VOLTAIRE A PARIS. |4S
Le lendemain, efTectivement, la cour et la ville accouraient dans les salons du marquis de Viltette. d Je ne l'avais point vu depuis dix ans, dit Laharpe, et je ne l'ai trouvé ni changé ni vieilli. Lui-même nous a lu le premier acte de sa tragédie ; il est encore tout plein de vie; son esprit, sa mémoire, n'ont rien perdu. » Votre a vieux voisin, écrit Tronchin, à Genève, fait ici une très grande sensation. S'il y résiste, il faut que son corps soit d'acier... Je l'ai trouvé toujours le même, toujours ayant peur de son ombre, ne se croyant pas en sûreté. Il ira demain à Béradius, on lui réserve quelques folies; vous les saurez. »
L'Académie nomma, pour le féliciter sur son retour, une députation de trois de ses membres que suivirent presque tous les académiciens présents, et décida, en son honneur, une séance publique extraordinaire. Trois jours après, le 14 février, arrivait une députation de la Comédie française. M"' Necker fut reçue, le 18, avec les grâces que méritait le souvenir de la souscription faite dans son salon pour l'érection de la statue du grand écrivain. Ce jour-là se présenta Franklin. A son nom, Voltaire lui tend les bras, et les deux vieillards, ces représentants d'une civilisation nouvelle, s'embrassent en pleurant. « Mettez-vous à genoux, mon enfant, devant ce grand homme , dit le représentant de l'Amérique à son petit-HIs, qui l'accompagnait, et demandez-lui sa bénédiction. » Voltaire étend la main sur ce front de quinze ans, et s'écrie : « Dieu, Liberté, Tolérance. » Le patriarche, comme on l'appelait, parlait en anglais, quand M"' Denis lui lit
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I» LIVBR PREMIER
observer que Franklin entendait le français, et qu'en se servant de cette langue, chacun pourrait prendre part à la conversation. C'est vrai, répliqua Voltaire, « je n'ai pu résister au plaisir de parler un moment la langue de la liberté à l'homme qui Ta fondée en Amérique, n Quand Turgot, accablé par la goutte et se soutenant avec peine, parut dans la chambre. Voltaire fut pris d'une vive émotion ; il s'élança vers lui, et saisissant sa main malgré les efforts qu'il faisait pour la retirer, il la baisa en.s'écriant : « Permettez que je baise cette main qui avait signé le salut de la France. Vos pieds sont d'argile, mais votre tête est d'or, s 11 devait s'entretenir plus d'une fois avec cet ancien ministre, pour lequel il professait la plus vive admiration, et qu'il opposut toujours aux esprits chagrins déclamant contre la décadence du siècle.
Paris était dans un état de délire qui avait gagné toutes les classes de la population, a II faut avoir vu à cette époque la Joie publique, l'impatiente curiosité et l'empre^sem^ot tiiq^iiltueux d'une foule admiratrice, écrit le comte de Ségur, pour envisager et même pour apercevoir- ce vieillard célèbre, contemporain de deux siècles, qui avait hérité de l'éclat ' de l'un et fait la gloire de l'autre ; il faut, dis-je, en avoir été témoin pour s'en faire une juste idée ; ... il faudrait être dans l'atmosphère où je vivais : c'était celle de l'exaltation. » Lorsque la voiture de Voltaire allait au pas, la foule l'entourait. Il en était de même quand il était à pied ; et Wagnière raconte qu'un jour ope vendeuse de livres, aux abords des. Tuileries, accourut en l'apercevant sur le ppnt
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VOLTAIHE A PARIS. tfî
Royal, fendit la presse et, se mettant à côté de Voltaire, lui disait^ en mangeant un morceau de pain : a Mon bon monsieur de Voltaire, faites des livres; vous me les donnerez, et ma fortune sera bientôt faite ; vous l'avez procurée à tant d'autres ! 0 mon bon Monsieur, s'il vous plait, hxi^ moi des livres, je suis une pauvre femme. » Les personnes qui demandaient le nom de l'homme auquel elle s'adressait, entendaient une foule de voix répondre : s C'est monsieur de Voltaire, c'est le défenseur des malhenreuit opprimés, celui qui a sauvé la famille des Calasi et des Sirven. i> Il est appelé par le peuple « l'homnie aux Calas », écrit M"" du Deffand à Walpole, « il n'y a que la cour qui se refuse à- l'enthousiasme. >
Les journaux, les mémoires du temps portent tous u tan, l'empreinte de la confusion qui se produit générale- ''^^^ïf™ ment dans les questions morales entre la causti et l'effet. « Jamais, s'écrie M. de Ségur, en parlant de Voltaire, aucun mortel n'opéra d'aussi grands cïtangements que lui dans les opinions et dans les moËurs de son siècle. Jamais aucun chef de secte ne combattitet ne vainquit à la fois, sans paraître dans la mêl^,:'plus d'ennemis qui se croyaient invincibles, plus d'erreurs consacrées par le temps, plus de préjugés enracinés par de vieilles coutumes. » Quand Voltaire sera mort, Grimm personnifiera encore en lui le vainqueur d'un passé douloureux, a. Il n'est plus œloi qui, le premier peut-être, écrivit l'histoire en philosophe^ en homme d'État, en citoyen, cbmbatttt sans relâche tous les préjuges funestes au bonheur des hommes;... appuyé sur legéni&du siècle qui l'a vu naître, seul il soutenait encore, dans son
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U9 LIVBË PREMIETI.
déclin, l'âge qui l'a vu mourir^ seul il en retardait encore la chute... Le fanatisme, dont !e génie étonné tremblait devant celui du grand homme, le voit à peine expirant, qu'il se flatte de reprendre son empire. » Erreur que tout cela : la force de Voltaire était moins dans sa sciencej dans son rare bon sens, dans son incomparable lucilité à manier l'arme légère du ridicule et de l'ironie, que dans la disposition d'esprit de ses lecteurs. Les sentiments, les passions des classes éclairées avaient filtré au-dessous d'elles, comme l'eau s'imbibe dans le sol, soit par suite de l'extension deslumières, soit par suite des souffrances subies; le 61on de la mine, formé peu à peu à la surface, avait descendu grossissant sans cesse. Voltaire ne l'avait pas créé, mais Voltaire l'avait vu comme tant d'autres, Voltaire l'avait exploité comme Monlesquiea, comme Fontenelle. Que Voltaire soit mort au début de sa vie ou fiit resté dans le néant, l'ensemble confusde désirs et d'espérances qui avait saisi des foules chaque jour plus nombreuses, n'eût pas moins conduit de déceptions eh déceptions à un immense cataclysme. Voltaire avait signalé ce danger depuis longtemps. « Le monde se déniaise furieusement. Une grande révolution dans les esprits s'annonce de tons côtés s , disait-il, puis il ajoutait : « Quand la raison est nce il n'est pas au pouvoir humain de la faire mourir. Pour moi je ne lui donnerai point de lait ; je la vois forle et drue ; elle parviendra à l'âge de la maturité sans que je la nourrisse. » Cette dernière appréciation, qui réduit la vraie grandeur d'un homme à la défense et au triomphe des aspirations de ses semblables, fait comprendre l'existence d'une vie collective
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VOLTAIRE A PARIS. IW
pour une société et saisir les dangers qui attendent les gouvernements se heurtant à une force aussi irrésistible qu'implacable.
L'apparition de Voltaire à Paris allait, plus que ses œuvres et ses paroles, mettre en lumière la scission profonde et irrémédiable qui s'était produite entre la nation et les chefs qui prétendaient la diriger. Il a contre lui, dit un journal, quelques jours aprfe la venue du grand écrivain, « le parti des dévots et du clergé. Ils ont été furieux de l'éclat qu'a fait ici son arrivée et de la sensnlion incroyable qu'elle a produite ; ils ont cherché d'abord à se prévaloir des défenses, qu'ils croyaient exister, par lesquelles il lui était interdit de reparaître dans eette capitale ; ils ont compulsé les registres de la police, ceux du déparlement de Paris, ceux des affaires étrangères, pour voir s'il ne se trouverait pas quelque bout de lettre de cachet dont ils pussent s'autoriser pour le perdre pieusement dans l'esprit du roi, déjà très mal disposé contre lui : projet dans lequel ils espéraient être secondés par Monsieur, ne goûtant pas d'avance te coryphée de la philosophie moderne. Malheureusement, il est cooËtaté qu'il n'y a jamais eu d'ordre par écrit qui ait expulsé M. de Voltaire, et que sa longue absence ne doit s'attribuer qu'à son inquiétude naturelle et à des insinuations verbales de s'éloigner... Le fanatisme est donc réduit à s'intriguer lourdement d'un côté, à crier au scandale de l'autre, et à gémir universellement du séjour de cet apôtre de rincréduUté dans cette ville. Monseigneur l'archevêque, comme le plus intéressé à son expulsion et le plus zélé pour la défense de la religion, en
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da Volulra arec d'àlembert,
a écrit directement au roi : mais on a représenté à Sa Majesté que ce vieillard, déjà fatigué de son déplacement,... ne pourrait retourner à Femey dans ce moment,... qu'il était de la bonté de Sa Majesté de le laisser repartir de lui-même, ainsi qu'il se le proposait. 9
Voltaire, parfaitement au courant de l'ardeur de ses ennemis, ne pouvait penser à son Sge sans craindre les chances d'une mort qui attirerait sur sa famille et ses amis les ennuis et les outrages dont le menaçait ouvertement un clergé dominateur et tout-puissant. Plein de\-ieetd'entrain, étonnant tout le monde par sa vigueur, il travaillait sans relâche à sa tragédie d'Irène, dont la représentation était pour le moment une idée Axe, quand, dans un entretien intime avec d'AIembert, il aborda la possibilité pour lui d'une maladie grave. Que me conseillez-vous de faire dans ce cas, lui dit-il. « Ma réponse, éciit d'AIembert, fut celle que tout homme sage lui aurait faite à ma place, qu'il ferait bien de se conduire, en cette circonstance, comme tous les philosophes qui l'avaient précédé, entre autres, comme Fontenelle et Montesquieu. » < Je pense de même, répliqua Voltaire, car il ne faut pas être jeté à la voirie comme j'y ai vu jeter la pauvre Lecouvreur. » Il avait, continue d'AIembert, dans sa lettre au roi de Prusse, « je ne sais pourquoi, beaucoup d'aversion pour celte manière d'être enterré. Je n'eus garde de combattre cette aversion, désirant qu'en cas de malheur, tout se passât sans trouble et sans scandale. »
Voltaire venait de recevoir M"" du Barry.et après elle le poète Lebrun, quand lui fut apporté une lettre
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L'AbBÉ GAULTIER. IKt
d'«n prêtre inconno, l'abbé Gaultier : « Beaucoup de personnes, Monsieur, vous admirent, lui dis»it-il, je désire du plus profortd de mon cœur èlre de leur nombre; j'aurai cet avantage si vous le voulez... Quoique je sois le plus indigne de tous les ministres, je ife vous dirai cependant rien qui ne soit digne de mon ministère et qui ne doive vous faire plaisir;... quoique je n'ose me flatter que vous me procuriez un si grand bonheur,... je prierai, avec le plus de ferveur qu'il me sera possible, le Dieu juste et miséricordieux pour le salut de votre âme immortelle. . . » Voltaire, préoccupé de la pensée qu'il avait exprimée à d'Alembert, crut que te hasard lui fournissait le moyen d'épargner des chagrins et des scandales à sa famille par l'entremise d'un humble prêtre, aussi répondit-il imnlédiatemcnt : a Votre lettre. Monsieur, me paraît celle d'un honnête homme, et cela me suffit pour me déterminer à recevoir l'honneur de votre visite le jour ou les momentsqu'il vous plaira de le faife. Je vous dirai la même chose que j'ai dite en donnant ta bénédiction au petit-fils de Franklin, l'homme le plus remarquable de l'Amérique : Je ne proifonçaï que ces mots : Dieu et la liberté! Tous les assistants versèreht des larmes d'attendrissement. Je me flaile que vous êtes dans les mêmes principes.
« J'ai quatre-vingt-quatre ans, je vais bientôt paraître devant Dieu, créateur de tous les mohdes. Si vous avez quelque chose à me communiquer, je me ferai un devoir et un honneur de recevoir votre visite, malgré les souffrances qui m'accablent. »
Le lehdemaitl même, 21 février, l'abbé Gaultier se présetlfa à l'hôtel de Viltelte : il y avait foute dans
M rtirier 1TT8.
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le salon ; mais, après quelques minutes. Voltaire cong(^dia ses visiteurs, et, prenant l'ecclésiastique par la main, le conduisit dans sa chambre. Le poète, interrogeant l'abbé sur son passé avec une grande politesse, essaya de démêler s'il avait agi par ordre en s'adrewant à lui. Le seul s désir, répondit Gaultier, de connaître l'homme célèbre de nos jours m'a fait prendre la liberté de vous écrire pour vous rendre mes devoirs, comme vous me l'avez mandé dans votre lettre. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître personnellement, mais je connais beaucoup un de vos amis, M. de L'Âttaignant ; j'ose même me flatter d'avoir sa confiance ; ses infirmités et la caducité de son grand âge lui ont fait faire des réflexions que tout honnête homme doit faire lorsqu'il se dispose à paraître devant Dieu, et que vous avez faites plusieurs fois vous-même. Si mon ministère vous était agréable, voua n'avez qu'à parler, et je me conformerais à vos vues. * Voltaire insista encore pour savoir si Gaultier agissait de son propre mouve* ment. « Quoi 1 Monsieur, ni l'archevêque ni le curé de Saint-Sulpice ne vous ont pas conseillé? — Non, Monsieur, répondit Gaultier : si ma démarche ne vous est pas agréable, je compte sur votre indulgence ; si au contraire elle vous fait plaisir, louons-en le Seigneur, n Gaultier, après avoir été dix-sept ans jésuite et vingt ans curé de Saînt-Mard, dans le diocèse de Rouen, exerçait son ministère à Paris pour le moment et disait journellement la messe aux Incurables. Voltaire lui fit des offres de service, que refusa l'abbé, en disant qu'il ne pensait pas aux récompenses fugitives de ce monde, et qu'il serait trop payé
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L'ASRÉ GAULTIER. 163
s'il parvenait à le conquérir à Dieu. Voltaire ayant répondu à Gaultier qu'il aimait Dieu, ce prêtre lui répondit que « c'était beaucoup, mais qu'il fallait lui en donner des marques : car un amour oisif ne fut jamais le vrai amour de Dieu, qui est actif », exprimant ainsi, sans s'en douter, une sorte de matérialisme qui tend à substituer et presqu'à préférer & l'union spirituelle de l'âme avec Dieu, des actes purement humains. Cet ecclésiastique, à peine sorti de l'hôtel de Villette, alla rendre compte cle ce qu'il avait fait à un des vicaires généraux de l'archevêque et au curé de Saint-Sulpice, les priant de l'instruire « comment il devait se comporter » dans le cas où Voltaire recourrait à son ministère.
Voltaire avait jugé l'abbé Gaultier, cet ami du chanoine de Reims, de L'Attaignant, auquel le poète répondait quinze jours avant de mourir, le 16 mai :
L'AlUiijDaiit cfaante les beitti ; Il troDT* pcn da crunllei.
Car il )Dt plaire comme elles :
Auiourdliui, pluigénëreui, U hil dei cfaMMBs Donvellei Pour nu vidlltid malheureuK.
[| comprenait la piété sincère de cet ecclésiastique plein de naïveté, et avait exprimé à son secrétaire, avec une bonhomie un peu dédaigneuse, son opinion sur le convertisseur qui s'était offert. Gaultier ne pouvait être confondu avec ces prêtres qui avaient, d'après Grimm, « fondé leurs projets de gloire et de fortune sur l'espérance de devenir les instruments de la conversion d'un homme si célèbre », surtout avec cet abbé Marthe, qui, s'in-
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m LiVKE piiEnn<!ti.
troduisant dans la maison, courait à Voltaire en s'écriant : « Monsieur, il faut que tout  l'heure vous vous confessiez à moi, et cela absolument; il n'y a point â reculer, dépêchez- vous, je suis ici pour cela, u Que Voltaire, comme le raconte Grimm, ait reçu une pareille ouverture par une plaisanterie plus ou moins gaie, cela est possible, quoiqu'il ne faille pas croire à tous les mots qui lui furent prêtés à ce moment. Ce qui est certain, c'est que le philosophe de Femey sentit parfaitement le danger que lui faisait courir un clergé empressé à outrager les restes inanimés d'un homme se refusant à réciter les formules qu'il imposait à chacun au sortir de la vie.
Il ne s'agissait pas, comme aujourd'hui, de ces actra tte respect rendus aux croyances de son pays, de ces actes accomplis par des mourants qui, sans s'expliquer sur leurs opinions passées, acceptent, sous l'influence d'une famille aimée, les prescriptions d'une religion sainte, toutes les fois que l'orgueil et le despotisme de l'homme ne l'ont pas dépravée. I) fallait renier tous les actes de sa vie, sous la menace d'un clergé prêt, en cas de refus, à insulter votre famille et vos amis, et à ajouter à la douleur de votre perte la profanation raffinée de ce sentiment général et presque superstitieux qui attache le cœur de l'homme aux restes de la personne qu'il a affectionnée.
L'opinion publique ne se faisait aucune illusion
ropInlDiipubliqiu ,, ,, , .,
apprteMt sur la valeur morale de ces actes prônés avec tin
"î^eSÎÎ" fracas qui avait fini par les mettre à la hauteur de
l'exécution d'une prescription de police.
a M. Tronchin, écrit un journal, ayant averti le
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L'OPINION POBLIQDE ET LE CLEBGÉ. {6S
sieur Le Kaîn du danger tft il était, l'a e:iliorté à prendre ses précautions. Un carme est venu nettoyer cette conscience sale^ el le comédien a fiiit la renonciation ordinaire, et a été administré. En conséquence, l'église lui a accordé la sépulture, et il sera enterré avec pompe. » Le même journal, quand il s'agit de l'abbé Terrai, écrit qu'il « avait promis qu'il ferait ce qu'il conviendrait en temps et lieu, et jouerait bien son rôle ; il a tenu parole en demandant le viatique. »
M" Du Deffand étant venue le jour même de l'entrevue de Voltaire avec l'abbé Gaultier,! le poète^ après avoir parlé de sa tragédie i'Irène, raconta avec vivacité son entretien en exprimant sa satisfaction. <x Gela sauvera, lui dit-il, du scandale el du ridicule. »
Quatre jours après, le 25 février, Voltaire, qui ,,^1°,!^,^ s'était fatigué en distribuant les rôles de sa tragédie, l'«">* <^i"?r;
° " « téïriar 1778,
en recevant une foule de monde, sans cesser de travailler avec ardeur, fut pris d'un vomissement de sang. L'effroi devint extrême dans son entourage ; le médecin Tronchin fut appelé, et une jeune garde très habile fut établie auprès du malade, qu'une saignée immédiate devait rendre momentanément à la santé au bout de quelques jours. Voltaire fit écrire dès le lendemain à l'abbé Gaultier.
a Vous m'avez promis. Monsieur, de venir pour voiui™, m entendre; je vous prie de vous donner la peine « wcbeiieu, de venir le plus tôt que, vous pourrez. » Labbe n'ayantpaspuserendreàrinvitation ce jour-là, reçut le lendemain, 27 février, un mot de la nièce de Voltaire, qui t'appelait de nouveau à l'hôtel de Villette.
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i66 LIVRE PREUIER.
Il y courut, mais ne put voir que madame Denis.
Le S mars au matin, le malade, se trouvantmiebx, avait auprès de son lit d'Alembert; il causait avec son entrain habituel, quand, le voyant s'animer, le philosophe l'engagea à se taire pour ne pas fatiguer sa poitrine. « Il faut bien que je parle, bon gré mal gré, répliqua Voltaire en riant ; est-ce que vous ne vous souvenez pas qu'il faut que je me confesse? Voilà le moment de faire, comme disait Henri IV, le saut périlleux ; aussi je viens d'envoyer chercher l'abbé Gaultier et je l'attends. »
a. Avant d'entrer dans sa chambre, écrit Gaultier, on me recommanda de ne pas l'effrayer et de lui parler avec douceur. Monsieur le maréchal de Richelieu, qui venait de le quitter, m'engagea à ne pas le négliger : je lui promis de faire tout ce qui dépen- - drait de moi pour le salut de son âme. »
L'intervention de Richelieu dans une pareille affaire la caractérise, en la classant parmi les nécessités de l'étiquette, si connue et si respectée par lui. Représentation vivante, et on peut dire clawique, du vice; représentation du courtisan qui, pour être parfait, devait, d'après le Régent, n'avoir ni humeur ni honneur, Richelieu montre, par ses conseils, dans quelles ténèbres s'était égarée la plus noble des facultés de l'homme, celle qui met son âme en rapport avec son créateur.
confeuion Aussitôt quc parut l'abbé Gaultier, Voltaire lui
deuiicritia'ug^ prit la maiu et le pria de le confesser. L'abbé lui ré- ^ '" "' pondit « qu'il l'entendrait volontiers en confession, qu'ilenavait parlé à M. le curé de Saint-Sulpice, dont il était le paroissien... mais qu'il fallait qu'il fit une
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