VOLTAIRE A PARIS
Le renvoi de Turgot, tant d'espérances d'un avenir meilleur évanouies ou du moins reculées, avaient fait suspendre des projets longtemps caresEés par le vieillard, quand, poussé par ses amis de Paris, par sa nièce, par le désir de voir représenter une dernière tragédie qu'il vient de fmir, il se décida à risquer le mauvais vouloir du gouvernement de son pays.
Irène a été reçue le 2 janvier 1778 à la Comédie française ; Irèae expliquera et excusera au besoin le voyage si longtemps désiré. Un journal avait annoncé, dans le mois de décembre 1777, que le voyage du grand écrivain ne s'elîeçtuerait pas parce qu'il c l'oUigerait à des efforts au-dessus de son âge et mettrait sa santé en quelque péril n. Le 2 février 1778, Voltaire écrivait à de Vaines : s Vous me parlez de voyage : vous m'attendrissez, et vous faites tressaillir mon cœur... Mais j'ai bien peur de ne faire incessamment que le petit voyage de l'éternité. » Deux jours après il montait en voiture entouré de toute la population de Femey, qui était consternée de voir 1 éloignement de son bienfaiteur, et peu rassurée de la promesse qu'il lui fit de revenir dans moins de six semaines. Il put, dès soa entrée dans le royaume, comprendre que W* Suard avait raison, et qu'une puissance invincible, celle de .tout un peuple, se dressait entre sa pei^onne et celle de ses persécuteurs et de ses ennemis. Reconnu à Bourg-en-Bresse, il fut en un instant entouré d'une foule enthousiaste, et ne put échapper à ses ovations qu'en s'enfermant à clef dans une chambre... Le maître de poste, M. Bon, cria en
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jurant à son' postillon: k Ta bon train, crève mes chevaux, je m'en f..., tu mènes M. de Voltaire. » A Dijon, des jeunes gens revêtirent le costume des domestiques de l'auberge pour pouvoir le servir, et une sérénade fut organisée sous ses fenêtres.
Plein de gaieté en approcbant de la capitale, qu'il craignait de ne plus revoir, il semblait transformé et revenir à ses premières années. Arrivé â la barrière, les commis lui ayant demandé s'il n'y avait rien contre les ordres du roi. Voltaire répondit : « Ma foi, Messieurs, je crois qu'il n'y a ici de contrebande que moi », et il descendit de voiture. « C'est pardieu M. de Voltaire :», dit à voix basse un des gardes à son camarade. Tous le iixent avec un étonnement mêlé de respect et le prient de continuer sa route. A peine a-t-il abordé l'hôtel du marquis de Villelte, situé rue de Beaune, qu'il court chepcher, dans sa demeure du quai d'Orsay, d'Ai^entat, celui qu'il appelle son ange gardien depuis tant d'années. « J'ai interrompu, lui dit-il en le serrant dans ses bras, mon agonie pour venir voua em-
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BmotiaTi de piHi 1 NoD, s'écîîe Grimm, l'apparition d'un revenant, celle d'un prophète, d'un apôtre, n'aurait pas ■ causé plus de surprise et d'admiration que l'arrivée de M. de Voltaire. Ce nouveau prodige a suspendu quelques moments tout autre intérêt; il a fait tomber les bruits de guerre, les intrigues de robe, les tracasseries de cour... La Sorbonne a frémi, le Parlement a gardé le silence, toute la littérature s'est émue, tout Paris s'est empressé de voler aux pieds de l'idole. »
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