LE CLERGÉ ET LA NATION EN
conjurons le souverain pontife de se joindre à nous pour fermer de toutes parts le vaste abîme qui menace d'engloutir successivement tous les ordres religieux. »
Le mémoire fait en faveur de la conservation des ordres religieux, ne faisait qu'accentuer, à l'insu même du clergé, l'irrémédiable destruction d'un passé qu'il n'était au pouvoir de personne de rétablir. « Le grand ouvrage de la conservation de l'état monastique, y était-il dit, resterait évidemment imparfait, si la sagesse de vos conseils ne prenait en même temps des mesures efQcaces contre les ravages de deux plaies intérieures qui consument insensiblement les ordres réguliers et menacent ces corps affaiblis et languissants d'une dissolution lente et inévitable. Nous parlons de la dépopulation sensible des monastères et de l'esprit d'insubordination qui malheureusement s'est glissé dans plusieurs... £a balançant les morts parles professions nouvelles, on est effrayé de voir le tableau des pertes s'étendre... de manière que s'il est permis de calculer avec sûreté en suivant une progression semblable, tous les ordres survivraient à peine deux ou trois généralions... Ahl dire quel immense... déplorable vide ne laisserait pas dans l'Église et dans l'État cet anéantissement général!... Nulle espérance de pouvoir confier à ces corps et communautés le dépôt si précieux, et néanmoins si négligé, de l'éducation nationale... Le Seigneur, ne serait plus fléchi par ces fervents cénobites, dont les mains pures et innocentes, sans cesse élevées vers le ciel, ont détourné si souvent le tonnerre des vengeances divines... On cher-
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cherait m vain à se consoler dans l'espérance que le sanctuaire s'enrichira des dépouilles des cloîtres. Loin que le nombre des ecclésiastiques s'accroisse et se multiplie, différentes parties du royaume éprouvent à cet égard la plus cruelle disette... La principale source de dépérissement est sans doute les progrès de l'irréligion et dans les vices de l'éducation peu chrétienne donnée presqu'universellement à la jeunesse... Il ne faut pas non plus se dissimuler que les agitations et les secousses qui ont récemment ébranlé les ordres religieux n'aient étouffé le germe de plusieurs vocations.» Lesdemandes faites parle clergé augouvemementpourcombattreles maux qu'il signale, achèventde le montrer auxprises avec laloi providentielle qui entraîne les agglomérations humaines, dans l'ordre moral etintellectuel, comme la sèvefait grandir les végétaux. Le gouvernement avait, en 1768, admis, par uneloi, que l'homme, & l'âge de seize ans, n'avait paslamaturiténécessairepour fixer irrévocablement les conditions de son existence, surtoutquand ces conditionsétaientexceptionnellesetcontrairesàlaphysiologie humaine. Elle avait décidé que pour s'-engager danslaprofessionreligieuse, c'est-à-dire pour renoncer à toute familleet à tous liens entre les sexes, il était nécessaire d'avoir vingt-et-un ans pour les hommes et dix-huit ans pour les femmes. Sous l'empire de l'idée de corporation, l'assemblée du clergé s'écriait : « Est-i! bien vrai... qu'à l'âge de seize ans accomplis. ..l'homme n'ait pasl'entendement assez formé pour discerner les obligations de l'état religieux?... Les vœux émis à l'âge de seize ans, ont été réputés valides et obligatoires... Sire, l'existence des ordres religieux en
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LK CLEafiÊ ET LA NATION EN (180. 3S5
France dépend du succès des respectueuses réclamations que nous prenons la liberté de faire aux pieds de votre trône... ne'balancez pas à retirer les lettres patentesdu 17 janvier 1779 {celles qui avaient maintenu l'éditde 1768.) » Puiscomme effrayé des objections de bon sens qu'il prévoyait et des critiques qu'il allait soulever, l'organe du clergé disait : « Loin de nous le criminel projet d'immoler sur l'autel de la religion de tristes et innocentes victimes!» Et aussitôt il dévoilait les conséquenses des projets de son ordre en s'écriant : « De toutes parts on ne se lasse point de demander A grands cris la régénération de la discipline monastique. Qu'à la tête des maisons particulières et des administrations générales soient placés, des hommes instruits, vigilants et remplis de l'esprit de Dieu ; que leur autorité se déploie dans toute leur étendue sans crainte des entraves étrangères, et bientôt une police sévère régnera dans l'enceinte des noviciats... le goût salutaire du travail et de la prière... reparaîtront... Mais cette révolution si désirable ne saurait s'opérer même sous les supérieurs les plus dignes... si la perspective de l'appel comme d'abus retient à chaque instant l'exercice de leur pouvoir captif et gémissant, s'ils ne peuvent donner une obédience... décerner la moindre peine monastique, sans être traduits en justice et forcés de déchirer, sous les yeux des juges laïques, le voile qui couvre toute l'économie intérieure de leur gouvernement... Votre Majesté ne fera donc que donner plus d'authenticité â la sanction de notre droit public, en défendant aux religieux, par-une loi générale, de prendre la voie de l'appel comme d'abus. t>
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38C r.IVRB DEUXIÈME.
La clandestinité flétrie par Malesherbes, dans ses représentations de la Cour des Aides cinq années avant, était donc réclamée comme un droit, au moment où la nation était impressionnée par une multitude de détentions arbitraires ordonnées par des lettres de cachet, oii la férocité de certains jugements et les horreurs, à peine entrevues de certaines prisons d'État, pouvaient justifier toutes les craintes et faire prévoir toutes les injustices.
La nation ne fut pas plus surprise qu'émue de la parole ardente de l'archevêque d'Arles s'écriant i propos des protestants : « L'hérésie, devenue chaque jour plus entreprenante et plus fîère à l'ombre d'une longue impunité, ne se lasse point de déchirer le sein infortuné de cette mère tendre (l'Église gallicane)... Pendant les beaux jours du règne de Louis XV une administration prévoyante et ferme avait, par les voies purement réprimantes, contenu et même éclairé nos frères errants... quand des vues différentes relâchèrent insensiblement les ressorts salutaires d'une police combinée avec tant de sagesse... on remarqua, dans les entreprises des prolestants,... une progression effrayante... Autrefois les protestants étaient exclus rigoureusement des charge, emplois publics, administrations municipales et autres propres à donner de l'influence et du crédit... Aujourd'hui admis aux fonctions de procureurs,, notaires, avocats..., chargés du gouvernement des écoles publiques, rien ne les empêche de faire germer les préjugés dans l'âme des jeunes citoyeDS. Autrefois Iw protestants ne tenaient point d'assemblées pour cause de religion ou les tenaient secrète-
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