‹ La France sous Louis XVI; (volume 3)Chapitre 32 sur 95 · INQUIÉTUDES DE MARIE-THÉRÉSE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DE MARIE-THÉRÉSE

VOUS VOUS mêlez d'une infinité de choses d*abord qui ne vous regardent pas» que vous ne connaissez pas^ et auxquelles des cabales et des alentours qui vous flattent, et qui savent exciter tantôt votre amourpropre ou envie de briller, ou même entretenir une certaine haine et rancune, vous font faire une démarche après Tautre, propres à troubler le bonheur de votre vie... De quoi vous mêlez- vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d'en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l'un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour?... Vous êtes vous demandé une fois par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement de la monarchie française ? Quelles études avez-vous faites?... Vous, aimable jeune personne, qui ne pensez qu'à la frivolité, qu'à votre toilette, qu'à vos amusements toute la journée, qui ne lisez pas, ni n'entendez parler raison un quart d'heure par mois, qui ne réfléchissez, ni ne méditez, j'en suis sûr, jamais... L'impression du moment seule vous fait agir, et les paroles mêmes et arguments que des gens que vous protégez vous communiquent et auxquels vous croyez, sont vos seuls guides. Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus irraisonnable, de plus inconvenant que ce que vous marquez au comte de Rosenberg touchant la manière dont vous arrangeâtes une conversation à Reims avec le duc de Choiseul ? Si jamais une lettre comme celle-là s'égarait ; si jamais, comme je n'en doute point , il vous échappe des propos et des phrases pareilles vis-à-vis de vos in-

times confidents, je ne puis qu'entrevoir le malheur de voire vie. »

Marie-Thérèse empêcha l'envoi de cette lettre, en priant son fils d'en écrire une plus adoucie dont le texte est perdu. L'impératrice avait jugé, avec son tact maternel, la dose de vérité que pouvait supporter le caractère de sa fille. Cette jeune femme, pleine d'inquiétude, voulutse recueillir et faire ses dévotions avant de confier à Mercy les émotions de son âme. Ma mère, dit-elle à Mercy, plusieurs jours après, a voit les objets dans Téloignement, elle ne les évalue pas d'après ma position, et elle méjuge à la rigueur; mais c'est ma mère, qui m'aime bien, et quand elle parle, il ne me reste qu'à baisser la tête. » Elle s'exalta au souvenir des reproches de l'empereur, ne voyant dans ses conseils que l'envie de la dominer et le projet de la traiter avec dureté ; puis, pensant au malheur de se brouiller avec un frère qu'elle aimait, elle tomba dans une vive affliction. Mercy resta silencieux pendant celte sorte de monologue, et quand Marie- Antoinette lui demanda de lui dire ce qu'il pensait, il lui répondit qu'il était ce incapable de lui dissimuler la vérité, mais qu'après la lui avoir représentée avec tant de zèle... il se livrait à des idées affligeantes, qui le décourageaient par la perspective d'un avenir peu heureux pour la reine. » Ces confidences, en nous initiant aux sentiments les phis délicats et les plus honorables de l'esprit de famille, révèlent en même temps l'inanité d'une volonté royale, et la base mensongère d'une administration qui prétend s'appuyer sur elle.

Il n'était plus possible de consoler le peuple par

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