‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 36 sur 142 · UVRE PHEMlEEt · texte numérisé non relu

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d'Alembert quand il dit au roi de Prusse : « Ne croyez pas, au reste, Sire, pour l'honneur de la nation, que tous dévots et même les évèques approuvetit )a conduite abominalle qu'on a tenue à l'égard de ce grand homme. Parmi plusieurs prélats, je pourrais nommer l'archevêque de Lyon . . . prélat qui ne craint pas d'être accusé de relâchement, puisqu'il est regardé comme janséniste ; il a dit hautement qu'il ne comprenait rien à la conduite du curé de Saint-Sulpice et de l'archevêque de Paris ; que rien n'était plus contraire aux lois et à l'usage constant de l'Église... Plusieurs curés pensent de même... Le curé de Saint-Étienne-du-Mont... a dit publiquement qu'il l'aurait enterré dans son église entre Racine et Pascal, qui, en etîet, y sont inhumés. i>

Si, comme le disait Voltaire, la vie d'un homme quelqu'il soit ne vaut pas quatre lignes d'écriture, quand elle n'est pas mêlée à celle de son pays, il est impossible de tenir ce langage pour celui qui est devenu, par suite des circonstances et de la nature de son génie, l'incarnation d'un siècle entier. Les détails dans lesquels nous sommes entrés se justifient par l'audace et presque la démence du mensonge que provoquent les passions politiques ou les passions religieuses. Les corporations dans lesquelles s'étaient cantonnés les maîtres de l'industrie comme les magistrats, les administrateurs des provinces comme les chefs du culte, s'unirent instinctivement pour rejeter sur un seul homme la responsabilité qui incombait à lotit un peuplé. Ne pouvant avouer qu'ils étaient, soit par leur propre faute, soit par suite dé l'erreur du jugement de leurs adversaires, en

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LIlS ËNNEUIS DE VOLTAIRE. 1H7

Opposition directe et absolue avec l'immense majorité de la nation, ils agirent comme cela a lieu continuellement dans la vie privée, où les méfaits d'un supérieur sont expliqués par l'influence fâcheuse d'un âè ses chargés d'affaires.

S'il convient dans l'intérêt de la cause que Voltaire ait été laid et ait ressemblé au démon, M. de Maistre écrit : « Voyez ce front abject, ces deux cratères éteints oiî semblent bouillonner encore la luxure et la haine. Cette bouche, — je dis mal peut être, mais ce n'est pas ma faute, — ce rictus épouvantable courant d'une oreille à l'autre, et ces lèvres pincées par la cruelle malice, comme un ressort prêt a se détendre pour lancer le blasphème ou le sarcasme. 9 II ne pense à cet écrivain que saisi, dit-il, d'dne espèce de rage sainte qui n'a pas de nom », ce qui implique pourquoi i( oublie que M"* Suard parlant âfi tes yeux brillants et perçants comme ceux de l'aigle, trouvait qu'ils n'exprimaient « que l'indulgence lorsqu'ils s'attachaient sur s'a nièce » et qiie èon regard et son sourire étaient rempli de la plus aimable malice ». Appréciation d'une amie qui a vu réellement Voltaire, confirmée par M""* de Genlis qui l'a vu aussi et n'est pas exaltée en faveur de celui qui blesse ses principes religieux. « Tous les portraits et fous les bustes de M. de Voltaire, écrit-elle, sont très ressemblants, mais aucun artiste li'a bien rendu ses yeux ; Je m'attendais à les trouver brillants et remplis de feu; ils sont en effet les plus spirituels que j'ai vu, mais ils ont en même temps quelque chose de velouté et une douceur inexprimable; l'âme de Zaïre est tout entière daiis ces

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IfiS LIVRE PREMIER-

yeux-Ià. » Si un fait matériel que chacun peut véri- ' lier à son aise au moyen des portraits sculptés, peinte ou gravés est ainsi présenté, que sera-ce d'autres allégations plus difficiles à vérifier ?

Voltaire ayant été abandonné par l'abbé Gaultier et le curé de Saint-Sulpice trois heures seulement avant sa mort, les entrepreneurs de contes moraux se hâtèrent de profiter de cet intervalle oij le vieillard resta seul au milieu de sa famille pour y intercaler ce (jue l'on est obligé d'appeler la légende du pot de chambre.

Dévoué avec passion à la science, te médecin Tronchin ne considérait en général ses malades que comme des sujels d'études. Ses formes affectueuse et autoritaires, qui lui attachaient les personnes qu'il traitait, n'étaient pour lui que des moyens hygiéniques ; et la sécheresse de son cCeur, pour les douleurs de ses semblables, contrastait avec le zèle empressé qu'il mettait à les soulager ' .

■ H" de Geolit écril : « J'ai vu da lai un trait qui proute u piiiion pour ion art, mais qui Tait frémit : ce fui à la maladie de H. de Paiiieui. H. Tronchin £lait son miilecin, son ami intime, et lui avait les plut grandes obiigatiORs. M. de Paisieux, au cinquiiine jour d'une fluxion de poilriDe, tiail à l'agonie, il n'aiait plus de coDnaisaaDce; à trois heures du matin, H. Tronchin, qui ne l'avait pas quitté députe Tingi-quatre heures, dit it M** de PuLsieiii qu'il n'y avait plus rien i faire, e( qu'il allait se coucher. Nous enlratatmes H" de Puisieux dant sa chambre ; H. de Gealii resta dasi celle du malade. Au hout de trois quarts d'beure, j'eniojai chercher de sei nouvelles ; on vint me dire que H. Trsnehin était rentré dans sa chambre, el qu'il s'était remis au chevet de son lit. Je repris un peu d'espérance, et je relournai ehei H. de Puiaieux.,.. U. Tronchin, attit prés du malade, le regardait fliement... Je l'appelai, et lui demandai s'il avait quelque espérance. .. « Mon Dieu I non, répandil-il, ngais je n'avais jamais vu le rire sardouique, et j'élals bien aise de l'observer. ■ Bien aise, continue U" de Genlia, d'ahserver ce sjmptiime affreux d'une mort prochaine. El c'était l'ami da tnouranll » (JTAnofrM d* JP* d« Cmlu, ISib, in-S, tome II, p. 397 el suiv.l

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