LAFAYETTE A.BORI)E EN AMÉRIQUE. JOI
reiisement quelques bandes complètement indisciplinée. Washington retranché dans son camp, dont il avait fortifié avec soin tous les abords, ne perdait pas de vue l'armée britannique, dont chaque mouvement lui était signalé par les gens du pa>s. Il évitait tout engagement sérieux avec autant d'obstination que le général anglais cherchait à les provoquer. Howe n'ayant pu surprendre son adversaire, iinit par rassembler, dans Stale-lsland, toutes les forces de lerre et de mer dont il pouvait disposer. Le général nméricain incertain de ses projets qui pouvaient menacer Philadelphie, donna l'ordre de réunir à la hiite les milices de la Pensylvanie à Wilmington, à Ghester, au-dessous de Philadelphie, et plaça des vigies sur les points les plus élevés qui dominaient la mer et la Delaware, pour signaler l'arrivée de la flotte anglaise. Ce fut pendant ces préparatifs que, vers la (in de juin, aborda à Georgetown, dans la Caroline du i Sud , le marquis de Lafayette * . A peine eût-il touché au port, que se jetant dans un canot, ce jeune homme remonta la rivière, empressé, dans son noble enthousiasme, de fouler ce sol américain sur lequel se débattait une cause pour laquelle il renouvella, dit-il, son serment « de vaincre ou de périr. » Il partit à cheval, avec six ofîlciers, traversa les deux Carolines, la Virginie, le Maryland et le Delaware, et après un mois de voyage, à travers un pays couvert de vastes forêts, sillonné de fleuves immenses,
' Mémoirtt tetrett pour ttrvir à l'Aitloire <j« 1» r^piibli^« dtt tittm, lame X, p. 68,249. — llùtciTs de la gunre de l'Indépendance <ki Élati-Unit, par Botla. lome II, |i. 464 et «uir , 467 et iiiît., 504 el iiûv., 508el auiv., âSteliuÎT., 54!etaiiii., SSUtiuiv., a63etniiT., ilD tt luiv., âS6 el >ul<. ~ -
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103 LlVRIi: PftEUlCR.
OÙ la nature, comme il l'écril, semble se parer a d'un air de jeunesse et de majesté » il aperçut enfin Philadelphie.
■ La flotte anglaise partie de Sandy-Hoock, te , S3 juillet, avait mis à la voile pour une direction inconnue, presqn'au moment oiî arrivait le jeune Français. Le gouverneur de Ticonderago, menacé par le général Burgoyne, s'était décidé à évacuer celte place depuis te 5 juillet et l'Âniérique était dans l'attente et dans l'anxiété, tant à cause des événements malheureux qui se succédaient pour elle sur les frontières du Canada, depuis la perte de Ticonderago, que de ceux qui pouvaient se produire par l'accord des deux frères Howe, dont l'un commandait la flotte, et l'autre une armée anglaise fortement organisée et pourvue de tous les engins de guerre qui faisaient souvent défaut à ses adversaires.
Assiégé par une foule d'officiers qui arrivaient avec les recommandations de l'envoyé américain Deane, le Congrès, plusieurs fois trompé dansleschoix qu'il avait faits, était sousKimpressi on produite parl'éclosion des prétentions malsaines et folles que les temps de troubles font naître chez une quantité de personnes qui ont échoué dans plusieurs arrières. A peine arrivé, La&yette remit au président du comité des affaires étrangères, M. Lovell, les lettres de l'envoyé des États-Unis â Versailles. Le lendemain, il se rendit au Congrès où M. Lovel! lui annonça que sa demande De serait probablement pas accueillie. Sans se troubler, Lafayette écrivit : « D'après mes sacrifices, j'ai le droit d'exiger deux grâces ; l'une est de servir à mes dépens, l'autre est de commencer à servir
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LAFAYKTTE ACCEUlLLi PAR LE CONGRES. 101
comme volontaire », puis il pria un des membres du Congrès de rentrer dans la salle et d'y lire ce peu de mots. Devant cet appel à leur esprit de justice, les membres du Congrès comprirent qu'ils étaient en présence d'un solliciteui' d'un nouveau genre. Les lettres de Deane, négligées comme des recommandations banales, furent ouvertes et les députés des États-Unis charmés du noble dévouement du jeune officier, y répondirent par une délibération ainsi conçue : s Attendu que le marquis de Lafayette, par suite de son très grand zèle à la cause de la liberté dans laquelle les États-Unis sont engagés, a quitté sa famille et les siens, et est venu à s^ frais offrir ses services aux États-Unis, sans réclamer ni traitement ni indemnité particulière, et qu'il a à cœur d'exposer sa vie pour nôtre cause ; résolu : que ses services sont acceptés, et que, en considération de son zèle, de l'illustration de sa famille et de ses alliances, il aura le rang et la commission de major-général dans l'armée des États-Unis, s
La prise de Ticonderago, qu'on regardait comme la clef des États-Unis, avait à la fols excité le plus grand enthousiasme en Angleterre et pfdduit la colère la plus vive en Amérique. Le général Saint- Cbir, qui en abandonnant cette forteresse, avait de fait conservé à sa patrie le seul corps militait^ autour duquel pouvaient se grouper les milices, et te général Schuyier que ses longs services et son patriotisme auraient dit préserver de toute calomnie, furent accu* ses avec fureur. Le Congrès décréta qu'il serait fait une enquête sur leur conduite. Saint-Clair ne put échapper, malgré l'avis du conseil de guerre, aux
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lOi LIVRE PREMIER.
accusations intéressces du Congrès, qui rejeta sur son impéritte et sa faiblesse, le cruel événement qui avait un.instant terrifié l'Amérique. Washington, tout en veillant avec soin sur la campagne qu'il dirigeait en personne, envoyait des munitions et des hommes à l'armée de Schuyier, expédiait, dans les États de la Nouvelle-Angleterre, le général Lincoln, avec mission d'user de son influence pour que leurs milices aillent renforcer l'armée, et l'audacieux général Arnold accourait, par ses ordres, communiquer son ardeur aux troupes qu'avaient découragé ces revers successifs.
Burgoynevitenun instant croître devant lui la force de résistance de populations hostiles que son union avec les sauvages poussait au désespoir. A ta difiicultédes routesà établir au milieu des forêts^ se joignait l'impossibilité d'obtenir des vivres, et l'armée anglaise mit un mois à parcourir le court espace qui séparait le fort Anne du fort Edouard, élevé sur les bords de l'Hudson. Il trouva le fort évacué et sa situation fut des plus critiques, par suite de la difficulté d'obtenir des vivres qu'il devait tirer entièrement de Ticonderago. Il fit quelques tentatives pour sortir de la position embarrassante où il se trouvait et envoya des troupes pour enlever un dépôt de vivres formé par les Américains au nord d'Albany, à Benington.
L'expédition fut malheureuse. Les Américains en force écrasèrent les Anglais, blessèrent à mort leur chef, le colonel Baum et le détachement fut en entier détruit ou fait prisonnier. Une attaque tentée par le colonel Saint-Léger, venu d'Oswego i par le lac d'Oneida pour attaquer le fort Schuyier, avait
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LAKAYKTTE KT WASHlNGlU\. teb
ëohouéej après un combat heureux, devant la résistance obstinée des milices américaines dont le nombre croissait de jour en jour, sous l'aiguillon de premiers succès et de la terreur mêlée de colère qu'inspiraient les hordes de sauvages traînées à la suite des armées anglaises.
L'espérance renaissait dans tous les cœurs, quand '■' f***" ""•• le congrès choisit, le 4 août, le général Gules comme chef de l'armée du Nord. Cet officier, dont la popu- i lariié était une force, rejoignit ses soldats alors réunis dans les îles formées au confluent de la Mohnwk et de l'Hudson. Washington incertain de la direction qu'avait prise la flotte anglaise, s'était rapproché de Philadelphie donnant l'ordre à tous les corps détachés de ses troupesd'accouriraiitour de lui.
Venu dans cette ville à un dîner où assistaient plusieurs membres du congrès, Washington y vit pour la première fois Lafayette. Le jeune otîicier nous a laissé l'impression que produisit sur lui la haute taille, la figure majestueuse et grave du général américain, fraternellement accueilli, il se vit complimenté de son zèle, des sacrifices qu'il avait fait, et Washington termina en priant Lafayetle de regarder le quartier général comme sa maison, en ajoutant, avec un sourire, a qu'il n'y trouverait pas ie luxe d'une cour; mais que devenu soldat américain, il se soumettrait sans nul doute de bonne grâce aux mœurs et aux privations de l'armée d'une république. » I^ lendemain le jeune Français accompagnait ' Washington dans la visite des forts de la Delaware, et quelques jours après il assistait à une revue de l'armée américaine, qui attendait, à peu de distance de Phila-
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lOS LIVRE PREUIER.
delplite, la direction qu'aurait prise les Anglais. I) y vit, écrit-il « 11,000 hommes environ, médiocrement armés, plus mal vêtus encore... Dans cet élat de bigarrure et souvent de nudité, ajoute-t-il, les meilleure vêtements étaient des chemises de chasse, larges vestes de toile grise usitées ea Caroline. Quant à la tactique, il suffit de dire que pour qu'un régiment en bataille de pied ferme gagnât du terrain sur la droite de son alignement, au lieu de rompre simplement à droite, la gauche commençait une éternelle contre-marche. Toujours sur deux rangs, les petits hommes étaient au premier; à cela près on n'observait point les rangs de taille. Malgré ces désavantages on voyait de beaux soldats, conduits par des oniciers zélés. La vertu tenant lieu de science, et chaque jour ajoutait à l'expérience et à la discipline. Lord Stiriing, plus brave que judicieux, un autre général souvent ivre, Green, dont les talents n'étaient encore connus que de ses amis, commandaient en qualité de majors généraux; le général Knox y était aussi, qui dans le même temps s'était fait de libraire artilleur, avait formé d'autres officiers et créait une artillerie. » Nous devons «être embarrassés dit Washington en abordant le marquis, de nous montrer à un officier qui quitte les troupes françaises. — C'est pour apprendre et non pour enseigner que je suis ici i>, répliqua Lafayetle, réponse spirituel1e,plusprofondequ'ilne le supposait. Ce jeune homme simple et modeste était le représentant d'une caste puissante qui dominait les nations de l'ancien monde par droit de naisâance. Il avait tout quitté, honneurs, famille, amis, pour venir
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LAFAYBTTE ET WASHINGTOiN. (07
chez un peuple proclamant l'égalité des hommes, et leur classement par leurs œuvres personnelles. L'amour de ses semblables et la hautaine et fière impartialité de l'esprit qui fait respecter les intérêls des autres comme les siens propres, étaient Us qualités dominantes deLafayette. Il était à son insu le point de contact de deux sociétés dont l'une allait mourir, et l'autre grandir malgré les douleurs et les découragements qui accompagnent l'enfantement des progrès lespluslégitîmesetlesplus incontestables réalisés par les hommes. L'histoire le trouve â l'endroit même oii furent proclamés les principes de raison et de justice, sur lesquels doivent s'appuyer les gouvernements des nations. « Défenseur de cette liberté que j'idolâtre, éerivait-il à la noble compagne de sa vie, libre moi-même plus que personne, en venant comme ami offrir mes services i cette république si intéressante, je n'y porte que ma franchise el ma bonne volonté, nulle ambition, nul intérêt particulier; en travaillant pour ma gloire, je travaille pour leur bonheur. J'espère qu'en ma faveur vous deviendrez bonne américaine, c'est un sentiment fait pour les cœurs vertueux. Le bonheur de l'Amérique est intimement lié au bonheur de toute l'humanité; elle va devenir le respectable et sûr asile de la vertu, de l'honnêteté, de la tolérance, de l'égtilité et d'une tranquille liberté. »
Quelques jours après la rencontre de ces deux hommes, qui allaient atteindre la vraie grandeur en contribuant à la réussite d'une des phases les plus éclatantes des progrès de l'humanité, la flotte anglaise entrait dans la baie de Ghesapeaek et la re-
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108 LIVRB PRËMIEIt.
montant, sous l'impulsion d'un vent favorable, abordait près d'EIkton, à environ 70 kilomètres de Philadelphie. Détournés de la Delaware par crainte de travaux de défense, exécutas sur ce fleuve, les Anglais avaient lutté, pendant plus d'une semaine, contre les vents contraires pour doubler les caps qu'il fallait franchir.