‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 27 sur 142 · HADAUE DE BOURBON ET LV. COMTE D'ARTOIS · texte numérisé non relu

HADAUE DE BOURBON ET LV. COMTE D'ARTOIS

L'affaire que la reine semblait mettre presque au anareiiadebii niveau d'une guerre avec l'Anî^leterre, était une dii«<|^i^<id querelle qui avait eu lieu au bal de l'Opéra. Vive- ^^^^t ment intriguée par le comte d'Artois, la duchesse de Bourbon avait voulu arracher le masque de son interlocuteur, quand ce prince, irrité, repoussa son agression en froissant celui de la princesse. L'aventure ne tarda pas i devenir publique, chacun la raconta à sa manière, et l'insulte qui avait pour cause une jalousie entre M" de Canillac et la duchesse, prit en un instant les proportions d'une question politique. Les nouvellistes afiirmèrent que M*" de Bourbon avait dit au roi c qu'elle demandait moins une réparation comme princesse que comme femme et citoyenne, dont la plus infime doit être respectée partout, et principalement sous le masque » . Tout Paris prit fait et cause pour elle, les femmes surtout se déchaînèrent contre le comte d'Artois, dit Besenval, qui, écrivant sa narration en 1778, sous l'impression du moment, ajoute cette remarque caractéristique : c En général, le pubUc, on ne sait pourquoi, n'aimait pas la famille royale, la reine, et H. le comte d'Artois surtout. » Chargé de rétablir ta concorde entre les personnages compromis dans la querelle, Besenval nous initie à des détails puérils, qui contrastent étrangement avec la gravité des fonctions attribuées aux princes par l'imagination populaire. La princesse, d'après lui, avait dit c que le comte d'Artois était le plus insolent des hommes, et qu'elle avait pensé appeler la garde du bal de l'Opéra pour le faire arrêter » ; propos relevé par Haurepas comme un manque de respect au roi, qui

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nécessitait des excuses. Le prince de Gondé, chef de la famille, ne s'y refusait pas, « mais il ne voulait pas articuler que jamais lui, ni ce qui lui appartenait, ne manquerait à Sa Majesté ni à la famille royale. Celait précisément ce mot de famille royale qui faisait la pierre d'achoppement, parce que les rois ne veulent pas considérer les princes comme en faisant partie, et les princes veulent toujours en être. Comme chacun tenait bon de son côté, cela occasionna beaucoup d'allées et de venues qui n'aboutissaient qu'à faire manquer M. le prince de Gondé aux rendezvous que le roi lui donnait. Enfin Sa Majesté ordonna à M. le prince de Gondé de se rendre à Versailles, suivi de M. et de M"* la duchesse de Bourbon, et, les ayant fait entrer dans son cabinet^ où était M. le comte d'Artois, il signifia, non pas en père de famille, mais en roi, qu'il voulait que le passé restât dans l'oubli, et surtout qu'on n'en reparlât plus ». M"" de Bour^ boD, continue Besenval, a en assurant le roi que son intention n'avait jamais été de lui déplaire, n'avait pas ajouté et à la famille royale. M. le comte d'Artois ne lui avait fait aucuoe réparation; par conséquent elle se tenait toujours pour offensée, et M. le duc de Bourbon se croyait obligé d'en demander raison ». Un duel fut donc résolu en famille : il eut lieu au bois de Boulogne. Après cette sorte de comédie, qui pouvait être sanglante, malgré la politesse des combattants vis-à-vis l'un de l'autre, chacun des adversaires vint chercher au théâtre l'approbation du public. La duchesse de Bourbon fut reçue à la Comédie française avec de tels transports qu'elle en versa des larmes, affirme un journal; son époux

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FRANILLIN A VERSAILLES. Ul

et son beau-père, te prince de Condé, paraissant dans sa loge peu après son arrivée, provoquèrent des bravos qui furent loin d'être aussi accentués à l'apparition de la reine et de la comtesse de Provence. « Monsieur, dit un journal, a fait peu de sensation, et le comte d* Artois, arrivé le dernier, n'a recueilli que des battements de mains de décence... M. le duc de Chartres ne s'est pas montré à la Comédie ; il craignait de n'y pas jouer un beau rôle. Le public a été indigné d'apprendre que, depuis l'aventure de sa 'sœur, il eût continué à vivre avec le comte d'Artois dans ta même intimité. »

L'opinion publique se résuma du reste, suivant l'habitude, dans des vers moins poétiques dans leurs expressions que méprisants pour les personnages engagés dans cette querelle :

Bourbon se Uit et ae lu» ente, L'époax menace et se présenie; D'AfloÊi Be tante, puii mollii; De Chartres rit et s'afilllt.

Dans le mois même où la nation jugeait ses rniikii>prt>epu princes avec ce dédain, Franklin était présenté au *^^^'*'' roi à Versailles. « Assurez de mon amitié les États- p'fa^t^uiïT Unis d'Amérique, lui dit Louis XVI en l'accueillant ; j„ îï^bi. je suis très satisfait en particulipr de la conduite ""«"re que vous avez tenue dans mon royaume, n Le premier commis des affaires étrangères était au même moment désigné comme ministre plénipotentiaire de France près des États-Unis '.

' Hitloire géttirah et raisonnée de la diplomatie fraitfaise, par Fi»s. MO, lomeVI, p. 150etsai».,156. ISSeUniv, 1809, in-6. - Cornspcm- 4anci ucritt nir Louit IVl tt Xarie-Àntoinette, pubJiie par Lesciirr, UiBie I, p. 148 et suiv., 153.— Histoire de la guerre de l'ind^penttmce det 6lati-Unit, pir Botta, tome [U, p. 2tâ et aaJv., 357. - Cor-

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Voltaire était depuis un mois à Paris, quand se passaient ces événements graves et frivoles, qui avaient la double conséquence d'aiîermir les sérieuses aspirations du pays et d'affaiblir la considération des chefs de la France.

Voltaire avait salué avec une espérance à la fois patriotique et personnelle l'avènement de Louis XVI. Mais le retour des Parlements, le pouvoir donné & Maurepas, jetaient le trouble dans cette âme impressionnable, susceptible des plus grandes audaces et parfois des craintes les plus puériles. < Il m'a dit, écrit M"" Suard, en 1775, que M. Seguier était venu le voir en passant à Ferney, il y a peu de temps; et là, Madame, à la place que voua occupez (j'étais assise auprès de son lit), ce Seguier m'a menacé de me dénoncer à son corps, qui me ferait brûler s'il me tenait. » M"' Suard lui répondit : « Monsieur, ils n'oseraient. — Et qui les en empêcherait 1 — Votre génie, voire âge, le bien que vous avez fait à l'humanité, le cri de l'Europe entière. Croyez que tout ce qui existe d'honnête, tout ce que vous avez rendu humain et tolérant se soulèverait en votre faveur. » Voltaire lui répliqua en riant : « Eh 1 Madame, on viendrait me voir brûler, et on dirait peut-être le soir : C'est pourtant bien dom-

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[1. 174, — Mimoirti letreU pour tenir âi'hiitoire iet leUret, tome XI, p. 114, U9, 153 et mil., 155 el suit., 164. — Séntoirê* de Betenval, (ome II, p. 50 et auiy. — ArcfttMi natiotialtt. K.164. IfltrMdeLouîsXVI au roi d'Espagne, lui annonçant qu'il a fait un tttili ant lei ËtitA-Uni*, 8 janvier 1T78. Lettre de Lauii XVI annonçant au roi d'E^agne qu'il a camnuDiqué le traité qn'U a Tait, 3 man ITTS. Ittponie in roi d'EtpafiBe, copiée de a main de Louii XVI, el tdreuéa iVtrgennH, dn 22 non 1718.

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