‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 92 sur 142 · LE OLE»GÊ SUPÉRIEUR ET LE CLERGÉ INFÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE OLE»GÊ SUPÉRIEUR ET LE CLERGÉ INFÉRIEUR

pandu, marchant sur les traces de la famille royale, qui dans ce saint temps donne toujours l'exemple à Versailles de l'exactitude à remplir le devoir pascal, est venu à Paris pour édifier la capitale et a communié à sa paroisse avec un grand concours de spectateurs. Ce n'est que depuis Louis XVI qu'on voit, avec étonnement et admiration, les ministres aussi religieux, ï L'action de ce ministre sceptique se racontait en même temps que le récit des faits et gestes de l'êvêque d'Orléans, M. de Jarente, que ses intimités avec la célèbre actrice Guimard avait fait blâmer par le roi, ou de la manière de \ivre du grand aumônier, le cardinal de Bohan, qui promenait souvent ses maîtresses déguisées en abbé, entre autre, la marquise de Marigny, belle-sœur de madame de Pompadour.

La division dans le sein du clergé était aussi tranchée que celle qui existait entre les nobles et les ro- < turiers. Les curés luttèrent, dans plusieurs provinces, contre les ëvêques qui voulaient étendre outre me- sure leur juridiction. Il y avait à cette occasion une vive fermentation dans les diocèses de Lisieux, de Cahors et de Chartres, et l'êvêque de Chartres fut conduit devant la justice par un de ses curés. Le procès fut plaidé à la Tournelle avec un grand éclat et les auditeurs applaudirent avec transport la condamnation du prélat à trente mille livres de frais. Le Conseil du roi cassa l'arrêl, mais il fallut l'intervention de Maurepas pour apaiser la magistrature dont les agents généraux du clergé avaient blâmé trop vivement la décision.

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3tlï r,IVUI-; DEUXIflMK.

Les curés du Dauphtné, qui sollicilaient depuis plusieurs années l'augmentation de leur traitement, après avoir vainement demandé à leurs supérieurs la permission de se rassembler pour discuter leurs inlcrêts, s'adressèrent au Parlement qui le leur permit, ils nommèrent deux syndics chargés de déposer aux pieds du trône le fidèle tableau de leur indigence. Leur mémoire remis â Necker fut transmis aux agents généraux du clergé qui obtinrent immédiatement du gouverneur un ordreaux représentants des cures de retourner dans leur province. Les syndics obéirent, mais laissèrent leurs doléances impri mées et suivies d'une consultation de neuf habiles jurisconsultes. Ils citaient* dans cette pièce destinée à leur concilier l'opinion publique* des morceaux entiers des remontrances faites par le parlement de Toulouse, par celui de Bordeaux surtout, qui recommandaient chaudement leurs intérêts au roi, en faisant, comme le remarque un joumatiste, un parallèle entre eux et les gros décimateurs et en mettant en opposition a l'inutilité, la négligence, l'avidité, l'indécence de ces derniers avec le zèle, la charité, l'exactitude et la régularité des autres. » Du reste, ajoute-t-it, s on ne peut être que révolté de voir exclus de fait des assemblées du clergé, les curés qui forment essentiellement le second ordre hiérarchique de l'Église; exclusion funeste, non seulement à leurs intérêts mais même à ceux de la religion. • Ce mémoire devait être supprimé par l'influence de l'assemblée du clergé, mais il fut lu et peu de temps après parut un pamphlet intitulé : Requête des fidèles à nos Seigneurs

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Lli: CLERGÉ SUPËRaUR ET LE CLERGÉ INFERIbl'R. 303

les évêques de l'assemblée générale du clergé de France. Ce pamphlet peignait les affreux ravages de l'incrcdulité, prétendait que l'Église de France n'avait jamais été réduite à un état aussi déplorable et affirmait que ce qui mettait le comble à tant de maux était l'indifférence de ses cbefs pour une semblable situation. Après avoir tracé les réformes qu'il faudrait faire pour ramener l'ordre, l'auteur, qui était disait-on un prêtre, ajoutait que ses exhortations 'Beraient inutiles parce que le clergé, livré à un petit nombre de prélats rusés et entreprenants, était incapable des efforts vigoureux qu'il faudrait faire pour sortir de la servitude honteuse dans laquelle il était plongé.

Dans cette même année 1730, Linguet résumait dans ses Annales, si répandues alors, les senllments du public en faveur du clergé inférieur et ses hostilités contre les chefs de l'Église. «Les pasteurs spirituels dispersés dans les villages, écrivait-il, ont surtout pour mission d'apprendre au pauvre à souffrir dans l'obéissance, de leur enseigner au nom de Dieu à fléchir sans murmure sous la misère qui les dessèche comme sous le despotisme qui les écrase. Ces fonctions... sont assez précieuses au reste de la société pour qu'on assure au moins à ceux qu'on en a chargés une existence honnête. i> Dans l'ancienne loi des Juifs» ladîme de tous les biens était assignéeà l'ordre des pontifes... Le principe s'est conservé dans le christianisme » mais les dîmes a ont été interceptées par le haut clergé qui s'en est appHqué la propriété. Les vrais ministres de l'Église, les curés, ... ne furent plus salariés que commodes espèces d'agents mer-

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cenaires, à qui la noblesse tonsurée renvoyait ce que les fonctions avaient de trop pénible », se contentant « de leur assurer une rétribution pécuniaire annuelle, qu'on appela portion congrue, c'est-à-dire suffisante ' ■ »

' irckivtt naUùttaie*. 0<llï:AliénaliaB an profit du clergé, pendant quatorae »xu, d'un million lar le produit dei Terniet, 17 tout 1780. O'ISI : Don grilnlt du clergé de 30 millions, 30 juillet I7S0. AlièoaiioD de 500,000 ilTrei inr le produit dM rermn m proSt du de^è, 10 loQl 17SD. — Kdrail* du pncit-ttrval dt VaatmbUe générale du tltfsi de Franee, tenu k Parii en l'tnnée 1780. Paria, 1782, in-folio, p. 27 et loii., 31 et luÏT., 37 et tniT., &4 i 61, LB3 k 194, 335 et raiv., 342 à 356, 443 el inJT., 499 et luif ., 510 à 511, 563 i 579, 609 et iuît., 665 1 686, 762 à 771, 875 et luW., 956 et rai»., 1005 à 1009, 1031 t 1035. — De radmini'iCrafion prem'neûile, par LeTrdne,iomell, p. 313 etiair., 326, et *uiT. — Reeatil dei anei«nn<i loi* ftançaitu, pir lumlxrt, tome XXVI, p. 12 el soit., 329. — Jnnale» politiqtut de Linf/uei, tome VII. p. 252; tome IX, p. 119 et luiT. ~ Uémoiret tecrett povr lervirà rhiiloir* dei leiiret, tome XIV, p. 297; tome XV, p. 85, 67, 98, 175, 217 el «uii. — Correipondance secritt inédite «ur Louit IV'I el MaritÀntoinetlt, publiée ptr Lescure, (ome I, p. 229, 257.

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Voltaire et les lerfa de Sajat-Cliuds. — Abolition de la maiDmorte et de U lerritade penonnelle daoi les domaines du roi, 10 août 1779. — Opposition du Pailemeat et da chapitre de Saint-Ctaude !i l'abolition de la mainmorte. — La question préparatoire et Voltaire. — Hésitations da goaTersemenl pour l'iboli lion de la toKure préparatoire. — Dangers de l'esprit de corps. — Obligstion d'appeler laas cesse la société à sa propre dérense. — Projet de suppreuion des péages sur les roules ei lei rivières, 15 août 1779. — Amélioration des prisons, 1780. — Amélioration apportée dans les bdpitaux, avril 1731. — Lettre de Vergeaoes i Louis XVI sur les Snaaces, 11 septembre 1780. — Neeker et le ministre de la marine. — Cabale de rour. Caitries nommé ministre de la marine, 14 octobre 1780.— Fermentation d'ambition : la duchesse de Poligaae, les comtes d'Adbénur et de Ségur, — Humilité étrange de la reine en face de H-' de Polignac. — Les projets de réformes du prince de Honlbirrej; étrange éloge et étrange aveu. — La reine ignore le nom du ministre qu'elle venl faire; arguments employés pour flier sa volonté. — Le comte de Ségnr nommé ministre de la guerre, le 23 décembre 1780; ce qu'en pense le publie. — Conversation de Haurepu et d'Angeard, novembre 1780. — Seconde conversation de Haurepas et d'Augeard, décembre 1780. — Compte-renda de Neeker, 19 février 1781. — Critiques faiiea da compte -rendu. — Demandes faites par Neeker an roi. — Hanitre dont elles sont appréciées, — A qui le publie attribue le renvoi de Neeker. — Abaissemenl de la fonction rojale. — Passion du publie en faveur de Neeker. — Mort de Turgoi, 20 mars 1781; véritables sentiments de la nation révélés par Harmonie). ~ Les embarras financiers sont imaginaires; la fernientalion des esprits provient d'une autre cause. — Nomination previsoire de Jol; de Flenr; comme contrdlaor général des Bnaneea, 21 mai 1781. —

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39G LIVRE THOiSIËUE.

Suppreuioi» de ehurges inuiilca dani la grande et la petite éCDrie, Sn juin 1781. — Avgmcniaiion des impfitt Bur les eoasommationi, 31 laOi 1781. — RéMblIssemenl de chargea de receveurs ginéranx et

d'cni;ilals dant la maison de ta reine, octobre 1781. — Nécetïlté de HHHte gènèratioDs de nobteeac pour flie oFflcier, el d'une origine renununl au iiv sièclo pour entrer dans les carosBta du roi, mai 1781.

— Arriièe de truupei fran;aiae9 à Bhode-Isiand, 11 juillet 1780. — ?:nirciuc de RochamUenu ei de Washuielon, W aeptembre 1780. — Le central Arnold, Washington el La Luierne. — Arnold se prépare i liabirsa patrie — Weit-Pclnl. — Relation du major André et d'Arnold.

— André arrêté le 33 leplenibre 17£0. — Washington i West-Poin<, 25 stpli'nibrc 17S0. — Cofflh.ila du comte de Guichen aTCC l'amiral Rodney, avril el mai 1760. — Apparition de l'amiral Solano ; Guichen relonrne en France, et Rodney se rend à Mew-York. — Violenees de Clinton dnna la Caroline du Sud. — Bataille de Cambden, 15 août 1780.

— Marche de lord Cornwallls sur la Caroline du I4oid, septembre 1780. — Défaite el mort du colonelFergus»on,— Difficultés pécuniaire* de» Étal»-. Unis. — Révoltes de troupes américaines, janvier 1781.— Vaines lentalivet d'emprunts ; secoiin donnés par la France.— Le Congrès et les coniDiiEsiona fliiaociéres. — Qualités requises pour un ministre des Haances. — Rolirrt Horris, nommé ministre dts finances, s'adjoint GouierDeur Murris.

— Correspondance échangée eijtre eux. — Fondation de la banque de l'Amérique du Nord, juilletl78l.— Bataille de GuJirord,15mars 1781.— Cornwatlis i Wilmington, 7 avril 1781, -— Campagne des Carollnes par Green, septembre 1781. — Combals entre le comte de Grasse el l'amiral Huod, 39 avril. — Prise de Tabago, 2 juin 1781, — Plan de campagne de WashinglOD. — Patriotisme de tous les chers franeaia. — Capitulalion d'Vorktown, 19 octobre 1781. — Naissance d'un dauphin, 22 octobre 1781. — Les serviteurs du dauphin. — Mort de Haurepas, 21 novembre 1781. — Arrivée de Lafayelic en France, janvier 1782. — Trise de Minorque, 4 février 1782. — Départ de de Grasse. Désordre de l'administration française. — Combat entre Rudnej et de Grasse, 9 avril 1782. — Défaite de de Grasse, 12 avril 1783, — Lettres d* Rodney et de de Grasse à la stiie du combat. — Le gouvernement français mécontent de la franchise de Washington. '- Malversations des fonctionnaires maritimes ; leurs conséquences. — Réclamations des armateurs de Marseille contre les offitiurs de la marine. — Les rorsaires français et les fraudeurs anijlais. — Révoltes 1 Rochefort el h Bordeaux, juin 1781. — Irritation des popu!nlions maritimes de la France. Révolte i Dunkerque, mars 1782. — Explosion de colère contre de Grasse ; sa défaite annoncée en Corse comme une victoire. — Conseil de guerre assemblé sous la preasion de l'opinion publique. — Voles des villes de France pour la reconstilulioD de la Dotle, juin 1783.

— Arrivée dans l'Inde de l'escadre de l'amiral Hughes, 15 janvier 1780.

— Les Franpis établis dans l'Inde sollicitenl l'envoi de troupes.— Défaite d'Hecior Munco, septembre 1780, — Watren Hasiings, gouverneur

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géDéral d« l'iDda en 1780. — Bjiler-AlT battu la 1" juillet et le !7 teptembre 1781, — Apparilion de l'escadre du comte dOrvea devanl Poiidichérv, IG janvier 1781. — Déclaration de guerre de la Kuliaiide contre l'Angleterre. — Combat de SulTren arec les ADgIali à Santiago, 16 avril 1781. — Bussy nommé commandant en chef dans les mera de l'Inde, 3 noïembre 1781. — Arrivée de Bussj i riie de France, l"]aii) 1782; lei déception». — Exploits de Suffrea pendant l'a baen ce de Busa;. — De Gaalrica bt laie plasieun dea cendiliona du traité conclu atec Hyder-Aly. — PlainteadeCaalricj turleadélapidalionBct leacoQ. ciuuona de< cheh militaires, dea agenla dlplomatiquei et dea commandants de vaiaseaui. — Horl de H^der-AI}, le 7 décembre 1782; ce que c'était que Hïder-Alj, — Ëlal des renfort! amenés à Suffren par Busay. Jugement de Suffren sur la ailnalion de la France dana l'Inde. — Vaiiua illasiona des oFfleîers et dea foDclîoniiairea sur la foadaitan d'un établisaement françaia dans l'Inde. — Busay Juge Tippo-Saëb comme il a jiigé Hyder-Aly.— Profonde différence qui extate entre la guerre souleatie par la France en Amérique et celle qu'elle avait engagée dant l'Iode.

— Siège de Gibrallar, juin 1779, janvier 1780, avril et novembre 1781.

— Les Français se joignent aux Espagnols pour le siège de Gibraltar, util 1781. — D'Arçon et les batteries Roltanlea. — Arrivée au camp de Saint-Rocb du comte d'Artois el du duc de Bourbon. — EnlhouBLatrne et frivolité eu France et en Espagne, — Attaque du 13 leplembre 1182.

— Réponse de d'Arçon aux courliaana deVasaillea. ~- Hépria du publie pour les chefs de l'entreprise ; plaiaaDteiie déplacée du comte d'Artoia.

— Faillite du prince de Ouéménée, septembre 1782, — Jugement da public aur le prince el la prioceseede Guéméuée. — Comparaison éttblie entre la rémunération des services rendus à la aociétâ et celle de ceux consacrés k )a personne des princes. — Économies détruites par des dépenses nouvelles.- Continuation des emprunts en 178! et 1783.

— OpposiUons aux impéls nouveaux en 1782 et 1783. — Récoltes dei terres syslémaliquement sacrillées ponr les plaisirs des princes el dea nobles. ~- Les braconniers, te désarmement des habitants dos campa gne9,~-Vergennes nommé chef du Conseil dea finaneea,2.{ février 1783.

— Irritation des courtisans contre l'orgaaisatiou d'uo Conseil des finances, — Fteury renvoyé par la société de la reine ; d'Ormesson le remplace le 30 mars 1783. — Linguel et aon mémoire aur la Bastille, avril 1783. — Louis XVI représenté, en 1783, debout au mtlien des ruines de la Bastille. — Des lellres de cachet et des prisons d'État, par le comte de Mirabeau. — Le gouvernement termine, par un arrêt de propre mouvement, le procès des Jésuites avec leurs créanciers, en 1781. — Les missions des Capucins en Orient, leurs dettes en 178j.

— Crise de la Caisse [l'escompte; méfiance du public, septembre 1783. — lolrigaes contre le Conseil des nnancea ; snaeepllbililéa ministérielles calmées par des i>itons de maréchaux. — Paix conclue entre la France et l'Angleterre. — Galonné nommé contrôleur général, 3 novembre 1783.

— BrMenil nommé ministre de la maison du roi, 12 novembre 1783.

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39» LIVRK TDOISIÈUE.

L'opiaion publique, dans ses ardeurs, imposait au

gouvernement la nécessité de résoudre certaines questions qu'il n'était au pouvoir de personne d'éluder.

Voltaire, avec son vif amour de ses semblables et sa ténacité toutes les fois qu'il défendait une cause juste, avait signalé les esclaves que possédaient des ordres religieux en France et en Allemagne, tels que des Bénédictins j des Bernardins, des Chartreux même. On distingue sous leur domination, écrivait-il, <t l'esclavage de la personne, l'esclavage des biens, l'esclavage de ta personne et des biens. L'esclavage de la personne consiste dans l'incapacité de disposer de ses biens en faveur de ses enfants, s'ils n'ont pas toujours vécu avec leur père dans la même maison et à la même table. Alors tout appartient aux moines. Le bien d'un habitant du mont Jura, mis entre les mains d'un notaire de Paris, devient, dans Paris même, la proie de ceux qui, originairement, avaient embrassé la pauvreté évangélique au mont Jura. Le fils demande l'aumône à la porte de la maison que son père a bâtie, et les moines, bien loin de lui donner cette aumône, s'arrogent jusqu'au droit de ne point payer les créanciers du père... L'esclavage réel est celui qui est affecté à une habitation. Quiconque vient habiter une maison dans l'empire de ces moines et y demeure un an et un jour devient leur serf pour jamais. . . L'esclavage mixte est celui qui, étant composé des deux, est ce que la rapacité a jamais inventé de plus exécrable, et ce que les brigands n'oseraient pas même imaginer. 11 y a donc des peuples chrétiens gémissant dans un tri^e escla-

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VOLTAIRE ET LA UAlNMORTE. 3i>9

vage sous des moines qui ont fait vœu d'humilité et de pauvreté... »

Au moment où il traitait, sous le titre de biens de l'Église, cette question de l'esclavage, Voltaire s'adressait directement au roi Louis XV en son conseil, pour les sujets du roi qui réclamaient la liberté en France.Danscepremiermémoire,quiestde 1770, il aflîrniait, par la bouche des habitants, que «les chanoines de Saint-Claude, prèsdu mont Jura, dans la Franche-Comté. . . n'ont d'autres droits pour réduire en esclavage les sujets du roi... que l'usage établi par les moines, leurs prédécesseurs, de ravir aux hommes la liberté naturelle... Si les prêtres, contre lesquels nous réclamons la justice de Dieu et celle du Roi, avaient le moindre titre, nous gémirions en silence sous les fers dont ils nous chaînent, nous attendrions qu'un gouvernement si éclairé ait aboli des lois établies par la rapine dans des temps de barbarie ; nous nous contenterions de soupirer avec la France, après les jours ai longtemps désirés où le Conseil se souviendra que nous sommes nés hommes. »

Neuf années s'étaient écoulées depuis ces appels si Aboiiuon énergiques aux sentiments et aux convictions qui «i de u s'étaient emparés de plus en plus des âmes, en se •oueiieJuiTia vulgarisant chaque jour davantage, quand tes minis- ni^^iTTs. très se décidèrent à supprimer le droit de mainmorte et la servitude personnelle dans les domaines du roi.

c Mettant notre principale gloire à commander une nation libre et généreuse, faisait-on dire au roi dans le préambule de l'édit, nous n'avons pu voir

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400 LrVHE THOISIÊHE.

sans peine les restes de servitude qui subsistent dans plusieurs de nos provinces ; nous avons été affectés en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie et confondus, pour ainsi dire avec elle ; que privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriété, ils sont mis eux-mêmes au nombre des possessions féodales ; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs biens après eux ; et qu'excepté dans certains cas, rigidement circonscrits, ils ne peuvent pas même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux... Nous aurions voulu abolir, sans distinction, ces vestiges d'une féodalité rigoureuse; mais nos finances ne nous permettent pas de.racheter ce droit des mains des seigneurs ; et, retenu par les égards que nous aurons dans tous les temps pour les lois de la propriété... comme le plus siàr fondement de l'ordre et de la justice, nous avons vu avec satisfaction qu'en respectant ses principes... nous pouvions cependant effectuer une partie du bien que nous avions en vue, en abolissant le droit de servitude, non seulement dans tous les domaines en nos mains, mais encore en tous ceux engagés par nous et les rois nos prédécesseurs. . . Si les principes que nous avons développés nous empêchent d'abolir, sans distinction, le droit de servitude, nous avons cru cependant qu'il était un excès dans l'exercice de ce droit que nous ne pouvions différer d'arrêter et de prévenir; nous voulons parler du droit de.suite sur les serfs et niainmortables ; droit en vertu duquel des seigneurs de fiefs ont quelquefois poursuivi, dans

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