‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 6 sur 142 · L'ESSAI SUR LE DESPOTISME · texte numérisé non relu

L'ESSAI SUR LE DESPOTISME

s'échappaient d'uoe société troublée, et les excès d'un pouvoir arbitraire faisaient sortir d'une famille noble et imbue des principes aristocratiques les plus opiniâtres un ennemi résolu des lois et des préjugés de son pays.

Le marquis de Mirabeau était, depuis 1770, aux prises avec sa femme à l'occasion de la succession le sa belle-mère, la marquise de Vassan. Son fils aîné, rentré dans la maison paternelle sous le nom de Pierre BufBère, n'avait pas encore obtenu de son père la permission de reprendre son nom au commencement de septembre 1770, car ce n'est que le 31 de ce mois que ce père bizarre écrit à son frère le bailli : a 'Entre eux tous (le gendre, comte du Saillant, et H*" du Saillant et leur famille) ils m'ont demandé de lui accorder notre nom, et j'y ai consenti : c'est te dire que je m'apprivoise. Il est possible, en effet, qu'un esprit juste, un bon cœur et une âme forte se débattent dans cette enveloppe iuforme et grossière ; mais il faut que tout cela soit pétri, réglé et macéré, n

Placé entre un père despote jusi]u'à la cruauté et une mère aussi dépravée que folle, le comte de Mirabeau vivait tantôt dans le Limousin, s' occupant d'administration rurale, tantôt à Versailles, où il fut présenté à la cour et passa une partie de Tannée 1771. Revenu à la fin de celte même année au château de Mirabeau, il se maria en 177S, après d'assez romanesques aventures, du consentement de sou oncle et de son père, qui était, suivant l'expression du bailli, « fort entiché de postéromanie » .

Il ne tarda pas à être de nouveau en discussion

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avec son père, qui, malgré son arrogance, savûtee tenir en bons tennes avec les ministres ', et obtint facilement une lettre de cachet pour confiner son fils dans la petite ville de Manosque. Ce fut dans cet exil, datant du mois de mars 1774, deux années après son mariage, qu'il commença à écrire un livre intitulé Essai sur le despotisme, dans leque) son âme ulcérée déborda tout entière. Ce livre, continué dans le château cl'lf, où le fit enfermer son père» au mois de septembre de la même année, puis au cliâteau de Joux, sur les frontières de la Suisse, fut imprimé à Neuchâtel et fit son apparition i Paris en 1776.

C'est « l'ouvrage le plus fier qui ait encore été écrit sur cette matière, dit un journal de cette époque, il est dédié à M. le dauphin ; il devait, selon l'avertissement d'un éditeur, s'imprimer à l'époque de la mort de Louis XV ; mais l'auteur, espérant que Louis XV) réparerait les maux du règne de son aïeul, avait suspendu ses projets. Il est daté de 1775... Le grand mérite de ce philosophe patriote consiste moins dans les choses qu'il dit que dans la manière

I Le marquis de Uirabeiu élaJI Turt lii aiec le duc de Ni<«rnaii, beau-

Itin de HaurepaB, et savaEt, de plus, ae maintenir en excellrnls rapporU avec les autres ministres. Oii peut lire, dans le Dossier Mirabeau, Arebivea nal. K 164, ce qu'il «crii, Je f'jutn 177?, lu nintidleur gâniral Derlin.à propos du projet de mariage de aon fils avec H"' de UariguaD : ( On me l'a, pour ainsi dire, demandé (son fils).... Comme, je le nomme i la. substitution qui eut daiia ma maison, et qu'ajaDl un autre fila lout autrement posé ei bien né, je ne veux paa couQer le tout h un aussi frêle équipage.... Voa bajilâa pour nous me font une loi de prendre votre agrémeatannllout autre. » Ce dossier des Mirabeau montre jus<|u'oâ entraîne rimmixUou illégale d'uD gonvamemeat, quand il se met au aervloe des passion* d'un pire de famille pour punir des actions que les tribunaux ne seraient pas appelés ji réprimer ou des actes sur lesquels ils devraient $l«tuer.

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courageuse de les dire ». Deux éditions faites en Suisse s'étaient presque écoulées en six semaioes, avant que ce livre vînt trouver des lecteurs en France tout préparés à goûter les invectives qu'il renfermait, s Je prétends prouver, disait le comte de Mirabeau, que le despotisme est, dans les souverains, l'araour des jouissances peu éclairé, et par conséquent que la soumission au despotisme est, dans les peuples, l'ignorance ou l'oubli de leurs droits... Instruisez les rois et les sujets, et le despotisme est coupé par le pied... Tous les actes de despotisme ne sont que des combats dans l'obscurité, entre gens qui cependant craignent les coups... Apportez la lumière et vous les verrez tous en paix. Cette lumière, à l'approche de laquelle les dissensions civiles, les crimes sociaux, les attentats publics, les préjugés, le fanatisme, s'anéantiront toujours, est la première barrière qu'on doive élever contre toutes les erreurs, tous les brigandages politiques et les maux de la société... Le despotisme n'est pas la conséquence de la société comme des frénétiques ont osé l'avancer, mais bien l'anéantissement de la société... En justice réglée il ne saurait y avoir de trahison dans un État despotique parce que l'esclave ne peut être ni créancier ni débiteur... La plupart des hommes prostituent l'humanité par une obéissance passive... Nous arrivons tous dans la société avec les mêmes devoirs... Ils sont plus ou moins sacrés, en proportion de ce que le gouvernement est plus ou moins équitable, car la nature n'a formé les sociétés que pour tes besoins des hommes... Les devoirs sont et ne peuvent qu'être proportionnels aux droits... On ne

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devrait parler aux princes que de leur intérêt. 11 est l'idole des souverains. Tout, dans leur âme aride, s'y rapporte, aucun autre objet ne les affecte ; générosité, bienfaisance , justice ne sont pour eux que des mots ; encore sont-ils les moins connus de leur langue... On ne porte, avec le diadème, ni les remords dévorants ni l'importune pitié. . . Leur intérêt est et sera toujours leur boussole... Laissons donc la gloire, la postérité et toutes les autres expressions oratoires : répétons souvent aux princes ud mot moins sonore mais plus puissant, le mot intérêt... Traitons donâ les rois en hommes... Tenons-leur... à peu près ce langage... Le peuple auquel vous commandez n'a pu vous confier l'emploi de ses forces que pour soii utilité... Vous ne lui avez pas arraché l'exercice de ses droits, car il était le plus fort avant qu'il vous eût créé le dépositaire de sa force. . . Il vous paie, et vous paie très-cher, parce qu'il espère que vous lui rapporterez plus que vous ne lui coûtez. Vous êtes en un mot son premier salarié, et vous n'êtes que cela ; or, il est de droit naturel de pouvoir renvoyer celui que nous payons et qui nous sert mal, comme il est contraire à ce droit naturel que chacun ne soit pas libre d'examiner, de connaître ses propres affaires .. On a comparé souvent la souveraineté à l'autorité paternelle. C'est une belle idée sans doute;... mats, hélas! l'expérience de tous les âges répète avec moi que la véritable générosité est la plus rare chez les hommes et surtout chez les rois, qui sont les moins éclairés des hommes... L'histoire est une longue et monotone compilation des malheurs de l'homme, et trop souvent le panégyrique

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des malfaiteurs publics, car on. peut ordinairement appeler ainsi les héros... Pourquoi vanter la gloire des conquérants?... C'est un crime social que d'admirer les instraménls des malheurs publics... Est-il donc si respectable ce titre si commun et si révéré d'avoir eu assez de mérite pour détruire plusieurs milliers d'hommes?... Les héros, ce sont les révolutions, c'est l'agitation de la société qui les forment. I.,es troupes réglées sont l'instrument du despotisme comme leur institution en fut le signal. Les troupes réglées ont été et seront toujours le fléau de la liberté... La vraie libéralité d'un prince, c'est d'épargner son peuple... Les dons nuisent aux récom< penses, et deviennent ainsides injustices. Cette profusion meurtrière excite les importuns et ruine infailliblement une nation... Les obstacles apporta àrinstniction, les prohibitions qui gênent les presses et la publication des écrits publics sont les premières armes des despotes... Gomment qualifier... la constitution d'un État oîi le roi peut toujours ftiire la guerre à la nation sans que la nation puisse jamais . être instruite de ses droits?. ..Qu'est-ce qu'une' coi»tilulion où les satellites des despotes peuvent toujours séduire ou tromper une partie des citoyens, tandis qu'il n'est jamais permis à leurs compatriotes de les détromper?... Je n'ai d'autreinlérêt que celui de la vérité... Puissé-je inspirer à des citoyens... le courage nécessaire pour apprendre à leurs compatriotes que chacun d'eux n'est en société que pour retirer de cette association son plus grand avantage, qu'un roi... n'est institué que par elle et pourelle, que tout souverain qui se dit tel par la grâce do

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1^. MV6£ pnenwii.

frnpp«nt ^ wergeç'ip mont Attips,,^.. ^Vmww. hoigiiae n'aie droit «d'^prjqav, lun aittf» iMWffi^,... qii4 Jf citoyen p^ «t doit défen^ii^ ^ Ijjjfrté avec ooDïnige el fermetâ, p 11 fini^fail jw ija^ mots : « Oui* prince, v6«s ^tt^ aa$«z m^Hieurâux pour ne i'^NfOir jamais entendu ; m^i» i) «^ tâCAps de ]'»pprandre :

« Où la liberté p«rd se» 4m\», U «e 4n>iu-v« la ErMti^ de YOtM «mpire. »

LeMonayqu, Au n)i(Nwent 0^ 66 Uvpe, d'un style souvent incor:dot^M* "'-^^i nanquant yftF£9M> d'wdrft 0t d'enchalneneut p.rî^"^r?«mj, '^•'*s Ipp ïdécsi, SE f^ssit Jw-Q pir le fait saul de 1'^ midnTfi. ' pel qw'il faisaU aux passionSt }« P«ri«lPWt condamnait un aifttre ouvrage, impnniié aussi en Suisse, par«« qwe i'^iptetir prêcliait, an Airfi 4» l'avocat génwal Ség^ier, « jl,a guwre eivjyLe-et la wngâqnoe con ire Ws lyran». «t loattait^sf^ projets safigui' naines dans la bouche de S. M, I. Josfiph II j» . Gç livre, Qrnéd'unlOBgtitne.élaiLd'unancieiïwiigiaQîderordre de Ssint-Qeuoît ( Unjuinais^ oocle du célèbrr&convçalJQnBfil), qui, après s'être cwiverU ajii pp^^tanti^of, (était devenu principal du col%e de ftipudon [au c;a»bw Aq Yaud). Le (trétextedtf livre étaU un él^ge de l'finpartMf Josepb U, sous le mmiaMonargw acaamplù % Généreux, sans ostentation, disait^U. Que toute UAe nation élève des « tatues à un prince si digne... Que les poèlifô et les oratfiiUfs s'eqtpressent de le eélébuer et de lui prodiguer |ew eapens.1 Qm lea pbiJkisophes se hâteojtdçluio&ir leurs boWKaceel • Puis il s'adressïit directement k l'empereur : « Parcourant la Bohême, M vous viles la oûsère traîner

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Le uoeurqde accompli. It

B«§ IWlibsauY, la pâlieuF y déceler le bseoitt ; là vous eàtenditee tes cris des enfante qmi dâvasdaient dii p9in à lep' loèreafliaiaée... ^Bt-(!0 donc ainsi, disiez^ vous,... qw l'an traite c«ux qui procurent l'jiliiaiidiince dsRs pn ^yaumel • • . O fwodiga ! ô trait à jamais rarânoi^ble!... On vit pour la preinièffl fitiasurla tenre ua jnoparque puissant maager à I9 table des laboureurs, goûter à leurs niets, s'ussocier à leurs travaux... C'est sous le chaume du laboureur, dans l'atelier des artisans,... qu'un primce apprend à devenir tiomnieet politique,... àestiqa^lesfiHKicsd'uoB nation^-. Comoient pourraitril voûr dans l'esprit d'wi prince iqpii n'aurait jamais 9fiTti de )a eour que lœ cainpagD^ S0 dépeuplent à r^esure que la c&pi:> taie se remplit?.,. Rois, souverains de U terre, qui vous p^suade^ follement que vos peuple? Pn^ été uniq^em^Qt icréés pour vous,... que l'eiMinpIe de ce prince, à qui j'ose offrir ce faible hommage, puisse v^m iftléresser et voua attendrir... L'empereur sau)^ la vie k plusieurs milliers de protestants en BofigfKi et<en Transylvanie. . . VotreNajesté ast avertie ^ temps, e|]^ va conjurer r<Hragn, aejetteaux pieds de l'augnsite reine qui lui a donné le jour,... lui faisant comprendre que le faux eéle est w tyran q^ii dépeuple les provinces., que la tolétanee wt un,e tendre mère qui le^ m^m et Jm fait fUwrir... U est plus commode, disiez-vous, de faire égorger les hommes que de les persuader... l^ braves gens seFODt nurlyrs, les lâches seront hypocrites, tes fanatiques de tous les partis seront des tigres déchaînas... lasource des calamités du peuple vient de la dissipation des deniers publics... Peuples malheureux, pour

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qui l'on'forge des fers, . . . sachez au besoin exterminer vos tyrans ! Que ce Boit désormais votre devise. Les rots trembleront devant vous, et vous ne tremblerez devant personne. Il est une époque qui devient nécessaire dans certains gouvernements, époque terrible, sanglante, mais le signa) de Ta liberté : c'est de la guerre civile que je veux parler... La nation une fois avilie, le trône s'atTaisse : tôt ou tard éclate une guerre civile qui déploie les talents les plus cachés, et crée les ressources les plus inattendues ; on voit des hommes extraordinaires s'élever et paraître dignes de commander à des hommes; c'est un remède affreux, il est vrai, mais, après la stupeur de l'État, après t'engourdisBement des âmes, il est indispensable. La liberté seule enfante des miracles... Il faut optM-, ou d'être heureux ou misérable; détester l'esclavage, abhorrer la tyrannie; armer son bras, point de milieu, monrlr avec gloire, ou mourir malheureux et déshonoré. » Ce livre, qui portait, dans les dernières lignes que nous venons de citer, la sombre prophétie d'un avenir prochain, était d'un admiratour paœionné de Rousseau. Il déclame, comme lui, contre le luxe, reproduit même textuellement, en se les appropriant, les exagérations les plus folles du maître '. Il parle de l'état de nature de l'homme et de son état de sodété comme Rousseau, et affirme

I On Kl, tome I", page 19 : • L'irgnl qui circule entre les miiiu de* riehet et do ariiilei, pour tonriùr à leur luperJluilé, ett perdu pour le

(Ubtiilance du laboureur, et celui-d n'a point d'habil, |irëct«éaienl parce qn'il t»ut du galon atii aolrei..,. Le* malade» manquent de bouillon, parée qu'il faut du jua dana lei cuJainea des grands; le (uyaSD boit de l'eau, parce qu'il fuul des liqueurs *ur la table de rïehci; tant de pauvre* manquent de pain, parce qu'il raal de la poudre pour le) cherelnm, »

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