REPRÉSENTATIONS DE LA COUR DES AIDES
dant... Si l'avis de IMntendant est contraire aux habitants, ou si leur adversaire a du crédit à Tintendance, la communauté est déchue de la faculté de défendre ses droits. Voilà, Sire, par quels moyens on a travaillé à étouffer en France tout esprit municipal, à éteindre... jusqu'aux sentiments des citoyens; on a, pour ainsi dire, interdit la nation entière. » Il parlait des efforts faits pour « introduire partout l'administration clandestine, » signalait les ordres royaux, a dont la fausseté était physiquement démontrée, » des arrêtés dans lesquels le nom sacré du roi était prostitué pour assouvir de petites passions subalternes, de petites vengeances. Il décrivait, à propos de l'impôt de la taille, la manière dont était répartie la charge inhérente à chaque particulier par ïa volonté seule de l'intendant ou d'un commissaire choisi par lui. Il suppliait le roi de faire revivre les assemblées provinciales, qu'on nommait département, qui étaient chargées autrefois de répartir l'impôt entre les paroisses ou communautés. oc Les choses en sont venues, disait-il à propos du vingtième, au point qu'aujourd'hui la perpétuité de l'impôt est moins accablante pour le peuple que le despotisme qu'il entraîne... On sait que Votre Majesté aime la justice... mais tant que le bien que vous ferez au peuple ne sera fondé que sur votre justice personnelle ou sur celle de vos ministres, ce ne sera qu'un bien passager... Il faut que le temps de votre règne soit employé à donner au peuple des préservatifs contre le despotisme, et surtout contre la clandestinité... Voilà, Sire, les vues générales qu'ont dû vous présenter des magistrats qui, comme
les autres citoyens, ont été témoins du malheur du peuple, et qui, ayant consacré leur vie aux jugements des procès occasionnés par les impôts, ont vu de plus près quelques-unes des causes de son malheur... Nous reconnaissons qu'en agitant un si grand nombre de questions, nous avons pu tomber dans quelques erreurs... Sire, nous oserons le dire à Votre Majesté, vous tomberiez dans des pièges que vous tendent les ennemis de votre peuple, si la découverte de ces légères erreurs vous rendait suspectes les vérités qu'il était si important de vous faire connaître. Il est un grand nombre d'objets sur lesquels l'intérêt du roi étant contraire à celui des ministres, le peuple a le même intérêt que le Roi... Il n'est que trop vrai que l'intérêt des ministres, réuni à celui de tous les gens puissants, l'emporte toujours sur celui du Roi réuni à celui du peuple... Il existe, nécessairement, deux partis dans un royaume : d'un côté, tous ceux qui approchent du souverain ; de l'autre, tout le reste de. la nation. Il faut donc qu'un Roi, qui veut être juste, puise ses sentiments dans son propre cœur, et ses lumières dans celles de la nation entière... Comment établir une relation entre le Roi et la nation, qui ne soit pas interceptée par tous ceux dont le Roi est entouré? Nous ne devons pas vous le . dissimuler. Sire, le moyen le plus simple, le plus naturel, le plus conforme à la constitution de cette monarchie, serait d'entendre la nation elle-même assemblée, ou au moins de permettre les assemblées de chaque province; et personne ne doit avoir la lâcheté de vous tenir un autre langage ; personne ne doit vous laisser