‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 91 sur 142 · LK CLERGÉ ET LKS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LK CLERGÉ ET LKS PROTESTANTS

ment... Ai^ourd'hui la tenue des assemblées est régulière et notoire. Des prêches, établis aux portes des grandes villes et même dans le voisinage de nos églises, insultent aux ordonnances... Les campagnes et les villes sont inondées de faux pasteurs... Chaque jour est pour ainsi dire marqué par des irrévérences nouvelles contre nos mystères et nos cérémonies. Ici, d'horribles blasphèmes ont été proférés publiquement... Là, le vénérable signe de notre rédemption a été brisé par une populace effrénée... Plus loin, d'anciens catholiques s'arrachent au joug sacré de notre croyance... 11 semble que l'Église est menacée de partager l'empire avec une orgueilleuse rivale, n L'héritier du sceptre et de la foi de Saint-Louis ne trahira pas «l'ancienne croyance de ses pères..., n'immolera pas à une portion de citoyens une nation entière, en permettant... que l'erreur ail, comme la vérité, des temples publics et un culte solennel... La diversité des cultes a toujours été un redoutable foyer de dissentiments... C'est ainsi que seraient en danger l'autel et le trône, si l'hérésie parvenait enfin à rompre ses-ohaines. >

11 terminait sa bû^ngue par celle péroraison au moins singulière : « En dénonçant... à la puissance publique l'enseignement cl les progrès de l'erreur, fidèles aux lois de notre ministère et & la doctrine des pères de l'Église, nous sommes bien éloignés de solliciter des châtiments et des peines contre la personne des errants... Ils seront toujours nos semblables, nos concitoyens, nos frères... toujours nous les aimerons et nous les chérirons. Loin de nous la seule pensée du gluve et de l'épée... Que tes protestants

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8'approchent . . nous leur ouvrirons nos coeurs, nous les serrerons dans nos bras, nous les arroserons de nos larmes. » Puis il sollicitait des pensions et des gratifications pour les protestants « sur le vu d'une abjuration en bonne forme n et recommandait que ces apostats soient « tenus de représenter chaque année, pour être payés, un certificat de cathoii' cité. »

Les prélats ne pouvaient manquer, comme dans les assemblées précédentes, de s'occuper des écrits a de cette redoutable nuée de traductions antichrétiennes répandues avec impunité, de l'enceinte de la capitale aux extrémités du royaume... Cet écrivain fameux (Voltaire), moins connu par la beauté de son génie et la supériorité de ses talents que par la guerre pereévérante et implacable qu'il a eu le malheur de soutenir... contre le Seigneur et son Christ, on ne se lasse pasde l'exposer aux hommages de la vénération publique, non seulement comme la gloire des lettres. . . mais encore comme le bienfaiteur de l'humanité et le restaurateur des vertus sociales et patriotiques. La voie des souscriptions a été plus d'une fois ouverte et tolérée eii faveur d'ouvrages qui respirent une indépendance sans bornes et la haine de toute autorité. • L'archevêque d'Arles dénonçait l'abbé Rayoal comme l'auteur n d'un écrit semé des blasphèmes les plus révoltants. . . Il est temps s'écriait-il de mettre un terme à cette aifreuse léthargie. C'est une réclamation efticace et non des plaintes touchantes que l'Église éplorée attend... Élevons la voix pour hâter te moment si précieux et désirable d'une loi bienfaisante pour contenir en6n

LE CLERGÉ ET LA PRESSE. :iMi

le plus noble de tous les arts dans les bornes d'une généreuse mais sage liberté, n Plusieurs raisons justifient la publication d'une ordonnance nouvelle a aux termes des ordonnances les plus récentes, la peine de mort a été prononcée contre ceux qui seraient convaincus d'avoir composé, imprimé ou répandu des écrits tendant à attaquer la religion. .. Nos entrailles paternelles frémissent à la vue de ces dispositions rigoureuses... Le glaive suspendu sur la tète des délinquants, nous force à dissimuler les infractions les plus caractérisées... Une législation moins sévère et mieux exécutée opposerait sans doute des barrières plus insurmontables. Et quel spectacle plus capable d'inspirer un remord salutaire à ces écrivains passionnés... que celui de l'Église de France... suppliant avec les plus vives instances le législateur d'adoucir la rigueur des peines décernées à ses plus cruels ennemis'.D 11 concluaità des répressions qui, se graduant, finiraient en cas de récidive par une détention perpétuelle, il demandait que le censeur d'un manuscrit soit tenu, à peine de perdre sa place, de renvoyer tout passage ayant trait à la religion, à l'examinateur spécial des matières religieuses et théologiques. II demandait que les imprimeurs fussent aussi sévèrement traités que les auteurs, qu'ils fussent condamnés à l'amende, à l'interdiction, à la perte de leur profession et que leur boutique put être « murée avec appareil ». Quant à la profession de colporteur elle semblait devoir être supprimée ou tout au moins soumise à un règlement très sévère. Les livres et gravures devaient être surveillés par les prêtres de l'or-

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dinairo ou des inspecteurs ecdéfflastiques ou les

ëvêques.

Quelques jours après l'archevêque d'Arles annonçait qu'il était allé avec l'évêque de Nevers et les abbés Bridelle et Chevreuil, conférer avec le garde des sceaux sur les mesures à prendre contre les livres impies ou licentieux. Miromesnil leur avait promis de s'occupOT de cet objet et de seconder a, les vues de sagesse, de prudeuce et de bien public qui unissaient l'assemblée. »

À la suite de la sollicitation de cette mainmise sur les pensées individuelles, le clergé convaincu, comme ses adversaires du reste, que les tendances intellectuelles des agglomérations humaines sont, comme les eaux des Ûeuves, plus ou moins pures, suivant leur point d'origine et qu'il suffît de saisir la source pour les régler à sa guise, se plaignait que des « mains étrangères » se soient emparées de la culture de la jeunesse. Les membres de l'assemblée exprimèrent le regret de se voir « dépouillés d'un droit inhérent & leur qualité de pasteurs. » S'isolant, une fois réunis, des passions qu'individuellement ils partageaient souvent avec la foule, les chefs du clergé oubliaient que les Jésuites avaient été frappés en partie par les élèves qu'ils avaient formés, et a rappelaient le souvenir de cette société célèbre dont le sort, disaient-ils, a si justement excité les regrets. »

Les nouvellistes traitaient avec dédain ces instituteurs des peuples, raillant à la fois leurs personnes et leurs ensdgnements. c M, le comte de Haurepas, lisait-on, au même moment, dans un journal rc-

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