‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 21 sur 142 · LE GOUVERNEMENT ET LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT ET LES PROTESTANTS

Majesté. » Le ministre est aussi circonspect quand il s'agit de ta Guyenne. En ordonnant de iScher de démolir des temples, d'arrêter des prédicants et même les relig^onnaires les plus obstinés , il prescrit & l'intendant d'employer c ces moyens ou seulement quelques-uns, en évitant surtout ceux dont l'exécution pourrait exciter une fermentation qu'il serait peutêtre ensuite bien difficile d'éteindre ». Dans le Languedoc, où il y a un grand nombre de temples, les protestants ne tiennent compte d'aucune des lois faites contre l'exercice de leur religion. Le gouvernement Qotte indécis entre les mesures de rigueur qu'il voudrait prendre , et la crainte de l'efTet qu'elles vont produire, quand elles seront exécutées. < Ne serait-il pas possible, écrit le ministre Ameiot au comte de Périgord, d'amener les religionnaires de la Saintonge à se réformer «i quelque sorte d'euxmêmes, «1 cessant de donner à l'exercice de leur culte une publicité aussi contraire aux vues du gouvernement qu'elle est scandaleuse pour la religion. > Les protestants, loin de déférer aux avis du comte, décorèrent une grange à Castelbarbe, près d'Orthez, la pourvurent d'une chaire, de galeries pour les auditeurs, y célébrèrent des mariages, firent des baptêmes, et se livrèrent aux rites de leur culte avec autant de publicité que les catholiques. Le ministre, bravé, fil mettre la grange sous scellé ainsi que les maisons où Se réunissaient les religionnaires, ordonnant l'arrestation des trois prédicants Belzenne, Journet et Marsoo fils. Après cet acte de vigueur, il a peur de ce qu'il a fait, et écrit au comte de Périgord : K J'ai peine à croire que cet exemple puisse

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lU LIVRE PREMIRR.

augmenter lenombre des émigrations. . . Quelqueiàéu que les protestants se soient faite de la tolérance du gouvernement, ils ne sauraient penser qu'elle soit portée au point de leur permettre un culte extérieur aussi public que celui de la religion catholique... L'on est dans la nécessité de fermer les yeux sur leurs assemblées au désert, même sur des assemblées peu nombreuses et peu éclatantes dans quelques maisf»» particulières; mais qu'ils aient des temples publiquement connus comme tels, qu'ils en construisent, .. . qu'ils y placent des chaires,. .. c'est ce que le roi ne parait nullement disposé à tolérer, -a Dans ses confidences, il parle des conseils de l'intendant Douel de La Boullaye, qui propose d'envoyer des dragons loger chez les protestants;, aux lieux où ils ont eu des assemblées. « Ne trouvez-vous pas, dit-il, qu'il serait à craindre que cette expédition ne réveillât l'idée des anciennes dragonnades, qui n'ont, dans le temps, que trop fait de bruit dans la France et dans toute l'Europe?... Je vous ai parlé de quelque mouvement parmi ceux de l'Orléanais... 11 n'est peut-être pas sans inconvénient qu'un intendant, un homme du roi, traite directement et ouvertement avec dçs sujets... Mais, au point où sont les choses, l'on n'est pas toujours mattre du choix des moyens. »

Les ministres appliquent encore quelquefois la loi infâme de Louis XIV qui permet d'enlever des enfants à leurs parents. Ainsi l'on voit, en 1777, enfermer au couvent de Sainte-Claire de Milhau, par l'intermédiaire de l'intendant Terrai et sur la demande de l'évèque de Vabres, M"" Nègre et Randpn. Le frère de M"' Randon et d'autres protestents, sont,

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â cette occasion, menacés d'être punis sévèrement s'ils commettent « quelques nouvelles imprudences » , e'est-à-dire s'ils se permettent de blâmer de pareilles séquestrations. Hais le plus souvent les ministres reculent, et lorsque Tarchevêque de Paris parle d'une demoiselle Du Gay, âgée de dix-sept ans, qui, se plaignant d'être gênée par ses parents, sollicite d'être placée dans an couvent, Amelol écrit au lieutenant de police Lenoir :

a Sa Majesté ne se porte pas Ir^ Tacilement à user de son autorité dans des circonstances pareilles, surtout lorsqu'il est question de jeunes personnes de l'âge de la demoiselle Du Gay, qui ont quelquefois d'autres motifs pour chercher à se soustraire à l'autorité de leurs parents... Vous voudrez bien aussi me mander si, dans le cas où le roi se porterait à donner les ordres demandés, il ne serait pas à craindre qu'ils causassent une sensation trop vive parmi les protestants, s Le ministre n'est pas moins embarrassé, deux ans plus tard, à propos d'une demoiselle Fabrègues, qui, selon la formule administrative, « parait être dans le dessein d'embrasser la fol catholique ». Ces détentions, répond-il à l'inteudant Saînt-Priest, produisent ordinairement, de la part des parents, des murmures et quelquefois des déclamations qu'il est prudent d'éviter. J'ai remarqué que ce qui y doiîne Heu surtout, c'est lorsqu'on leur enlève leurs enfants avec violence ou lorsqu'on veut les forcer de payer leura prisions. Je crois donc que, s'il y a des ordres à donner, ce ne doit être que pour faire recevoir des prosélyte dans le couvent, mais non pour les faire arrêter et les y faire conduire de

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force : c'est à eux de trouver les moyens de s'y rendre. »

L'attitude des protestants devenait, du reste, de plus en plus hautaine devant les ordres du pouvoir. Un religionnaire du Béarn refusait formellemeDt de faire baptiser sou enfant à l'église; des chevaliers de Saint-Louis I entre autres un monsieur Courtade de Glairade, se mariaient publiquement devant des pasteurs ; et la ville de La Rochelle, ayant à élire des juges-consuls, choisissait des protestants, contrairement i la loi. Le ministre, qui n'ose pas sévir contre les habitants de La Rochelle à cause de la guerre engagée avec l'Angleterre en 1779, laisse à l'intendant du Béarn, Bordenave, la liberté d'agir ou de ne pas agir contre le protestant qu'il lui a signalé ; il prescrit à Saint-Priest' de ne pas tenir compte des réclamations faites par les évêques d'Uzèa et de Rieux contre les mariages protestants contractés au désert, et, à propos des chevaliers de Saiot-Louis, il écrit : « Peut-être pourraisje, en me concertant avec le prince de Montbarrey, trouver les moyens de les punir ou au moins de contenir ceux qui seraient portés à se laisser séduire par le mauvais exemple, m Ils n'ont pas pu contracter de pareils mariages, ajoute-t-il, k sans commettre un parjure punissable contre le serment de catholicité fait en recevant la croix de Saint-Louis >.

La loi qui défendait aux protestants d'aliéner leurs bieos sans permission fut prorogée en 4778. Le ministre, qui a reçu des observations à ce sujet, commeace, en 1779, à douter de l'enicacité de cette législation^ promulguée presque aalomatiquemeot

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