‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 44 sur 142 · COMBAT NAVAL DE LA BELLE POULE · texte numérisé non relu

COMBAT NAVAL DE LA BELLE POULE

Mais si une armée française ne devait pas mettre le pied sur le sol de l'Angleterre, la guerre n'en était pas moins imminente entre tes deux peuples.

D'après un état de la marine anglaise, envoyé de Londres par l'ambassadeur d'Espagne, la Grande- Bretagne disposait, au 15 mars 1778, de deux cent einquanie-huit navires armés de 7,950 bouches à feu. Cent de ces vaisseaux se trouvaient en Europe, cent quarante-neuf en Amérique et le reste était dispersé dans les mers de l'Asie ou de l'Afrique.

L'amiral Byron concentré à Plymouth, eut l'ordre de se réunir à l'amiral Keppel, quand celui-ci, parlant de Portsmouth, passerait en vue de son escadre pour aller combattre la flotte française à sa sortie de Brest. L'embargo fut mis sur tous les bâtiments marchands engagés dans la Tamise, et l'srdeur des officiers pour se procurer des matelots était telle, que le maire de Plymouth en fit mettre en prison pour s'être emparé de force de marins qui étaient sous la protection de la ville. Quoique la guerre ne fut pas officiellement déclarée entre la France et l'Angleterre, il ne se passait pas de jour sans qu'un vaisseau anglais ne s'emparât de bâtiments marchands français ou que des corsaires français ne vinssent enlever des Anglais sur le sol même de la Grande-Bretagne. Les vaisseaux américains entraient furtivement dans les rades ou les ports de

1845, in-8, lome IV, p. 366 el sui* ; tome V, p. 170 el suiv. — ffti- Mre du dimloppement inlelleeluel de l'Europe, p»r I.-W, Draper, trjiiiiitde l'anglais. Paria, 18ë9, in-8, tome III, p. 1Î3 et »m\. — Mémorial ■ de Saint» Héiène, par Us-Cases. Pan», 1823, in-8, tome 11, p. 83; Vil,

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SSt LIVRE DEtlXIËUE.

l'Angleterre, et quatre de leurs capitaines de navires, Wickes, Johnson^ Cunningham et Thompson, capturèrent, en peu de temps, plus de cinq cents matelots. Ne pouvant, sur le refus des Anglais les échanger contre des prisonniers de leur nation, ils étaient obligés de tes rendre à la liberté dès leur arrivée en France ou de les garder sur leurs navires en jetant l'ancre dans des rades ou des ports extérieurs. Les ministres français conservant jusqu'au dernier moment l'apparence du respect pour les prescriptions du traité d'Utrecht, n'avaient pas voulu sortir des règles d'une mensongère neutralité, quand un sanglant combat, engagé par les Anglais, finit par amener les deux nations voisines etrivales sur le terrain d'uneguerre désirée de part et d'autre avec passion.

Sortie de Brest le 15 juin, la frégate la Belle- Poule armée de vingt-six canons, se trouvait, deux jours après, entre le cap Lizard et Plymouth, vers les dix heures du matin, quand ses matelots niontés sur les mâts apperçurent des navires dans le lointain. Averti peu d'instants après ce premier avis qu'il s'agissait de vingt bâtiments de guerre, le capitaine Chadeau de La Clocheterie, prescrivit à deux bâtiments de force inférieure à sa frégate, qui le suivaient à une assez grande distance, de virer de bord et de prendre les mesures nécessaires pour échapper aux Anglais. Vers les six heures, un sloop ' portant dix canons, qui précédait la frégate anglaise VAréthuse, courant à pleine voile à la ren-

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LA GUERRE EST DÉCLARÉE. 2i3

contre de ia Belle-Poule, vint sommer la Clocheterie de se rendre auprès de l'amiral Anglais. Sur son refus, le sloop revint i YAréthuse qui ordonna de 'Vioiiveau au navire français de se rendre vers le vaisseau amiral, et, sur un second refus lâcha une bordée de ses canons qui commença un combat entre les deux navires distants l'un de l'autre d'une portée de pistolet. Le tir des Français désempara dès les premiers moments le navire Anglais qui reçut plus de cinquante boulels sans pouvoir riposter et aurait été pris si La Cloclieterie n'eut couru vers les côtes de Bretagne pour éviter la flotte anglaise, et mettre son navire à l'abri de jrochers situés non loin de Piouescat. Deux jours après il rentrait dans Brest.

« Le combat a été sanglant écrivit-il au rainislre le lendemain de l'action, j'ai cinquante-sept blessés, je ne sais pas encore au juste le nombre des morts, mais on croit qu'ils passent quarante... Je ne saurais trop louer la valeur intrépide et le sang-froid de mes oHïciers... M. de La Roche, blessé après une heure et demie de combat est venu me faire voir son bras, a été se faire panser et est venu reprendre son poste... M. Bouvet, blessé assez grièvement n'a jamais voulu descendre... M. de Bastrot et de La Galernerie... se sont comportés en gentilshommes français. Je suis tout dégréé, mes mâts ne tiennent à rien, le corps de la frégate, les voiles, tout en un mot, est criblé de coups de canons et je fais eau. » Puis il ajoutait dans une phrase incidente : « Deux contusions: l'une à la tête, l'autre à la cuisse, me font soulTrir actuellement, de manière que je n'ai

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2» uvre: deuxième.

guère la force d'écrire plus longtemps... Mes blessures ne sont pas dangereuses, j»

L«if« Le roi s'adressant, à la nouvelle de cette sanglante

■uduc rencontre, au grand amirai de France, sortit de i1i)umeti77B.' suite de la situation équivoque qui régnait sur les relations de la France avec sa voisine : « L'insulte faite à mon pavillon par une frégate du roi d'Angleterre envers ma frégate la Belle Poule, écrivit-il ; la saisie faite, par une escadre anglaise, au mépris du droit des gens, de mes frégates la Licorne et la Pallas,... ta conliscation des navires appartenant à mes sujets... contre la foi des traités,... m'ont forcé de mettre un terme à la modération que je m'étais proposée,... la dignité de ma couronne et la protection que je dois à mes sujets exigent que j'use de représailles, que j'agisse hostilement contre l'Angleterre et que mes vaisseaux attaquent et tâchent de s'emparer ou de détruire tous les vaisseaux, frégates et autres bâtiments appartenant au roi d'Angleterre... Je vous fais cette lettre pour vous dire, qu'ayant ordonné... aux commandants de mes escadres et de mes ports de prescrire aux capitaines de mes vaisseaux de courir sus à ceux du roi d'Angleterre... vous fassiez délivrer des commissions en course à ceux de mes sujets qui en demanderont ' . »

* ATchiwi du mimsièrt de la marine (Carton T6. Notci angUim et MIMgnuIïs. Forças navale! aaglaiiet). Pièce ucrite eniojée en fnmt» par l'ambïseadeur d'Espagne i Londres. Lellres secrètes de raitabaïu- (teur d'Espagne i Londres d'E:iatano au camie d'Aranda, ambastadeur ï Paria, !2, 18. 29 mai ITTS. Traduction d'une leltrt aulographe dea ent»jèa américains ea ITTS. La riïponse comiauniquËe aux envojéa aoièricaioa eil conservée avec celte noie : A porter aux matériaux à une noureUe ordonnance de (a marine pour le commerce (Carton 76. Campagnes). Extrait du joumal de bord, lettre autographe de Cliadeau de la Cloclieie-

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le Silu-Deuu k d'Eitung,

LA GUERftE EST DÉCLARÉE. 9&S

Cette lettre ne faisait qu'apprendre au monde une , résolution arrêtée et déjà en voie d'exécution, car l'envoyé américain Silas-Deane, revenant dans sa "■""•"»■ patrie, à bord d'un des vaisseaux de la flotte commandée par d'Estaing, utilisait les loisirs de sa traversée en adressant, le 1 1 mai, à l'amiral une lettre oii étaient détaillées les forces anglaises réunies à Philadelphie, sous legénéralHowe, celles qtie Clinton avait à New-York et le général Pigott à Newport. Il renseignait l'amiral sur la valeur des différents ports des États-Unis et lui conseillait de se rendre directement â l'emboucliure de la Delaware.

Depuis l'entrée des Anglais à Philadelphie, te Congrès, après avoir siégé quelques jours à Lancastre, étailvenurésideràYork-Town, mettant entre lui et les Anglais ta rivière la Susquehanna. Washington, descendant, sur la rive gauche du Schuyikilt, s'était rapproché de German-Town et dans la situation respective du Congrès et de son armée, le Congrès se tenait au midi de Philadelphie prêt à y revenir à la première occasion, et Washington était placé au nord de cette ville veillant sur les entreprises des Anglais.

Après une attaque infructueuse et sanglante,

rie, IS juin 1778. Combat entre la frégate II Licamt et eeH« lagUiM la Mitdfort. Ptitt de la Pallai, 19 juiu ; leitre de loa coannandant Le Breton de Ransanne, du a août 1778. Lettre de LouîiXVI auducde PenlbîAire, grand (mirai de France. 10 jail>et 1778 (Carlon Ordre du roi). Seconde lettre de Louis XVl au grand amiral de France, du b avril 1773, [lour indiquer l'époqui; à laquelle dnit être fixé le commencemenl dn hottiliiés. — Correspondanet letritc inédite nar louis IFI et Marit- Anloinette, publiée par Lescure, lame I, p. 180, 19i. — Relation dei eombals et det événamentt dt la guerre marilima de 1778 entre la France et VAngletiTrt, par M. de Kurguelen, 17%.

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dafitrauD-ToKi,

WuhlngtoD laCmigrti.

dirigée, le 3 octobre, surGerman-lown, Washington remonta plus au nord, se couvrant d'un des cours d'eau qui abondent dans ce pays, tandis que Howe, renonçant à suivre un général qui ne voulait pas accepter une bataille rangée, se déterminait à faire rentrer à Philadelphie ses troupes harassées par la fatigue des marches et les intempéries de la saison. Aussitôt que Washington eût reçu de Gates les renforts qu'il avait demandés, il redescendit de nouveau vers German-Town, installant ses troupes dans des positions très fortes à WhilcrMarsh, à quatorze mille de Philadelphie (S2 kilomètres). Il avait alors sous ses ordres douze mille hommes de troupes réglées et environ trois mille miliciens.

Les événements de cettte campagne laborieuse, dénuée de faits éclatants et décisifs, formaient un .contraste trop grand avec le triomphe de Gates sur Bourgoyne, pour qu'il ne s'établit pas une comparaison fôcheuse entre le lieutenant et son chef. Le fait matériel d'une armée anglaise prisonnière parlait trop à rimagination du vulgaire pour ne pas faire oublier les soins d'un général qui, l'œil fixé sur un vaste continent, avait préparé ce triomphe en envoyant des renforts loin de lui, et en choisissant, les officiers appelés à exécuter ses ordres. Le Congrès affaibli par l'absence d'un certain nombre de ses membres et partagé par deux factions : celle de l'Esl et celle du Sud, vit arriver dans ce moment Gates à York-Town. Sa jactance, ses promesses soutenues du prestige de sa gloire firent une vive impression et les adversaires de Washington saisirent avec empressement cette occasion d'abaisser le prestige du général en chef.

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