PRÉJUGÉS POPULAIRES. <9B
courage ; la goutte se fixa sur sa poitrine, et, pendant quatre mois, il fut suspendu entre la vie et la mort. Quand il se réveilla de ce douloureux sommeil, rémeute grondait partout sous prétexte de la cherté des blés.
La question des subsistances» qui préoccupait à QuestioDs nu.
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juste titre les populations^ avait depuis longtemps, uncee; préjugés soit par suite de l'ignorance des administrateurs, ^mÏÏI^ree des soit par suite des calculs intéressés de quelques-uns, ****** donné lieu aux mesures les plus fausses et aux interprétations les plus erronées. La croyance qu'il dépendait du gouvernement de régulariser le prix des blés était générale. Dès le 1" juin 1774, moins d'un mois après la mort de Louis XV, un journal publiait : OL On écrit de toutes les provinces du royaume que le blé y diminue considérablement, que les fermiers même commencent à craindre en quelques endroits qu'il ne tombe à vil prix. Ce changement, arrivé à la mort du monarque, est la plus forte preuve du monopole qui se faisait sous son nom et de concert avec lui. On a vu, dans les cabinets de S. M. une espèce de bibliothèque remplie de petits cazernets ou petits livres, contenant par quinzaine l'état du prix des grains de tout le royaume depuis plusieurs années, i» Dix jours après, le même journal constate qu'il y a a un reflux considérable de blés exportés chez l'étranger qu'il nous a renvoyés, comme s'étant pourvu ailleurs à meilleur compte^ ce qui a occasionné des banqueroutes considérables, notamment à Marseille, qui en a eu pour environ huit millions. ]>
Le rôle de Providence que s'était arrogé l'État, en arrachant aux habitants des campagnes leur subsis-
rJG LIVRE DEUXIÈME.
tance pour la livrer à ceux des villes, peut seul expliquer ce qu'annonce le même journal lorsqu'il dit, à la date du 7 juillet : <r Le blé, à la mort du feu roi, était à 24 livres le septier. Pour flatter le jeune monarque et faire chanter ses louanges par le public imbécile et aveugle... on l'avait fait baisser presque à 13 livres. Mais bientôt, malgré les apparences de la belle récolte... il est remonté, et est aujourd'hui au même taux, ce qui produit une nouvelle indignation chez les patriotes * . » L'indignation des patriotes, à propos de l'abandon d'une mesure qu'il déclare insensée, fait comprendre qu'elle se lie, chez Técrivain, à d'autres préoccupations. 11 s'agit efTectivement d'une publication faite en faveur des anciens parlements. Trois jours après, le 10 juillet, ce même journal nous apprend que ce le peuple, qui s^était promis le siècle d'or sous le règne actuel, et qui se voit encore frustré de ses espérances par l'augmentation du blé, revenu à son premier taux, supporte cela plus impatiemment que ci-devant; de là les émeutes dont on a parlé, et une nouvelle à Lonjumeau. » Quelques jours après, il s'agit encore du renchérissement du blé et de plaintes qu'on engage les laboureurs à faire sur le bas prix qu'il avait atteint, et l'on ajoute : « On croit qu'en conséquence le bail contre lequel on se récriait si fort, va recommencer pour le monopole de cette denrée. »
* Le septier pesant 170 IKres, soit 85 kilog., le poids moyen de Théotolitre d'orge, de froment et de seigle, étant de 71 kil., il s'ensuit (|u*un setier vaut 1 hect. 20. D'après ce calcul, l*hectolitre serait descendu de 10 fr. à 10 fr. 80. (Voir, pour les calculs sur le poids des céréales, \*Eeoféomieru* raie considérée dans ses rafyports avec la chimie, etc., par Baossingault. Paris, 1843, in-8% tome I, p. 448, 4G6 et suivantes.)