REPRÉSENTATIONS DE L\ COUR DES AIDES
ignorer que le vœu unanime de la nation est d'obtenir ou des États généraux, ou tout au moins des États provinciaux... Depuis plus d'un siècle, la jalousie des ministres et peut-être celle des courtisans, s'est toujours opposée à ces assemblées nationales ; et si la France est assez heureuse pour que Votre Majesté se détermine un jour, nous prévoyons qu'on fera encore naître des difficultés de forme... Vous recevrez, Sire, les requêtes de tous vos sujets; mais les grands abus ne peuvent jamais vous être présentés, parce que le tableau des opérations du gouvernement n^existe nulle part... Vous recevrez les requêtes de tous vos sujets ; mais il ne leur est permis de recourir à votre justice que pour des affaires personnelles; et, cependant, les corps, les provinces, l'État lui-même, restent sans défenseur. Il faut donc, Sire, en attendant que Votre Majesté ait rétabli les États, qu'il existe au moins des députés de chaque province, choisis par la province ellemême, remplissant, auprès de Votre Majesté et de son conseil intime, une des fonctions que les procureurs généraux remplissent dans les cours... Vous recevrez les requêtes de tous vos sujets ; mais ignorez-vous , Sire , que le plus grand nombre de vos sujets, et nommément ceux qui auraient le plus besoin de votre protection, sont absolument hors d'état de l'implorer?. . . Quelle est la ressource de ceux qui languissent dans les prisons, et qu'on se gardera bien d'en laisser sortir?... Il faudrait donc que les représentants de chaque province fussent spécialement autorisés à se constituer les défenseurs des pauvres, des faibles, des opprimés, surtout des
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captifs... Le recours de tous les particuliers à la seule personne du roi est absolument illusoire, parce qu'il n'est pas possible que Votre Majesté, seule, statue, en connaissance de cause, sur les plaintes et les demandes... de plusieurs millions d'hommes. Il faut donc que ces requêtes soient renvoyées, et elles le sont dans les différents départements. Or, vous savez, Sire, que c'est renvoyer chaque requête précisément à celui contre lequel elle est dirigée... Nous avons rappelé l'exemple de ces anciens rois, qui ne croyaient point leur autorité blessée par la liberté donnée à leurs sujets de venir implorer leur justice en présence de la nation assemblée. C'est à vous à juger. Sire, si ce sera affaiblir votre puissance que d'imiter en cela Charlemagne. »
A peine quelques jours s'étaient-ils passés depuis la présentation de ces remontrances, que le public s*en préoccupait, ce On parle beaucoup, écrit un journal de l'époque, de remontrances de la Cour des aides concertées entre M. de Turgot et M. de Malesherbes, dont l'objet est de donner ouverture aux projets du premier relativement à la finance et à son amélioration, mais surtout à là réforme des abus. » Le l^juin, le même journal analysait ces remontrances formulées devant le roi, dans le milieu de mai, et malgré les précautions de Maurepas, elles paraissaient imprimées avec la réponse qu'y avaient faite Louis XVI et le garde des sceaux, qui promettait des réformes a s'il existait réellement des abus. »
Malesherbes comptait, après cet effort pour amener des changements datis l'administration de son pays, quitter là présidence de la Cour des aides, et consacrer
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le reste de sa vie aux sciences et aux lettres» qu'il pré- ' ferait à l'éclat de la puissance ; mais d'autres destinées l'attendaient * .
La nation pour laquelle il venait de parler, s'occupait dans ce moment, avec une singulière vivacité, du sacre du roi et des fêtes projetées à cette occasion.
Turgot, obligéde parer à la famine qui avait menacé Torgot «sMOe une partie de la France, et de laisser en souffrance Lo^sxnlldt les engagements les plus sacrés du trésor public, "^^^^^^ n'avait pu envisager sans douleur les dépenses qu'allait entraîner la cérémonie du sacre. 11 essaya de persuader à Louis XVI de se faire sacrer à Paris, au lieu de se rendre à Reims, en lui démontrant l'économie qui en résulterait, a On a cru un moment, dit un écrit de l'époque, que cet arrangement aurait lieu ; mais ceux intéressés à ce que l'ancien usage fût suivi ont renversé toutes les bonnes résolutions dû jeune prince, d Et il ajoute : « Il va en résulter une dépense énorme. »
Ne pouvant épargner au peuple cette charge nou- Targot propose velle, Turgot essaya de faire modifier la formule du fomuie du *
« Œuvres de C(mdoreet^ t. V, p. 151. — J.Drox. Histoire du régne de Umis XVI pendant les années où Von pouvait prévenir ou diriger la réfiolution française, Paris, 1839, in-8", 1. 1, p. 173 et suiv. — Mémoires seeretSyi. VIII. p. 47, 57, nO. — Archives nationales, 0» 120, fol. 117, 119 : Lettre à Maksherhes du 28 avril 1875 ; 0 < 147, p. 249 : Lettre au procureur général de la Cour des aides, 10 mai 1775. — Mémoire pour servir à Vhistoire du droit public, ou recueil de ce qui s*est passé en la Cour des aides de 1756 à 1775, p. 628 et suit, jusqu'à 693. Brox^ltes, 1779. (La minute des représentations faites par Malesberbes a di^>aru avecla plus grande partie des archives de la Cour des aides dans Tincendie de janvier 1776.) Archives nationales^ 0 « 417, fol. -249 : lo ministre écrit an procureur général de la Cour des aides qu'il lui indique le joiur où la Cour des aides pourra présenter ses remontrances : la lettre est datée du 10 mai 1775 ; elles ne furent donc pas présentées le 6 mai.
serment pr«té germent prêté au sacre et de la purger d'engagements lora'du Vcra. cruels, s'ils avaient pu être exécutés, et tout au moins puérils à une époque où personne ne croyait à la possibilité de les remplir. Pourrez-vous, disait Turgot à Louis XVI, exterminer tous les hérétiques nommément condamnés par l'Église? Si vous le pouviez, le feriez- vous? Non. Pourquoi aller jurer que vous les exterminerez? Pourquoi, à ce sermentd'une exécution impraticable, ne pas substituer un serment où vous vous contenteriez de dire : ce Toutes les Églises de mon royaume doivent compter sur ma protection et sur ma justice. j> Livrerez- vous au bourreau impitoyablement tous les duellistes ? Êtes-vous décidé à le faire? Non, sans doute; il ne faut donc pas promettre de ne leur jamais faire grâce. Pourquoi ne vous contenteriez-vous pas de dire : <c Je promets de faire tout ce qui dépendra de moi pour abolir la coutume barbare des duels, condamnée par la religion et proscrite par les lois de mes prédécesseurs. ' Louis XVI avait trop de bon sens pour ne pas être convaincu; mais comment vaincre les préjugés et les habitudes d'un entourage que tant d'intérêts, d'ignorance et de préventions rattachaient à un passé idéal?
Le clergé était aussi irrité de ce qu'il appelait l'esprit de parcimonie du ministre que les courtisans. Sur la demande d'une dame de la cour qui s'informait si l'on ne pouvait pas faire ses pâques et son jubilé en même temps, un évêque répondait : « Nous sommes dans un temps d'économie, je crois qu'on peut encore faire celle-là. »
La foule s'ébranlait, ou s'apprêtait à s'ébranler