D'ESTAING DE RETOUR A BREST
de Grasse partit pour le cap Saint-Dominique avec six bâliments, Lamothe -Piquet retourna avec quatre ù la Martinique et d'Estaing appareilla pour t'Hlurope avec onze vaisseaux. !! arriva à Brest le 7 décembre i779.
a Monseigneur, écrit le chevalier de Massac au ministre après avoir expliqué en peu de mots les causes de l'échec de la Savannah où douze cents Américains abandonnèrent les Français au moment de l'assaut, le comie d'Estaing « s'est emparé en roule de l'Experiment vaisseau de cinquante canons... on dit que le total des prises qu'il a faites depuis son départ de Toulon, monte à cent dix... ce général entra hier dans celte rade avec la Provence. Nous attendons cinq antres vaisseaux de sa division... Il ne veut pas descendre à terre avant que son vaisseau le Languedoc soit entré dans le port, exemple qui no sera guère imité... voilà monseigneur, ce que j'ai pu recueillir de divers récits qu'on a fait de l'expédition de M. d'Estaing, dont la valeur et le zèle infatigable méritaient un autre sort. Nous espérons qu'il commandera au printemps Tarmée combinée et qu'il fera payer cher aux Anglais Je dernier avantage qu'ils ont eu sur lui. » Appréciation vraie des services rendus par d'Estaing à son pays. S'il n'avait pas remporté de ces victoires éclalanles qui frappent l'imagination et servent souvent plus les intérêts personnels du général que ceux de la cause qu'il défend, il avait utilement rempli sa mission en protégeant le commerce des deux nations alliées. L'Iiabililé du diplomate avait été aussi utile que l'audace et l'activité du général pour resserrer l'alliance de
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deux peuples naguère ennemis, qu'unissait l'attraction encore confuse d'opinions communes.
Les événements arrivés en Europe étaient loin d'avoir eu la même importance. La flotte réunie à Brest avait fait sa sortie le 8 juillet, composée de trente-deux vaisseaux de ligne et de quinze autres bâtiments tant frégates que cutter ; selle gagna la mer partagée en trois escadres, l'escadre blanche et bleue sous les ordres du comte Duchaffaut, l'escadre blanche sous ceux de l'amiral en chef comte d'Orvilliers et la bleue, qui formait Tarrière-garde, et avait pour commandant le duc de Chartres.
Tous les officiers, écrivit d'Orvilliers au ministre, une fois qu'il eut gagné la mer, < m'ont assuré de leur zèle et m'ont prié, monseigneur le duc de Chartres à leur tête, de vous supplier d'obtenir du roi la permission d'entrer dans la Manche et d'y aller attaquer l'amiral Eeppel jusque dans ses rades s'il s'obstine à n'en pas sortir. 9
D'Orvilliers, manœuvrait dans l'espoir d'attaquer Keppel alors à Plymouth avec trente vaisseaux de ligne, dont sept à trois ponts, quand le 23 juillet, â peu de distance d'Oiiessant, par un temps brumeux, et gros d'orage, il aperçut, pendant une éclaircie, des voiles au loin. Les deux flottes contrariées par l'état agité de la mer se cherchèrent pendant quatre jours, quand le 27 au matin, elles se trouvèrent en présence '.
* Hiitoirô de la gvem dt l'indépendance, fn BotU.toiMin, p. 497 cl SUIT., 510 et luW. — Arehivei de la marine. Ctmpagnei. Carton 75. LeIlrcB de d'OrnlJien k Sarlinei.i bord de II Bretagne,9et 2B juillet 1778. Journsl de bord de la Brtlogn: Campagoe. Lettre de d'Eittiag in minitlre de la nariaa inr ti priie da la Grmtade, CampagMi. Cft-
COMBAT D'OUSSSANT. 263
D'Orvilliers se prépara de suite au combat et combtin.
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voyant Keppel sur le point de s engager avec son a? joiiiei i arrière-garde, l'escadre bleue, il donna le signal à ses navires de virer de bord de manière à faire de son arrière-garde son avant-garde et de son avant-garde son arrière-garde. Forcé par cette manœuvre de défiler devant la flotte française, Keppel reçut successivement la bordée de tous les bâtiments franijais et la leur rendit. D'Orvilliers trouvant la position des vaisseaux anglais plus favorable que la sienne au point de vue du pointage des canons, ordonna une manœuvre qui, d'après son journal de bord « mal comprise ou mat exécutée, n'obtint pas tout le succès qu'il espérait o mais elle força Keppe! de rétrograder et les Français suivant les Anglais depuis deux heures de l'après-midi jusqu'au lendemain offrirent le combat sans pouvoir le faire accepter.
La nouvelle d'une bataille avait été reçue, au premier moment, comme celle d'une victoire par le peuple de Londres, quand les dépêches embarrassées de l'amiral Keppel vinrent refroidir l'enthousiasme du premier moment et le changer subite-
toD 78. Lettre de d'EsUing, do 29 jain 1779. Supplémeal i la GoxtUe de la Martinique du 24 juin 1779. Traduction d'une lettre de lord Haurtaej, gouverneur de la Grenade, i milord Germaine, Ei juillet 1779. Autre lettre du mjme au même, 7 juillet 1779. Lettre de d'Estaing lur lord Ha uriner, 14 juillet 1779. Lettre de d'Eslaing au miniitre de la ■narine, 12 juillet 1779. Carton 79. Relation ofâcialle du cSIMmI de la Grenatie. Correspondance générale. Lettre autographe du chevalier de Uasiae au miniilre sur l'expédition du comle d'Eilaing, 9 décembre 1779. Précis de la cumpagne de H. le comte d'Eilaing, de|)ui« f on départ de U Martinique (une page imprimée à Nantes chez HalasBii, imi)rinieur de la ville ai police, place du Pilori, 14 décembre 1779). — Corrwpondaiwe secrète inédite iwr louii XTI et Marie-Aloinette, publiée par Lescnre, tome I, P-Î75.
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XM UVRE DEUXIÈME.
ment en un accès de colère. L'amiral passa devant un Conseil de guerre et Brereton, un de ses capitaines dont te vaisseau n'avait pas combattu, étant déclaré incapable de commander désormais et indigne de servir, fut instillé par la populace qui attacha à sa chaise de poste l'inscription infamante Byng le Poltron, en souvenir du malheureux amiral condamné à la suite de la perte de Minorque. ^'"J.Tk'v^V'' L'émotion des français fut des plus vives quand F.piboiii>iuDi«, ils surent que les Anglais avaient eu quatre cents di<tippoiaU!niBDi. sept morts et sept cent quatre-vingt-neuf blessés, que dix-sept de leurs vaisseaux étaient hors de combat, que le chef de l'escadre blanche et bleue Duchaffaut avait eu l'épaule brisée, que son fils était grièvement blessé, et qu'un prince du sang se trouvait sur un des navires les plus engagées dans la mêlée. Chacun se félicita en apprenant que trois navires français seulement avaient été désemparés et le roi écrivit au comte d'Orvilliers : « Vous avez dignement justifié le choix que j'ai fait de vous pour votre bonne conduite et vos habiles manœuvres. » Lorsque le duc de Chartres, porteur de cette heureuse nouvelle arriva -à Versailles, l'abbé de Launaylui présenta une pièce de vers à sa descente de carrosse et les courtisans, pressés dans les escaliers et les salons du palais, le félicitèrent à l'envi des uns des autres. Accueilli à Bôerveille par le roi qui lui donna le grade de lieutenant-général de terre et le chargea de porter la grande croix de Saint-Louis à d'Orvilliers, le duc trouva en accourant dans la capitale pour recueillir l'approbation des Parisiens à l'Opéra, que son hôlel était cemé par la foule. Il dut paraître à un
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LE DUC DE CHARTRES ACCUSÉ. ■ fifis
balcon pour recevoir des applaudissements qui se traduisirent, dans la salle, en un vrai délire. Les différents théâtres rivalisèrent d'ovations, des vers y furent chantés ou déclamés pendant trois jours, et, dans ses folles démonstrations, le peuple alla jusqu'à traîner dans le jardin duPalaïs-Royal, en face du prince et de la princesse, un mannequin représentant l'amiral Keppel qu'on maltraita, injuria, puis jcla à l'eau.
Quand cette effervescence se fut refroidie et que le publie, comme les ministres, comparèrent les faibles résultats obtenus avec le déploiement de forces qui avait eu lieu, quand chacun considéra que les vaisseaux anglais avaient subi des avaries mais qu'aucun d'eux n'avait été pris ou détruit, le désapointement remplaça les vanités d'une prétendue victoire. Le comte d'Orvilliers avait écrit au ministère de la marine . « J'ai lieu de croire que si la tête de l'es* cadre bleue, dans l'ordre renversé oià nous avons combattu avait mieux répondu à nos signaux, laProvidence aurait couronné nos travaux d'une journée bien glorieuse à votre ministère et au pavillon français. D Une note envoyée d'Angleterre à Sartines, confirmait cette appréciation car elle porte i le Berwick, ce vaisseau, le meilleur voilier de la flotte anglaise, formait l'arrière garde lorsque le combat commença. Il a assuré que si lès dispositions de l'amiral français eussent été suivies à propos par toute sa flotte, la division de l'amiral Harland aurait été coupée et forcée de se rendre. »
Cette phrase d'un amiral qui avait intérêt à se faire valoir et cette appréciation d'un journaliste étranger, suffirent pour faire rejeter sur le duc de
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Chartres la mauvaise humeur d'un public trompe dans ses espérances. Honteux de son enthousiasme irréfléchi, il passa, sans transition, de l'admiration au mépris, accusa le prince d'avoir empêché par lâcheté une victoire vivement désirée et fit succéder aux odes louangeuses des satyres où il était dit:
Vous TaiUB nstrer notre armée ; L'Angleterre, très alarmée,
Vou! en louera :
E( vooi joindrez i ee auffrage Les lauriers et le digne hommage
De l'Opéra.
Qooi I TODB avez vu la fumée t Quel prodige ! La renommfe
Le publiera.
Beteoez vite, il est bien juste D'offrir votre pertoone inguile
A l'Opéra.
Cette grande letioD de guerre Eit (elle qu'il ne l'en volt gnire
Qn'à l'Opén.
Grand prince, poursnia l« carriirc, Francfaia noblement la barrière
De l'Opéra.
Le duc de ch.r- Le prmcc portait la peine d un de ces comman- Lunoibe- Piquet. demciUs dc paradc ou le vrai chef, prive de Ihonneur qui devrait lui revenir en cas de succès, doit assumer sur sa tête la responsabilité des échecs. Les nouvellistes les moins malveillants affirmaient, tout en ne contestant pas la valeur et l'intelligence du duc de Chartres «: que s'il ne se fut pas trouvé au combat, M. d'Orvilliers eiit été mieux servi. » Erreur que tout cela. Le chef réel de l'escadre bleue, le courageux marin Lamothe-Piquet, n'avait trouvé dans le prince qu'un soldat comme lesautres.