‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 51 sur 142 · LE COMTE DESTAING · texte numérisé non relu

LE COMTE DESTAING

échapper, âès qu'ils auraient ntlcint les hauteurs de Middletown, aborda leur arrière-garde. Une certaine confusion dans l'exécution de ses ordres empêcha d'obtenir les résultats qu'il se proposait, mais la vigueur de l'attaque prouva que cette armée américaine, qui passait pour anéantie, pouvait reparaître avec honneur sur les champs de bataille. Jamais, écrit Lafayette, le général Washington ne fut plus grand à la guerre que dans cette action. « Sa bonne mine à cheval, sa bravoure calme, relevée par l'animation que produisait le dépit de la matinée, lui donnaient l'air le plus propre à exciter l'enthousiasme. » Deux jours 'après cette action, Clinton atteignait Sandy-Hook, où l'amiral Howe l'attendait pour le transporter à New-York. A peine s'y trouvait-il installé, que la flotte française apparut à l'embouchure de la Delaware.

Le chefde cette escadre était un de ces militaires formés dans les guerres de l'Inde, où les Labourdonnais, les Dupleix, les Bussy, avaient déployé une vigueur et un esprit d'initiative rendus malheureusement inutiles par l'impérilie du gouvervement français. Officier dans l'armée de Lally, ce chef, moins habile que ses prédécesseurs, mais aussi courageux aussi résolu qu'eux, le comte d'Estaing avait été fait prisonnier au siège de Madras. Relâché par les Anglais, d'Estaing ne put, malgré la parole qu'il avait donnée, se résigner à rester spectateur de la lutte engagée entre sa patrie et ses ennemis séculaires. A la tête de deux vaisseaux français, il alla ruiner un comptoir anglais dans le golfe persique; puis, passant dans celui de Bengale, attaqua

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les établissements de l'île du Sumatra. Fait de nouveau prisonnier dans cette guerre de corsaires, la seule possible pour la France dans de lointains parages, il fut envoyé en Europe, enfermé dans un cachot à Portsmouth, et ne recouvra sa liberté qu'à la paix.

Les exigences de son passé militaire qui en avaient fait nécessairement un marin et un soldat, le grade de lieutenant général auquel il était élevé depuis 1763, la pénurie d'officiers de marine capables et résolus, que révélaient leurs défaillances dans les dernières guerres, tout appelait l'attention des ministres sur d'Eslaing. IL s'agissait d'une campagne où le chef de l'expédition aurait â trouver souvent des ressources en dehors d'une administration réglée et méthodique comme dans une guerre européenne, il fallait de plus que l'esprit du diplomate s'unit à celui du guerrier pour résoudre une foule de questions qui ne manqueraient pas de se présenter dans cette alliance nouvelle d'une monarchie avec un peuple révolté et d'adversaires de la veille tr^ansformés en alliés du lendemain. Ennemi passionné des Anglais qu'il avait toujours combattu, d'Estaing, par une circonstance heureuse, était sympathique à la cause soutenue par tes Américains, et appartenait à cette portion de la noblesse fran- , çaise qui non seulement se résignait, mais acceptait et désirait les changements imposés par le développement de la civilisation.

Refusant la nomination d'amiral que lui offrait le roi^ parce que, officier de terre, il lui sembUiit peu juste d'occuper le plus haut grade dans un corps où

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