DEFAITE DE BROOKLYN
voyant la déroute des siens ; mais, sentant l'impossi* bilité de rtmener ia fortune bous ses drapeaux, il se bomaà pfésider k ta retraite dans le camp de Brooklyn, laissant à New- York les troupes qui y étaient coDcenlréee, et formaient les dernières ressources militaires de son pays. Entouré de soldats démoralisés par suite de leurs revers, exposé à une pluie diluvienne qui achevait d'écraser de fatigue ses troupes harasséfs, Washington, redoutait à chaque heare que le changement de direction du vent ne permît à la flotte anglaise de lui fermer tout espoir de retour vers la ville^ quand, le 29 août, versdeux heures du matin, le vent, qui avait été jusqu'alors contraire à ses projets, changea, et un brouillard épais couvrit l'île Longue, tandis que le ciel s'éclairci&rait sur New- York. Washington, qui avait pré< sidé à l'embarquement de ses troupes, leur (ît quitter aussitôt le rivage, restant â terre jusqu'à ce que sa flottille fût en mouvement, que le dernier homme fût embarqué et la dernière munition de guerre en sûreté. Il ramena ainsi neuf mille hommes avec leur artillerie, leurs bagages et leurseffets de campement. Washington une fois dans la ville, où il avait terni à réunir toutes ses forces, se trouva aux prises avec un danger bien plus grand que celui qu'il pouvait redouter des Anglais. L'échec de Brooklyn avait découragé tous ces soldats de circonstance, connus sous le nom de milices : l'enthousiasme qui s'raapare aussi promptement de ces foules armées qu'il s'éteint, avait disparu pour f^ire place au plus entier découragement. Les soldats désertaient, ceux qui tenaient à remplir leur engagement d'une
ib,Goo<iIc
ÎB LIVRE PREMIER.
année attendaient avec impatience sa fin, évitant âe s'exposer aux Asngers de» confeatg. L'armer, affaiblie et incapable de pTiis en pk» d'an effort énergique, semblait s'effemdrer chaque jovr et ni subsister que par l'infloence defloncbef, qui, toujours maître de lui, réservait au Congrès le rérâl de fies douleurs patriotiques et des dangers qu'il prévoyait pour son pays. Il lui déclarait, dans les termes lés plus vif^, qu'il désespérerait de ta liberté des Américains si l'on ne pouvait pa» lut foorair des soldats qui n'abandonneraient pas leurs drapeaux ao bout d'un engagement de courte durée.
La nouvelle de" ce désastre, qui pevvalt jeter de l'incertitude dans les décisions des bommes d'Étal, mais non éteindre les affections populfrires qui naissent du sentiment, et n'ont aucun raji^port avec d'égoïstes calculs, fut terrible. Elle arrMa le dépttrt d'un vaisseau qui devait mettre à la voile pour condflire des secours aux Américains, e* jeta uii tel découragement parmileurs partisane, qoe Dean eonseitta à Lafayette de renoncer à ses prcijeM. Lé nwquifr le remercia de sa franchise en ajoutant ï « Vous n'avez va. Monsieur, jusqu'ici, que num sèle, il va peut-être devenir utile ; j'achète un blitimeni qui portera nos officiera; il Hidt montrer de 1» coatlance, et c'est dans le danger qoe j'aime à patlager votfe fortune. »
Admirable réponse, digne de ce jeune bomene: qui allait mériter, pendant les pértpéties d'une longue vie, qu'on répétât pour lui «e cpi'on adit de l'âme de Turgot : < Tous tes sentiments bons, nobles et honnêtes, mêmeeeux qui semblent les pissineomtttftiMes,
ib,GoogIe
WASHINGTm ET LE CONGRÈS. «
y régnaient il la fuis, et nu) des autres n'y pouvait trouver place. » Celte noble confiance dans l'avenir, expression d'une jeunesse que n'avaient pas encore tUtéhUe les douleors et les déception» de 1» vie, était aussi celle dil chef de l'armée vaincde.
Le Congrès, déférantauxdemandesdeWarfiingtort, décréta h formation d'une armée de ligne fournie par les provinces, en raison du nombre de lent^ habitants, fixant la somme de J'engagwnent de chaque homme à 20 dollars (environ 103 livres), chiffre approchant de celui donné par le ministre Saint*^ermain pour le recrutement de l'armée française. Il fut décidé qu'outre ce prix d'engagement, qui était payé aux militaires résolus à rester trois ans dans l'armée, il serait accordé àm terres, eft pfd* portion des différents grades qu'ils auraient oécupés, à ceux qui ïie qititt6i*t}ent pas Ienr& dr^peSTTX pendant toute la guerre.
Washington, qui voyait l'armée anghriée augmenter en nombre, et craignait à chaque mstant que le généra! Howe ne vînt, par une entreprise hardie, fermera presqu'île fltlongéé è l'extrémité de laquelle est située New-Yori{, et l'enserrer entre sa flotte et son nr'mée, demanda au Congrès d'abandonner la viHe et d'alleràffifig's Bridge, à rendrmtoè l'isthme se rattache au continent/ MenacéeiKing's Bridge parHowe, qui cherchait à engager une bataille rangée, l'armée américaine leva son camp et, se portant touj<mrB au nord, s'établit dans un endroit appelé les Plaines-Blanches, ayant derrière elle l'Hodson, où n'avaieiit pas encore pénétré les Anglais, et devant ellff I» Solfie qui la mettait en communica-
ib,GoogIe
» LIVRE PREHIBK.
tioQ avec le Connecticut, d'où lui arrivvMit des secours en vivres et en munitions. Profitant de sa situation voisine des Anglais, Washington engagea avec eux de fréquents combats, exerçant, dans des actions partielles, ses soldats à braver leurs ennemis, et à devenir de jour en jour plus hardis. Uowe vint l'attaquer et fut repoussé; mais, voulant éviter une action décisive, Washington, i la suite de ce succès,
. leva de nouveau son camp, et, après avoir livré aux flammes le villagedesPlaines-Blancheset les fourrages de ses magasins, se porta, le 1" novembre, plus au nord, dans une position très forte, à New-Gastie. Howe, voyant les Américains très résolus à ne pas engager de bataille et ne pouvant lœ suivre indéfiniment, revint sur ses pas achever la conquête de la presqu'île de New-York. Il s'empara, après une vive attaque, du fort Washington, et la garnison du fort Lee, placée sur la rive opposée de l'Hudson, n'attendit pas ses troupes pour lui abandonner ses tentes, son artillerie et tous ses bagages.
La perte de ces forts, arrivant à la suite d'une
, défaite, acheva de jeter le désespoir dans tous les cœurs américains. Les miliciens débandés regagnaient précipitamment leurs demeures, les troupes réglées diminuaient à chaque heure par la désertion. Placé dans un pays ouvert, au milieu d'immenses plainœ sillonnées par la cavalerie ennemie, à laquelle il n'avait à opposer que quelques escouades qui venaient du Connecticut, Washington ne vit bientôt autour de lui que trois mille soldats. Us n'avaient ni tentes pour se mettre à l'abri, ni outils pour élever des retranchements; ils perdaient tout espoir, et la
:dbvGoogIe
L'EUROPE DÉSESPOIRS DB LA CÀtJSE AHËtUCAINE. »
plupart attendaient -impatiemment le tenne de leur engagement pour rejoindre leurs foyers. Obligé de comprimer des insurrections royalistes dans le New- Jersey et même dans la Pensylvanie, où des proclamations du général Howe annonçaient son pardon à tout insurgé qui se soumettrait au roi d'Angleterre avant soixante jours, Washingtonnepouvaitdispofier des troupes qu'il aurait été si urgent de réunir en face d'une armée anglaise de plus de vingt mille hommes. U fin de la futte était généralement annoncée, c De cruels malheurs sont arrivés, écrivait un habitant de Philadelphie, le 33 novembre 1776, au gouverneur delà Martinique : il y a huit jours que le fort Washington, qui était le plus redoutable, est pris... Il n'y a plus rien à espérer ici. Ce pays-ci est perdu pour les Américains, il est impossible qu'ils poissent s'en relever... S'ils ne sont pas secourus de quelque Couronne, ils seront réduits sous peu... La peur est peinte sur toutes les figures. Le nombre du parti royaliste augmente, personne ne vient plus s'engager. Trois frégates ne peuvent mettre ici & la . voile, et l'on ne peut trouver de matelots pour en armer une seule. On craint que sous peu le général Howe ne soit en marche pour Philadelphie. » « J'ai cru nécessaire de vous expédier M. de Kersaint, commandant la frégate la Favorite, mande le comte d'Argout à Sartines... Les nouvelles que j'ai l'honneur de vous transmettre me sont adressées par des gens sûrs et qui sont sur les lieux mèmtïs... Les affaires des Américains sont comme désespérées... Si le général Washington n'est assez heureux pour profiter des dernières étincelles
ixj bv G oo<i le
30 UVR« MtftW^l.
cl'eDthouM«8«a* rasaemUor là p^s 4^ troupes qu'il lui sera popsibl^ et doooer ma bat^illfl rgn^ ^t c^isivfi, tout e^ pN-du. » Le gouverpeur de la Guadebupe, M. d'àrbaud, aussi impresajfînqé qt)ece)ui ds la Slartinique, mandait, à propfti à» la prise des deux Corts : « Deux mille hommes se soçt reiidus presque sans coup férir. .. Le vœu (}e l'iadépefldance est inoins aOenni que lo Congrès et ses agepte ne lesiqiposwt. » Tous les goMVierneurs dâs coloaiB6fra(içaiE6S appelaioQt l'action directe et ouverte dç la France, et le coflate d'Argoot» précisant j^ c?^ de rupture que pourrait invoquer schi gouverpenMnt, écrivait  tartines, le 3 mars 1777 : « Je suis informé que la cour dç L<Hidres viânt d'envoyer da^s ses coloiMes des ordres exprès de se saisir dp tous les bâtiments français qui seraient expédiés pour Saifit-Piierr^ et UÂqueloQ. EHe prétend que ces sortes d'Qïpéditions ne smit qu'un masque pour déguiser hvr vraie destination, et qu'ils vont tous à la Nouvelle-Angleterre... Cette idée est bien fondée dans le vrai... Vous voyez. Monseigneur, que l'Afiglaiâ n'en a pas été la dupe ' . »
■ (Euvrti de Voltaire, lome LX^C, p.263,268.405. — jrémoifM («preu pour stTvirà l'hisUiirt de la république des lettrei en France, lome IX, p. 49; tomtX, p.SS.— Correipondmee tetréU ittidiU tur Lauù II I, Marie-AMoineile, la cour et la vitie, publiée pu Leicure, lomc I, p. 40, 67, t22. — Mémoirei, correipimdaneei et manuscTxU du général Lafayette, publiis par si famille. Paris, IB3Î. in-8. lame ), p, 9 et niiv., 1 1 et sniv., 15. — Bistoin de la guerre dt l'indépendante d£f ÉUtt~ Dnit d'Amérique, par Charles Balla, lome il, p. 405 el suiv , 4U et (uiv., 430, 444 et tuir., 447 et suiv., 452 el 9uiv., 454 et luiv., 460 et suit. -~ Àr^vtM du minitUre de la marine (DocuiueBta dea ËUIs-UdIs) : LtltrM de Boulanger, négociani ï Saint-Pierre-Martiuique, daléei de Philadelphie, tiD iMHiile d'Argoul, et de CoeiîTj, aussi datée de Philadelphie, el adressée an <wtnt« d'Argont, tautu deui du 33 novembre 1776 (Campagnes]. Gir-
:dbvGoogIe
LES classe;$ Moy^tNi;^ 6n ahêriquë. h
blesses qui faisaient accourir 4«0S le i»m9 4f Home ■ une £fwje dA {untomofi ie l«vtes cw^tians pour p',tï"! implortr levr grâce M ppote^er d« l^iv souwois&ipn , ' ^••ajorifaéd*!» classeTOoyçupe, c'i«at-à-4*re de la '''"" bourgeoisie, re^ fenoie- Get(« poi^9 àe 1« société, qw puise daas ^es 1un)ièF«s «t d^BS Viisbitude du Intmil we virilité qui h* f»ii aece^Her des souffriDCtfi en vue d'un but qu'elle poursuit, se distiftgHa, fw son ^ergjque persévérance, des classes les puis riches du pays et des classes les plus powrm. Bl^ <e rallia ^ Wasbio^n, qw «ouvrait d'un visage aabne et impassible ses «iquiétudes patniotiques «t dbierch»t è eoiuerv^ une année â son paj« ; «lie se raUâa «a Congràs, àmt elle avait fourni la plupart des membres, qui, après avoir pris les ousHf es néeessaireB è la réoFgamsatWfi de l'armée, B'occi^wtt de régler l'union des itmx» colonies.
Ce fut le 4 octobre, dans ces jours néfastes pro- Le congite vm damés comme les derniers d'une lutte héroiiqwe, que «Irâ™»^^ le (Congrès, aussi résolu que son généra), aussi con- *<x"°'>'«<""- Sant ^ft» lui dans l'aveoir^ accepta les articles de la Constitution qui établissait la Coftfédératiûo des Ëlats-Ura^ et àeviiit être présentée i l'aeof plalion des . aaseublées de chacune des provinces.
Chacun des États devait s'engager individuelle-
Unde 1776. Lettre de Plume au comUd'ArKOul, dalée enc«redu23 nolembre 1776. LeKre ded'Argouti Siiimei, t3 Utembre 1776. LcUre de d'ArtMud i S«nvif», dv 4 jannier 1777. i^litrt» A* d'Argout ) Sarlinn, dw 12 innitr el 5 m»» 1777. — Comipondanee littéraire dt Grimm, 1812, ia-8, lonM III, p. 386 el sdIv. — Annalet poliliquet àt Ltnguet, Lendn*, 197T, in-S, lome I, p. lûO el Mi«.
ib,Goo<ilc
32 LIVRE PREHIEH.
ment à cootribuer à la défense coumuDe et au mainlien de la liberté de tous.
Chaque État conservait la faculté de rég^r les affaires de son gouvernement intérieur, pourvu que les lois qu'il ferait ne fussent pas contraires aux articles qui organisaient la Confédération.
Aucun État n'avait le droit d'envoyé ou de recevoir des ambassadeurs, par conséqumt de négocier, de conclure des traités avec aucun roi, aucun prince et aucune puissance, ni de leur déclarer ta guerre, sans le consentement des États-Unis.
Un Congrès général, composé des députés de tous les États, devait s'assembler, chaque année» le premier lundi de novembre, pour exercer le pouvoir souverain, dont on définissait avec soin les attributions.
Le pouvoir exécutif était remis, pendant la durée du Congrès et en son absence, à un conseil d'État composé de députés de chaque province.
Un trésor publie, pour leservicedelaConfédération, devait être alimenté par des contributions prélevées sur chaque province, en proportion du nombre d'habitants de tout âge et de tout sexe qu'elle contenait, sans compter cependant les Indiens.
Dans ces prescriptions législatives, quin* étaient que la reproduction étendue du projet déjà offert aux méditations des colons l'année précédente, le Congrès posait, d'une manière nette et précise, les bases des sociétés modernes et la répudiation des antiques préjugés qu'avait fait naître l'esprit de conquête et de violence. Après avoir résolu, dans un intérêt de prudence et de moralité, qu'aucun individu tenant
:dbvGoogIe