‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 42 sur 142 · PROJETS DE DBSCENTE ES ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PROJETS DE DBSCENTE ES ANGLETERRE

pied à terre, décrivaient les mesures à suivre pour mettre tes dépôts de l'armée à l'abri d'une attaque, pour explorer le pays, contenir les populations par la crainte, lever des contributions. Les étapes de l'armée sont réglées des ports de débarquement jusqu'à Londres. Ils en comptaient huit, qui au besoin pouvaient être réduites à quatre avant d'atteindre des hauteurs situées entre Deplford et Hattersea, en face de la capitale de l'Angleterre.

Le conseil des ministres, appelé à résoudre celte question d'attaque corps à corps avec l'Angleterre qu'imposait en quelqne sorte l'opinion publique et celle de l'armée, discuta cette grave tentative, et, dans un comité réuni le 20 juillet, finit par adopter le plan qui lui,semblait à la fois le plus pratique et le plus facilement réalisable.

Le choix fait entre plusieurs projets, notamment , pi»> celui des de Broglie, porte dans sa rédaction l'em- Angiciem preinte d'une étrange naïvelé et d'une imprudence "^miSii^n'" qui atteste autant d'ignorance que d'incapacité. ■•«i-m.uTTS.

D'après ce plan, où l'Angleterre devait être abordée du côté du canal de Bristol, au lieu de l'être du côté de la Mi^nche, qui n'entre dans aucun détail pratique d'exécution, c'était toujours de Brest et des ports environnants qu'auraient dû partir la flotte militaire et les transports ebleuu» par la i^union des corsaires et des navires marchands au moyen d'un embargo. « Cet armement, dit le rédacteur de la résolution, auquel l'ennemi ne pouvait portef aucune atteinte, pourrait être couvert i'un prétexte spécieux tel que le ra vital Ilemenf, Vapprqyisjonneciipnt de nos colonies des Indes ou

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quelque convoi qu'on voudrait faire passer aux Américains ». A la suite de cette réflexion puérile, l'auteur, contrairement à l'opinion des de Broglie, déclare s qu'il ne faut pas hasarder de bataille navale avant que préalablement l'armée d'expédition ne soit passée en Angleterre, que la marche et les mouvements de cette dernière armée doivent être indépendants des opérations de l'armée navale, de manière que, quand même l'événement d'un combat entre celle-ci et celle de la Grande-Bretagne devrait nous être défavorable, l'armée d'expédition puisse néanmoins continuer ses opérations. »

Après avoir accepté comme la conception la plus naturelle l'abandon de soixante mille Français au milieu d'une nation nombreuse, sans aucuns moyens de retour dans leur patrie en cas d'un désastre, le projet finissait par ces vagues paroles :

Œ Voici le plan qui nous paraît le plus facile :

« l' L'armée navale rentrerait entière dans la « rade de Brest ;

« 2° Les frégates, corvettes et autres continue- « raient d'aller à la mer;

a 3" L'embargo serait mis dans tous les ports ;

a 4' Fréter un certain nombre de bâtiments dans te les ports de la Manche ;

s 5° Tenir l'armée campée. »

Le passage de la Manche par une arm^e française

devait être résolu de nouveau vingt-cinq ans après

la décision arrêtée chez Maurepas.

ïii Au lieu de ministres médiocres, c'était un homme

^i de guerre incomparable qui le préparait. Étranger,

de. malgré son génie, aux aspirations de son époque, il

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^ALlBKI^TÈnÉFE^nuE^i:N1^78 attaquée en isos. m allait, pour la satisfaction de son orgueil et de son cgorsme, tenter de faire reculer l'humanité, et de la ramener, avec la résurrection des castes qu'elle s'efforçait de détruire, aux guerres et aux massacres sans Hn dont l'histoire nous rappelle lessombres légendes.

Le triomphe de Louis XVI ne pouvait atteindre aucuns des progrès faits par les Anglais dans Tinlérêt des peuples, comme dans le leur, il ne pouvait que hâter, dans le nouveau monde, l'avènement de la forme gouvernementale ta plus récente et la plus perfectionnée pour assurer à chacun la libre disposition de sa personne et des fruits de son travail. Par une étrange coïncidence, le monarque doux, pacifique, étranger aux instincts égoïstes, trouvait dans les Français la fiévreuse ardeur de haine qu'exploitera vingt-cinq ans plus tard l'admiration duo à une grande puissance intellectuelle et l'étrange tendance des nations à courtiser les tyrans heureux.

Quand, à propos de cette lutte désespérée de deux peuples voisins, l'histoire rappelle, avec une sorte d'étonnement mêlée d'effroi, les gigantesques travaux de Napoléon I", les cent mille hommes aïrachés aux joies de la famille, qu'il avait parqués sur les rives de la Manche pour en faire des instruments de précision, aussi irrésistibles dans l'art de tuer que le sont les machines industrielles dans leur lutte contre le travail manuel. Quand on voit une nation un instant aveuglée par un chef qui « ne regardait pas les hommes, au dire de Benjamin Constant, comme des êtres moraux, mais comme des choses », il est impossible de ne pas gémir sur les faiblesses humaines, etde ne pas trembler en face de cette sorte

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pragmwnt et écbtppeot t l'oppreiûwi milgii

2IS livre: UEUXIËMB.

d'insiincl bestial portant parfois les foules, à plus admirer la force matérielle qui écrase à la fois les eorpset les âmes, que les plus. nobles découvertes, destinées à prolonger la vie des hommes et à étendre leur intelligence.

Si, en 1803, la Manche eût été franchie, l'Angleterre succombait, au moins pour un temps; les hécatombes humaines reprenaient leur cours, et l'Europe, détournée de la voie oiî elle était engagée, eut été forcée, pour renouer la succession des progrès accomplis, d'aller en chercher la tradition au delà des mers, dans ce vaste continent qu'on a appelé le Nouveau-Monde.

Il y a heureusement, en dehors des diversités de caractères et d'intelligence qui existent entre les individus, des facultés communes inhérentes à la qualité d'homme. Ces facultés, qui sont comme une sorte d'instinct se développant chez tous les peuples indépendamment du climat et des circonstances, canduisent plus ou moins lentement et à travers des obstacles souvent nombreux, au but poursuivi sous Louis XVI par les colonies américaines, c'«stà-dire à la liberté individuelle de l'homme, et à la destruction des esclavages successifs dont l'antiquité nous a conservé l'histoire. L'actjoa d^in gQUTernement ne dépassant pas les limites d'une Eoécanique, exige comme toute machine un moteur, à peine de s'anéantir. Cette nature purement matérielle qui entraîne de terribles désastres quand le pouvoir, tombe en certaines mains, trouve ua correctif ^ans la durée éphémère d'une existence individuelle comparée à celle d'un peuple.

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