DESTAING CALOMNIÉ. 2B
avait &U forcer, par M. le marquis de Livaro... un poste avancé des ennemis... M. de Bouille, M. de Lowendal et moi> nous nous trouvâmes au même point; un engagement général en fut la suite, et une redoute anciennement construite dans le bois et emportée avec vigueur, devint le fruit d'une attaque très meurtrière, et que j'ai commis la faute de vouloir rendre décisive... La retraite a été faite d'après les dispositions de M. de Bouille, par M. le vicomte de Damas qui a replié tous les postes avec autant d'ordre que de sagesse... La profonde douleur dont je suis pénétré n'influe pas sur mes démarches, mais je ne vous dissimule pas que mon dévouement total pour le servicedu roi peut seul mefaire résister à l'enchaînement inconcevable de circonstances accablantes, elles ont sans cesse annulé le zèle et lesmoyens. »
Fendant que cette lettre, empreinte d'une noble calomnies •dm. douleur, rendait justice aux officiers qui avaient ca'^red'^InV. combattu, il partait de Fort-Royal une autre lettre pour le ministre dans laquelle l'amiral était représenté comme une sorte de fanfaron qui parlaità tout le monde de ses projets d'attaque contre les iles anglaises et de l'embarras qu'il éprouvait à faire un choix. Le départ précipité pour Sainte-Lucie dans l'espoir de reprendre aux Anglais cette île surprise sang défenseurs, avant qu'ils n'aient pu y affermir leur autorité, y est décrit comme l'acte d'un étourdi. « Sans prendre conseil de personne, y lit-on, il donne ordre d'appareiller. On précipile L'embarquement des troupes et l'on ne leur donne pas seulement le temps de se pourvoir de ce . qui leur était nécessaire. » D'Estaing, d'après le
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aSï LIVRE DEUXIÊUE.
correspondant anonyme, court des bordées en face de la flotte anglaise qu'il pouvait anéantir et s'éloigne après avoir annoncé qu'il l'aborderait à la portée de pistolet. Le débarquement s'est fait sans ordre. Bouille a été systématiquement éloigné, traité avec « indécence et hauteur, quoique cet oflieier généra) eut eu, vis-à-vis de ce vice-amiral, toutes les attentions de la soumission et du respect. » Dans le combat d'Estaing marche au hasard. M. de Bouille « a montré de la fermeté, du sang-froid » peut-être aurait-il réussi <t s'il n'avait pas été gêné- par les ordres de M. d'Estaing qui s'est conduit en homme qui n'a nulle notion, nulle idée, nulle connaissance de la guerre. » Tous les officiers de la marine, ajoute ce singulier mémoire a paraissent fort peines de leur peu de succès et il y règne un dégoût général » puis il termine par ces considérations qui caractérisent l'hostilité systématique de l'écrivain. « Pour bien juger jusqu'oii va la démence et la folie, il faut que vous sachiez que quoique M. d'Estaing eût avis du départ de l'amiral Byron, le 25 novembre, avec quinze vaisseaux, il avait cependant le projet de faire attaquer la Grenade et Saint- Vincent par deux mille hommes aux ordres de M. de Bouille... Je vous épargne une multitude de misérables détails qui prouvent que si noire malheureuse patrie a mis sa ressource en M. d'Eslaing, elle est cruellement exposée à succomber sous les Sfforts des Anglais. » Bofliii* KBd Si Bouille, par suite d'une de ces divergences ""l'?B.uii^!"* d'opinions politiques qu'accentuait la guerre d'Amérique au sein de la société française, avait ressenti redoubler chez lui la vexation que lui causait l'arri*
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D'EISTAING JUSTIFIE. 353
vcc d'un chef, si Bouille, exclusivement cantonné par le peu d'étendue de son intelligence, dans les devoirs de sa profession, se rapprochait des officiers de la marine par son hostilité contre les idées qui dominaient dans le public, il n'acceptait pas pour cela toutes leurs injustices contre d'Estaing. « C'est le seul amiral français, écrit-il, que j'aie vu tirer parti de ses frégates pour éclairer l'ennemi, désoler son commerce et protéger le nôtre ; qui ait fait sortir des dlvisions'de vaisseaux pour l'inquiéter et le tenir en échec; qui ait accéléré les réparations de son escadre et ait eu la précaution d'avoir toujours un certain nombre de vaisseaux de garde, prêts à faire voile pour exécuter sur le champ les signaux et les mouvements que les circonstances imprévues peuvent exiger. » Résumé qui fait saisir les qualités capitales déployées par d'Ëstaing dans la mission qui lui avait été confiée, résuniéquen'afTaiblitpasia mauvaise humeur d'un soldat lorsque Bouille écrit brutalement au ministre, trois mois après l'arrivée de l'amiral : « II m'est impossible de servir plus longtemps sous les ordres de M. d'Ëstaing. Si le sort des colonies lui est confié et que je ne reçoive pas mon congé, je vous préviens que je pars, et vraisemblablement plusieurs officiers supérieurs en feront autant. Je suis prêt à faire au roi tous les sacrifices possibles, je consens même à être sous les ordres (fan officier général de mer si le bien du service l'exige, mais celui-là est au-dessus de mes forces. »
L'arrivée d'une flotte qui donnait aux Anglais une pri^dosiTunth supériorité maritime, tandis que les Français dispo- ^"'.TJiM'*'*' saient de plus de troupes de terre que leurs adver- *" <*">«««■
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351 LIVRE Dli:UXlË^E.
snircs, amena dans les Antilles une sorte de trêve lacitc durant plusieurs mois. Pendant ce temps les Anglais débarquèrent des troupes en Géorgie, à l'embouchure de la Savannah. Du mois de décembre 1778 au mois de septembre 1779 ils dominèrent cet État, battirent le général Lincoln envoyé â sa défense par le Congrès et entrèrent dans la Caroline du sud. L'attaque de Charleston échoua par suite de la faiblesse du parti royaliste vis-à-vis de ses adversaires, de l'attitude énergique des habitants de la ville et-de l'arrivée de Lincoln avec de nouvelles troupes. Les exploits des Anglais se bornèrent, dans la Caroline comme dans le Connecticut, à des dévastations dans lesquelles ils employèrent souvent des nègres comme guides de leurs expéditions ' . conqoiie da nia Lcs dcux flottes s' étaient renforcées ; les Anglais, evi les AngWa par l'cscadre du commandant Rowley et les Fran- 19 jRiD 1779. çgjg p^j, j^ yg^yj, jjg ggiig ^y QQjff^Q jg Grasso, L'ami-
' Àrchivet é£ ia marine. Cinqwgne). Gtrion 77. Lcltre^e d'EsiaiSg
à Laureng, président du conseil, 2G août 1173, dans laquelle sont relricéei louteg les difScultés qu'éprouva la flotte rraiicaise en face dé Sandï-Hook. Lettre de Gârard â d'EiUing (lettre ea cbiSïtt}, du SB aaâl 1776. Correspondance générale. Relation de ce qui s'est psasé i l'arrivée de H. d'EsUiug à la Martinique et dans son expédition sur Sainle-Lneie, cxtraile d'Nne lettre détaillée écrite par no officier snpérieur, témoin otMlaire et partie agisaaule, en date du 1" janvier 1779. -■ Hiitoin de la guerre de l'indépendance, par Balla, tome IH, p. S%5 et luiv., 391 et »uiT., 390 et suiv., 403 et suiv., 40Ô, 4Î3 et sdîï,, «fl et aûiv., 433 el tuiv., 442 et iuii., 446 tt »an., 4&! et Bm*., 462 et uiiv., 47& et buit. — Mi- ' moires du général Lafayette, tome I, p. ISO et sniv., 103 et auiv., 199 et sait., WVel suiv. Voir la lettre de Wasliington à Sullivan, p. 2t1, !t3 etMiv.jSn, %ii. ~ Mtt9oiret du martmi de BoviUé, pobliét pw B«rville et Barrière. Paris, 1821, in-8. On peut voir, daoa le chapitre 1" consacré à un aperçu sur les causes de la révolution Trancaise, les opinions qui -devaienl isrétt an a'Hlagonnnte entra lui et l'aminl d'Eelalng. — Bu<ti sur la ctc da marquis di BouUlé, par &an jielit-nis. Pari«, 1853, ia-6, p. 57 et suiv., 6Î et suiv., 06, 67,68.
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CONQUÊTE DE LA GRENADE. 2o.i
rai Byron eut désiré un engagement maritime, mais d'Estaing quoique aussi fort en navires que son adversaire, voulait profiter de sa supériorité en soldats de terre. Apprenant, le 6 juin, que Byron quittant Sainte-Lucie, avait fait voile au nord vers Saint-Gristophe, pour protéger un convoi de bâtiments marchands partant pour l'Europe, il ordonna, sans perdre un instant, au chevalier Du Rumain de s'embarquer sur cinq de ses vaisseaux et de courir en' sens inverse de Byron, s'emparer de l'île Saint-Vincent. Le pavillon français y flottait le 19 juin, peu de jours avant l'arrivée du chevalier de Laniotte- Piquet, avec six vaisseaux de haut bord.
D'Estaing, devenu par celle recrue, supérieur aux ■ Anglais à la fois sur terre et sur mer, résolut d'atta- , quer immédiatement la Grenade. 11 quitta Fort- Royal, le 30 juin, avec vingt-cinq vaisseaux de ligne, et douze frégates et parut devant l'île le î juillet. L'attaque fut vivement conduite par des troupes débarquées sous les ordres de plusieurs ofiîciers que d'Estaing, cile avec éloge, et le 4 juillet, lord Macartney piqué de voir ses offres de capitulaiton rejetées par d'Estaing, se rendait à discrétion plutôt que d'accepter les conditions de l'amiral français. Macarlney expliquant à milord Germaine, la raison qui l'avait fait agir ainsi, lui écrit : a Le comte d'Estaing refusa tout net d'entrer dans aucune négociation; il rejeta lios articles tn loto; il m'envoya aussitôt la lellre ci-jointe avec des propositions comme son ultimatum que voire Seigneurerie regardera sans doute copimc le projcr le plus extraordinaire qui soit jainais entré dans, la têle d'un
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général ou d'un politique. M. d'Estaîng, qui s'imaginait que la seule apparition de ses forces le meltrait en état de prendre l'île sans coup férir, avait apporté avec lui, de la Martinique, cetle capitulation toute faite... Je n'eus pas besoin de délibérer pour déclarer que je ne signerais jamais de pareilles conditions... qui étaient non seulement aussi inouïes qu'humiliantes, mais encore si insidieuses et si équi- ■ voques... qu'elles auraient fourni en tout temps des prétextes pour priver les capitulants de leurs vies et de leurs biens. j> Exagérations de l 'amour-propre blessé que d'Estaing réduit à sa véritable valeur, quand rendant compte de ses actes, il dit au ministre, avec une franchise où la bonhomie s'unit à la fine raillerie d'un homme maître de lui : « L'élonnement de lord Macartney de s'être vu forcé en aussi peu de temps, dans un lieu qu'il croyait inexpugnable, l'ont décidé à m'envoyer sur le champ proposer de •capiiuler... Ce gouverneur général avait répondu avec autant de hauteur à ma sommation qu'il en avait témoigné, depuis plusieurs années, dans tous ses procédés avec la nation et avec les gouverneurs représentant Sa Majesté. Je l'ai imité pendant quelques instants. Deux de ses projets, qui n'offraient que tes conditions de la Dominique plus ou moins adoucies ont été rejetés. Je lui ai envoyé, par M. le vicomte de Noailles, celles que je lui accordais. II a mieux aimé se rendre lui et sa colonie à discrétion ; plusieurs heures que je l'ai forcé de prendre pour y réfléchir... ne l'ont pas fait changer d'avis. > Ce « lord Macartney, gendre de lord Bute^ écrit-il dans une autre lettre, n'est pas un homme inditTé-
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