PRÉJUGÉS. POPULAIRES
De la fermentation parmi le peuple de Versailles, des placards, des assemblées séditieuses à cause de la mauvaise qualité des farines, de la cherté du pain et de l'augmentation des droits d'octroi, dont on prétend que le roi avait promis la suppression ou tout au moins la diminution, sont signalés à la même époque, c'est-à-dire un mois avant la nomination de Targot au contrôle général , et deux mois avant la première mesure qu'il prit pour permettre aux blés français de circuler de province à province sans pouvoir franchir les frontières, et la facilité qu'il donna à tout le monde de Tacheter en dehors des marchés. Turgot n'était pas ministre depuis six jours que la rumeur publique lui attribuait la volonté de diminuer le prix du pain « pour se faire bénir par le peuplé. 2> Il n'avait pas publié depuis huit jours son nouvel arrêt sur la liberté du commerce des blés à Tintérieur, que le journaliste, se faisant l'organe des critiques les plus incohérentes, prétendait que le préambule de l'arrêt était une satire amère de l'ancienne administration, et accusait l'auteur d'avoir noyé « les axiomes clairs dans un fatras de mots scientifiques. y> Il ajoutait, en résumant son avis sur ce chef-d'œuvre de clarté, de bon sens et de simplicité : « Rien de plus pédantesque que cet écrit ; partout le législateur y est dégradé, et l'on y remarque un adepte qui se bat les flancs pour faire admirer et débiter sa doctrine, jd Le parti pris du journaliste est tel qu'il s'attend à des désordres à cause de « la liberté sur la vente intérieure » et de la défense « de forcer personne à garnir les marchés. » La cupidité peu éclairée des fermiers, écrit- il,
les fera profiter de cette « facilité pour resserrer la denrée. » Il constate, le 21 octobre, que le prix du pain est à onze sous les quatre livres, soit moins de trois sous la livre (20 centimes de nos jours), ce qui est bien inférieur au prix de 27 à 53 centimes en argent de notre époque, auquel la livre de pain monta en 1764, et de 70 centimes qu'elle fut payée en 1770 *. Puis, le 26, en face de ce prix médiocre du pain, il annonce la cherté en ces termes : « Suivant les renseignements qu'on reçoit des campagnes, le gros laboureur est enchanté du nouvel arrêt du Conseil concernant les blés, en ce qu'il n'est point obligé de le porter au marché, et qu'attendant chez lui le marchand, il est maître d'y mettre le prix qu'il veut; mais le pauvre paysan, obligé de Tacheter, est désolé. Jusqu'à présent l'effet de ce règlement n'a été quedc maintenir la denrée à son taux, c'est-à-dire chère; mais quand le petit laboureur, obligé de vendre, aura fini, et que le blé ne restera plus qu'entre les mains des riches, on ne doute pas qu'il n'augmente, et qu'il ne faille nécessairement alors donner une interprétation au fameux article qui défend aux magistrats chargés de la police de forcer à garnir les marchés. »
Un autre journaliste parlant après les émeutes, traduira en ces termes les incontestables vérités exposées par Turgot sur les variations des saisons et de la production de la terre. »
<c On a beaucoup varié sur le principe et les au-
* Voir, pour le prix du pain, La France tous louis XV, tom** îï, p. 380 etsuiv. ; tome VI, p. 394, 516. — Lorsque le setier de blé était > ?4 livres, le pain se payait deux sous la livi e. (Voir Mémoires de Vabbé Terrai, p. 243.)
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teurs des émeutes... Ceax qui ne cherchent pas à raffiner en trouvent tout bonnement la cause... dans les derniers arrêts du Conseil, où M, Turgot dit que le blé est cher, qu'il sera cher, et qu'il doit être cher. »
Quoi de surprenant si, après ces préventions pro- Guerre des fapagees et acceptées sans examen, les passions popu- L'émeute existait laires sont, au premier mécompte dans les espérances ayant^^i'arrivée conçues, prêtes à s'en prendre aux mesures adoptées coltrôMe^nêrei : par le contrôleur général? L'émeute était dans les ^Z^^^^^'^7' esprits avant de se produire dans les rues. L'émeute ^"«'j^^^j'^^'^j^^^^^^ existait à l'état latent avant que Turgot fut au contrôle général, avant qu'il eût pris, par conséquent, aucune mesure : elle ne demandait qu'un prétexte pour éclater. Elle commença au marché d'Ervy, en Champagne, les premiers jours du mois de mars 1775. Elle fut facilement comprimée dans ce petit bourg, et ses fauteurs légalement punis. Turgot, qui avait, au mois de janvier, pris ses mesures pour que le blé français pût pénétrer dans les provinces méridionales par le port franc de-Marseille, sans qu'il pût sortir de France, apprit tout à coup, dans les premiers jours d'avril, qu'une terrible émeute avait eu lieu .à Dijon sur l'annonce d'une forte augmentation du prix du blé. Une foule de gens de la campagne s'étaient rués sur le moulin d'un prétendu monopoleur et l'avaient démoli ; puis, rentrant en ville, avaient envahi la demeure d'un ancien conseiller du parlement Maupeou. brisant tout et jetant les meubles par les fenêtres, sous le prétexte que iM. de Sainte-Colombe avait été expulsé par sa compagnie comme accapareur. Le commandant de la ville, M. de La Tour du Pin, fit venir des troupes
d'Auxonnc pour contenir cette population soulevée, et d'autant plus exaltée que Ton avait attribué à cet officier un propos qui serait plus absurde encore qu'atroce, s'il eût réellement été tenu. « Mes amis, aurait-il dit à des gens qui se plaignaient de leur misère, l'herbe commence à pousser, allez la brouter. » L'évêque sortit de son palais pour haranguer le ^ peuple et ramener le calme dans des esprits troublés au point que le frère du prélat fut sur le point d'être assassiné parce qu'il portait l'uniforme militaire et était pris pour M. de La Tour du Pin. tûtes àpoiwy, L'émcutc Comprimée à Dijon reparut plus ardente nu(;ermiin, ^ Bcauvais, Poissy, Pontoise, Saint-Germain, SaintïïdJl^'Emente ^^^^^* Mcaux, cxcitéc par une bande de pillards ^**?'iï:. qu'on évaluait au nombre de sept cents dans les
mai 1776. ^ ^
environs de Bondy, et à quinze cents dans la forêt de Villers-Cotterets. Ces bandits, qui brûlaient les fermes, jetaient les blés et les farines dans les rivières, arrêtaient les voitures chargées de grains et les bateaux remontant la Seine avec du blé venu de l'étranger, annonçaient à l'avance les lieux où ils se porteraient, et avaient indiqué qu'ils seraient le 3 mai à Paris. Ce jour-là, une foule d'habitants de la campagne, entrant par les différentes portes de la ville, sous prétexte d'apporter des légumes, se jeta sur les boutiques des boulangers, qu'elle pilla. Ce désordre fut facilement arrêté, sans effusion de sang, par les troupes du maréchal de Biron. Le roi, surpris à Versailles par les cris de la foule, avait donné l'ordre de taxer le pain à deux sous la livre; puis, se ravisant, sur les représentations de Turgot, avait rapporté la mesure, et des factionnaires furent placés à la porte des
boulangers, qui eurent ordre devendre le pain à sa valeur et d'en cuire immédiatement, si la peur de la sédition les avait empêchés de le faire.Turgot, frappé de la mollesse du lieutenant de police Lenoir dans la répression de l'émeute parisienne, demanda sa destitution. Il fut remplacé par M. Albert, ancien intendant du commerce, grand partisan de la secte des économistes, comme disaient les ennemis de Turgot. Le maréchal de Biron fut nommé général en chef de tous les corps armés qui se trouvaient dans Paris et dans les environs, même des troupes du guet, qui étaient soumises au ministre chargé de Tadministration de la ville de Paris. Une proclamation défendit tout attroupement sous peine de la vie, menaçant de mort ceux qui forceraient les boutiques des boulangers ou exigeraient du pain au-dessous du cours ; et il fut décidé que les coupables seraient traduits devant une juridiction prévôtale. Le Parlement, qui, au début, voulait se rassembler, et en avait été empêché par une lettre du roi, se réveilla à l'annonce des mesures vigoureuses prises par le contrôleur général, et, aussi peu sensé que la populace, rédigea un arrêt où on lisait ces mots : a Le roi sera très-humblement supplié de vouloir bien prendre de plus en plus les mesures que lui inspireront sa prudence et son amour pour ses sujets, pour faire baisser le prix des grains et du pain à un taux proportionné aux besoins du peuple. » Cet arrêt fut aussitôt envoyé à l'imprimerie r mais les ministres avertis empêchèrent sa distribution. Le Parlement voulant contester la désignation de la Tournelle comme tribunal destiné à juger prévôtalement, un lit de justice fut décidé,
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dans lequel le roi défendit aux magistrats]) de faire aucune remontrance qui pût s'opposer à l'exécution de ses volontés, uies àFon- Le désordrc arrêté à Paris et à Versailles contilp?ègne%t nua dans les marchés de Fontainebleau, Corapièj>« environs ^^^^ choisy, Brie-Comte-Robcrt ; et les principaux
marchés de la Normandie furent troublés par des gens qui semblaient plus dirigés par l'instinct de la destruction que par la misère. On racontait que des hommes à cheval parcouraient les campagnes, annonçant dans lefs villages que le roi fixait le prix du setier de blé à 12 francs. On parlait de faux arrêts qui avaient été distribués, et La Vrillière, écrivant à Tinlendant, M. de Pont, sur ces distributeurs d'arrêts mensongers, lui disait : a C'est dans votre généralité que l'homme dont il s'agita été rencontré: S. M. vous charge particulièrement de suivre ses traces. » Le même ministre avertissait le comte d'Eu qu'un de ses gardes était allé demander du blé à un seigneur du voisinage au prix de 12 livres le setier, et que, sur son refus, il était revenu avec six cents paysans forcer le château et le piller. Les inten- . dants et les commandants eurent ordre de rejoindre de suite leur résidence, et des troupes furent mises à leur disposition dans tous les lieux où leur présence était jugée nécessaire *.
* Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgot, tome II, p. tO, 28, 3G et suiv. 39 et suivantes. — Œuvres de Turgot, tome I, p. 372 et suiv.; tome II, p. 178, 183, 185, 189, 401 et suiv., 477 et suivantes. — La France sous Louis JF, tome I, p. 248; tome VI, p. 394. — Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres. Londres, 1784, in-12, tome VII, p. 308, 337; tome VHI, p. 54. — Archives nationales, 0« 120, fol. 34 et suiv., 94 et suiv , 96, UO; 0M47, fol. 244 et suiv.; 0'il7, fol. 118, 152, 157 et suiv., 170, 187, 224,233,235, 241,245, 247
Turgot, sans perdre un instant, défendait, le MMorespri 22 avril, la perception des droits levés sur les blés 'fttireîSi/! dans plusieurs villes de la Bourgogne ; le 25, il assu- ****,Jn^ri" rait une prime qui serait payée à tout marchand sur le blé venu de l'étranger. Le droit de minage qui se percevait sur les blés à Pontoise fut suspendu. A ces moyens tout matériels de conjurer la crise, le contrôleur général voulut joindre, suivant son habitude, la force morale qui résulte d'une conviction sérieuse, et expliquer à la nation la nécessité des mesures qu'il avait prises.
Il fit, comme ministre, ce qu'il avait exécuté comme intendant^ et, dans la détresse produite par des soulèvements insensés, il s'adressa aux hommes qu'il regardait comme devant être naturellement les instituteurs de la nation, au clergé. Quelque imparfaits que fussent ces intermédiaires, quelques préjugés qu'ils ' pussent nourrir dans leur esprit, ils étaient évidemment, par leur nombre, par l'esprit de dévouement, supérieur chez eux à celui des fonctionnaires administratifs, les organes les plus propres à porter la lumière à des foules perdues dans les ténèbres de l'ignorance. Éclairer les prêtres des campagnes, c'était éclairer le peuple, dont ils sont les professeurs les plus dévoués et les plus désintéressés : «Vous êtes instruits, écrivait, le 11 mai 1775, le roi aux évêques et archevêques, du brigandage inouï qui s'est exercé sur les blés autour de la
et suiv., 266, 283, 318, 411; 0*471, fol. 142, 148, 151, 154, 159, 163. - Journal historique de la révolution opérée par Maupeou, tome VI, p. 40, 53, 89, 92, 96, 107, 160, 189 et suiv., 215. 229, 235. - Mémoirei de Vabhé Terrai, p. 231 et suiv , 25 i et suivantes.
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capitale, et presque sous mes yeux... S'il vient à s'approcher de votre diocèse, ou à s'y introduire, je ne doute pas que vous n'y opposiez tous les obstacles que votre zèle, votre attachement à ma personne, et, plus encore, la religion sainte dont vous êtes les ministres sauront vous suggérer. Le maintien de l'ordre public est une loi de l'Évangile comme une loi de l'État... J'ai fait dresser pour les curés l'instruction que je vous envoie, vous aurez soin de la leur adresser. Les connaissances qu'elle renferme, mises par eux sous les yeux des peuples, pourront les préserver de la séduction, et les empêcher d'en être les victimes ou les complices... Soyez sûr qu'on ne peut mieux me servir et me plaire qu'en préservant les peuples de tout malheur, et par-dessus tout, de celui d'être coupables dans un moment où, pour leur intérêt même, il ne me serait pas permis d'user d'indulgence. » Dans cette instruction longue et détaillée, Turgot y déployait les qualités de son esprit, qui était un mélange de fermeté et de douceur, il ménageait l'amour-propre des hommes tout en leur faisant comprendre qu'il saurait au besoin les contraindre : ce Sa Majesté a ordonné, disait-il, que les brigandages qui dévastent et menacent plusieurs provinces, fussent réprimés par des punitions promptes et sévères... Elle y a été forcée pour diminuer le nombre des coupables... Elle a déjà éprouvé l'utile influence de plusieurs curés dans des paroisses dont quelques habitants, entraînés à la révolte par des impressions étrangères, mais ramenés, par les exhortations de leurs pasteurs, à leur devoir et à leur véritable intérêt, se sont empressés de remettre eux-
mêmes les demrées qu'ils avaient enlevées... Sa Majesté se promet le même zèle des autres curés de son royaume... La sédition n*est pas occasionnée par la rareté réelle des blés. Us ont toujours été en quantité sudisante dans les marchés... Elle n'est pas produite non plus par l'excès de la misère ; on a vu la denrée portée à des prix plus élevés sans que le moindre murmure se soit fait entendre ; et les secours que Sa Majesté a fait répandre, les ateliers qu'elle a fait ouvrir dans les provmces, ceux qui sont entretenus dans la capitale, ont diminué la cherté pour les pauvres en IjBur fournissant les moyens de gagner des salaires et d'atteindre le prix du pain. Le brigandage a été excité par des hommes étrangers aux paroisses qu'ils venaient dévaster : tantôt ils ne voulaient pas même pour leur compte des blés dont ils occasionnaient le pillage, tantôt ils les enlevaient à leur profit... On les a vus afTecter de payer la denrée à vil prix ; mais en acheter une quantité si considérable, que l'argent qu'ils y employaient prouvait qu'ils n'étaient poussés, ni par la misère présente, ni par la crainte de l'éprouver... Ces furieux ont porté la rage jusqu'à détruire ce qu'ils avaient pillé... Us ont brûlé des granges pleines de blés et des fermes entières. Il semble que le but de ce complot abominable ait été de produire une véritable famine dans les provinces qui environnent Paris, et dans Paris même, pour porter les peuples, par le besoin et le désespoir, aux derniers excès. Le moyen employé par ces enneiQis du peuple a été de l'exciter partout au pillage, en affectant d'être ses défenseurs. Pour le séduire, les uiisont osé supposer que les vues du Eloi
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étaient peu favorables au bien de ses peuples... D'autres n'ont pas craint de répandre que le Roi approuvait leur conduite et voulait que le prix du blé fût baissé: comme si Sa Majesté avait le pouvoir et le moyen de baisser à son gré le prix des denrées, et que ce prix ne fût pas entièrement dépendant de leur rareté ou de leur abondance. Un de leurs artifices les plus adroits a été de semer la division entre les différentes classes de citoyens, et d'accuser le gouvernement de favoriser les riches aux dépens des pauvres : tandis qu'au contraire, il a eu pour but principal d'assurer une production plus grande^ des transports plus faciles, des provisions plus abondantes... Les fermes que le brigandage a pillées, les magasins qu'il a dévastés, étaient une ressource toute prête pour les temps difficiles... Si l'on continue... de piller les voitures sur les chemins, de dévaster les marchés, comment se flatter qu'ils seront garnis , que les grains n'enchériront pas encore davantage, que la denrée dissipée, interceptée, arrêtée de toutes parts, ne finira pas par manquer aux besoins ? Si les blés sont montés à des prix trop élevés, ce n'est pas en les dissipant... en les enlevant à la subsistance des peuples, qu'on les rendra moins Chers et plus communs... Le pillage amène lés maux que feignent de craindre ceux qui l'inspirent et le conseillent... Les pasteurs... feront sentir... que le prix des blés ne peut malheureusement être proportionné qu'à la plus ou moins grande abondance des récoltes ; que la sagesse du gouvernement peut rendre les chertés moins rigoureuses en facilitant l'importation des blés étrangers, en procurant la libre
circulation des blé» nationaux, en mettant, par la facilité du transport et des ventes, la subsistance plus près des besoins, en donnant aux malheureux, en multipliant pour eux toutes les ressources d'une charité industrieuse ; mais que toutes ces précautions. . . ne peuvent empêcher qu'il n'y ait des chertés, qu'elles sont aussi inévitables que les grêles^ les intempéries, les temps pluvieux ou trop secs qui les produisent^ que la crainte et la méfiance des peuples contribuent à les augmenter, et qu'elles deviendraient excessives, si, le commerce se trouvant arrêté par les émeutes, les communications devenant difficiles, les laboureurs étant découragés, la denrée ne. pouvait plus être apportée à ceux qui la consomment. Il n'est point de bien que Sa Majesté ne soit dans l'intention de procurer à ses sujets : si tous les soulagements ne peuvent leur être accordés en même temps, s'il est des maux qui, comme la cherté, suite nécessaire des mauvaises récoltes, ne sont pas soumis au pouvoir du Roi, Sa Majesté en est aussi affectée que ses peuples. » Il finissait cette vulgarisation de vérités, qu'on peut traiter de banales aujourd'hui, mais qui alors étaient loin de l'être, par cette phrase : <ic Des troupes sont déjà disposées pour assurer la tranquillité des marchés et le transport des grains. Les habitants doivent seconder leur activité, et se joindre à elles pour repousser la sédition qui viendrait troubler leurs foyers, et accroître leur misère» sous prétexte de la soulager. Lorsque le peuple connaîtra quels en sont les auteurs, il les verra avec horreur, loin d'avoir en eux aucune confiance. »
208 LIVRE 0EUX1ÈMEI.
lm émeutes Cette dernière phrase, que nous avons citée
étaient on sigoe . , l *± y
da malaise moral pour Hioutrer que lo gouvemement croyait a un ^îîu^tAt?u*unr complot, est-ellé deTurgot? Dupont de Nemours, ^u^hit Q^* raltribue à Loménie de Brienne, la traite d'imprudente, et affirme qu'elle envenima la haine portée à Turgot par <c ceux que leur conscience avertissait de se croire désignés. » N'est-ce pas trop attacher d'importance à un mot ; n'est-ce pas se laisser impressionner outre mesure par des anecdotes qui sont comme les romans obligés de toutes les émeutes, comme celle de cette femme qui rejetait l'argent offert, en criant à un conseiller du parlement de Paris : ce Ya^ va, nous en avons plus que toi ; » comme celle de ces émeutiers de Gournay, qui payaient le blé qu'ils prenaient en disant que le roi en avait fixé le prix? Le peu d'opiniâtreté et de passion des hommes qui se mêlaient à ces expéditions, est une preuve de plus qu'ils obéissaient à une de ces maladies morales qui attaquent, dans certains moments, les esprits comme les organes du corps. Il n'y avait de conspiration et de parti pris nulle part, mais une mauvaise humeur qui tient plus de Tinstinct que de l'intelligence ; un désir vague de vengeance contre une souffrance dont on cherche vainement la cause. Marie-Thérèse a, jusqu^à un certain point, conscience du danger qui s'approche, elle entend déjà le volcan qui gronde et aperçoit quelques jets de flamme ; car elle écrit à sa fille, le S juin, à propos de ces émeutes : (L J'étais enchantée de tout ce que vous me dites du maintien du Roi et des ordres vis-à-vîs du Parlement dans cette malheureuse émeute. Je crois comme