LE DUC DE CHARTRES JUSTIFIÉ
Quand il accourut aux premiers signaux de d'Orvilliers prendre les ordres de son chef nominal, le duc de Chartres lui répondit, en mettant chacun à sa place : « C'est vous qui êtes le marin et l'exécution des ordres vous regarde plus que moi qui n'ai pas votre expérience. Allons proœptement oIj il faut être pour l'honneur du pavillon du roi et faisons notre devoir en vrais gentilshommes, c'est tout ce que j'ai à vous dire. » 11 se dirigea ensuite vers le banc de quart, après avoir revêtu unhabitrichementgalonné, que faisait ressortir son gilet blanc traversé par son ruban bleu, k L'habitude des ofîîciers de la marine esl de s'ajuster pour un combat comme pour une fête », dit-il aux personnes qui lui représentaient l'inutilité d'un costume le désignant de loin aux balles ennemies, et il resta tout le temps de l'action à la place qu'il avait choisie.
D'Orvilliers donna-t-il un ordre dont l'inexécution empêcha une victoire éclatante; c'est douteux malgrésonaffirraation et l'appréciation d'un Anglais. Le comte de Genlis, mêlé à ces débats, écrivit à Lamothe-Piquet : a On prétend que pendant l'action vous fûtes trouver monseigneur le duc de Chartres et que vous lui dîtes : mon prince voilà le plus beau moment de votre vie; vous allez couper cinq vaisseaux anglais, il faut arriver sur eux. Qu'à cette proposition de votre part j'aurais répondu : Monsieur prenez garde d'engager monseigneur, souvenez-vous que sa personne vous est confiée et que vous en répondez sur votre tête. Que sur ce propos vous vous étiez emporté contre moi et qu'enfin j'étais la cause que nous n'avions pas coupé ces cinq
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vaisseaux. — Si le public, répondit aussitôt Lamolhe, veut absolument que nous soyons brouillés ensemble, qu'y faire?... Le prince et tous ceux qui raccompagnaient m'ont toujours comblé de bontés et d'amitiés. A l'égard de la bravoure, quel autre qu'un prince du sang, aussi courageux, eut pris sur lui d'arriver et de commencer le combat sans qu'il y ait eu ordre... On n'avait pas dessein, suivant les apparences, de combattre ce jour-là puisque plusieurs vaisseaux n'avaient pas leur branle-bas fait; je doute même que nous eussions tiré du canon si la veille le prince n'avait pas marqué à M. d'Orvilliersque son avis et le mien étaient d'attaquer. Quant aux cinq vaisseaux anglais que nous pouvions couper comme je n'ai rien vu d'approchant, nous ne pourrons avoir à ce sujet des propos ensemble. » Réponse précise et catégorique que ne larda pas à justifier l'indécision et l'incapacité de d'Orvîlliers. Resté chef de la plus puissante flotte qu'avait possédé depuis longtemps la France, il passa l'année 1779 à attendre l'escadre espagnole et à avoir des disputes de préséance avec son chef don Cordova. Les préparatifs d'une descente en Angleterre furent rendus inutiles par suite de son impi^rilie et cinquante mille tiommcs périrent de maladies sans que l'amiral français ait trouvé l'occasion de tirer un coup de canon. Aussi les journaux du temps s'écrientils, à propos d'une fête donnée par cet amiral, en réjouissance de la conquête de la Grenade par d'Estaing : n Si cette fête ne lui fait pas une sensation désagréalile, il faut que son âme soit bien forte. » Le prince qui estimait le mépris de la vie comme
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