‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 17 sur 142 · LES ROHAN ET LGS CHOISEUL · texte numérisé non relu

LES ROHAN ET LGS CHOISEUL

présentations sont toujours reçues avec grâce et bonté ; mais elles ont... bien peu de succès, et il n'y n plus même possibilité de les renouveler sur l'arlicle essentiel, qui est celui du jeu, parce que la reine marque alors, par sa contenance et son silence, qu'il est inutile de lui parler de cet objet- »

Les efforts de Marie-Tbérèse pour éloipner de sa "««Miier. fille l'ancien ambassadeur de France à Vienne, ce »i«pik«ii Itohan a si souple, si flatteur, si amusant jusqu'à dern»». être endurant, » avaient été aussi vains que ceux «hi^m (le Mercy pour fixer cette tête légère. Choiseul, dans TJto^''' ses rêves d'ambition, voulant profiter de la venue de l'Empereur en France, avait combiné une grande démarche de Marie-Antoinette contre les ministres en place. De ses vastes plans, auxquels cette princesse ne pouvait s'associer, foute de les saisir et d'y prendre intérêt, il n'était resté, dans le souvenir de la reine, que le mal que Gboiseul avait dit de Rohan. Elle n'avait pas manqué de faire part de ses impressions au roi et, avec sa vivacité, d'obtenir de ce prince sa <r parole d'honneur k de ne jamais faire du coadjuteur de Strasbourg un grand-aumônier de France. Gboiseul eut bien vile la confidence de cette résolution. Mercy se récria a contre cet aveu de la reine, mais, comme il dit, le mal élait fait. » Le parti de Choiseul et la cabale des Bohan, conduite par M"* de Marsan, dont toutes les manœuvres, d'après Mercy, aboutissaient o à tendre des pièges â la reine, » restèrent en présence quand la maladie du cardinal de la Roche-Aypiond, au mois de février 1777, vient réveiller l'ambition prévoyante des Rohan. a La comtesse do Marsan se

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88 I.IVHE PREMIER.

mit en avant pour assurer l'accomplissement d'une promesse signée du feu roi, et conlirmée par le roi d'aujourd'hui, pour la charge de grand- aumônier en faveur du coadjuteur, » écrit Mercy, dont nous reproduirons les paroles textuelles, pour faire comprendre la fantasmagorie d'un pouvoir obtenu par droit de naissance, et sa condamnation, d'autant plus écrasante, que le narrateur n'en a pas conscience; a mais ladite comtesse fut bien étonnée de trouver les choses changées et de reneoolrer des obstacles auxquels elle ne s'attendait pas. Les soupçons tombèrent d'abord sur la reine ; lesRohan se mirent dans un mouvement prodigieux : ils cherchèrent et réussirent à gagner le comte de Maurepas. Le duc de Choiseul mit, de son côté, en action tous les ressorts de l'intrigue pour soutenir l'effet du coup porté à son ennemi, et il en résulta une guerre des plus acharnées. Le prince de Soubise Rt écrire à la reine par la princesse de Guéménée. Sa Majesté se trouva embarrassée ; elle répondit dans des termes vaj^ues, mais qui cependant désavouaient en quelque sorte son opposition. Le 4 de ce mois (février 1777), la comtesse de Marsan eut une audience du roi, dans laquelle elle tint un langage d'une telle force que le jeune monarque en fut intimidé et voulut capituler; et finalement il déclara que le coadjuteur n'aurait la place que sous condition qu'il donnerait par écrit un engagement de se démettre de cette même place au bout d'une année. La comtesse de Marsan était trop habile pour ne pas se soumettre à cette loi, dont elle reconnut d'abord l'illusion. Le roi alla sur-lechamp en rendre compte è la reine, et ils crurent

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avoir parfaitement rempli feurs vues et assuré l'éloignement du coadjuteur... Je regarde comme un 1res grand mal, ajoute Mercy, que le prince de Rohan occupe cette place ; son audace en intrigue peut devenir dangereuse i la reine. Sa Majesté, qui ne peut souffrir ce coadjuteur, le traitera mal, sans lui en imposer, et ce dernier n'en sera que plus envenimé dans les machinations qu'il est très capable d'inventer. Cette cabale de la comtesse de Uarsan est une des plus méchantes qui existe à cette cour; tous les moyens leur sont égaux quand il s'agit de parvenir  leurs Sns, et ils ont des ouvriers propres à ce genre de manœuvres, entre autres l'abbé Georgel, que je sais avoir été employé en certaines occasions à écrire des lettres supposées. »

Huit mois après cette lettre, qui montre deux jeunes gens aux prises avec une domesticité contre laquelle ils ne savent pas se défendre, huit mois après ces débats, qui ne sont après tout que les vulgaires compétitions de valets se disputant grossièrement les profils à faire sur des maîtres riches et faciles à piller, le cardinal de La Bocbe-Aymond mourait. Il laissait des dettes considérables, après avoir eu plus de 800,000 livres (4 millions de DOS jours) de revenus ecclésiastiques. Le cardinal, ajoute le nouvelliste, avec cette insolente ironie qui est UD caractère des écrits de l'époque quand il s'agit du clergé, c le cardinal avait réuni toutes les dignités de l'Église... Il a prouvé qu'avec de la souplesse, dfs la hardiesse, point de scrupules,... on peut, sans savoir et même sans esprit, parvenir à la plus haute fortune... C'était un des

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IKI LIVRE PRBUIER.

prélats les plus ignares et les plus bornés de l'Eglise de France, et ce n'est pas peu dire. » Son successeur, qui fut le coadjuteur de Strasbourg, venait d'être nommé cardinal, a C'est du roi de Pologne, écrit, le 3 novembre, Marie-Thérèse à sa fille, que le prince de Rohan a obtenu la nomination au cardinalat : le protégé vaut bien le protecteur '. »

Indifférents à ces événements qui peuplaient Versailles de personnages si sévèrement jugés par une impératrice, les Français reportaient de plus en plus leurs pensées vers un peuple qui luttait contre 'un roi. Des chansons, les unes graves, les autres plaisantes, soutenaient la cause des Américains, et, le 15 octobre 1777, on distribuait dans Paris une épître pleine de gaieté qui reprochait aux Bostoniens leur prétention de vouloir être libres, lorsque le despotisme régnait sur le monde entier :

Parlez donc, mesaîeuri de Boslan ;

Se peat-il qu'au tiède où nuas sommes,

Sn inonde Iroablaat l'uniison,

Vous vous donniai lea aira d'être homiDea.

itaisonnont un peu, je Toua prie :

' Comtpmdanet leerètt entre Marie-Thérèse «t U comte 4t Mtrry. lome U, p. 398, 413 ; lome Ut, p. 11, 23 el aufy ; 77, 82, 83, 92. 102, 1 13. 118 et sBiT.; 127. — CorretpondaTKe setrilt inédite tur Lemit 171, Uarie-inlomette, la cour «I la ville, publiée par Leacure, lome I, p. 9, 24, 105, 109 el «uiï., 121. — Vémoires secrets pour servir à fhiftoire dt l« rfyublique des l«ilre(. tomeX, p. 266; lomeXt, p. 131.— JTAnoirM du eomu Alexandre de Tilly, lome II, p. 103. Paria, 1838, iii-8. — Mimoiret du dut de Lauiun, publiés par Louis Lacour, p. 216 et suiv. — Le eomie dt Fersen et la tour de France, extraits des papiers du (trand mariolial de Suède, pubiés par son pelit-neveu, le barop d« Kiinekowitr5ai. lome 1, p. xxsy. Paris, 187S, in-8. (Lettre secrète, aditute pat le eomIe de Creult i Gnstare III ; 10 avril 1779).

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