‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 24 sur 142 · L'INTOLÉRANCE EST UN ACTE DE DÉMENCE · texte numérisé non relu

L'INTOLÉRANCE EST UN ACTE DE DÉMENCE

gouvernement, comme pour loute autre chose, il faudra se contenter de ce q ui est le moins défectueux » .

Les conclusions d'un souverain qui a mérité l'admiration des peuples, autant par l'audace de ses entreprises que par la sagesse qu'il a mise à les proportionner à ses forces, se résument dans ces mots, à propos de la tolérance nécessaire en fait de religion : « Ne faudrait- il pas être en démence pour se figurer que des hommes ont dit à un homme, leur semblable : Nous vous élevons au-dessus de nous parce que nous aimons l'esclavage, et nous vous donnons la puissance de diriger nos pensées à votre volonté ? Ils ont dit, au contraire : Nous avons besoin de vous pour maintenir les lois auxquelles nous voulons obéir, pour nous gouverner sagement, pour nous défendre ; du reste, nous exigeons de vous que vous respectiez notre volonté. >

Frédéric, dans son remarquable Essaisur les formes de gouvernement, tend i penser qu'il est dans la „. destinée des hommes de vivre sous la direction d'un ^ chef unique ; car, si selon lui la monarchie peut être le pire des gouvernements, elle peut être aussi le meilleur de tous. Frédéric, qui accueille plus d'un roturier, n'a d'estime sérieuse que pour les nobles. Son dédain pour la populace, qu'il ménage comme un propriétaire intelligent fait de son troupeau, est presque égalé par le chef des classes moyennes. tf J'entends par peuple, écrit Voltaire à Damilaville, la populace, qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps et la capacité de s'instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me parait essentiel

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qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n'est pas le manoeuvre qu'il faut instruire, c'est le bcm bourgeois, c'est l'habitant des villes ; cette entreprise est assez forte et assez grande. »

La déniDonti* Placés BU polut dc vue que leur permettaient leurs habitudes et les conditions de leur existence, ces deux hommes ignorent ce que produiront sur leurs successeurs des conditions intellectuelles et matérielles différentes. Ils ressemblent au voyageur gravissant une montagne, qui à chaque pas voit grandir le pays développé à ses pieds et ne sait pas jusqu'oiî s'étendra l'horizon à la halte prochaine.

Les classes moyennes de la France qui avaient la fierté que donne le développement intellectuel, saluaient avec une ardente sympathie leurs pairs d'Amérique, qui soutenaient une héroïque lutte en dépit delapopulace.c'est-à'-direde cette réunion d'hommes chez l^quels fin tell igence n'est pas née ou a été étouffée par les vices, et des classes les plus riches qu'énerve souvent une vie trop facile. En rapport direct avec les masses populaires, élira avaient communiqué presque à leur insu leurs passions et leurs idées à une foule qu'attachait à elles le cours naturel et irrésistible des choses.

Voltaire, imitant les pythies antiques qui rendaient des oracles malgré elles-mêmes, avait prêché la démocratie,toutennecroyantpasà la possibilitéde faire descendre les lumières jusque dans les couches les plus profondes de la société, a Je vous avouerai, disaitil avec sa verve de bon sens, que je m'accommoderais

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