défiance ; Louis XVI,- impresfflotiné par les plaintes des personnes intéressées à les voir échouer, les faisait examiner au Heu de les accepter avec confiance de son ministre, commue au début. Aussi Saint-Gennain finit-il par p^dre lesomroeil d'inquiétude et de tourments, et, au bout de
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